Argenteuillais démocrate… sans frontière

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

dimanche 24 décembre 2017

Un bilan 2017 qui commence en 2014 : à la découverte du rôle de conseiller municipal

Être conseiller municipal, le rang le plus modeste dans l'immense pyramide des élus, mobilise depuis le printemps 2014 une grande partie de mon énergie, de mes préoccupations et de mon temps.

Je n'ai pas trouvé l'occasion d'en parler ici, et j'aurais maintenant cent fois trop à en dire pour un billet de blog ! Je vais me contenter d'en rappeler quelques instants. Vous qui passez par là, si quelque chose vous interroge ou semble mystérieux, vos questions seront bienvenues !

Fin 2013 / début 2014, la majorité de l'équipe MoDem d'Argenteuil, qui avait voté pour une alliance avec le maire sortant, accepte de reprendre ce projet bien que le parti nous ait annoncé l'intention d'accorder son investiture à la droite dans toutes les grandes villes[1]… dont la nôtre. Nos nouveaux partenaires de gauche me demandent d'être candidat en première partie de liste, me considérant comme la personne la plus visible de l'équipe. Nous oublions de demander à figurer en même temps sur la liste pour le conseil d'Agglomération. Notre accord avec le PS précise que nous constituerons notre propre groupe au Conseil municipal, tout en étant solidaires sur le budget et quatre grands programmes dont la défense de l'hôpital ; liberté de vote pour le reste.

Au soir du 2ème tour, la liste est devancée, de très peu certes, par celle de l'ancien maire et ancien député : je me retrouve conseiller municipal d'opposition. Le nouveau Maire tente aussitôt de prendre le contrôle de l'Agglomération, et convoque dans cette manoeuvre un conseil municipal illégal. Je m'oppose à cette manoeuvre anti-démocratique et, solidaire de ma liste, je décide de siéger avec le groupe qu'elle constitue, "Tous fiers d'être Argenteuillais". Au moins le temps d'apprendre le job !

Désigné par le groupe pour siéger à la "commission des Finances et des Affaires générales" et à la commission d'Appel d'offres, je serai en pratique le seul membre de l'opposition à y participer. Je me spécialise donc rapidement sur l'examen des comptes, des budgets, des contrats, et des retombées des emprunts toxiques. Cela va bien à mon emploi du temps de "start-upper" (ou à mon tempérament ours ?). Normalement, un élu municipal passe ses soirs et son week-end en manifestations publiques et événements associatifs. Les Argenteuillais·es ne me voient pas beaucoup… Une brève exception :

Heureusement, mes camarades d'Engagés pour Argenteuil, le mouvement municipal issu de l'ancienne équipe MoDem, font mieux que compenser.

Ensemble, nous préparons chaque Conseil Municipal, nous répartissant l'examen des différents sujets et documents. Nous essayons, sur chaque sujet, d'ouvrir une perspective ou d'apporter une nouvelle idée à creuser, au lieu de nous "positionner" simplement pour ou contre. Notre blog rend compte, sur toutes les délibérations, de mes votes et de leurs raisons. Le "live-blogging" des conseils municipaux y est suivi par des centaines de nos concitoyen·ne·s.

Cela sert-il à quoi que ce soit ? De mémoire, en 3 ans et demi, sur 700 votes et quelques, la majorité municipale a accepté 1 amendement (sur la gratuité de salles municipales). Formellement, les commissions sont tenues, mais sur des décisions fixées d'avance. Nous y posons des questions, on nous promet parfois des réponses, qui n'arrivent presque jamais. En Conseil municipal, suite à une de mes interventions, le Maire s'est amusé à regretter que la Ville ne m'ait pas comme conseiller… C'est pourtant le cas !

Quand les comités de quartier ont été constitués, j'ai été envoyé par le groupe pour siéger à celui du Moulin d'Orgemont. Un nouveau quartier… dont la vie fut brève, car vite refusionné avec Joliot-Curie, sans que j'en comprenne les raisons. Au moins, cela m'aura donné l'occasion de participer aux premières initiatives pour sauver et relancer le marché de la Colonie. Après quoi j'ai été réaffecté au comité de quartier du centre ville. Je boucle ainsi le tour de notre grande ville — j'habitais à la limite du Val d'Argent et du Val Notre-Dame, et ai ensuite déménagé aux Coteaux.

