Argenteuillais démocrate… sans frontière

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dimanche 21 décembre 2014

Papillonnages avec handicap

Depuis deux semaines, avec une cheville cassée et des côtes froissées (par ma faute), je reste chez moi, lis, écris un peu. Le papillon s'évade par la fenêtre d'internet.

L'occasion de partager ces quelques lectures, comme je le faisais parfois dans le temps.

Florence Aubenas réunit dans En France des reportages qui me semblent être presque les seuls, dans la production médiatique française (et avec le Bondy Blog), à parler de la France telle qu'elle est[1]. J'ai eu quelques occasions d'en signaler ici, mais tout le livre est à lire sinon à apprendre par coeur ;-)

Hervé Torchet médite sur le souvenir de Jacques Barrot, qui fut un pilier du CDS, le principal parti du centre allié à la droite de 1974 à 1998.

"Jours de pouvoir", les notes au jour le jour de Bruno Le Maire ministre, me rappellent les nuits et les jours fragiles et flous de Murakami. Ou ce jeu d'adresse, où l'on doit toucher une cible tout en tournant sur un manège. J'ai été étonné par le petit nombre de forces bousculantes citées par Le Maire — le président Nicolas Sarkozy, la politique allemande, l'UMP, le PS, les syndicats agricoles. Et impressionné par sa volonté persévérante de s'accrocher et de marquer des points, de chicane en décalage horaire.

Bruno Le Maire voit bien (comme Florence Aubenas) la généralisation, dans l'opinion, de la "vision du monde" du Front National. Il s'en inquiète ; il n'y répond pas, ou par sa seule persévérance à obtenir un peu plus de subvention européenne, de zones de pêche, ou de libéralisme dans le projet de l'UMP.

Après Murakami, Cicéron… Alain Peyrefitte prenait note verbatim des consignes et réflexions du président De Gaulle. Ces notes inspiraient Jean-Marie Domenach en 1998. Elles sont impressionnantes : nous voyons un leader penser par lui-même, que ce soit juste ou faux, toujours au-dessus des influences, trop souvent au-dessus des contingences, presque toujours au-dessus de la politique politicienne… Des milliers de mots percutants, certains datés bien sûr, d'autres bluffants d'actualité.

J'écris "Cicéron" en pensant à la première BD de Blutch que j'aie lu (ou regardé), c'était hier, c'est magnifique : Péplum. Il n'y a pas Cicéron en fait, mais Jules César, avec Shakespeare comme parolier.

Patrick Beauvillard, qui fut président du MoDem Lot-et-Garonne et cofondateur de Nouvelle Donne, votera contre les statuts proposés par ce parti. De la difficulté de faire vivre en pratique la démocratie.

Maïram Guissé et Ruddy Williams Kabuiku ont réalisé un documentaire sans aucun mot de trop sur "L'amour en cité". Si vous l'avez raté sur France 4, c'est ici. C'est à Envoyé Spécial ce que le jus d'orange est au Tang[2].

Cinq ans après la mort de M. Ali Ziri entre les mains de la Police nationale à Argenteuil, la cour d'appel de Rennes confirme le "non-lieu". Une instruction sans audition ni reconstitution. La famille ira en Cassation. 20 minutes, Mediapart.

26% du CA des grandes banques françaises à l'étranger est fait dans des pays "paradisiaques". Quel sens cela a-t-il pour l'économie ?

Si le gouvernement s'en prend au MEDEF, c'est mauvais signe : c'est pour cacher sa propre misère, selon Art Goldhammer.

Un entrepreneur, Xavier Niel, parle du Code du Travail ; un grand patron, celui de Carrefour, parle du travail du dimanche en hypermarchés. Juste pour dire, je ne suis pas contre tous les patrons, ni même contre les patrons en général ;-)

Un remarquable reportage de Ouest-France "avec les combattants russes infiltrés dans l'est de l'Ukraine".

Jean-Pierre Crépieux, cofondateur de l'Arche des Trois Fontaines (Pas-de-Calais), reçoit la Légion d'honneur. Il a un handicap mental.

Notes

[1] Dans Libé, en 2006-2007, il y avait l'excellente série "Présidentielle… vu de", avec par exemple ce reportage de Jacky Durand.

[2] Ce sera compris par les jeunes de ma génération.

vendredi 19 décembre 2014

Un Conseil Municipal en tranches sur le blog d'EpA

Mes notes, votes, interventions au Conseil Municipal de ce mardi 16 décembre 2014 ; et un peu plus :

Argenteuil et ses agglos : dernières nouvelles de Seine-Défense

Drôle de rectificatif budgétaire

0€ le bail — Commerces et urbanisme

Subventions et quelques autres dépenses

MJC et Maison des Femmes

Personnel et services publics

mardi 9 décembre 2014

Oui, M. Mélenchon, la richesse des Français gage la dette publique. Jusqu'à quand ?

