M. Raffarin veut couper le respirateur artificiel des partis non-UMPS


M. Raffarin avait instauré pour les régionales 2004 un étrange scrutin à deux tours à la proportionnelle avec prime de 25% par listes régionales avec sections départementales. Le but : assurer une majorité absolue à la droite ou à la gauche, quel que soit le score du FN (vous savez, les 16,9% en 2002).

Problème : ce scrutin à deux tours autorise, comme aux municipales, la survie d'un parti au centre, s'il est prêt à chercher un accord entre les deux tours avec la gauche ou la droite (et s'il est capable de dépasser 10%, sans quoi il est presque sûr de passer à la trappe). N'est-ce pas scandaleux en soi ? M. Raffarin propose donc de défaire son propre ouvrage et d'instaurer la prime majoritaire dès le premier tour. Là, cet affreux cauchemar nommé François Bayrou serait définitivement relégué aux oubliettes, ou à la rigueur, à Strasbourg-du-Béarn, s'il y tient.

Les indemnités de conseiller régional sont de plus de 2000 € par mois en moyenne, et il y a plus de 2000 conseillers régionaux (PDF), dont la majorité n'y font presque rien : seuls ceux qui siègent en "commission permanente" sont fréquemment mobilisés.

Le budget d'une Région est modeste, concentré sur peu de secteurs d'intervention, et principalement constitué d'investissements : ça demande un volume moindre de travail des élus, que s'il y avait à gérer une multitude de dépenses de fonctionnement dans des domaines multiples.

C'est bien sûr l'une des lamentables gabegies de notre République - François Bayrou a donc proposé la fusion des conseils régionaux et conseils généraux dans une même Assemblée (dotée de sections départementales) avec un mode de scrutin mixte. Ce serait une économie importante et la garantie d'une gestion plus efficace de ces mêmes investissements.

Revenons à la situation actuelle :

Ce sont plus de 4 millions d'euros par mois / 50 millions par an qui rémunèrent (grâce au scrutin de liste) les élus "intermédiaires" des partis politiques, ceux qui ne sont ni maires de villes importantes ni parlementaires.

Pour l'UMP ou le PS, ça ne pèse pas très lourd (à côté de leurs milliers de maires, parlementaires et conseillers généraux) ; en revanche c'est pratiquement la condition de survie pour les partis "hors bipartisme", Verts, MoDem et FN - chacun des trois doit compter entre 100 et 250 conseillers à l'échelle nationale, soit 2,5 à 6 millions d'indemnités par an pour leurs élus respectifs.

L'idée de M. Raffarin est d'instaurer un vote utile au 1er tour : la liste arrivant en tête au 1er tour aurait une prime majoritaire de 25% des sièges qui lui assurerait pratiquement la majorité absolue, de façon à éradiquer le vote spécifique pour des partis comme les Verts, le MoDem ou le FN - et leur effectif de conseillers. Des partis ne pourraient avoir un nombre significatif de conseillers qu'en se ralliant au PS ou à l'UMP - comme l'ont fait les Verts en 2004 : bien sûr, dans ces cas-là, vous êtes généralement en position de faiblesse.

La cible est plus précisément le MoDem, précise le Figaro :

«Avec les Européennes en 2009, François Bayrou va retrouver une certaine audience, analyse l'ancien premier ministre. Il ne faut pas que l'année suivante, les assemblées régionales redeviennent ingouvernables à cause de petits partis.»

Le MoDem rendre une Assemblée ingouvernable… ça, c'est du probable ! On est plus anti-démocratiques que la LO et le FN réunis, vous pensez.

À en croire Le Figaro, le projet de M. Raffarin semble être aussi le projet de M. Fillon.

Le respirateur artificiel sera donc débranché. Les deux partis qui recueillent ensemble, bon an mal an, le soutien de 35 à 65% des électeurs, auront la quasi-totalité des sièges d'élus et indemnités afférentes dans toutes les Assemblées de la République.

Qu'à cela ne tienne… si on veut avoir un mouvement démocrate en France, il restera à porter la cotisation de 20 à 150 €… en espérant que les démocrates ont de quoi suivre ?…

Mis en ligne : Sam. - Mars 29, 2008 - 11:12 AM   Accueil :   Aussi sur ce sujet :      


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