En mars 2016, à la surprise générale, le Maire annonce la vente du point focal de notre ville, l'espace Jean Vilar au bord du pont d'Argenteuil, propriété communale depuis des temps immémoriaux. Avec une collègue du groupe d'opposition, Marie-José Cayzac, nous sommes seuls à voter contre. Avec plusieurs militants et anciens élus de gauche, nous constituons une association, le comité Jean Vilar.

Et voilà comment, dix ans après avoir vécu une campagne présidentielle, je suis entré en politique. La vraie, celle où on se rencontre, on discute, on débat, on entreprend, on combat, sur et pour ce qui nous tient à coeur. Très grand merci aux cofondateurs du comité Jean Vilar, et à celles et ceux qui nous ont rejoint : très divers par leurs parcours, ils m'ont tous donné des leçons de militantisme, disons, des master class. Mention spéciale à la dernière leçon en date, celle de Lucienne Moreau, avec son intervention compacte et percutante devant le Figuier Blanc.

À la rentrée de septembre, j'ai repris mon indépendance par rapport au groupe PS. Je continue à travailler avec lui et à représenter toute l'opposition en commission des Finances, à la commission d'Appel d'offres et au comité de quartier Centre ville (merci au PS pour sa confiance renouvelée !). Mais je peux maintenant exprimer plus directement la position d'Engagés pour Argenteuil sur les sujets municipaux, et spécialement sur Jean Vilar. Cette indépendance m'a valu bon nombre d'invitations à discuter et d'informations plus ou moins confidentielles. Ça me donne l'impression que le tissu politique argenteuillais bouge : il y a de l'espoir que ces années de travail critique, celui d'opposant, servent au final à construire quelque chose !

Notes

[1] Sauf celles avec une liste du centre indépendante. Paragraphe édité et précisé le 27 décembre 2017.

dimanche 26 novembre 2017

Burkina et athéisme

Depuis le début du quinquennat, pas mal d'orientations de la présidence Macron et du gouvernement me donnent de l'espoir. Pas mal d'autres me déçoivent ou m'inquiètent. Pour aujourd'hui, j'en ai une à applaudir : Emmanuel Macron commencera sa tournée africaine par la "terre de l'intégrité", le Burkina Faso. C'est un pays où je suis si heureux et si bien accueilli en tant que demba, beau-frère, que je regrette de ne pas être du voyage. Je l'aurais invité chez moi, plus précisément chez ma femme, comme j'y ai déjà invité Jean Lassalle (l'invitation tient toujours) : l'homme qui a conçu cette maison (Jacques, si vous me lisez, encore merci) avait aussi été le premier patron du jeune maire de Lourdios-Ichère.

Je suis heureux aussi de l'engagement pris par le président de la République,

“Nous veillerons pour les femmes françaises soumises à l'excision à traquer partout ceux pratiquent cette barbarie”

partout, donc, jusqu'au Burkina Faso et dans les pays voisins où persiste, malgré la loi, cette violence contre l'humanité.


Le 27 octobre dernier, XS, commentateur toujours pertinent dans ces pages, m'a surpris en estimant que ce blog "professa(i)t un strict athéisme :)"

Je n'ai su que répondre. Je suis attaché, et c'est comme cela que je comprends le smiley de XS, à une politique qui tienne debout seule, sans devoir recourir à des justifications externes, sans brandir ni la Bible ni Nietzsche. Est-ce une profession d'athéisme ?

Je viens de regarder si le mot "athéisme" figurait ailleurs sur ce blog : oui, une fois ; le 14 septembre 2008, je proposais une échelle de 14 "degrés de laïcité" dans les États, allant de la théocratie à l'interdiction des religions. L'avant-avant-dernier niveau était "La pratique religieuse est tolérée comme survivance, mais critiquée par le pouvoir politique. Le politique reconnaît l'athéisme comme référence. Situation dans l'Europe de l'Est communiste" (du XXème siècle).

