Argenteuillais démocrate… sans frontière

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lundi 23 mars 2015

Faites le 17 ! (Impromptu des Coteaux)

Journée en bureau de vote, soirée en dépouillement et attente des résultats, fin de soirée en discussions et communiqué de presse : 1 heure 30 passée, il est temps de rentrer !

J’ai ma voiture, la maison n’est pas loin.

Vite je vois dans le rétroviseur une voiture. Grise ? Celle de mes camarades ? Ils me suivent ? Aurais-je oublié quelque chose ? Mon téléphone est bien dans ma poche. Si c’étaient ça, ils feraient plutôt un appel de phares, que de me suivre d’aussi près.

En haut de la côte à 17%, le stop. Le redémarrage en côte serait risqué avec mon frein automatique et cette voiture collée derrière. J’évite l’arrêt complet, passe au pas, tourne dans ma rue, regarde le rétroviseur.

Après un instant, la voiture prend aussi ma rue.

Je me range sur la droite, devant chez moi : la voiture grise s’arrête à ma hauteur, la vitre passager se baisse, ils veulent me parler, je baisse également la vitre électrique. Mes camarades ? Des gens égarés dans les Coteaux, qui demandent la route ?

Je vois le passager : ce n’est pas un de mes camarades. Plutôt un baraqué, habillé façon « film sur les banlieues ». Le conducteur, pareil.

Vous êtes pressé ?
— ?
Vous êtes pressé ?

Une voiture devant, une derrière, eux à gauche, je suis coincé. Garder son calme.

Vous avez brûlé un stop.
— Ah ? J’en suis désolé. Vous me serriez de si près, j’ai voulu éviter de la casse.
Police. Présentez vos papiers d’identité et les papiers du véhicule.

Ils sortent de leur voiture. Ils sont trois. Capuche, sweat… Ils sont côte à côte sur ma gauche, entre les deux voitures. Ma vitre ouverte, s’ils voulaient me mettre un pain, me sortir de la voiture et me piquer le sac, les papiers, le téléphone ou la voiture, ou le tout (comme c’est arrivé à ma voisine d’à côté, devant chez elle aussi), il ne leur faudrait qu’un instant.

Ma seule protection serait d’être capable de les reconnaître, sur procès-verbal. Je fixe chaque visage.

— Volontiers. Puis-je vous demander votre carte de police ?
Vous refusez de présenter vos papiers ?
— Pas du tout, je vous les présente volontiers, si vous êtes policiers. Je vous demande de me montrer que vous êtes bien policiers.

Celui qui est à ma hauteur soulève le côté de son sweat.

Vous voyez ça ?

Oui, je vois le métal de son arme. À trente centimètres de mes yeux, je ne peux pas le rater.

Garde ton calme. L’arme n’est pas braquée vers moi. Éviter l’étincelle. Les deux autres ne font pas de mouvement agressif. Ça reste gérable.

— Excusez-moi, je vous demande une carte, vous me montrez une arme.
Vous voyez qu’on est armés, vous voyez les brassards Police. (Ah oui, à sa ceinture, à côté de l’arme, un brassard orange fluo marqué Police). Vous refusez d’obtempérer ?
— Excusez-moi, la Police n’est pas la seule à avoir des armes et des brassards, les loubards aussi. Si vous me présentez votre carte, je suis à votre disposition.
Vous nous prenez pour des faux policiers ? Mais qu’est-ce qu’on en aurait à faire de quelqu’un qui brûle un stop ? Pourquoi on lui demanderait s’il est pressé ?
— Je suis élu municipal, je respecte la loi, pas la menace.
Vous avez brûlé deux stops et un feu rouge ( !?!? première nouvelle), vous vous moquez du Code de la Route, et vous nous faites la leçon ?
— Je respecte le Code de la Route. S’il y a une infraction, je suis réglo, je paye mes amendes. Si j’ai brûlé un stop, c’est 4 points (Je le sais, ça m’est déjà arrivé, je n’avais pas vu un stop à un endroit que je connaissais pourtant par cœur… et une voiture de police arrivait de la droite pile à ce moment. C’est eux qui avaient eu peur). Vous pouvez faire un PV.
On va le faire. (Ils n’en font rien, apparemment. Pas de carte, pas de bic, pas de carnet de PV). Vous êtes blessé ?

Pourquoi cette question ? Ils n’ont pas tiré. Je me suis bien fait une fracture en décembre et ma cheville me fait toujours mal, mais comment le sauraient-ils ?

