Argenteuillais démocrate… sans frontière

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jeudi 27 septembre 2018

Qui peut porter en politique l'intérêt général — sinon toi ?

L'ancienne ministre Marisol Touraine témoignait, lors de la démission de Nicolas Hulot[1] :

"Au niveau d'un gouvernement, on arbitre entre les différents intérêts publics. Vous défendez la santé publique, mais, face à vous, des gens vont défendre l'industrie, par ex.. Et vous devez argumenter face au 1er ministre."

Cette citation me semble très juste ; merci @MarisolTouraine !… et bourrée de sens. Déjà : "au niveau d'un gouvernement, on arbitre" : qui est "on" ? Mon ami militant Pierre d'Argenteuil me le rappelle tout le temps : quand on dit on, c'est qu'y a un loup :-)

Celle qui parle était membre du gouvernement. Est-ce elle qui arbitre ? Eh non, la phrase suivante dit : "vous (du gouvernement) défendez la santé publique". Le ministre est donc, non un arbitre, mais un camp, le défenseur de l'intérêt public : "face à vous, l'industrie p.ex."

Donc, intérêt public contre intérêts privés ? Pas du tout ; la citation dit "on arbitre entre les différents intérêts publics". Et hop, l'intérêt privé est aussi "public" que celui de la santé de la population ! Et "on" devra "arbitrer" entre les deux ! Et non plus considérer l'industrie comme un simple moyen pour la santé de la population.

"Et vous devez argumenter face au 1er Ministre". Donc c'est celui-ci qui arbitre, non pas entre ministres, mais entre deux intérêts publics, l'un représenté par son ministre (qui dépend de lui, veut faire carrière, pèse une voix) et l'autre par "l'industrie" (€, emplois…).

En d'autres termes, l'intérêt général, celui de la population, n'est porté par aucune force face au décideur politique. Le peuple dans son ensemble est absent, transparent, muet, ignoré. Le décideur n'arbitre qu'entre des intérêts privés.

À l'exception près de Ministres qui se verraient en porteurs du seul intérêt général, comme Nicolas Hulot : mais ceux-là ne restent pas longtemps. Parce qu'en pratique, le Ministre n'est pas seul : il est entouré d'un cabinet sous pression des lobbies et composé d'ex-lobbyistes ; il est à la tête d'une administration qui compte sur lui pour défendre ses emplois, son budget, ses projets… et ce sont autant d'intérêts privés ; et il est dans un réseau de politiques (un parti) qui vit, un mandat sur deux, d'emplois de lobbying pour le privé.

Donc, même pour le/la ministre qu'évoque @MarisolTouraine, porter le seul intérêt général, ce serait à la fois un tour de force moral/mental, et une démission programmée.

Ce qui nous ramène à la question basique : comment la démocratie pourrait-elle servir l'intérêt général ?

J'ai cofondé et codirigé (1998-2005) un cabinet pour faire de l'évaluation de politiques publiques ; nous trouvions super d'aider les décideurs publics à répondre à la question "à quoi sert ce que nous faisons ? comment mieux servir l'intérêt général ?"

Mais, en ~40 missions réalisées, je n'ai jamais ou presque entendu cette question. Quand nous proposions une méthode pour écouter l'expérience / le point de vue des gens (du public censé être "bénéficiaire" de la politique), nous étions systématiquement retoqués par les commanditaires publics. ‏ Ce n'était pas de la mauvaise volonté ! Les agents publics que j'ai rencontrés étaient habités par leur mission, et désireux de la remplir mieux encore. Mais les intérêts privés externes et internes (personnels, budgétaires, organisationnels…) prenaient déjà toute la place.

Ils devaient donc s'en remettre au cadre dans lequel ils servaient (loi, mission, institution,… ministre) pour correspondre, espéraient-ils, à l'intérêt public. Or l'évaluateur a rarement pour mission de remettre en question ce cadre : on lui demande plutôt ce regarder qui est fait dans ce cadre. Ça tourne en rond.

J'ai compris ainsi, par mon expérience professionnelle plutôt que comme militant,

1) une des fragilités de la démocratie : elle tend à fonctionner en circuit fermé, sans utilité ;

2) que les citoyens qui voudraient être entendus en tant que collectivité, que public, doivent s'organiser et crier fort.

Il faut faire de la politique.

Notes

[1] Je reprends tardivement cette réflexion publiée à l'époque sur mon fil Twitter.

dimanche 26 août 2018

Éviter que des jeunes d’Argenteuil (ou d'ailleurs) ne basculent dans le fanatisme

À mon humble avis, la fracture entre une partie de la jeunesse, et la majorité de la société française, est LE problème politique pour une ville comme Argenteuil et sans doute beaucoup d'autres en France.

