Argenteuillais démocrate… sans frontière

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lundi 24 avril 2017

Campagne de Jean Lassalle, un bilan personnel

Décidément, que les visiteuses/visiteurs de ce blog m'excusent, je n'en finis pas de faire le bilan, depuis au moins 5 billets.

Et à force, il manque d'un mea culpa. Je sais bien que des ami(e)s ici présent(e)s, globalement bienveillant(e)s à mon égard, diront que j'ai tout bien fait : dans la défaite, tout le poids du chapeau retombe sur le candidat, alors que dans la victoire, chacun(e) vient dire "qui t'a fait roi ?". C'est comme ça… mais c'est faux.

Donc, qu'est-ce que j'ai fait, réussi ou raté ? Le plus simple est de prendre par ordre chronologique.

La campagne de Jean Lassalle est née de sa marche, son tour de France. C'est en marchant, ou en travaillant de ses mains, ou en méditant, qu'il digère ce qu'il a senti, entendu et vu, et qu'il mûrit ses décisions. J'ai été toujours absent de ces moments-là, et ai échoué à en susciter. Je n'ai donc presque jamais été en mesure de fournir au candidat ces fameux "éléments de langage", ou de comportement, les seules choses qui passent et qui font l'élection, en complément du "fond" personnel et du vécu.

Il me semble que personne, dans l'équipe autour de Jean, n'avait coupé du bois ou abattu des kilomètres avec lui. Résultat, les seuls bons conseillers qu'il ait trouvé étaient dans sa famille, dans sa génération en vallée d'Aspe. Heureusement, ils ont été très bons, lucides et sincères.

J'ai aidé Jean, comme je l'ai raconté ici, pour le livre "Un berger à l'Élysée" puis en coordonnant les travaux qui ont conduit au programme publié ici. J'étais plutôt content de ce travail sur le projet, l'ayant mené à bonne fin avec dix fois moins de moyens et un matériau dix fois plus hétérogène, que quand je travaillais sur le programme Bayrou 2007. Les échos de lecteurs ont presque tout été bons.

Mais la synergie a été étonnamment faible entre ce programme et la candidature de Jean ! Quand il était interrogé sur son programme, il se retrouvait très souvent en position défensive. Un peu comme Benoît Hamon ! malgré la qualité des propositions de ce dernier.

Je crois que Peter Mandelson a dit "une campagne gagnante, c'est un slogan, un slogan et un slogan. À chaque occasion, à chaque question, chaque porte-parole et le candidat lui-même répète le slogan, jusqu'à l'imposer". Il n'y a jamais eu de slogan dans la campagne de Jean, et pire que ça, nous n'avons jamais collectivement fait d'effort là-dessus. Nous avons fait comme si la personne était le message ; mais un candidat sans slogan est une personne désarmée, c'est un message sans punch.

Le collectif a été sympathique mais faible. Nous avons un nombre de bénévoles plus limité que la plupart des concurrents, et nous avons très mal su les mobiliser. Par exemple nous avions préparé dès octobre un petit mémo pour les militants sur les réseaux sociaux : nous ne l'avons jamais diffusé ou publié. Certes, ces sympathisants ou militants étaient presque tous sans expérience politique, sans "métier" : plus tournés vers Jean Lassalle que vers leurs voisins à convaincre. Certains l'appelaient à 4 h du matin en le réveillant, m'a-t-on dit ! De la folie pure. Mais ça aurait justement été notre métier, d'équipe de campagne, de les former et de les outiller. Pas fait.

La stratégie de Jean, que je partageais pour l'essentiel, était simple : devenir Président de la République. Montrer qu'il était la bonne personne pour le job. Faire sentir que l'heure est si grave que la France avait besoin d'un autre type de chef de l'État, d'un "berger à l'Élysée".

D'autres personnes auraient préféré une stratégie plus segmentante à la façon de Nathalie Arthaud ou de CPNT jadis : défendre explicitement les intérêts d'un groupe de population contre la majorité. Par exemple les intérêts des campagnes, ou des territoires périphériques.

