Argenteuillais démocrate… sans frontière

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vendredi 15 avril 2016

Clarté, loyauté et projet : petit vocabulaire de politique féodale

Nous avons eu droit ces jours-ci à un récapitulatif des mots-clés de la politique française, façon UMP-PS, c'est-à-dire de féodalisme.

Clarté : nom féminin. Dépendance acceptée à un réseau politique propriétaire de sièges et strapontins. Terme utilisé pour dénoncer les personnes de la même famille politique qui n'acceptent pas la même dépendance. Ex. : "L'heure est en effet au choix et à la clarté" (Emmanuelle Cosse) ; "Je pense que la politique nécessite de la clarté et la clarté, c'est la clarté des alliances." (Hervé Morin, c'est un peu ancien).

Et si une personne quitte son parti ou sa famille politique, le parti ainsi abandonné se réjouit de cette "clarification". La clarté est donc une valeur universelle.

Loyauté : nom féminin. Allégeance exigée de qui a obtenu un siège ou strapontin. Ex. : "C’est entre nous, non pas simplement une question de hiérarchie – il sait ce qu’il me doit - mais une question de loyauté personnelle et politique," dit François Hollande d'Emmanuel Macron.

Projet : nom masculin. Synonymes : pouvoir, accession au pouvoir, capacité à accéder au pouvoir. Au PS, "il n'y a pas de projet collectif. Il n'y a que des projets individuels," selon Malek Boutih. "La radicalité de mon projet exige de briser les conservatismes et de contourner les prescripteurs d’opinion traditionnels" de la droite, dit François Fillon.

Clarté, loyauté, projet. C'étaient de beaux mots, tout de même. Ils auraient pu parler de ce qu'un militant doit aux citoyens. Je dis ça, je dis rien.

dimanche 20 mars 2016

Le sexe, nouvelle frontière pour l'Église catholique

L'Église catholique est accusée de s'en prendre aux homosexuels et de protéger les pédophiles. Je force le trait ? À peine. Le même soupçon est d'ailleurs porté sur d'autres sphères religieuses (par exemple l'islam maraboutique en Afrique de l'Ouest). Dans le monde d'aujourd'hui, après Sade et Freud, le message porté, sur la sexualité, par l'institution catholique, corrompt de l'intérieur le message d'amour qu'elle annonce. L'Église a un coming out à faire, une nouvelle frontière à conquérir.

Au XIXème siècle, face à la révolution industrielle, elle a développé une "doctrine sociale" qui a très bien tenu la route plus d'un siècle, inspirant notamment les démocraties européennes.

Il lui reste à intégrer la révolution sexuelle.

Ce n'est pas qu'elle tienne un double langage. C'est qu'elle entretient un double silence.

Si elle continue à faire comme si le sexe n'était pas son problème, si elle continue à chercher son salut dans la fuite — en néologismes, abstractions et circonlocutions — elle trahit sa raison d'être : sauver la vie des gens, au plus profond d'eux-mêmes.


Je me lance ici sur deux sujets, sexe et religion, totalement casse-gueule et sur lesquels mes compétences sont limitées. J'espère donc beaucoup du débat, des commentaires, etc. !

Et bien sûr, l'Église catholique fait bien ce qu'elle veut ; en tant que militant politique démocrate, je n'ai aucune leçon à lui donner.

Et bien sûr aussi, si on regarde dans le détail, l'Église catholique n'est pas monolithique. Il y a plein de gens qui disent plein de choses très bien.

Et bien sûr encore, le message émis par l'Église catholique est très différent de l'image que s'en fait la société — du message reçu. Par exemple, beaucoup de gens (catholiques ou non), croient avec le curé d'Eddy Mitchell que

Le pape a dit que l'acte d'amour
Sans être marié est un péché

… alors que, à ma connaissance ou celle de l'article wikipedia sur le sujet, l'Église catholique n'a rien prétendu de tel.

Oui mais voilà.

