Démocrate sans frontière

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vendredi 30 juillet 2010

L'OMC, c'est le bien (pour sauver la planète)

Je reçois un mail (de liste de discussion) où il est dit que pour appliquer une sorte de taxe carbone aux produits importés, un préalable serait de réformer l'OMC. Ça se discute. Et justement je retombe sur un vieux commentaire chez Publius, où je cherchais à expliquer ça.

Quand, pour parler "commerce et environnement", on parle de "dumping environnemental", c'est à la fois juste... et à préciser.

Plaçons-nous, si vous le voulez bien, d'un point de vue libéral[1] ou OMC, cherchant à préserver la possibilité d'un commerce à prix non faussés.

1- Dumping : le dumping consiste à minorer le prix d'un produit donné en masquant certains coûts de revient (qui seront financés ultérieurement, ou sur le prix d'autres produits). L'OMC autorise les Etats à lutter contre le dumping par des taxes antidumping - à condition de bien fonder le calcul de celles-ci.

Par cette logique, un Etat pourrait taxer des importations pour compenser le préjudice que l'exportateur fait subir à son propre capital environnemental, sans le comptabiliser dans ses prix.

2- Biens globaux : c'est aussi classé par l'OMC dans le chapitre dumping, mais c'est autre chose et c'est plus grave. Si un Etat produit en consommant des ressources globales (donc en dévaluant le patrimoine mondial, celui des autres Etats), les importateurs peuvent - et devraient - le taxer pour se rembourser du préjudice subi.

Ainsi, quand les pêcheurs de crevettes (shrimp) thaïlandais utilisent des filets qui mettent en danger une espèce protégée de tortues (turtle), ils dévaluent le capital mondial de biodiversité, et font donc une concurrence déloyale aux éleveurs américains de crevettes (décision OMC du 17 février 2004).

Joseph Stiglitz estime que cette jurisprudence Shrimp/Turtle autorise les Etats signataires de Kyoto à taxer leur importations de produits (venant de pays non-Kyoto), selon la contribution de ces produits à l'effet de serre.

Cette appréciation de Joseph Stiglitz a été très critiquée, mais aucune de ces critiques à ma connaissance ne remet en cause le principe !

Si j'ai bien compris les critiques disent essentiellement que pour appliquer une telle taxe antidumping, il faudrait d'abord prouver et chiffrer l'impact favorable du mécanisme de Kyoto sur l'effet de serre - prouver que les Etats non-Kyoto en question se sont effectivement accordés un avantage déloyal en créant un sur-effet de serre.

Ou dans le cadre d'une taxe carbone : prouver que les Etats hors périmètre de la taxe se sont effectivement accordés un avantage déloyal en ne créant pas un mécanisme similaire.

Effectivement, ça ne sera pas ... coton. Il y aurait un peu de travail à faire là-dessus à l'OMC. Mais rien de monstrueux. Ce type de dispositions essentiellement techniques - le mode de calcul de préjudices - se construit... selon la pression de litiges en cours.

Messieurs les Européens, tirons les premiers !

Vive le commerce libre et la juste comptabilisation du capital environnemental planétaire !

Notes

[1] Le titre du billet est un clin d'oeil à notre wikiostar.

jeudi 29 juillet 2010

République non numérotée

RdB de vacances, non numérotée par Jules, à… la République ce mercredi soir.

Occasion de poker quelques historiques pas vus depuis longtemps (j'ai raté plus de 15 RdB numérotées), jules, ex-versac, Dirty Denys motorisé, le vigilant Authueil, Aymeric,… Quitterie ! eh oui !…

…et de faire la connaissance d'un ex-Gauche libérale devenu président "libéral de gauche". Qui a réagi différemment à la présence africaine sur les Champs le 14 juillet. À la RdB, on débat autour d'une bière, et c'est sympa.

Quand on dit que les blogs réinventent le café du commerce !

mercredi 28 juillet 2010

Etre démocrates = donner de la force au droit ?

En France, nous bénéficions, grâce à la conception républicaine de la politique, d'une sorte de confusion entre le droit et la force.

Cela semble évident pour beaucoup de gens : la personne qui, de par l'élection, détient le pouvoir, a un peu le droit de tout faire. Même de ridiculiser les lieux de concertation ou de débat, d'empiéter largement sur les responsabilités des autres, de soulever l'opinion contre des ennemis imaginaires - au lieu de régler les problèmes du pays. Même de prétendre respecter le pouvoir d'un juge indépendant, là où il n'y a qu'un procureur dépendant... de lui.

En France, trancher ainsi sur tout et rien, on appelle ça "prendre ses responsabilités".

Dans un pays marqué par les idées libérales[1], on soupçonnerait aussitôt l'abus de pouvoir, l'envahissement par l'Etat de ce qui revient aux personnes et aux entreprises, la corruption, la démesure,...

Encore que ! Philippe d'Iribarne dans L'Etrangeté française rappelle (p. 273) "les diverses versions du mythe américain, celle qui magnifie le cow-boy ne comptant sur personne d'autre que lui pour défendre son droit, et celle qui magnifie le lawyer fondateur d'un État où la loi règne… John Wayne et James Stewart dans L'homme qui tua Liberty Valance."

Ça m'a fait tiquer, car je venais de lire sur obamazoom ce commentaire en franglais à la gloire de Sarah Palin :

When Napoleon came back from the orient and saw all those lawyers abuse the system and get rich, he told them to shape up or he put them in prison
Let's see how much those people and their friends have in the banks
Let's get rid of that corruption
Welcome to Sarah palin.
No more lawyers for president

Finalement, la comparaison avec des dictateurs ne consiste pas à accuser un cow-boy d'abus de pouvoir. Mais au contraire à réclamer la liberté de faire paître son bétail dans un espace public au sens de : ouvert à tous, sans règles.

Bon, alors pour vous, c'est quoi, être démocrates, en France ?

Notes

[1] Voir au passage ces deux billets de l'Hérétique sur le libéralisme et le président Sarkozy.

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