L'auto-organisation médiatisée des émeutes


Selon le Ministre de l'Intérieur, les émeutes "c'est organisé", et à force d'interpellations et de renseignement, il espère extirper les réseaux organisateurs.
Il y a là-dedans un peu de vrai et beaucoup d'obsolescence. L'auto-organisation n'a pas besoin de réseaux.

5 novembre 2005

Il y a bien des signes d'organisation, dans les émeutes urbaines de ces dix derniers jours :
* des pratiques très similaires d'une ville à l'autre (concours de voitures brûlées ..., bagarres contre les forces de l'ordre les premiers jours),
* des discours très similaires également, essentiellement "anti-Sarkozy" (voir Libération),
* des liens sociaux entre émeutiers, comme un groupe de chômeurs vivant du trafic du shit, cité par le même journal.

Mais il y a des signes tout aussi évidents d'auto-organisation spontanée :
* le discours tenu est le même chez les émeutiers et les non-émeutiers des mêmes quartiers (très différent de l'Irak ou des territoires palestiniens) ;
* présence de nombre d'adolescents dans les rangs des casseurs (réels ou revendiqués) ;
* extension progressive de la zone géographique touchée ;
* la police n'a pas été en mesure de présenter comme tel, parmi les centaines de personnes interpellées, un "organisateur" des violences.

Ceci résulte simplement de l'évolution technologique :
* le contrôle policier des communications (mail, GSM ...) rend de plus en plus difficile et risquée la structuration de réseaux inter-individuels ;
* le soleil :-) et ... les caméras empêchent de casser en plein jour, et font que les émeutes se déroulent comme un *jeu à tours* (celui des émeutiers, puis des notables, puis des émeutiers ...) ;
* la dominance de la télévision et le caractère autoréférentiel de celle-ci (qui montre "ce que montrent les médias") soumet tout le monde, et notamment tous les "jeunes des banlieues", à un même discours et à un même environnement, dans lequel il est logique que des gens dans des situations similaires réagissent de façon similaire.

L'auto-organisation se fait en regardant la télé le lendemain, en voyant comment les médias ont parlé de soi *par rapport aux autres*. S'il y a un écart, on corrige le lendemain.

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Il faut trouver, non comment gagner cette sinistre partie, mais comment l'arrêter.

Si nous le disons pour l'Irak, la Palestine ou la Côte d'Ivoire, souffrons que cette conclusion s'applique aussi à nous.

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6 novembre 2005

à propos de la couverture télévisée de la visite de M. Sarkozy à Argenteuil, qui apparaît avoir gonflé l'incident et biaisé la compréhension des paroles de M. Sarkozy ("racaille") :

"on ne peut pas exclure le côté panurgesque total"

Dixit François Laborde (France 2), ce jour, sur "Arrêt sur Images" (France 5).

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6 novembre 2005

AFP, ce 6 novembre. (soir)

"La thèse gouvernementale sur "les bandes organisées" jouant les pyromanes d'une banlieue à l'autre fait sourire des jeunes des Mureaux qui assurent que leurs actions sont improvisées "d'après ce qu'ils voient à la télévision".

"C'est comme une compétition", dit Moussa (les prénoms ont été changés NDLR), adolescent franco-malien du quartier des Musiciens. "On voit ce que les autres font à la télévision, on essaie d'être à la hauteur".

Chaque soir depuis le début du "dawa" (le bordel), une dizaine de copains de Moussa qui se connaissent depuis l'enfance se retrouvent "comme pour un match de foot" autour d'un téléviseur dans leur HLM aux cages d'escaliers décrépites, aux murs roses et blancs. Même "uniforme" pour tous: tennis de marque, jeans baggy, sweat à capuche, cette dernière, de préférence blanche, mangeant le visage.

"On kiffe trop de voir tout flamber à la télé", se réjouit Youssef. "Le 9-3, je connais pas - je sors presque jamais de mon quartier sauf pour aller au bled en Algérie - mais on communique avec les mecs de Seine-Saint-Denis via l'écran, toutes les chaînes passent des images, même les télés arabes sur satellite".

"On se défie à distance", renchérit Mamadou, Malien de 19 ans, qui participe aux violences avec deux de ses jeunes frères. "Ceux de Clichy brûlent 15 voitures, il faut faire mieux, mais on quitte jamais notre territoire".

Ces jeunes affirment ne pas être des "caïds" qui existent selon eux dans le quartier mais préfèrent que les cités soient calmes pour faire prospérer petits et grands trafics. "Les caïds, ils aiment pas trop que les keufs soient là, alors en ce moment, ils sont pas à la fête", plaisante Youssef."

Mis en ligne : Dim. - Novembre 6, 2005 - 08:05 AM   Accueil :   Aussi sur ce sujet :      


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