Quand les évêques du Cameroun, collectivement, appellent les « fidèles catholiques et tous les hommes épris de bonne moralité, à barrer la voie à l’homosexualité », « chose abominable et contre-nature », je n'entends aucune protestation de Rome ou de Lyon, sans parler des animateurs catholiques de la Manif pour Tous. Or les évêques du Cameroun s'appuient, selon la même source, sur le code pénal (civil !) de leur pays "qui prévoit des peines d’emprisonnement fermes pour des personnes reconnues coupables d’homosexualité". Ne devraient-ils pas plutôt militer activement pour que soient abolies ces lois attentatoires aux droits humains ?

Au synode des évêques du monde entier sur "la famille" en 2014, le rapport provisoire envisageait de "prendre acte" que dans les couples de même sexe, "il existe des cas où le soutien réciproque jusqu'au sacrifice constitue une aide précieuse pour la vie des partenaires". C'était une évidence élémentaire qui n'aurait même pas dû faire débat. Eh bien, la phrase a tellement fait scandale parmi la majorité des évêques, que toute considération positive a été supprimée du rapport mis au vote ! Le cardinal archevêque de Vienne s'est au moins opposé, au nom de la "non-discrimination", à… la peine de mort pour les homosexuels.

Qu'apprend-on ou réapprend-on dans l'affaire dite Barbarin ? Que l'omerta sur les crimes pédophiles de prêtres était la règle jusque récemment au sein de l'Église ; qu'un prêtre reconnu coupable d'abus sexuels sur des étudiants (majeurs) a été maintenu en fonctions pastorales et promu responsable d'un doyenné (regroupement de paroisses) par le cardinal Barbarin. Chaque cas personnel est différent et je ne saurais juger de cette décision. Mais je n'ai jamais lu l'équivalent sur des prêtres coupables de détournements de fonds — à ma connaissance, il sont toujours mis à l'écart, ou au moins, on ne leur confie plus les caisses.

Certains catholiques estiment[1] que la sexualité de chaque personne relève (s'agissant de majeurs consentants) de la vie intime sur laquelle il n'y a pas de discours public à porter. L'homosexualité par exemple serait tolérable (comme elle l'était jadis pour tant de nos rois et princes très catholiques) tant que discrète, pour ne pas dire secrète. Tandis que son irruption dans l'espace public, son coming out, serait une insulte à la société, aux valeurs, à la famille, à la religion elle-même.

Ce point de vue me semble très dangereux, car il protège, effectivement, les prédateurs sexuels qui profitent de leur position d'autorité sur des fidèles, des religieuses, des enfants du catéchisme, etc. : face à eux, pas de système d'alerte qui fonctionne, pas de morale partagée, pas de discussion, rien que des bruits de couloir et mouvements d'étouffoir.

Pire, ce point de vue me semble absurde ; tout aussi absurde que l'a été le silence de l'Église sur l'exploitation des ouvriers aux débuts de la révolution industrielle.
— La Bible ne parlait pas du travail en usine ?
— Le contrat de travail est affaire privée entre employeur et employé ?
— La religion ne doit pas pouvoir se réduire à soutenir une politique de droite ou de gauche ?
Prétextes. Quand des adultes et des enfants brûlent l'essentiel de leur vie sur des machines, soit vous (porteurs du message religieux à l'époque), vous avez une "bonne nouvelle" qui sauve leur vie, soit vous êtes infidèles à votre propre message.

J'ignore l'orientation sexuelle de Jésus, et je ne l'imagine pas chanter "I am my own special creation". Mais le final de la même chanson de "la Cage aux Folles" lui aurait très bien convenu, me semble-t-il :

I am what I am
And what I am needs no excuses.
I deal my own deck
Sometimes the ace, sometimes the deuces.
There's one life, and there's no return and no deposit;
One life, so it's time to open up your closet.
Life's not worth a damn 'til you can say,
"Hey world, I am what I am!"

Ça me ferait plaisir que l'Église catholique développe un peu sur ce thème. Après avoir ouvert les fenêtres, le temps vient d'ouvrir les placards !