— Si je suis blessé ? Non, pourquoi ?
Si vous êtes pressé.
— Ah ! Non, il est une heure et demie du matin, je suis devant chez moi, je ne suis pas à quelques minutes près.
Alors pourquoi vous avez brûlé un feu rouge et deux stops ?
— Ah ! Pour le stop au coin de la rue, je vous ai répondu. Que j’aie brûlé un autre stop ou un feu rouge, je ne vois pas du tout.

Je suis sûr d’avoir conduit très calmement, il y avait un kilomètre, je ne vois pas comment j’aurais enchaîné un feu rouge et deux stops sans m’en rendre compte. Et je sais multiplier 3 fois 4, ça fait 12 points, fini le permis, galère en vue.

Présentez votre permis de conduire et les papiers du véhicule.
— Je le ferai bien volontiers si vous établissez votre qualité de policiers.

L’un d’eux sort un gyrophare, et pose sur le toit de sa voiture côté passager. Je suis ébloui une fois par seconde par la lumière bleue. Garder son calme.

C’est un testing ? Pour voir à quel niveau de pression quelqu'un craque, et donne son portefeuille à des gens qui se diraient policiers ?

Ne rien sortir de mon sac, ne pas y toucher. Garder les mains sur le volant.

Vous dites que vous êtes élu municipal, vous avez une carte sur vous ?
— Pas sur moi, mais à dix mètres d’ici, je peux aller la chercher si vous voulez.
Eh bien vous voyez ?

Je ne vois rien du tout. Je n’ai arrêté personne, moi.

Vous nous menacez en disant que vous êtes élu municipal, et vous n’avez pas votre carte ?
— Je ne vous ai pas menacés.
Vous n’assumez pas ce que vous dites ! On est agents assermentés.
— Je ne vous ai pas menacés. J’ai dit que j’étais élu municipal pour expliquer pourquoi je ne pense pas devoir répondre à la menace, mais à la loi.
Vous dites qu’on vous a menacé ? On ne vous a pas menacé.
— Quand je vous demande une carte et que vous me montrez une arme, je trouve qu’il y a une ambiance de menace.

L’un d’eux est sans doute rentré dans sa voiture, une radio de bord crachote quelques mots, ça me semble bien être la tonalité de la police.

À 99%, ce sont bien des policiers. Mais il y a quelque chose qui cloche : pourquoi aucune carte à présenter ?

On a le gyrophare, la radio, les armes, les brassards, et vous nous traitez de faux policiers, de loubards ? Vous savez quoi ? Les loubards, ils respectent la police. Vous ne respectez pas la police.
— Je respecte la police. Je la respecte tellement que dans la campagne municipale, on a demandé qu’il y ait des rondes aux Coteaux, parce qu’il n’y en avait pas. Vous êtes de la Police Municipale ? Pour le coup, je suis très content de vous voir dans le quartier.
Police Nationale. La police municipale n’est pas en civil.
— Vous voyez que je ne suis pas un expert. Bon, si c’est la Police Nationale qui fait des rondes ici, même chose, j’en suis très content.
Présentez les papiers du véhicule.
— Je crois vous avoir déjà répondu. Je vous les présente tout de suite si vous établissez que vous êtes bien des policiers.
Vous réagissez bizarrement !
— Pour les autres, je ne peux pas vous dire.
Je ne parle pas des autres, je parle de vous. Vous réagissez bizarrement. Vous parlez de la loi et vous nous faites la leçon, mais vous méprisez le code de la route, nous nous accusez de vous menacer, vous nous traitez de loubards…
— Si vous avez de quoi enregistrer les conversations, je serais heureux que vous enregistriez. Je ne méprise pas le code de la route, je ne vous accuse pas de menaces, je ne vous ai pas traités de loubards.
Pfff. Vous n’assumez pas.

A ce moment, un seul des trois est encore près de la vitre conducteur. Un autre devant sur la droite ; je jette un regard en craignant qu’il ne force l’autre porte pour prendre mon sac posé sur le siège passager. Le troisième à l’arrière, regarde sans doute l’immatriculation.

La pression a baissé, je me mets à trembler comme une feuille. Je regarde le thermomètre : à 3°, vitre ouverte depuis un moment, en veste, je peux bien avoir froid ; mais le froid ne doit pas être seul en cause. Le tremblement, je ne peux pas le contrôler, et il montre ma peur ; ce que je peux faire, c’est faire voir que je ne me laisse pas emporter par la peur. Je me tais.