Les suffrages que Jean a obtenus correspondent exactement à cela : les montagnes, Corse incluse, et quelques campagnes du Nord-Est (carte du Monde).

lassalle_communes.png

Voilà un résultat qu'il aurait obtenu tout seul, avec sa voiture en sillonnant les vallées pendant un an. Et en fait, c'est exactement ce qu'il a fait, et ce qui a marché.

À quoi a servi, alors, le travail de l'équipe ?

  • Dans la recherche de parrainages, à démultiplier les efforts du candidat jusqu'à en obtenir 708 (dont j'ai obtenu personnellement 0).
  • À gérer les obligations juridiques et comptables. Qui continuent, d'ailleurs ! (je ne m'en suis pas mêlé).
  • À assister personnellement le candidat dans la période la plus bousculée, le dernier mois : attachée de presse, "aide de camp" et famille ont été précieux ! (ma contribution a été proche de 0).
  • Quelques discussions et négociations avec des partenaires ont attiré quelques milliers de voix, peut-être quelques dizaines de milliers au total (je suis une bille dans ce domaine et n'y ai pas participé).

Mais côté communication structurée, démultiplication, capacité de mobilisation collective, le bilan est proche de 0. Les tee-shirts "Lassalle président" sont arrivés l'avant-veille de l'élection. Des panneaux électoraux sont restés sans affiche dans toute la France. Le travail des jeunes, dont deux fils Lassalle, sur les réseaux sociaux, a été fructueux dans les derniers jours, mais surtout auprès des ados, et trop tard pour faire apparaître Jean comme présidentiable.

Comparons à la "France insoumise" ou à "En marche !", lancés à la même époque : le contraste fait mal.

Contrairement à ce que j'avais prévu, et à ce que je croyais dur comme fer, j'ai passé beaucoup de temps sur l'urgent, et raté ou ignoré l'important.


Pourtant, je ne suis pas mécontent ! Pourquoi, mystère et boule de gomme. Voyons voir.

D'abord, Jean avait annoncé une campagne joyeuse, et je crois être resté dans le ton. J'ai négligé un appel téléphonique, et répondu sèchement au téléphone à un militant : les deux fois ça m'est revenu en boomerang. Bonnes leçons. Pour le reste les relations ont été aussi bonnes qu'elles pouvaient l'être. Jean a porté non seulement sa propre campagne mais aussi toute l'équipe !…

Ensuite, pour la première fois de ma vie, je suis arrivé à boucler un ouvrage pour la publication — le programme commenté. C'est une réalisation en soi et j'en suis très fier ! Même si le résultat était trop faible pour être publié.

Troisièmement, Jean Lassalle a tenu la route pendant toute la campagne. Même si je n'y suis pour rien… ça aurait été très gênant de se retrouver associé à un candidat qui part dans le décor. Jean Lassalle a roulé sur la ligne blanche sur le conflit syrien, oui, mais quand on fera le bilan dans trois ou cinq ans, je crois qu'il sera reconnu comme le politique français intervenu le plus justement sur ce sujet tragique. Il a pris des risques. Qui lui ont coûté pas mal de soutiens potentiels, politiques et médiatiques. Mais c'était pour une juste cause.

Voilà, à la fin, la raison d'être heureux de cette campagne, et de ma trop modeste et inefficace contribution, c'est que le combat était juste. C'est une chance que j'ai toujours eue, depuis 18 ans que j'ai commencé à faire "de la politique" : dans une association pour la démocratie participative, puis comme blogueur, puis comme militant, depuis trois ans comme conseiller municipal, parfois comme candidat, et à deux reprises dans des campagnes présidentielles : la chance de toujours participer à de bons combats, de ceux qui vous grandissent. Ils n'ont presque jamais été gagnants, et alors ?

"C'est une nouvelle campagne qui s'ouvre"

… comme le dit à l'instant, 8h59, la chaîne d'info que je regarde.

Plusieurs ami(e)s m'ont demandé mon demandé mon commentaire post-électoral.

Le nom des finalistes ne nous surprend pas : il y a un an, je donnais Marine Le Pen favorite du premier tour, et Jean Lassalle situait Emmanuel Macron (qui n'avait pas présenté sa candidature) comme "son concurrent le plus sérieux". Nous n'aurons pas réussi à écarter ce scénario.

