Argenteuillais démocrate… sans frontière

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lundi 14 avril 2014

Allwright, Hallelujah, médiathèque d'Argenteuil et Leonard Cohen

Billet spécial pour les fans de Leonard Cohen !

Y compris ceux de ma génération, qui ne parlaient pas proprement anglais à 15 ans. Et qui ont découvert Cohen grâce aux magnifiques traductions de Graeme Allwright — jamais si grand qu'au service d'autrui.

Billet spécial pour les amoureux platoniques de "Suzanne",

pour les ex-ados fascinés par l' "Avalanche"

Une avalanche m'a emporté
Et recouvert mon âme
Quand je ne suis pas ce bossu que tu vois
Je dors sous la montagne

Joan Baez commente, dans le DVD reportage sur Cohen à l'île de Wight : on dit que les chansons ont besoin d'avoir un sens, mais les chansons de Leonard Cohen n'ont pas de sens. Elles parlent de l'intérieur, et ça suffit[1].

Billet spécial pour le comité d'organisation de l'hommage à Gabriel Péri, qui avait diffusé cette année le magnifique Chant des Partisans[2] : ce même DVD m'a fait découvrir une autre chanson d'Anna Marly, tragique et belle, que Cohen a repris en anglais et français sous le titre "The Partisan", et fait connaître, dans les années 60-70, avant qu'on ne la ré-oublie. Elle conviendrait très bien, je crois, à Gabriel Péri.

Les Allemands étaient chez moi
On m'a dit "résigne-toi"
Mais je n'ai pas pu

Billet spécial de remerciements au prêtre irlandais dont la vidéo virale me fait découvrir, après tout le monde, que le tube-que-tout-le-monde-a-dans-la-tête-depuis-des-années, "Hallelujah", est de Leonard Cohen.

Et qu'il était sorti en 1984, totalement inaperçu, en tout cas de moi, sur le même 45 tours que "Dance me to the end of love", qui avait fait un petit hit. (Graeme Allwright l'avait aussitôt traduit, mais ce n'était plus la mode d'écouter l'anglais en français ; et puis, "Danse-moi vers la fin d'l'amour", ça l'faisait pas. Peut-être Allwright n'avait-il pas saisi que la chanson parle de l'Holocauste. Moi non plus).

Billet spécial de compliments à celles et ceux qui le savaient : "Hallelujah" est connu par la version de Jeff Buckley. Qui elle-même n'a fait un tabac que bien après la mort de Buckley. Lequel avait repris les paroles de la version de John Cale, sur le CD d'hommage à Cohen "I'm your fan". Cale (merci wikipedia) avait demandé les paroles à Cohen : celui-ci lui a envoyé un fax de 15 pages et 80 couplets. Cale a choisi les plus percutants. Cette version, dit wikipedia, a si bien convaincu, que Cohen lui-même a repris les paroles de Cale/Buckley.

Il faut du temps à certains classiques pour le devenir.

Billet spécial de remerciements à la médiathèque d'Argenteuil. J'avais emprunté il y a quelques semaines "I'm your fan", j'ai sous les yeux le livret, avec les quatre couplets de "Hallelujah". Et si vous écoutez le disque — surprise, ce ne sont pas les mêmes ! Cale chante en fait les cinq couplets de cette version-là[3]. Le documentaliste a bossé de travers — les paroles de la pochette, ce sont ceux de la toute première version 45 tours de Cohen, en 1984. "Hallelujah" était en face A, "Dance me to the end of love" en face B.

Il y a dans cette hommage une chanson en français — "Avalanche IV" par Jean-Louis Murat. Interprétation superbe. Je me suis demandé tout de même, à lire les "paroles françaises, Jean-Louis Murat", si le documentaliste avait foiré.

J'ai été pris dans l'avalanche
j'y ai perdu mon âme
quand je ne suis plus ce monstre qui te fascine
je vis sous l'or des collines

Je ne suis certainement pas objectif, mais Cohen par Allwright, c'était autre chose. Le bilinguisme, pour traduire, ça aide.

Ça aide à être fidèle, et ça aide à être infidèle. Toujours grâce au DVD, j'ai découvert la version originale de "Demain sera bien" : "Tonight will be fine". Elle est plus enjouée, plus polissonne, et plus triste à la fin, que la traduction d'Allwright. Celui-ci — si proche de Cohen en tant de choses et en tant de mots — a retourné la chanson : de la nuit au jour, de la malice à l'humour, de l'amertume à l'espérance.

