Obama est là, il est un peu là !


J'ai le droit à une petite fantaisie militaire ? "un peu là", c'était la devise de mes dix-neuf ans en tenue bleue - non monsieur, pas en uniforme - de chasseur alpin.
Aujourd'hui, celui qui est "un peu là" après avoir passé le premier col, le plus dur, le reste c'est dans le rythme, c'est Barack Obama.

J'ai sans doute entendu parler pour la première fois de Barack Obama quand il a créé son "comité exploratoire" avant de lancer sa campagne présidentielle, le 16 janvier 2007. J'ai vu sa photo, sans doute sur lemonde.fr ou lefigaro.fr, et je me suis dit : waoh. Il peut.

Je n'ai pas osé faire un billet sur cette impression photographique. J'ai été voir sur wikipedia et ailleurs, vite fait.

J'ai écrit le 17 et envoyé le 18 janvier une note d'une page et demie pour François Bayrou, qui commençait comme ça : "Le sénateur Obama m'apparaît, sauf scandale imprévisible (notez la grande profondeur de cette précaution oratoire), comme un des favoris à l'investiture démocrate. Il donne un coup de vieux à toute la génération du politiquement correct … à la fois par la qualité de son travail législatif, et par sa capacité à parler aux gens simplement, de ce qui les intéresse. Et il est très "UDF" (Cf. dans le discours suivant l'importance donnée à la fraternité comme articulation entre la liberté et l'égalité)."

J'ai repris le reste de cette note ici, le 19 janvier, dans un billet au titre approximatif : I stand for Obama. Ça n'était jamais que le 223ème billet de blog en français au sujet du sénateur. Tenez, même [moi] m'avait devancé.

Obama est "doté d'un discours consensuel et d'un sourire éclatant à défaut d'une longue expérience politique", écrivain subtilement Le Parisien le 17 janvier.

Neuf mois plus tard, dans Libération, son envoyé spécial dans l'Iowa Philippe Grangereau citait une infirmière à la retraite : «Obama m’a beaucoup impressionné par son énergie, et son programme d’assurance santé universelle me plaît. Mais en le voyant de près, j’ai trouvé qu’il était beaucoup plus noir de peau qu’à la télévision»

Samedi dernier, Libération titrait : "Obama, candidat très présentable".

Entre temps, effectivement, le sourire éclatant et le programme qui plaît ont été rejoints par l'ingrédient indispensable d'une campagne présidentielle : Obama est devenu présidentiable. Le "Noir" (métis) a été classé n°1 par un État à 95% blanc. Où on s'est deux fois plus déplacé pour voter que lors de la précédente primaire présidentielle. Et où on vote en "caucus", c'est-à-dire qu'on affiche publiquement sa préférence.

Barack Obama l'a parfaitement compris : "Nous avons choisi l'espoir plutôt que la peur", … "vous avez fait ce que les cyniques disaient que nous ne pourrions pas faire", cyniques selon lesquels "ce pays était trop divisé, trop désabusé pour jamais parvenir ensemble à un objectif commun"…

Je repense à l'affiche de Ségolène Royal avant le premier tour, mère sévère misant sur la peur et la honte de 2002, blanc blafard sur noir corbeau, et je regrette que ça ait marché.

Hilary Clinton est repoussée à la 3ème place dans l'Iowa.

J'entendais à la radio ou ailleurs des analystes faire la fine bouche "si, si, si, … alors peut-être … mais l'Iowa n'est que la toute première étape …".

Pourtant les premiers sondages après l'Iowa montrent que le col est passé. Les deux derniers sondages pour le New Hampshire (wikipedia) donnent Obama en tête avec 10 et 12 points d'avance, alors que les 6 sondages avant-Iowa donnaient Mme Clinton première, avec 4 à 12 points d'avance. Voir aussi deux sources qui le montrent en progression.

En août dernier, j'ai passé 10 jours à Washington et New York, c'était ma première découverte des Etats-Unis. La différence de nos civilisations m'a tellement frappé que je me suis dit : il n'y a sans doute pas moyen de faire de la politique dans la même perspective, sur la même ligne. Mais j'ai acheté "Barack Obama in his own words",
… une sorte d'abécédaire des propositions du candidat, qui ressemblait à ce que j'avais fait avec Jacques Bugier et Muriel Montero pour François Bayrou - principe que les responsables du site sarkozy.fr avaient repris dans les derniers jours de campagne, ce qui m'avait permis de découvrir des mots immortels à l'entrée "Usines", du genre "Je ne veux pas d'une France sans usine", "Si les usines partaient, le reste partirait aussi" et autres "Je veux une France qui se batte pour garder les usines". Mais je m'égare. C'est lui qui a gagné.

Ce bouquin, je l'ai lu scotché, mais j'ai mis des mois à trouver le temps d'en traduire (mal) quelques pages, pour France démocrate. Je vous les ai déjà recommandées, ces pages, mais je remets ça :
 "Les États-Unis n’ont jamais disposé d’une telle puissance, et jamais ils n’ont été aussi peu capables d’influencer" : international, sécurité, énergie ; 
 "Passons par le marché ou par une intervention de l’État, mais regardons ce que ça donne en pratique" : emploi, société, immigration, éducation, valeurs ; 
 "Je crois que les gens voudraient un retour à quelque chose comme l’intérêt général" : institutions politiques face à l’argent et aux médias ; 
 "Mon boulot, c’est de parler de façon aussi vraie que possible" : citoyenneté et responsabilité en politique ; 
 "Croire en l’autre - c’est ce qui a fait de moi un Démocrate" : le Parti Démocrate.

Je titrais sur "Un Bayrou à Washington ?"

Tout le mal que je lui souhaite est de faire le mile du Capitole à la Maison Blanche. Tel le touriste français ébahi par le fossé des civilisations.

Mis en ligne : Sam. - Janvier 5, 2008 - 10:47 PM   Accueil :   Aussi sur ce sujet :      


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