Souvenirs d'une campagne 2.0 : le goût du vrai ?


Au siège de campagne de François Bayrou, nous avons essayé, comme d'autres, de répondre aux demandes, d'être accessibles aux gens. Evidemment, ça n'est pas rentable en termes de voix ; sauf peut-être quand passe la caméra cachée de médias testeurs. Quelques souvenirs !

La directrice de campagne, Marielle de Sarnez, a décidé que nous répondrions, un par an (sans l'aide d'aucun automate), aux mails envoyés par des internautes à partir du site bayrou.fr = en moyenne un millier par jour à partir de l'ouverture du site, mi-janvier.

L'organisation des équipes pour assurer ces réponses, et l'interface de gestion des mails, ont été progressivement mis au point. J'ai moi-même répondu à quelques mails (sans doute un millier au total) ; surtout à des mails posant des questions précises sur le projet de François Bayrou.

Par exemple la question posée par Judith le 28 février à minuit. Et me voilà une star de chez star.


Et du même coup, le travail d'une collègue de l'équipe se retrouve exposé aussi. Bravo Morgane.


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Un coup de sonnette ?

"La misère frappe à la porte des candidats", écrit France-Soir le 16 avril.

"Notre journaliste s'est transformé en mendiant, le temps d'une enquête", "devant leurs sièges de campagne avec une simple pancarte : "J'ai faim. Merci"."

En lisant le journal, on constate que le mendiant n'a pas été dérangé devant le siège du FN, dans une ruelle où personne n'est passé pendant l'heure du test.

Que chez José Bové et Philippe de Villiers, une militante a été envoyée : "ils ont donné à boire et à manger".

Au PS et à l'UMP, "un instant a suffi" pour que le mendiant soit arraisonné par deux policiers, et menacé d'arrestation - mais pour s'en aller sans dommage.

À l'UDF, le mendiant est resté assis 43 minutes devant la sonnette (photo à l'appui !) ; finalement "un membre du personnel ... s'en va, laissant croire qu'il va prévenir la police".

Oui mais les intertitres et débuts de paragraphe de France Soir simplifient et ça donne :

"LES DEGAGEURS : ils sont au nombre de trois, Nicolas Sarkozy, François Bayrou et Ségolène Royal. À leurs QG, on n'a pas fait de sentiment lors qu'un a intimé l'ordre de partir à notre mendiant. À l'UDF, siège de François Bayrou ..." etc.

On n'est jamais trop 2.0 ?...

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Une autre journaliste (de Metro ? j'ai égaré la source [edit : de Paris Match, voir le blog de Bix]) a testé l'accueil dans les QG : elle se présentait comme sympathisante, proposant d'aider pour la campagne.

Si, chez Arlette Laguiller, on l'a éconduite par interphone, elle a été immédiatement incorporée, et avec enthousiasme, à l'équipe d'Olivier Besancenot.

Elle a été très bien accueillie aussi au siège de campagne de François Bayrou (par M. ..., bravo et merci pour elle !), pendant près d'une heure si mon souvenir de lecture est bon.

(La testeuse n'allait pas au-delà de ce premier contact, ce qui nous a hélas privé de son aide !).

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Quelques jours avant le premier tour, on m'a passé, en tant que statisticien de la bande, un appel téléphonique.

L'interlocuteur, se présentant comme militant du Morbihan et proche d'une huile bretonne, m'a fait part de résultats "d'intentions de vote" extrêmement confidentiels : il s'agissait de la compilation de l'ensemble des types d'enquête disponibles, réalisée par une société américaine selon les méthodes d'un groupe de communication suédois ... Différents des sondages officiels, ces résultats devaient conduire à revoir profondément la stratégie de campagne, selon les territoires, etc. Et ne croyez-vous pas que les sondages sont truqués ? Au siège de campagne, avez-vous des informations sur les manoeuvres des sondeurs ?...

Pendant l'entretien, je demande les noms des sociétés en question et les cherche sur google : inexistantes.

J'ai invité l'interlocuteur à m'envoyer ces éléments par mail, en lui donnant mon adresse : je n'ai jamais rien vu venir.

Militant berné ? Journaliste testeur ? plus probablement, bonne blague entre amis. Aucune couverture médias pour celle-là :-(

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Le site bayrou.fr a joué également, je crois, un rôle similaire pour un "effet de réalité".

Les propositions politiques démocrates cèdent rarement à la tentation (pourtant utile) de la simplification. Elles se présentent souvent emballées de prudence, de procédures, de considérants, rarement sous forme de slogans définitifs. Cela contribue sans doute à expliquer le succès qu'ont rencontré la droite et la gauche en prétendant que "François Bayrou ne propose rien".

J'ai travaillé d'octobre à janvier principalement sur la constitution de la rubrique "Propositions" de bayrou.fr, avec deux collègues, il y a dû y avoir au total environ 10 mois-homme pour environ 120 fiches d'une page chacune ... qui plus est, sans travail de rédaction proprement dit : tout le texte est de François Bayrou, copié-collé-assemblé. Débauche d'énergie qui semble cependant avoir payé : ces pages ont été parmi les plus fréquentées (près de 100 000 visiteurs pour la plus lue) et commentées (de l'ordre de 10 000 commentaires au total).

5480 pages web, selon google, ont créé un lien vers bayrou.fr, dont 820 directement vers la rubrique propositions du site (contre 4640 vers sarkozy.fr lancé en même temps, 6340 vers desirsdavenir.org lancé un an avant, 67 vers lepen2007.fr).

De mémoire, j'ai vu beaucoup de blogueurs écrire "Bien sûr que François Bayrou fait des propositions, il suffit de regarder sur bayrou.fr/propositions".

François Bayrou comptait sur la partie "portrait" du site pour apporter le même effet de réalité - pour faire de bayrou.fr "un site de rencontre". À ma connaissance, cela a moins bien fonctionné. Peut-être parce que ce sont les vidéos "une minute" qui ont - très efficacement - joué ce rôle, permis une "rencontre" plus intime que la lecture de (brèves) pages de biographie. Peut-être parce que les commentaires n'étaient pas possibles sur ces pages de portrait - faute de cette circulation visible, de ce retour des internautes, elles n'ont pas vécu pendant les 4 mois de campagne, elles n'ont jamais été relues, discutées, modifiées.

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Une page de BigBangBlog, une de France Soir, une de metro Match, quelques milliers de commentaires et quelques millions de pages vues, ça n'est pas grand chose au regard d'une seule minute de "J'ai une question à vous poser".

Aussi passionnant soit-il, le travail "2.0" est constamment dérisoire, s'il n'alimente pas directement le "1.0", le message destiné aux médias de masse. Et pour cela, rien n'est plus efficace que la participation directe, personnelle du candidat au dialogue avec les gens - sur internet avant la campagne, en vrai pendant la campagne.

Encore que - le vainqueur avait une autre stratégie. Les gens avec qui il dialogue sont des people et des hauts fonctionnaires - face aux vrais gens, il ne dialogue pas, il "vend" - et il ne blogue ni ne surfe ; et il a convaincu tout de même. La politique, c'est un métier ;-)

Mis en ligne : Mar. - Mai 22, 2007 - 03:40 PM   Accueil :   Aussi sur ce sujet :      


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