Argenteuillais démocrate… sans frontière

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samedi 23 juillet 2016

Parenthèse : un rayon de bonheur venu de la Méditerranée

La bonne surprise de ce samedi soir : vu et aimé Parenthèse, le film, à l'UGC des Halles.

En résumé : un film de potes à la française sur des quinquas face à la quinquagitude — entre film à sketches pour les personnages masculins, et rôles à la Rohmer pour les personnages féminins. En particulier les deux vingtas face à la vingtagitude, et, magnifiquement filmée, une trenta face à la trentagitude.

Là-dedans, plein de choses nouvelles, d'idées un peu enfantines et qui marchent parce qu'elles sont prises sérieusement, des couleurs et un son qui raviront les quinquas comme moi.

J'ai découvert le cinéma et le forum des Halles rénové : superbe !

J'ai redécouvert le film : son réalisateur, Bernard Tanguy nous en avait présenté en 2014 un pré-montage. Bernard Tanguy est un polytechnicien, camarade de promo. Nous avons passé des dizaines, peut-être des centaines d'heures ensemble dans la vaste salle des Macs, presque vide les soirs et week-ends. À un bout, Bernard faisait de la composition musicale, sur un ancêtre de GarageBand, je présume ; à l'autre bout, je composais sur Jazz (l'ancêtre d'Excel) et sur MacWrite, un mémoire d'histoire contemporaine. On n'était pas potes en fait, on ne se parlait pas.

J'étais fan : Bernard était le leader du groupe de pop-rock de l'école, je trouvais très réussies ses chansons et l'univers adolescent qu'il y déroulait, un premier degré poétique, lyrique, parfaitement assumé…

Oui tout dans ma vie c'est n'importe quoi
J'me sens jamais bien j'ai pas fait l'bon choix

Bernard a donc présenté, pour les 30 ans de la promo, un pré-montage du film. Il y avait des jolis passages, des réparties et des gestes qui sonnaient vrai. Mais — Bernard nous avait prévenus — le résultat n'était pas encore ça. Pour tout dire, les scènes d'exposition au début du film ressemblaient aux scènes de liaison de… Il fallait que les héros embarquent sur leur bateau pour que le rythme vienne et que la mayonnaise prenne.

Bon, bref, je craignais, en voyant l'oeuvre finie, d'être aussi gêné par les défauts qu'admiratif des réussites.

Magie : les défauts sont partis ! Ce qu'il en reste est plus touchant que gênant. Les scènes d'exposition ont été compressées en deux minutes. Tout de suite on embarque. Suis-je si bon public d'habitude ? En tout cas je partage tout à fait la note 4/5 donnée par les 35 premières critiques de spectateurs sur allocine. La grande diversité des notes des critiques professionnels est logique : ceux qui attendraient le niveau Fellini[1] — ou Rohmer — ne l'auront pas trouvé ; ceux qui se réjouissent de la nouveauté, de la sincérité et de la justesse ont été du même avis que moi :-)

Un film qui remet du bonheur et de la réflexion dans ce mois de juillet, idéal pour celles et ceux qui s'apprêtent à partir en vacances — spécialement les quinquas, vingtas, trentas, et leurs parents et ami(e)s !

Le film se termine sur le mot "scénario", c'était le nom du groupe de Bernard&Co.

Bernard, je reste fan !

Notes

[1] Quelques corrections du 24 juillet. Ici j'avais d'abord écrit Hitchcock, en pensant à Fenêtre sur cour et à Mort aux trousses.

dimanche 17 juillet 2016

Le terroriste de Nice "radicalisé" ? Oui, comme tout kamikaze

Je suis avec stupéfaction le débat qui anime Twitter, Facebook et autres depuis l'attentat de Nice — ça a l'air important pour beaucoup de gens, de savoir si le tueur était ou non "radicalisé", était ou non "islamiste", était ou non "dépressif", était ou non "soldat de l'État islamique".

WTF? Qu'est-ce que ça veut dire ?

