Argenteuillais démocrate… sans frontière

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mercredi 25 janvier 2012

Marianne chez Marine

Une excellente, excellente, excellente enquête de Marianne auprès de Françaises et Français qui disent : « je vote Marine Le Pen ».

Une enquête qui a de quoi faire flipper les démocrates. J’ai maintenant une bonne idée de la favorite pour 2017… si la France ne choisit pas François Bayrou en 2012.

On y parle d'Argenteuil… et apparemment, de ses écoles.

Thierry, 22 ans, étudiant en philo : « J’ai les outils de la réflexion, je sais ce qui est fiable et cohérent et ce qui ne l’est pas. » Fiable ? Les idées de Marine Le Pen, pardi !

En débarquant dans la capitale, le jeune Niçois a perdu ses illusions.

« J’ai grandi dans la vraie France, là où les gens ne tabassent pas leurs voisins. Quand je suis arrivé à Argenteuil, la violence que j’ai découverte était inimaginable pour moi ! »

Thierry voulait être professeur de philosophie ; ses premières expériences au sein de l’Éducation nationale l’en ont dégoûté :

« C’est un milieu où je ne peux pas faire carrière, il n’y a pas d’avenir là-dedans, il n’y a plus aucun respect, ni de l’autorité, ni de la vie en collectivité. »

Thierry a d’abord adhéré à l’UMP : pas d’idées ni de débats, encore moins de résultats. (…) Le philosophe se retrouve chez Marine (…) : le FN est encore porteur d’espoir, quand Sarkozy, « avec le même programme », s’est montré impuissant.

Alors bien sûr, Marine Le Pen est loin des 50% des suffrages : je fais confiance aux sondeurs là-dessus.

Mais je fais aussi confiance à ma propre expérience des enquêtes, pour pondérer ce qui se dit.

D'habitude, les militants et partisans s’expriment de façon compliquée, tactique, masquant leurs faiblesses par des superlatifs, effaçant leurs doutes par des points de suspension. C’est plus ou moins fluide, chaleureux parfois, mais rarement très solide.

Et au contraire, ce que disent à Marianne quelques dizaines de partisans de Mme Le Pen, c’est du lourd. Leurs arguments sont simples, compacts, lourds, cohérents.

C’est du registre de : « quand on voit ce qu’on voit et qu’on entend ce qu’on entend, on a des raisons de voter ce qu’on vote ».

Évidemment, ce sont des analyses illusoires, biaisées, quand elles ne sont pas mensongères. Évidemment, pour que la France s’en sorte, il faudrait faire à peu près l’inverse de ce que propose le FN. Mais aussi… à peu près l'inverse de ce que font PS et UMP depuis 30 ans. Et tant "d'inverses" peuvent dérouter.

Ça me fait penser à 1981 : on ne gagne pas une élection en démontrant que l’autre a tort. On la gagne en étant plus fort que lui. En allant plus loin. En avançant plus vite.

Ces partisans de Mme Le Pen sont des gens tout à fait normaux :

  • Les cogitations microcosmiques des néo-centristes sur le degré de ferveur européiste à associer à la croissance de la production française,… leur sont étrangères.
  • Le subtil jeu de go entre gauche nappée de bleu ciel, et droite du pouvoir d’achat… leur est étranger.
  • La passion des journalistes politiques pour les luttes internes au PS ou à l’UMP, ou pour l’évolution de l’écart en points entre Hollande et Sarkozy… leur est étrangère.

Ex-futur enseignant de philo ou ancien d’Accenture, ouvrière CFDT ou arabe anti-musulmans, tous ont un jugement très simple sur la situation : les gens au pouvoir ont dissout le pays, matraqué d’impôts les travailleurs, distribué des aides à foison aux étrangers, bref, « ils ne nous écoutent pas ».

Le mouvement autour de François Bayrou (ou de Jean-Luc Mélenchon, ou de Nicolas Sarkozy, ou de François Hollande) est dix fois trop ténu pour arrêter ça. Trop intellectuel, trop tactique, trop réservé aux initiés.

Quel que soit le vainqueur de 2012 (vous connaissez mon avis là-dessus), nous connaissons maintenant son opposante n°1.

Et si le pays ne se redresse pas vite, dès avant la fin 2012, alors il tombera chez Mme Le Pen. À mon humble avis.

samedi 21 janvier 2012

Afghanistan : a-t-on prévenu nos gouvernants que ben Laden était mort ?

Souvent les guerres commencent avec de très fortes raisons. Souvent elles continuent absurdement. Tuent et tuent, détruisent et abaissent, simplement parce que personne ne sait arrêter ces affreuses machines.