Les émeutes de 2005 n'avaient que le vague motif d'une éventuelle responsabilité policière dans le décès accidentel de Zyed Benna et Bouna Traoré, deux adolescents.

Aujourd'hui, 2018, les courants dits radicaux de l'islam ont une capacité d'organisation et une densité idéologique dix ou vingt fois supérieurs à ce qui pouvait exister dans la jeunesse en 2005.

J’ai trouvé en librairie un petit livre tout neuf, « Prévenir la radicalisation des jeunes », de Jean-Marie Petitclerc, éducateur professionnel dans les "quartiers difficiles" depuis 40 ans (et X :-) ).

J'en propose quelques notes de lecture sur le blog d'Engagés pour Argenteuil.

mercredi 1 août 2018

"La France en courant" 2018 côté chiffres

Avec son style délicieusement désuet en ligne, "La France en courant" a résisté à la manie actuelle de décortiquer en statistiques les performances sportives.

Mais comme c'est mon métier, j'ai cédé à la tentation de visualiser les classements et vitesses successifs de cette édition 2018.

Billet ouvert aux précisions, corrections, commentaires… des participant·e·s en particulier !

Le graphique rappelle d'abord que la "Team Défense" de l'Armée de Terre a dominé du prologue à la dernière étape… Il n'y a eu de suspense cette année que pour les places d'honneur.

On voit aussi que la moyenne était plus faible les trois journées dans les Alpes :-) (étapes 5 à 7).

Beau sprint final aussi, sur l'étape 14. Mais les chiffres sur cette dernière étape sont atypiques, car la matinée a été un tel b… (entre parcours qui croisait celui de la veille, partie "neutralisée", etc.) que les arbitres en ont annulé les résultats. Seule la quarantaine de kilomètres de l'après-midi est comptabilisée ici. Je présume que les deux coureurs d'élite de Back Europe se sont réservés ce sprint final et ont tenté de tenir, à eux seuls, la dragée haute à la Défense, poussant celle-ci à en remettre un gros coup.

Vitesses_par_etapes_2018.png

Notre équipe (département de l'Eure) s'est montrée très régulière, mais avec toujours plus d'1/2 km/h de décalage sur la Team Défense !

Les Russo-Ukraino-Moldaves de Divo Sibelco — "l'équipe russe la plus forte alignée depuis les débuts de l'épreuve" selon l'organisateur — ont accroché les militaires de plus près et ont aussi creusé un gros écart sur nous les 4 premiers jours, écart confirmé dans la montagne… La 7ème étape était aussi la dernière journée de montagne : l'après-midi, pour la première fois, nous avons doublé les Russes épuisés dans la montée du Vercors et sommes arrivés trois minutes devant eux à Villard-de-Lans ; mais il était trop tard pour le classement général. Même épuisés, ils nous ont encore devancés dans 4 des 7 dernières journées.

L'équipe Riou Glass, de niveau assez hétérogène, avec un coureur de niveau national, Christophe Morvan, mais aussi quelqu'un qui marchait plus souvent qu'à son tour, a eu des journées tout aussi hétérogènes. L'arrivée de deux remplaçants, à la 7ème étape, lui a redonné l'espoir de nous prendre notre place sur le podium, mais peu de temps. L'après-midi de la 8ème étape, pour une fois, nous avons fait un peu de tactique : notre coéquipier David a concocté une stratégie offensive calée sur le profil de la demi-étape, qui a empêché Riou de recoller et nous a rendu notre marge d'avance. Les jours suivants, Riou s'est mise en mode plus footing, pour remettre les boosters dans les deux dernières journées et décrocher des podiums d'étapes.

Le graphique montre aussi que plusieurs équipes (L'Eure, CPLV…) sont allées plus vite ces journées d'étapes vallonnées après les Alpes (étapes 8 à 10) que lors de la première étape avant la montagne (étape 1). Malgré la fatigue, et malgré les (mini-)blessures contractées dans les descentes de cols. Les kilomètres musclent !

La plus belle réussite est peut-être celle des Lesaffre, avec une majorité de non-coureurs au départ ! Malgré des blessures, qui les ont obligé à déclarer forfait pour quelques demi-étapes, ils ont recommencé à courir l'intégralité des six dernières étapes, avec des moyennes comparables à celles des équipes en 5ème à 7ème positions.

Enfin, un regard rétrospectif sur les vitesses des équipes gagnantes des dernières éditions montre que "Team Défense", et avec elle le peloton 2018, étaient dans une bonne moyenne, mais loin du record établi en 2015 par l'équipe URMA PACA New Balance, à 15,7 km/h.

Vitesses_des_vainqueurs.png

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