Vous avez les papiers du véhicule ?
— Je pense les avoir avec moi.
En circulation, vous devez avoir votre permis et les papiers du véhicule. Si vous ne les avez pas sur vous, c’est une infraction.
— Je pense les avoir avec moi (Je ne suis pas à l’abri d’une distraction).
Vous retardez notre travail. On a dû demander un véhicule en tenue, en ce moment ils sont en intervention, vous retardez leur mission.
— J’en suis désolé. Je vous suis volontiers au Poste de police si vous voulez. Vous avez l’immatriculation de la voiture, j’en suis le propriétaire, donc vous avez mon identité, vous ne risquez rien.
On sait qui vous êtes. Vous vous appelez Frédéric Lefebvre.

Cool : ils ont le fichier des immatriculations, ce sont bien des policiers.

Arrive une fourgonnette blanche. Quatre policiers en tenue en sortent. Je prends mon sac, ouvre la portière et me dirige vers eux.

— Messieurs, je suis rudement enchanté de vous voir.

Je sors mon permis, la carte grise, l’assurance…

Le policier en tenue à qui je les remets :

Pourquoi vous n’avez pas appelé le 17 ? Si vous avez des doutes sur l’identité de policiers, il faut appeler le 17.
— Je comprends. Mais dans la situation où j’étais, me détourner, ouvrir mon sac et sortir mon téléphone, c’était dangereux. Vous ne me l’auriez pas conseillé.
Si vous avez des doutes sur l’identité de policiers, il faut appeler le 17.

L’un des policiers en civil :

Pour les cartes de police, c’est notre hiérarchie qui nous les a enlevées. Elle veut tout numériser.
— Si votre hiérarchie vous enlève vos cartes, j’en suis le premier désolé.
Vous recevrez le PV par la Poste.

Et ils s’en vont. Je gare la voiture le long du trottoir. Je tremble trop pour refaire tout de suite le chemin, vérifier si j'ai vraiment pu enchaîner deux stops et un feu rouge (le feu, je vois où il est). Je le ferai demain.

Je mets une bonne heure à m’endormir, mais pendant ce temps, les policiers ne dorment pas et courent bien plus de dangers que moi dans mon lit. Ou dans ma voiture.

Ceci est un impromptu, un conte, une fiction : je n’ai pas enregistré les paroles des policiers. Eux sont assermentés, pas moi. J’attends le PV.

samedi 21 mars 2015

Quand on voit c'qu'on voit… (chanson)

Quand on voit c’qu’on voit
‘on entend c’qu’on entend
On a des raisons de penser c’qu’on pense
Quand on voit c’qu’on voit
‘on entend c’qu’on entend
Faut pas s’étonner si on pense comme ça.

Si on écoutait
C’que les gens racontent
On en apprendrait tous les jours de belles
Parc’que tout s’qui s’passe
Si on en parlait
Ah, ça f’rait du bruit, tout c’qu’on entendrait.

Y faut dire c’qui est
Sans s’voiler la face
Vous imaginez, s’i’s s’y mettaient tous !
S’y f’saient tous pareil
Ça s’rait pas possib’e
Le bordel qu’ça s’s’rait, moi j’vous dis même pas.

J’vous l’dis entre nous
Vous l’répét’rez pas
Quand on parl’ de ça, ça crée des problèmes
J’vous l’dis entre nous
Vous l’répét’rez pas
C’est des choses qu’y vaut mieux garder pour soi !

Il y a des secrets
Si on les savait
Ça éclaircirait des sacrés mystères
Il y a des secrets
Des choses qu’on dit pas
Mais j'ai pas besoin d'vous expliquer ça.

Vous vous doutez bien
Qu’si on n’en parle pas
Ça, c’est bien la preuve qu’y a que’qu’chose qui cloche
Vous vous doutez bien
Qu’c’est pas par hasard
Si c’que nous on voit, y z’en parlent pas.

Moi j’accuse personne
J’pose juste des questions
C’est quand même bizarre qu’y ait pas les réponses
Je dénonce personne
Chacun voit c’qu’y voit
Ceux qui veulent pas voir, c’est sûr qu’y voient rien.