En 2001, après l'attaque d'al Qaïda contre les États-Unis, nos armées ont soutenu le gouvernement légal du président Rabbani pour qu'il renverse le régime de fait des talibans, allié et hébergeur d'al Qaïda.

Elles n'ont pas réussi à arrêter ben Laden.

Alors elles sont restées, et ont empêché son retour. Jusqu'à ce que les États-Unis le repèrent, dans sa villa d'une ville militaire pakistanaise, et le liquident.

En 10 ans de guerre, al Qaïda a été si affaiblie que sa réinstallation en Afghanistan n'est plus le risque mondial n°1. C'est un risque, mais il pourrait certainement être combattu de façon bien plus efficace et économique, qu'en occupant tout le pays.

Mission occupation terminée. Ouf.


Mais entre temps, les dirigeants politiques occidentaux ont multiplié, dans une étrange compétition de bêtise, les "bonnes raisons" de faire la guerre.

Il fallait construire une nation, construire une démocratie. (Par le fer et le feu ! Vous y croyez un seul instant ?)

Il fallait pourchasser les coupeurs de doigts vernis. (Qui n'existaient pas. Mais là, je parle d'Hervé Morin et Nicolas Sarkozy…)

Il fallait former l'armée afghane. (C'est cela, oui… nos diplômés de Saint-Cyr vont apprendre à faire la guerre, à des gens qui se battent et risquent leur vie dans leurs montagnes depuis 30 ans sans interruption).

Alors évidemment, sur ces trois fronts, chou blanc, et, comme c'est une guerre, tragédies.


Étrange affaire : l'ennemi a été vaincu, et pourtant nos armées devront partir dans l'échec et l'écoeurement.

Ce n'est pas à elles qu'on pourra le reprocher. C'est à leurs chefs.

Ils auraient dû savoir finir une guerre. Pire : ils le savaient, et ne l'ont pas fait.

Dégonfler la bulle de surendettement

Hervé Torchet, décidément un fameux économiste, montre que les pseudo-solutions apportées aux crises depuis 2008 nourrissent en fait cette même crise : en gros, il y a une énorme bulle spéculative mondiale, des masses d'argent qui déstabilisent l'économie, et qui sont nourries par les plans de relance et les "fonds" nouvellement créés…

"le carburant de la spéculation, ce sont les liquidités" … "la monétisation est aussi une création de liquidités, alors qu'il faut réduire la liquidité".



En effet, si on veut considérer 2008 et 2011 comme une même crise, alors la définition de cette crise c'est : une crise du surendettement, public et privé.

Et comme elle est générale, on ne peut pas se contenter de dire "c'est la faute des emprunteurs" ; il faut se demander pourquoi les emprunteurs ont trouvé de l'argent si bon marché, qui leur a fait tellement envie, les a tellement dissuadés de devenir plus économes. Par exemple, pourquoi un pays dont le risque de faillite est reconnu (retrait du AAA) trouve-t-il aujourd'hui de l'argent à 1,5% de taux d'intérêt, soit moins que l'inflation actuelle et prévisible ? Pourquoi les prêteurs prêtent-ils à perte ?

La seule cause que je voie est : la surabondance des liquidités mondiales.[1]

D'où vient cette surabondance de liquidités ?

  1. En partie, du surendettement lui-même, en boule de neige ;
  2. avant cela, de la mondialisation (technique), qui permet des super-marges aux producteurs les plus productifs, ceux qui obtiennent des situations de monopole ou d'oligopole planétaire ;
  3. et particulièrement de la financiarisation, qui multiplie les couches de monnaie de plus en plus fausses au-dessus de la valeur réelle.

Les réponses semblent donc simples :

  1. équilibrer volontairement les budgets (même si de nouveaux "grands" emprunts seraient tentants) ;
  2. réguler la mondialisation et, contre les oligopoles, l'économie de casino et les dumpings, imposer la libre concurrence par ceux qui veulent investir dans l'économie réelle (ce que l'Italie vient de décider) ;
  3. réguler la finance pour qu'elle ait intérêt à retrouver son rôle d'auxiliaire de l'économie réelle.

Qui peut faire cela ?

Ni les extrêmes, qui croient à la fermeture des frontières ; ni l'UMP et le PS, qui ont fait l'inverse depuis 30 ans.

Le centre démocrate, qui porte ces réponses depuis des décennies, peut le faire. Si c'est autour de lui que le pays se réunit.

Notes

[1] Eh non ! Pas l'euro ! Pas l'abominable Europe de Maastricht-Lisbonne ! Sinon, pourquoi l'Allemagne ou la Finlande s'en sortiraient-elles si bien, et le Japon si mal ?

- page 1 de 271