Le terreau du terrorisme est fertile chez nous. C'est ça, le problème.

Un homme a tué 84 personnes et en a blessé 202, en les écrasant avec un camion frigorifique de location. Il était également armé d'une arme de poing.

Budget de quelques centaines d'euros, arme banale, opération praticable seul : une logistique qui se passe de tout appui, de toute appartenance.

Le terroriste kamikaze n'était pas religieux au sens d'être assidu au culte ou de se conformer aux règles morales de l'islam.

Et alors ? Dans quelle civilisation les hommes armés sont-ils soumis à la morale commune ? En tout cas ni chez al Qaïda, ni chez Daesh. C'est une bien vieille tradition, dans bien des religions, de considérer qu'une mort héroïque rachète ou efface une vie dissolue ou ratée.

Ce n'était pas un agent secret venu d'un autre pays, mais un habitant du coin.

De même que Mohammed Merah, que les frères Kouachi et Amedy Coulibaly, que les auteurs des attentats de Saint-Denis et Paris, de ceux de Bruxelles.

Aucun d'entre eux, que je sache, n'était "radicalement" religieux, particulièrement pieux ou attentif aux textes sacrés. Ce qui est "radical", c'est la décision qu'ils ont prise d'en finir avec la vie en entraînant dans la mort le maximum d'autres personnes — particulièrement de Juifs, et particulièrement de personnes vivant une vie humaine normale, au bar, au concert ou au feu d'artifice, musulmans compris. Leurs pairs du Moyen-Orient ciblent d'ailleurs prioritairement des musulmans de la secte opposée, et des mosquées — chiites contre sunnites. Alors qu'ils partagent la même religion et le même pèlerinage à La Mecque.

Alors évidemment, les musulmans "religieux" s'écartent avec horreur de ces actes.

Comme les catholiques rejetaient avec horreur le terrorisme de l'IRA ou tout récemment celui des "anti-balaka" en Centrafrique.

Peut-être en leur trouvant tout de même des excuses : la cause de l'indépendance et de l'unité irlandaise est noble… les catholiques sont majoritaires en Centrafrique et étaient sous la coupe des milices musulmanes "Séléka" du Nord du pays…

C'est ce même mécanisme d'excuses — politiques, sociologiques, historiques — qu'il me semble urgent de désamorcer dans la société française.

Les tueurs sont fous au sens où ils ont perdu le sens essentiel, celui de la vie humaine. Mais si ces personnes — ces losers, lit-on, ces personnalités fragiles, ces idiots… — ont pu glisser dans cette folie, c'est, je pense dans tous les cas ou presque, à cause d'un environnement familial, amical, social, y compris les 'amis' sur les réseaux sociaux, qui n'a pas joué son rôle humanisant. Rôle qui est, normalement, celui des relations humaines.

En résumé : chaque acquiescement à la théorie du complot juif, chaque acquiescement à la théorie du grand remplacement, chaque acquiescement aux théories selon lesquelles l'islam serait par essence en guerre contre le reste de l'humanité — que ce soit pour approuver ou pour dénoncer — chacun de ces mots-là est un petit coup de pouce à la radicalisation d'autrui. Voire, à la radicalisation de soi-même.

Pas besoin de chercher en Syrie les marionnettistes des terroristes. Ils se radicalisent dans notre propre société. Et elle radicalise fort.

L'union nationale bras ballants, c'est un gag affreux.

Celle dont nous avons besoin, c'est d'une union pour reconstruire une société solidaire, antidote aux complotismes, riche d'espoirs, où la tentation de la violence se dissipe dans l'envie d'entreprendre ensemble. Et pour cela, il faut se parler entre gens différents, pas seulement entre ''amis'' qui se sentent d'un même camp.

samedi 16 juillet 2016

Après Nice : un coup de hache de plus dans l'amarre LR-PS

Jeudi 14 juillet, je regardais depuis notre mont Trouillet les feux d'artifice de la région parisienne, quand le fil Twitter m'a donné les premières mauvaises nouvelles de Nice. J'ai appelé mon ami et associé qui habite à quelques minutes de la promenade des Anglais : heureusement il a répondu et, gêne, c'est moi qui lui ai appris qu'il se passait un drame.

