Sur quels secteurs doit se concentrer l'aide publique au développement ?


Aymeric pose la question au détour d'un billet consacré aux bonnes nouvelles sur la croissance des pays pauvres. Mon avis au débotté là-dessus.

Aymeric s'interroge sur "l'aide internationale qui, sans doute victime d’une idéologie trop généreuse pour se préoccuper d’économie, a délaissé les infrastructures (routes, électricité, télécoms) et s'est focalisée sur l'éducation et la santé".

Cela reprend, à mon avis bien à tort, le point de vue très sectoriel de la CNUCED (cité dans son billet), chacun prêchant pour son saint (le commerce, pour la CNUCED).

L'aide international est très rarement généreuse et ne consacre que très peu de moyens à l'éducation et à la santé !

Education : 9% de l'aide bilatérale et 6% de l'aide multilatérale, dont 3 et 3% pour l'éducation de base (primaire).
Santé : 5% du bilatéral et 3% du multilatéral.
(données 2004 compilées par l'OCDE, lien Excel voir tableau 19)

Concernant la santé, le gros des fonds "sida" va, me semble-t-il, à l'achat de médicaments (dans les pays riches ; voir p. 236 rapport ONUSIDA PDF ; cependant le rapport valorise plutôt les besoins de financement pour la prévention, doubles indique-t-il des besoins pour le soin) - et est-il raisonnable de substituer des routes aux trithérapies ?

Concernant l'éducation, il a fallu des décennies pour que la Banque Mondiale s'y mette sérieusement (et l'Agence française de développement : c'est dans son mandat depuis 1999 seulement ! l'éducation n'est même pas à la une de son site), que les bailleurs se concentrent enfin sur l'éducation de base : que tout le monde sache lire et écrire. On est loin d'y être encore, mais on est sur la bonne trajectoire pour y être vers 2015, je pense. Serait-ce raisonnable d'y renoncer au profit de centrales électriques ?

Le raisonnement que certains bailleurs commencent à tenir (commencent à peine, disons depuis la fin des années 90) est le suivant : le bon investissement dans le secteur économique est rentable. Donc il n'a guère besoin de subventions. En revanche, le bon investissement dans l'éducation ou la lutte contre les épidémies ne sera jamais rentable. Donc il faut y mettre des moyens.

L'argent ainsi injecté dans l'éducation - les salaires des instituteurs - a l'avantage secondaire de créer un marché solvable dans les villages et petites villes, donc d'encourager la production marchande (maraîchages, télécoms, restauration ...).

Quoi qu'en pensent ceux des bailleurs qui trouvent les aéroports, par exemple, plus faciles à financer, plus valorisants, et qui sont plus souvent relancés par les grandes firmes mondiales de BTP ou du nucléaires, que par les parents d'élèves des villages africains.

Mis en ligne : Mer. - Août 23, 2006 - 06:07 PM   Accueil :   Aussi sur ce sujet :      


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