J'espère que ce blog s'écarte des pratiques de l'Europe de l'Est communiste ; que sa référence est ailleurs que dans l'athéisme ; que la religion y est pleinement considérée.

C'est bien une foi ou une confiance, un belief, qui m'amène ici, et qui m'a fait créer un blog démocrate sans frontière. Barack Obama l'a merveilleusement exprimé :

The belief in each other — that's what made me a Democrat[1].

En qui croire ? Ou à qui faire confiance ? C'est peut-être la question politique décisive, discriminante. En un homme providentiel ? Un Parti ? Un prophète ? Les riches ? L'armée ? Les nationaux ? La classe ouvrière ? Gaïa Terre-mère, ou ses oracles ? La majorité absolue, ou relative, des électeurs ? La délibération collective ? Des représentants professionnels ? En l'État profond ? En rien ni personne ?

Il y a une quinzaine d'années, j'ai entendu un couplet d'une comptine gestuée, d'origine chrétienne[2], qui m'a frappé jusqu'à aujourd'hui. Il est difficile à retranscrire, la mélodie suggère bien une seule question reformulée quatre fois, je vais mettre des "?,".

Who is the King of the jungle?,
Who is the King of the sea?,
Who is the King of the universe?,
And who’s the King of me?


Touriste français dans un pays très pauvre réputé accueillant, fille promise au féodalisme masculin, militant ou élu local… Who's the King of me? The belief in each other?

Notes

[1] San Francisco Chronicle, 28 octobre 2006, cité par Lisa Rogak, Barack Obama in his own words, Carroll & Graf, 2007, p. 30.

[2] Annie Bush Spiers, 1978, citée par exemple ici.

lundi 13 novembre 2017

Entre adultes. De Yanis Varoufakis à Abou Djaffar, de la dette grecque au 13 novembre

J'ai fini hier de lire "Conversations entre adultes, dans les coulisses secrètes de l'Europe", le récit par Yanis Varoufakis de ses cinq mois comme ministre des Finances de la Grèce[1].

« Parmi les meilleurs mémoires politiques de tous les temps », était-il écrit sur le bandeau de l'éditeur, citant The Guardian.

C'est certainement le cas. Je recommande ce livre au même niveau que la biographie de Steve Jobs par Walter Isaacson, et pour la même raison : vous voyez soudain l'intérieur de ces belles mécaniques qui font l'actualité. Comment ça marche, qu'est-ce qui décide de quoi. La Silicon Valley. L'Europe économique et financière.

Un récit personnel n'est certes pas objectif, comme le rappelle brent ici. Mais c'est une grosse part de vérité. Varoufakis a enregistré toutes ses conversations. Par prudence ; et aussi parce qu'il était conscient de vivre de l'Histoire. Par endroits, je suis peiné pour les personnes dont des confidences personnelles sont citées, Wolfgang Schaüble par exemple ; mais bon, entre temps il a annoncé prendre sa retraite. Par endroits, j'ai plutôt trouvé ces révélations "bien méritées", quand des responsables politiques s'expriment en public, et décident, de façon tellement opposée à ce qu'en privé, ils prétendent penser. Le ils est mérité, pour le coup : ces ir-responsables sont tous des hommes.

L'argument de Varoufakis est simple : il est arrivé au gouvernement avec une proposition gagnant-gagnant pour restructurer la dette grecque. Les détenteurs de cette dette étaient surtout les institutions européennes, qui l'avaient rachetée aux banques françaises (surtout) et allemandes pour sauver celles-ci de la faillite. Les institutions européennes n'ont pas voulu de restructuration, ont préféré jouer perdant-perdant ; et le gouvernement d'Alexis Tsipras s'est incliné, faute de se sentir assez fort, et surtout assez uni, pour gérer seul la faillite.

Les lecteurs et lectrices de ce blog ont l'habitude : j'ai expliqué de mon mieux ce qui se passait, et sans trop de retard je crois. J'ai tenté à mon minuscule niveau de lutter contre la désinformation des grands médias, dont Varoufakis se plaint tout au long du livre.

J'ai tout de même :-) appris de ce livre deux choses essentielles.

