Dégraisser la force de dissuasion : enfin une bonne décision de Nicolas Sarkozy !


Ça fait dix mois que je veille au balcon de mon blog, décidé à signaler la première décision gouvernementale qui me conviendrait dès que je la verrais poindre. J'ai eu deux ou trois faux espoirs.
- L'excellente idée de remplacer le samedi matin à l'école primaire, par le mercredi matin, s'est transformée en citrouille (la suppression du samedi matin, -11% d'horaire scolaire, devinez les résultats à prévoir) ;
- La réforme des régimes spéciaux s'est transformée en alignement sur le régime des fonctionnaires, qui n'en avait certainement pas besoin ; et j'en passe parce que ce n'est pas le sujet.

C'est dans Ouest-France, qui nous présente ce samedi le nouveau visage de la force de dissuasion :



Parce que, dit Nicolas Sarkozy à Cherbourg, nos Armées auront à faire des "choix trop longtemps occultés" (sic).

Pas par tout le monde. Voici bientôt cinq ans, dans la discussion parlementaire sur le Projet de Loi de Finances 2004, mon camarade Paul Quilès déclarait, selon le compte-rendu :

"Il est regrettable … [que le] consensus [sur] les grandes orientations de la politique de défense du pays … empêche l'engagement d'un véritable débat … sur la question du nucléaire. … Les crédits consacrés à la dissuasion … représentent chaque année plus de 3 milliards d'euros, soit 20 % des crédits d'équipement et 10 % de l'ensemble du budget de la défense (contre 3 % au Royaume-Uni). Par ailleurs, après avoir logiquement baissé au cours des années 1990, les crédits destinés à la dissuasion ont recommencé à augmenter depuis 2001 : + 68,7 % en autorisations de programme, + 37 % en crédits de paiement.

Cette progression récente des sommes consacrées à la dissuasion est liée à une « modernisation » de la force de frappe nucléaire de la France, qui n'a fait l'objet d'aucun débat préalable. En effet, le respect des grands principes de la doctrine nucléaire de la France que sont le concept du « non emploi » et celui de « stricte suffisance » ne requiert pas de lancer de nouveaux programmes, comme le futur missile M51 à longue portée, dont on est en droit de se demander à quel type de scénario il est destiné. Va-t-il répondre à un manque de l'actuel système de dissuasion ou signifie-t-il que l'on estime que dans les dix prochaines années la France devrait avoir à se défendre, seule, contre des ennemis lointains ? Par ailleurs, s'il est vrai que de nouvelles menaces sont apparues (terrorisme, prolifération...), on peut douter de l'effet de la dissuasion face à des acteurs dont les comportements ou les actes n'ont rien de rationnel et dont l'identité reste difficile à préciser.

… M. Paul Quilès a présenté un amendement visant à réduire les crédits d'équipement de la dissuasion nucléaire de 500 millions d'euros, correspondant à l'économie que permettrait de réaliser l'abandon du programme M51 et de la construction d'un quatrième SNLE-NG. … Il a … recommandé à la Commission des Affaires étrangères d'émettre un avis négatif à l'adoption des crédits de la Défense".

La comparaison France / Royaume-Uni est frappante : la France consacrerait non pas "plus de 3 milliards" par an à la dissuasion nucléaire, mais 1 milliard. Projetons ces 2 milliards d'économies sur 17 années pleines depuis la chute du mur de Berlin : ce seraient 34 milliards économisés. Supposons qu'ils soient utilisés à d'autres dépenses ou au désendettement, c'est-à-dire, monétairement, investis à 4% (le taux d'intérêt de la dette, ou le taux d'actualisation recommandé par l'ex-Plan pour les investissements d'État) : cela fait plus de 12 milliards de PIB annuel supplémentaire, soit 0,7 point de croissance une année donnée.

Il est vrai que les mêmes questions se posent… au Royaume-Uni.

Il est vrai que François Bayrou se posait les mêmes questions que Paul Quilès, sur l'absurde dépense dans de nouveaux missiles alors que les anciens… étaient toujours d'attaque… Mais le consensus était ce qu'il était.

Bref. Nicolas Sarkozy a annoncé la réduction d'un tiers du nombre d'avions porteurs de la bombe nucléaire. Mais ils sont changés au passage, de Mirage 2000 N / Super-Étendard, à des Rafale. L'économie sur les équipements sera donc bien moindre qu'un tiers (si même il y a une économie). C'est sur le fonctionnement annuel qu'on économisera peut-être.

Excellente décision. Il aurait dit "réduction de moitié" que j'aurais applaudi des deux mains.

Malheureusement, il a gâté ça avec un pur délire qui renvoie la "guerre préventive" américaine - qui était une guerre conventionnelle - au rayon jeux d'enfants : notre président de la République propose un "avertissement nucléaire" contre le pays qui viendrait, non à nous attaquer directement, mais à "se méprendre sur notre détermination à sauvegarder nos intérêts vitaux". Oui messieurs dames, oui citoyens, oui chers amis iraniens ou d'ailleurs, la troisième bombe atomique utilisée en vrai, après Hiroshima et Nagasaki, serait envoyée par la France, et pour quoi faire ? Pour "marquer notre détermination" et "rétablir la dissuasion". Bombarder d'abord, sans se fâcher, juste pour assurer que les choses soient claires.



Le sommeil du débat démocratique engendre des monstres.

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Mis en ligne : Lun. - Mars 24, 2008 - 10:10 PM   Accueil :   Aussi sur ce sujet :      


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