Pour un parti démocrate


Quand les échanges étaient lents et limités, les frontières tenaient, la démocratie pouvait vivre dans ces frontières. Désormais, pour survivre, la démocratie doit devenir mondiale.

Le positionnement sur l'échiquier politique gauche-droite semble avoir été la grande affaire commune des universités d'été [2002] du PS, des Verts et de l'UDF. À croire qu'un idéal politique, un programme de gouvernement, se résument à un dosage entre la farine sociale censée attirer les suffrages "populaires", et le beurre libéral requis pour la croissance des entreprises.

Les énormes évènements de 2001-2002 ont donc fait aux dirigeants de ces partis autant d'effet que l'eau sur les plumes du canard.

Quel message sur la politique, sur la vie en société, sur le gouvernement, peut répondre aux défis du nouveau monde ?

Au défi de M. ben Laden, qui a tiré pour sa djihad les conséquences de la leçon de MacLuhan - le monde n'est plus qu'un village ?

Au défi de MM. Bush et Sharon, qui réhabilitent spectaculairement le droit du plus fort ?

Au défi de M. Le Pen, guide d'un nouveau "parti de gouvernement" solidement ancré dans l'idéologie de l'égoïsme collectif ?

Au défi de l'électeur français, de l'électrice française, qui a décidé de ne plus voter selon les bonnes vieilles règles - le cadre vote à gauche pour la solidarité, l'ouvrier à droite pour la sécurité, et tous deux manifestent pour le Président qu'ils estiment le moins ?

Oui, le rapprochement des continents, des riches et des pauvres, des pollueurs et des payeurs, des sociétés égalitaires et des sociétés inégalitaires, exige des réponses politiques nouvelles. La solution de l'égoïsme collectif du territoire, solution qu'on peut appeler "républicaine" ou "nationale", est la plus tentante à court terme, elle est perdante à long terme, en tout cas pour nous. La France, l'Europe n'ont de chance dans le monde de demain que comme carrefour d'idées et de cultures, de produits et de services, d'informations et d'ambitions.

Les "internationalismes" ouvrier ou religieux, qu'ils aient fait leur temps ou qu'ils fassent la une, ne sont qu'une variante d'égoïsme collectif.

La seule alternative est la démocratie.

Les valeurs démocratiques sont construites sur un unique pilier : la dignité associée au fait d'être humain.

En découlent les droits de l'homme et la primauté des Constitutions sur les gouvernants.

En découle aussi la règle "un être humain, une voix", c'est-à-dire la prise de décision à la majorité.

Nos démocraties gèrent depuis plusieurs siècles le délicat paradoxe que posent ces deux règles - la majorité décide, mais son pouvoir s'arrête où commencent les droits de la personne.

Elles sont confrontées aujourd'hui à une difficulté bien pire. Les droits et le vote ont été, jusqu'à maintenant, exercés au sein d'une communauté définie - l'État, l'Europe, le canton ... Les problèmes se réglaient au sein de frontières étanches. Quand on proclamait ces idéaux en-dehors des frontières, c'était à fins de propagande ou d'évangélisation - comme avec la déclaration des "droits de l'enfant", ignorée à chaque achat de chaussures de sport.

L'intensification des échanges a obligé à repousser les frontières- au niveau national au XVIIIème/XIXème siècle, au niveau européen à partir de 1945 - pour conserver un peu de cette étanchéité, pour que la communauté ainsi définie soit en mesure d'accorder des droits, et en mesure de prendre des décisions majoritaires qui aient une prise sur la réalité.

Ce processus est arrivé à son terme. La frontière, c'est l'atmosphère.

La démocratie - jusqu'à aujourd'hui toujours minoritaire sur la planète - va devoir être mondiale, ou elle ne sera plus.

La démocratie peut réinventer la vie politique. Qu'elle soit participative ou environnementale, locale ou globale, hellène ou chrétienne, économique ou sociale, randonneuse ou chasseuse, ces variantes importent peu. La démocratie est l'alternative au cynisme qui, s'il ne nous gouverne, s'apprête à le faire, sous le masque éternel des intérêts supérieurs de l'État, de l'économie et tutti quanti.

Les querelles nombrilistes des partis qui, en France, ont en partage l'inspiration démocrate, me désolent. J'espère l'étincelle qui les soudera peut-être, et qui au moins mettra ces politiques sur la route d'un emploi durable : celui de bâtisseurs de l'espérance démocratique.

Mis en ligne : Lun. - Septembre 2, 2002 - 08:27 PM   Accueil :   Aussi sur ce sujet :      


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