Le "même combat (perdu)" du Centre depuis la Libération


Rebond sur un billet de Dang sur koztoujours.fr.

Merci à Dang de le rappeler : le Centre n’est pas né de l’année dernière. Il remonte d’ailleurs à bien plus loin que Poher ou Lecanuet - on l’appelait classiquement, sous la Vème, le parti “girondin”.

Mais Dang fait une confusion grosse comme une maison (peut-être est-elle révélatrice d’une opinion commune ?) : il tisse dans une même histoire la droite conservatrice française (pour commencer en 1945 : CNIP, CNI, RI, Parti républicain, Démocratie libérale) et le centre (successivement MRP, Centre démocrate, CDS, Force démocrate, Nouvelle UDF, Mouvement démocrate).

Certes, ces deux familles politiques se sont coalisées de 1978 à 1998 dans un cartel électoral anti-chiraquien : l’UDF de l’époque. Mais ça ne justifie pas d’associer ces partis dans la période 1945-1978… ni après 1998.

Dang estime que le MRP était qualifié de “rouge chrétien”. D’autres auteurs estiment qu’il était considéré comme un parti de droite, que son projet au “centre” n’a en tout cas pas tenu plus de quelques années (disons de 1944 à la fin des années 40).

Mais le plus intéressant serait de regarder son propre programme à la Libération, et de comparer à l’inspiration de celui de Jean Lecanuet en 1965 ou de François Bayrou en 2007. C’est en substance le même - au changement du monde près.

Par exemple, un point souvent évoqué ces temps-ci du programme du CNR (dont le MRP était l’une des composantes) est l’indépendance de la presse…

Ces dernières années, l’aspect le plus cité de ces politiques de la Libération, c’était la création des grands services publics nationaux, économiques (SNCF) ou sociaux (Séc Soc). Quand la droite d’affaires parle de démanteler l’héritage du CNR, c’est de cela qu’elle parle. Quel a été l’apport du MRP dans cette architecture ? De lui donner une gouvernance tripartite : non seulement État (ou employeurs) et salariés (syndicats), mais aussi représentation des usagers.

Dans la société de l’époque - pauvre en communication horizontale entre les gens - ça n’a pas marché, on n’a pas trouvé de mécanisme fiable pour représenter les usagers. Dans la société d’aujourd’hui, celle des ONG de plaidoyer avec leurs campagnes médiatiques, celle d’internet, l’intervention de représentants des usagers dans la gouvernance des services publics redevient imaginable. Et selon les démocrates, selon François Bayrou en tout cas, elle est nécessaire pour que les services publics soient au service du public - vous retrouverez cette proposition sur une dizaine de sujets, de la retraite aux PME.

L’idée constante du Centre en France, depuis plus de deux siècles, c’est une “nouvelle gouvernance” dont l'impulsion ne vienne plus ni d'un parti supposé moteur de l’histoire (comme le fait la gauche française), ni d'une coalition entre grands intérêts économiques et technocratie d’État (comme le fait la droite française), mais des citoyens eux-mêmes et de leurs façons de s’organiser - les associations, les communes, les cultures régionales, les entreprises, les blogs

Pour Koz (et beaucoup), c’est là un “discours de la méthode” alors que les citoyens attendent des réponses sur le fond, sur les politiques qui seront conduites.

C’est toute la difficulté du Centre, et pas seulement dans la sphère politique (même problème par exemple pour les CFTC/CFDT dans la sphère syndicale, et depuis des décennies aussi !).

Mais où sont les déterminants des politiques conduites ? Dans les programmes électoraux et les slogans médiatiques (”Tout est possible”, proclamait celui du candidat élu en 2007…), ou dans la façon dont les parties prenantes sont représentées et influent sur les décisions, au fil des législatures ?

Mon expérience de consultant pour les pouvoirs publics m’a conduit à penser que “tout est dans les institutions”, et presque rien dans les étiquettes et les promesses. Si les institutions permettent aux citoyens de faire valoir leur point de vue, alors, décision par décision, leurs intérêts seront servis. Sinon… non. C’est pourquoi j’ai adhéré en 2002 à ce qui me semblait être le futur “Parti démocrate” - l’UDF.

Ceci dit, si le Centre me semble avoir raison de combattre le sectarisme de parti et l’éco-technocratie d’État, j’ai bien compris que c’est un produit médiatiquement invendable à l’état brut. Pour que l’électeur s’y intéresse, il faut le décliner, en tirer des conséquences plus concrètes (p.ex. présenter un programme équilibré en recettes et dépenses), ou le montrer en vrai (p.ex. : faire constater que le cumul de mandats avec celui de député est interdit dans les 26 autres États d’Europe), ou l’incarner en chair et en os.

Jusqu’à maintenant, ça n’a jamais assez bien marché pour que les démocrates soient au pouvoir à l’échelle nationale. Mais je crois qu’il le faudra bien, si notre pays veut remonter dans le train du XXIème siècle, rejoindre la marche de l’Europe. Suspense !

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Sur le même sujet, ma FAQ du printemps 2006 publiée chez versac : "Comment peut-on être démocrate ?"

Mis en ligne : Mar. - Mars 25, 2008 - 12:12 PM   Accueil :   Aussi sur ce sujet :      


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