Pour ses 70 ans à l'Olympia, Allwright a chanté une version magnifique de "l'Étranger" / "Stranger Song" en français, anglais et malgache, avec Erick Manana. Leonard Cohen, de son monastère zen, avait envoyé un télégramme.

Billet spécial de publicité : pour entendre ou réentendre "L'Étranger", venez à Aubervilliers le 22 mai. Erick Manana, et un vieux monsieur de 87 ans à la gnaque de djeunz, ne manqueront pas de l'interpréter.

Notes

[1] Cité de mémoire.

[2] Il y a, étrangement, deux hommages de suite devant le monument à Gabriel Péri ; celui de la Ville et celui du parti. C'est le parti qui avait diffusé le Chant des partisans.

[3] Sauf que sur cette page web, on lit "Holy Dark", qui fait un peu Star Wars, à la place de "Holy dove". Wikipedia nous dit que cette modification est de Rufus Wainwright.

dimanche 13 avril 2014

L'affaire de l'agglo, et l'avenir d'Argenteuil-Bezons

Mon précédent billet, "Argenteuil-Bezons : échec au coup de force contre le suffrage universel", a accueilli en cinq jours environ 700 lecteurs, ce qui démontre que les affaires de l'Agglomération ne sont pas si étrangères aux électeurs de nos communes.

La même affaire a suscité diverses analyses dans et hors de notre communauté.

Sur le nombre excessif ou non d'élus : Philippe Métézeau, adjoint au Maire d'Argenteuil et conseiller communautaire, défendait la réduction devant ses collègues argenteuillais dimanche matin 6 avril, en expliquant que les autres communautés valdoisiennes fonctionnent avec des assemblées plus restreintes qu'Argenteuil-Bezons, notamment au regard de leur population ou du nombre de communes. Or les trois exemples cités par Philippe Métézeau dimanche matin sont tous inexacts, selon la vérification que Pierre Belot vient d'effectuer : ainsi la CAVAM compte 120 000 habitants et non 300 000 ; Val de France compte 63 élus et non 49 ; le Parisis compte 70 élus et non 42.

Sur la question des économies à faire, raison invoquée par la municipalité d'Argenteuil pour réduire le nombre d'élus de 48 à 24. Je remarquais qu'il suffisait de diminuer le budget d'indemnités, décision facile à prendre (et non le nombre de conseillers, ce qui reporte au prochain mandat). La cause semble entendue : la nouvelle équipe municipale d'Argenteuil a créé 21 postes d'adjoints, c'est-à-dire le maximum légal, alors qu'elle annonçait une réduction des indemnités. C'est donc bien compatible !

La légitimité de la majorité obtenue par M. Doucet reste, étrangement, contestée, par ceux-là même qui tirent leurs sièges de la même élection du 30 mars, du même vote, des mêmes bulletins. Ainsi Philippe Métézeau qualifie-t-il la majorité de l'agglomération d' "astuce mathématique", en prétendant que M. Doucet a "accaparé les voix de Bezons". C'est donc la liberté de vote des élus, autre principe fondamental de la démocratie, que M. Métézeau met en cause : les Bezonnais, par on ne sait quelle contrainte, auraient vu leurs votes "accaparés" par un Argenteuillais ! M. Lesparre, maire de Bezons, a pourtant indiqué publiquement les raisons de son choix en faveur de M. Doucet (JT de mardi 8 avril sur voTV).

Il y a cependant bien, sur cette question de la légitimité, deux leçons à tirer de cette affaire. Une leçon sur le mode de scrutin, une leçon sur le fonctionnement de l'agglomération.

Le mode de scrutin : certes, les conseils d'agglomération sont élus au suffrage universel, mais sans listes communautaires, sans candidat à la présidence d'agglomération, sans campagne électorale et débat politique à l'échelle de l'agglomération ! C'est la même situation grotesque que ces élections européennes où nous sommes appelés à voter pour des partis… nationaux. Et encore, cette année, les partis nationaux présentent-ils, à travers leurs fédérations européennes, un candidat à la présidence de la Commission[1] ; rien de tel dans les agglomérations, on votait sans savoir pour qui.

Ce mode de scrutin est un des exemples typiques de la politique des quinze dernières années : un compromis bâtard qui, s'il ne fâche personne, ne produit rien de bon.

Comme nous l'avons toujours demandé chez les démocrates, le scrutin devrait se faire avec deux bulletins différents (et c'est vrai aussi pour les élections européennes), l'un pour la commune et l'autre pour l'agglomération, permettant de choisir une liste et une politique pour l'agglomération. Sur Alternatives économiques, Michel Abhervé tire la même conclusion de l'épisode argenteuillais et de quelques autres similaires.