Jean Lassalle arrive donc 7ème sur 11… ce n'est pas le chiffre parfait, même si c'est remarquable pour un candidat indépendant. Il a tout de même manqué sept millions de suffrages pour se qualifier pour le second tour :-)

Mais "c'est le coup de bambou pour les militants" comme le dit à l'instant la même chaîne d'info en parlant… du PS. Et ils venaient de dire à peu près pareil de la droite. Le coup de bambou est très partagé.

J'écrivais il y a un an, le 24 avril 2016 "Les candidats des deux "grands" partis éliminés au 1er tour de la présidentielle • c'est arrivé près de chez nous", et c'était en Autriche, avec la droite nationaliste contre un indépendant de centre gauche, investi par les Verts.

Je rejoins donc le jugement de François Bayrou "Les Français veulent tourner la page".

Ils le font en suivant François Bayrou dont le soutien à Emmanuel Macron, fin février, aura été le mouvement décisif de cette élection. Marginalisé pendant quinze ans, François Bayrou aura enfin été "faiseur de roi".

Mais pour tourner la page, les Français placent en tête le candidat le plus proche du sortant !

Extra-lucidité ou méprise ? Je suis très mal placé pour en juger, parce qu'une élection se court en couloirs, on a peu de visibilité sur ce qui se passe chez les concurrents.

Autour de Jean Lassalle, il a manqué un mouvement viral (sauf les tous derniers jours), sans doute pour des raisons profondes qu'il me reste à approfondir.

Les médias qui m'ont gentiment interrogé hier soir ont retranscrit une version légèrement déformée de mon nom ou de mon prénom, et de mes propos, mais c'est la loi du genre.

À lire ce qui s'est passé chez les autres, l'ambiance la plus proche de celle que j'ai vécue avec Jean, est celle chez Mélenchon. Le même Mélenchon a obtenu 34% dans notre bonne ville d'Argenteuil à municipalité de droite, contre 12%à Fillon ! Et 32% à Bezons voisine, à municipalité PCF, contre 12% aussi. Une fois de plus, notre circonscription se distingue des résultats nationaux.

Au plan national, l'analyse de presse où je me reconnais le plus est celle de Yolande Baldeweck de "L'Alsace" :

Les Français ont renvoyé gauche et droite dos à dos pour tenter une nouvelle aventure. Au-delà des idées, l'avenir de la France, le 7 mai, se jouera entre un jeune homme brillant, qui a su saisir les opportunités et réussi à transcender les clivages en profitant des circonstances, et une femme stratège se voulant rassurante quand elle ne joue pas sur les peurs pour manipuler les foules. Quel sera le niveau du vote d'adhésion dont bénéficiera le futur président ?

L'électorat a fait un autre choix que celui qu'a proposé Jean Lassalle, avec la poignée de militants dont je suis heureux de faire partie. C'était prévisible et prévu. Une nouvelle campagne s'ouvre donc, entre deux candidats. Inédite en France, elle peut être d'autant plus intéressante.

vendredi 21 avril 2017

Rideau !

Voici que les rideaux vont se refermer sur les isoloirs.

Lectrices, lecteurs, ami(e)s qui avez toléré ma monomanie lassalienne depuis neuf mois, vous savez que ce n'était pas contre vous : c'était pour la France.

La campagne de Jean Lassalle, donquichottesque pour sûr, est un grand et beau combat pour notre liberté à tous, pour transmettre à nos enfants un monde en paix.

Et on s'est bien marrés aussi.

Peut-être la qualification pour le tour suivant sera-t-elle dans les résultats de 20 heures dimanche. Elle n'est pas encore dans les esprits des citoyennes et des citoyens. Pour que cela se fasse, il faudrait une sacrée maturation express pendant la journée de pause de demain samedi.

Et si les choses avancent autrement, ou plus tard, ou ailleurs, qu'il en soit ainsi. Lo que ha de ser no puede faltar.

Les réactions à cette campagne qui m'ont le plus touché :

  • sur le programme, celle de Natacha Polony ;
  • sur l'équipe, celle des journalistes des Inrocks ;
  • sur Jean, celle du premier Argenteuillais passé quand je collais une affiche du candidat : "Lui, il est bon. Il est avec les plus démunis. Sa grève de la faim dans l'Assemblée nationale… C'est lui qui a mon vote".

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