Notes

[1] Me semble-t-il. Hypothèse non sourcée !

dimanche 13 mars 2016

2006-2016 ou 2007-2017, de l'échec du MoDem à un nouvel espoir démocrate

Un ami et ami-Facebook, MoDem fervent, écrit que

Le "parti" MoDem devait, pouvait se développer. Mais il y a eu tant de défaillances — dans le Val d'Oise, Frédéric en sait quelque chose —, d'absences, de décisions prises appparement par la seule Marielle de Sarnez que nous n'avons pas percé quand nous avions un boulevard. Tant de mauvais choix lors des différentes élections ! Il y eut de graves erreurs stratégiques. Celles de faire alliance, ce qui ne pouvait aboutir à rien, avec l'UDI, puis de se ranger derrière Alain Juppé "a priori", en sont deux.

Je partage souvent les opinions de cet ami, mais pas tout à fait celle-ci ; du moins, elle me donne l'occasion de préciser mon point de vue… et mon itinéraire.

Tout d'abord, je n'accablerais certainement pas Marielle de Sarnez, et je doute que nous ayons eu "un boulevard" à aucun moment. En tout cas, quand la vague de soutien que François Bayrou a suscitée à partir de début janvier 2007 s'est cassée début mars (ces choses-là vont vite même si leur écho dure), l'unique responsable, et c'est vraiment une décision qu'il a prise seule, c'est Nicolas Sarkozy et son "Ministère de l'Identité Nationale". Et les sous-responsables éventuels, ce sont les équipes de la campagne François Bayrou, dont moi-même, qui n'ont pas su trouver une réponse au même niveau de force.

Après cela, 2ème coup de génie de Nicolas Sarkozy (également une idée à lui personnellement, jusqu'à information contraire), avoir demandé à Hervé Morin de créer une mini-UDF (le PSLE puis Nouveau Centre) pour siphonner les élus bayrouistes. Résultat, une campagne législative parfaitement atone, 7 ou 8% des voix pour le MoDem, 3 élus soit 0,5% de l'Assemblée.

Après cela, le MoDem naît tout de même malgré les avertissements de Jean-Louis Bourlanges. 4 ou 5000 congressistes fondateurs, 60000 adhérents c'était un élan inégalé dans l'histoire française récente, mais c'était trop peu pour gagner les municipales qui arrivaient quelques mois plus tard. Devant cette situation, François Bayrou dès le Forum de Seignosse en septembre 2007 choisit de ménager la chèvre et le chou, d'essayer de garder ensemble les grenouilles centristes… Mais sans victoires électorales, quel parti peut tenir ? (sinon les extrémistes genre LO ?).

Le Val d'Oise, où nous n'avions aucune position forte à part la ville de Louvres, était un cas exemplaire de désagrégation progressive du Mouvement, malgré les bonnes volontés et l'investissement successif de nombreuses personnes de talents complémentaires.

Il nous aurait fallu des alliés. Mais lesquels ? EELV ne voulait pas, les personnalités de la société civile proches de nous (Eva Joly…) n'ont pas été convaincues par le peu de potentiel électoral qui nous restait,…

Enfin l'alliance avec l'UDI pour créer L'Alternative était un choix un peu forcé mais raisonnable, car les objectifs et la ligne politique de Jean-Louis Borloo étaient tout à fait proches des nôtres. Mais l'UDI est vite retombée dans le petit jeu de "je titille la droite juste le temps d'attirer son attention et de décrocher un strapontin", j'ignore si c'est la cause ou la conséquence du départ de Jean-Louis Borloo…

À l'arrivée, aux Municipales 2014, et peut-être pour obtenir quelques sièges de conseillers de Paris (quel autre résultat sinon ?), le Modem choisit de soutenir la droite dans toutes les grandes villes d'Ile-de-France, et la gauche dans aucune grande ville de France. Cela contredisait évidemment la notion même de "centre". Pour les militants engagés au centre, c'était la fin… ou le devoir d'assumer eux-mêmes le combat au centre sans plus compter sur l'étiquette MoDem.

Jean Lassalle fait aujourd'hui ce même pas. Bravo. On a besoin de personnes engagées pour porter dans le débat national nos idéaux, nos valeurs, notre proposition politique, appelez ça comme vous voulez. Les autres partis le font bien. Seuls ceux qui n'essayent pas sont sûrs d'échouer.

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