Moi tout c’que j’vous dis
J’vous dis c’que j’en pense
Après c’est chacun qui s’fait son idée
Moi tout c’que j’en dis
J’vous dis c’que j’en pense
Quelquefois faudrait pas penser du tout

Ça m’a fait plaisir
De pouvoir vous l’dire
Y a trop de gens ici qui veulent pas entendre
Vous êtes sympathique
C’est pas comme tout l’monde
Ça m’a fait plaisir de pouvoir chanter

Quand on voit c’qu’on voit
‘on entend c’qu’on entend
On a des raisons de penser c’qu’on pense
Quand on voit c’qu’on voit
‘on entend c’qu’on entend
Faut pas s’étonner si on tourne en rond.


Dédié ;-) à la mémoire d'une fan de chansons idiotes, Renée Germaine Crépin-Leblond, née Audemard d'Alançon (1904-2004), par ailleurs licenciée de chimie, et ma grand-mère maternelle.

QuandOnVoit_Melodie_21mar15.png

Mélodie et rythme approximatifs…

mercredi 11 mars 2015

Une voix infatigable, contre le dévoiement de l'État

(Areva a annoncé 5 milliards de pertes, l'équivalent de ses fonds propres ; autrement dit, le géant du nucléaire français est en faillite, et le contribuable français va devoir payer. Un scandale d'État ?)

"Je ne connais pas assez le détail des dossiers, pour en faire une affaire de personnes. Mme Lauvergeon était aux commandes, mais elle avait un actionnaire : l'État. L'État est en cause. Les moeurs de ce secteur sont insupportables. Les guerres d'ego entre les présidents des grandes sociétés… ceux qui veulent prendre le contrôle de l'autre… les guerres de communication pour dézinguer leurs voisins, se faire des empires personnels, c'est le pire de la gouvernance française.

Ce sont les mêmes filières, les mêmes grandes écoles, les mêmes corps, les mêmes avantages indus, les mêmes publicités égotistes, c'est une très grave faiblesse de notre État, intimement liée à la manière dont il est gouverné depuis des années.

(Rien ne changera) si vous continuez l'alternance entre les deux partis qui ont les mêmes moeurs, les mêmes pratiques… entièrement contrôlées. Ce sont jamais des gens qui viennent de la base qui se retrouvent au sommet de ces partis…

Au Parti socialiste, vous vous retrouvez au MJS, puis vous allez à SOS Racisme, puis vous devenez assistant parlementaire… (Ce qu'il y a de mal à ça ?) Ils n'ont pas de métier ! Ils n'ont pas d'expérience professionnelle !

Tout cela, c'est la gouvernance dans l'entre-soi à la française. Lorsqu'il s'agit de nommer le patron d'une entreprise, il est rarissime qu'on prenne quelqu'un qui est monté du rang, devenu n°2, 3 ou 4. Quand l'État intervient, les pratiques de l'État se répandent dans les entreprises. Tout ça, ça permet des services mutuels, l'installation de réseaux. Une grande banque, vous installez à sa tête quelqu'un qui vient du bon entourage, tant qu'il a le pouvoir…

Évidemment, en le disant, vous ne vous affrontez pas seulement aux puissants du jour, mais aussi aux puissants du lendemain qui sont aussi ceux de la veille.

(Marine Le Pen fait ce constat ?) Il se trouve que je le fais, et depuis plus longtemps que Marine Le Pen. Pas seulement verbalement : j'ai écrit des livres qui ont été assez entendus… Je considère que ces moeurs, ces ententes entre gens de bonne compagnie — ce ne sont pas des capi mafiosi — sont la faiblesse de notre pays. L'intérêt général disparaît derrière les intérêts particuliers, intérêts de groupes, de clans, de personnes.

Il y a 20 ans, j'étais dans le monde politique français, un sympathique animateur. Jeune responsable, ministre très jeune, chef de parti très jeune.

Pourquoi vous croyez que je me suis séparé de tout ça ? Est-ce que vous imaginez que ça a été facile d'entrer dans cette dissidence ? D'accepter les accusations, les sifflets ? Pourquoi ? J'ai fait ça uniquement parce que j'ai considéré qu'auprès de ceux que j'avais de plus cher, mes concitoyens, mes enfants, je ne pouvais pas continuer à défendre ce système. Quand vous êtes un homme, un père de famille, vous vous dites : Tu ne peux pas continuer ? Eh bien, il faut le dire.

C'est l'histoire de mes quinze dernières années."

François Bayrou, dimanche 8 mars, Le Grand Jury (seul le prononcé fait foi).

Merci à ZigHug, commentateur sur ce blog, qui m'a signalé l'émission.

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