Le Conseil communautaire pourrait comprendre une moitié de représentants des communes, et une moitié de représentants directement élus sur le 2ème bulletin.[2]

En effet, les communes doivent redevenir représentées en tant que telles dans les conseils communautaires, ce qui n'est plus le cas dans le mode de scrutin actuel.

Une agglomération marche à la coopération entre communes. Elle est faite pour "travailler ensemble", par le partage de recettes comme de dépenses. Les communes doivent y avoir voix au chapitre.

Évidemment, cela demande de ne pas boycotter les sessions, comme l'ont fait les 23 conseillers des listes de droite en quittant le Conseil d'Argenteuil-Bezons avant l'élection des vice-présidents.

J'ai un point d'accord avec le billet de Philippe Métézeau : la "situation" à laquelle nous en sommes arrivés "est perdante pour nos deux villes".

Je plaide donc pour une coopération constructive, respectueuse du suffrage universel et exempte d'attaques personnelles. C'est le seul chemin raisonnable pour sortir de cette crise.

Notes

[1] En course : Martin Schulz pour les socialistes, Jean-Claude Juncker pour la droite, Guy Verhofstadt pour les libéraux et démocrates, Alexis Tsipras pour la gauche-gauche, mais les Verts ont présenté… deux candidats : José Bové et Ska Keller.

[2] Même système pour le Parlement européen, avec des représentants nationaux et des représentants directement élus sur liste européenne.

Les Européens, proposition 1 : mes 2 cents

Nous venons d'entamer la discussion interne, à Engagés pour Argenteuil, sur les élections européennes. Mais le parti dont nous venons, le MoDem, ne nous a pas attendus ;-) et publie, avec son partenaire UDI, ses "12 propositions pour l'Europe". Je vais essayer de les commenter une par une en commençant par la première.

Nous proposons que la priorité européenne soit dorénavant l’investissement et le développement d’une politique industrielle ambitieuse et innovante : nous voulons favoriser l’offre, stimuler les activités créatrices d’emplois et favoriser l’essor de grands champions européens.

Tout à fait d'accord sur la priorité à l'investissement, c'est-à-dire à préparer l'avenir, à remettre l'Europe dans la course alors que le monde s'est transformé, un peu sans nous, depuis 20 ans.

Tout à fait d'accord aussi sur la création d'emplois.

Mais comment ?

Les mots de "politique industrielle ambitieuse et innovante", de "favoriser l'offre", de "grands champions européens", sonnent comme un mirage passéiste, celui d'un retour aux conglomérats des années 60 — mais dans les années 60, les industriels investissaient leurs bénéfices ; aujourd'hui, les milliards que prêtent la BCE aux banques vont grossir leurs bilans sans se transformer en investissement réel. Bref, ces termes sonnent comme la promesse de cadeaux aux gros au détriment des innovateurs, des consommateurs, des entrepreneurs.

Et les financements multinationaux de l'économie risquent de détourner les fonds, des projets les plus utiles, vers ceux les plus poussés par les lobbies transnationaux. C'est l'inverse de la subsidiarité, pourtant un principe fondamental de la construction européenne.

Et une fois le projet lancé, difficile de l'arrêter, tout le monde remet au pot ou au gouffre pour ne pas trahir la confiance commune donnée au présumé champion. L'A380, Galileo, l'Eurofighter, ITER… sont peut-être de bons exemples de ce type de gabegie.

Tout ceci étant dit, il peut être utile de sortir certains projets transnationaux des réglementations nationales pour faciliter leur réalisation pratique (sinon, les délais différents liés aux procédures différentes sont source de gaspillage). Réunir leurs financements dans un même fonds est alors utile.

Mais ce type d'initiative ne peut avoir qu'un rôle limité dans la politique économique.

Le rôle de celle-ci, c'est d'abord de créer les conditions pour encourager l'économie réelle, l'esprit d'entreprise, la création… l'investissement.

Pour cela, la politique économique doit :

  • combattre le ralentissement de l'économie par les cartels, monopoles et oligopoles privés ou publics ;
  • imposer aux acteurs économiques le respect des droits des personnes (accessibilité, non-discrimination, transparence…) ;
  • dissuader la pure spéculation financière et la création de fausse monnaie (à partir de produits dérivés…) ;
  • établir une taxation homogène entre pays et prévisible sur plusieurs années ;
  • revoir en permanence la formation des jeunes et des adultes au regard des mutations des outils de travail ;
  • fermer les frontières aux paradis fiscaux.

C'est cela, pour moi, une politique favorable l'investissement et à l'emploi.

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