J'ai appris que tous les grands dirigeants savaient l'absurdité des politiques qu'ils imposaient (et continuent à imposer) à la Grèce. Même Schaüble. Désolé pour ma naïveté : je croyais certains d'entre eux naïvement abusés par leur propre baratin. Les fonctionnaires, oui, se laissaient abuser ; les grands dirigeants non. Le problème, c'est que la décision revenait souvent aux fonctionnaires. Parce que le "Mécanisme européen", la "troïka", sont des êtres sans existence légale, sans démocratie, purement bureaucratiques. À la fin, tout de même, c'est Angela Merkel qui décide. L'auteur ignore quelles ont été les raisons de la Chancelière. Peut-être simplement le fait que la crise avait trop duré pour que, à ses yeux, il reste le temps de trouver une solution.

J'ai aussi appris que, dans ce vide de la décision politique, de la démocratie, ce sont les grands intérêts privés qui l'emportent. Les retraités et les chômeurs grecs ont payé pour les oligarques et les banques. Désolé pour ma naïveté : j'avais écrit à l'arrivée de Syriza : "Bonne nouvelle pour l'Europe : un pays se débarrasse de la caste politico-affairiste qui a coulé les finances du pays." Je m'étais trompé. La caste était bien infiltrée jusque dans le parti, le gouvernement, la banque centrale de Grèce. Parce qu'il n'y a pas moyen de faire sans elle. Les grands intérêts privés l'ont emporté sur les nôtres.

Je vais continuer à crier dans le désert. Avec le FMI, ce qui console un peu.


En cette triste journée du 13 novembre, Abou Djaffar rappelle son billet du 21 novembre 2015, dont il ne "regrette pas un mot. Pas un seul."

moi éternel ricaneur, d’un seul coup je ne ricane plus car je ne vois pas une faille, mais un tas de cadavres, plusieurs tas, en fait, devant des bars, dans les rues, dans une salle de concert, dans un quartier où l’essence même de notre pays, joyeuse, métissée, a été fauchée. Mais non, n’est-ce pas, tout va bien, tout s’est passé comme prévu ? J’imagine que c’est ce que vous allez expliquer aux familles, n’est-ce pas ? D’ailleurs, n’est-ce pas ce que vous célébriez le vendredi 13 dans la journée ? Moi, qui étais alors loin de la France, je ne trouvais alors sur le compte Twitter de la Place Beauvau, tandis que les morts s’accumulaient dans nos rues, que de misérables manifestations d’autocélébration.

Rien n'a changé. La bureaucratie étatique se complait dans un divertissement au sens de Blaise Pascal : une multitude de petites actions, sans portée, qui lui permettent de ne pas faire face à la réalité, au défi, au danger du terrorisme islamiste.

Que nos armées aient réduit en amas de gravats les grandes villes tenues par "l'État islamique", comme l'armée américaine avait anéanti Falloujah, comme les armées syrienne et russe ont anéanti le centre d'Alep,… qui peut imaginer un quart d'instant que cela démotive les candidats-terroristes ?

Pour trouver de la réalité, il faut écouter un ministre de la Défense dépossédé de sa Défense, celui du Niger (plus diplomate sans doute que Varoufakis ? Le fond est le même), ou un scientifique au nom étranger, de la bonne ville de Grigny.

La trahison est venue des chefs, des élus, des responsables.

La guerre continue donc, ouverte et permanente, en "terres d'islam" du Yémen, de Syrie, d'Irak. Épisodique, par flambées d'assassinats, chez nous.

Pourquoi ? Je passe du constat à l'hypothèse : sans doute pour la même raison que la dette grecque.

Parce que l'oligarchie n'a rien à y perdre et tout à y gagner. Elle n'est pas terrorisée du tout, au contraire, elle est "en embuscade".

Et parce que, face à elle, la décision politique, la démocratie, hypnotisées par les kamikazes, tremblotent, se réchauffent avec des bougies, des mantras laïcistes, de la langue de bois militariste.


Varoufakis a emprunté le titre de son livre à Christine Lagarde, qui voulait avoir à faire à "des adultes". La démocratie grandit. La bureaucratie infantilise.

Notes

[1] Merci au passage à Edgar qui avait attiré mon attention sur les travaux et le blog de Yanis Varoufakis.

- page 1 de 419