Bernard a dit sur le blog d'EpA notre deuil face à cette barbarie.

Art Goldhammer, dont la pensée a été forgée par l'expérience du Viet-Nam comme par l'art de vivre parisien, commente :

… There is damage enough, carnage enough, blood enough. The point is to induce desperation and trigger an emotional, irrational, disproportionate, and ill-targeted response. And I fear that the enemy is on the point of achieving its goal.

It is becoming increasingly likely that Marine Le Pen will be elected next year. The government seems helpless, and little by little minds are being prepared to accept an authoritarian xenophobic response as the only conceivable next step.

… I am no longer as convinced as I once was that France will be saved from catastrophe by its two-round voting system. Fear is gaining the upper hand. This is what is truly terrifying.

… Assez de dégâts, assez de carnage, assez de sang. L'objectif est de conduire au désespoir, de déclencher une réponse émotionnelle, irrationnelle, disproportionnée et à côté de la cible. Et je crois que l'ennemi est en train d'atteindre ce but.

Il devient de plus en plus probable que Marine Le Pen soit élue l'an prochain. Le gouvernement semble hors du coup, et petit à petit, les esprits sont préparés à accepter qu'une réponse autoritaire et xénophobe soit la seule étape suivante possible.

… Je ne suis plus si sûr que le système à deux tours sauvera la France de la catastrophe. La peur prend la main. C'est ça qui est terrifiant.

Je ne saurais mieux dire. Je considérais déjà Madame Le Pen comme la favorite, car ceux que les sondages classent devant elle n'ont pas un pet de vent favorable. Ils ont de l'argent, le soutien des gens en place, une certaine estime du public — exactement comme Jeb Bush.

Les Français, globalement, ont-ils peur, sont-ils en colère ? J'aurais du mal à le dire car je ressens ces émotions généralement en décalé (inconvénient du tempérament dit secondaire).

Mais ce que je vois ou ressens, c'est :

  • Un rejet des sortants PS+LR, dont les mots sont sans le moindre impact sur la réalité… Que signifie "renforcer les bombardements" en Syrie ou Irak quand nos avions les bombardent depuis des années ?
  • L'évidence qu'aucun parti, même le FN, ne serait plus détestable que les terroristes. La recherche d'un "coup" assez fort pour chasser les terroristes des écrans de télé.
  • La confiance dans le système social, économique, éducatif, de santé… pour perdurer quelle que soit la couleur politique du pouvoir : même le programme du FN ne les affecte qu'à la marge (sur la composition des menus dans les cantines scolaires…), sans parler bien sûr de LR-PS et leurs débats lilliputiens sur la "loi Travail".

Ce qui amarrait les Français au système politique, partisan, en place, s'use ou plutôt se rompt sous ces coups de hache.

Certains commentateurs d'Art s'étonnent d'analyses politiques venant si tôt après la tragédie. C'est que la répétition des attentats de masse — Charlie, Bataclan, Bruxelles, Nice, en 18 mois, pour ne parler que des terroristes français — en a fait une forme de routine. La référence de François Bayrou ou Jean Dionis aux bombardements qui touchaient Londres, est à cet égard très juste.

Nous sommes en guerre ? Je ne vois ni à droite ni à gauche le début d'une stratégie militaire.

Je n'entends aucun expert en sécurité prétendre — que ce soit au sujet du présent gouvernement, ou du précédent — que les décisions pertinentes ont été prises. Les plus favorables au Président actuel expliquent qu'il "ne pouvait faire autrement que ce qu'il a fait", ce qui est plus effrayant que rassurant… en temps de guerre comme en temps de paix.

C'est pourquoi Madame Le Pen n'a plus un boulevard devant elle : elle a une autoroute.

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