Sondages : marges d'erreur et quotas


L'utilité des blogs, c'est qu'ils permettent, comme ici même, à un non-spécialiste de s'exprimer sur ses centres d'intérêt, quitte à errer : aux commentateurs de commenter. Thierry Vedel s'en prend aux sondages par quotas. Selon lui, c'est à cause de cette méthode que l'on "ne connaît pas la marge d’erreur des sondages politiques". En effet, "les responsables des instituts considèrent que la marge d’erreur des sondages par quotas est équivalente à celle des sondages aléatoires. Mais les statisticiens disent qu’on n’en sait rien."
Erreur répandue (y compris dans la littérature), mais erreur tout de même.

Jean-Claude Deville a produit dans les années 90 une excellente théorie des sondages par quotas, et même deux. Le résultat est que les sondages par quotas sont plus précis que l'aléatoire standard, mais, dans le cas des intentions de vote, seulement un peu plus précis.

Cela vaut la peine d'expliquer pourquoi, car cela donne une piste pour comprendre l'erreur de sondage.

"Aléatoire" veut dire que les répondants sont pris au hasard sur une liste exhaustive, par exemple un annuaire parfait.

"Quotas" veut dire : on les prend aussi au hasard, mais on regarde pour chacun si ses caractéristiques sont déjà surreprésentées dans l'échantillon, et si oui on le refuse et on passe au suivant.

Les sondages français ne sont donc pas moins "aléatoires" que ceux d'autres pays comme l'Allemagne. Ils ne sont pas non plus moins coûteux - c'est au contraire un surcoût.

Le problème ne vient pas des quotas. Il vient

1) (Thierry Vedel l'écrit) de l'absence de liste parfaite dans laquelle tirer au hasard,
(et même dans les pays où il y en a, elles ne sont pas forcément utilisables en pratique pour les sondages)

2) (et surtout) du fait que les gens qui acceptent de répondre sont différents de ceux qui refusent.

Une enquête exhaustive sur un quartier a ainsi démontré que les sympathisants de J.-M. Le Pen répondent moins à l'enquête que les autres [désolé, je ne retrouverais pas la source].

Ce type de "biais" est indépendant de la taille d'échantillon ... et pratiquement indépendant des quotas. Biais bien difficile à anticiper et chiffrer. Il peut être bien supérieur à la fameuse "marge d'erreur de 3 points d'un sondage aléatoire sur 1000 personnes".

C'est ce biais qui légitime les "redressements" des instituts. Le problème est que ces redressements sont totalement opaques : il faudrait, pour plus de transparence dans le débat public, qu'ils publient aussi, sur leur site, leurs chiffres bruts.

Mis en ligne : Mar. - Mars 13, 2007 - 04:33 PM   Accueil :   Aussi sur ce sujet :      


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