« La dette, c'est de la rigolade », a assuré Jean-Luc Mélenchon, lors de l'émission Des paroles et des actes jeudi 4 décembre. Ses arguments, parfois défendus par des économistes de renom, sont pourtant discutables.

… selon Les décodeurs du Monde, Mathilde Damgé plus précisément.

Elle va cependant dans le sens de M. Mélenchon en estimant "proche de 15 %" le "ratio d'endettement" de la France ; c'est certes plus que les 5% prétendus par M. Mélenchon, mais ça donne l'impression qu'il reste une sacrée marge d'endettement !

Mais ce calcul est bizarre : il signifie que la dette publique, celle de l'État, des hôpitaux et des collectivités, soit 2000 milliards, ne représente que 15% du patrimoine privé et public (surtout privé), 13500 milliards.

L'idée avait été émise début 2012 par l'économiste Jacques Delpla : l'État n'a qu'a voter une "taxe exceptionnelle de 15% sur le patrimoine privé national", et hop, la dette publique est annulée !

Évidemment, il y a de quoi hurler. La faillite de l'État serait plus facile à faire admettre qu'une telle confiscation. Sur le plan des principes, elle écornerait sévèrement la Déclaration de 1789 ; sur le plan politique partisan, elle garantirait un bon 90% des voix au FN.

Le coup de génie de la Révolution française fut de rendre propriétaires les paysans qui ne l'étaient pas encore.

Le propriétaire français arpente son pré carré avec dignité et satisfaction : c'est là son sanctuaire sans dieu, celui de sa vie privée. De même les hôtes sont invités à faire le "tour du propriétaire". Le Tour de France garde la trace de cette déambulation sacrée. (Jean-Marie Domenach, "Regarder la France", 1997)

Mais avant de hurler, remarquons qu'il y a tout de même du bon sens là-dedans ! Si les ménages français se sont, au total, considérablement enrichis depuis 30 ans, c'est entre autres le fruit de la même politique qui a, pendant 30 ans, creusé la dette (en aménageant les campagnes et les villes, en défiscalisant l'immobilier…). C'est tout à fait logique que cet enrichissement paye cet endettement.

Ceci dit, Jacques Delpla a bien remarqué que la richesse nationale est essentiellement foncière. On ne pourra pas donner un morceau de ma maison aux Chinois ou Qataris pour rembourser ou gager les emprunts d’Etat. Donc cette confiscation de 15% de ma maison ne règlerait pas le problème de liquidité (argent pour payer), elle servirait seulement de garantie pour assurer la solvabilité (capacité d’emprunter cet argent).

Au fond, c’est ce qui se passe depuis des années. Les AAA que les agences attribuaient à la France jusqu'en 2011 n'étaient évidemment pas justifié par nos déficits abyssaux, mais bien par l’existence de cette richesse taxable.

C’est là que gît le lièvre : à quel point ce patrimoine est-il vraiment taxable ? La garantie ne vaut que si, en fin de compte, l’immobilier peut être transformé en argent (au fil des successions, indique Jacques Delpla : ce qui imposera souvent aux héritiers de vendre le bien). Autrement dit : le mécanisme ne marche pas par la pure magie de la valeur foncière — et de la bulle immobilière.

Pour que l'enrichissement foncier passé paye la dette passée, il faudrait que les Français sachent de plus en plus transformer leur richesse immobilière, en rentrées d'argent en France. En vendant leurs terrains et maisons aux étrangers, en produisant avec l’immobilier (location, tourisme, cultures à plus haute valeur ajoutée, etc.).

Pire : à court et moyen terme, taxer 15% de la valeur immobilière devrait créer un crash de l'immobilier : le besoin de transformer la pierre en cash provoquerait un flux de mises en vente. Cela pourrait créer une crise comparable à celles des subprimes aux Etats-Unis. Le système ne sera viable que quand, à moyen-long terme sans doute, l’immobilier se mettrait à valoir intrinsèquement plus, à produire plus, pour supporter la charge nouvelle qu’on lui ferait ainsi payer.

Autrement dit encore, cette “garantie” proposée par Jacques Delpla permet à l’Etat d’emprunter, mais elle ne sera durable que si la Nation valorise mieux son patrimoine — rétablit l’équilibre de ses échanges avec l’extérieur, en produisant plus… pour pouvoir acheter autant.

Ce qui nous ramène tout simplement à l'axe de campagne de François Bayrou en 2011-2012 : ce qui peut à terme rééquilibrer les comptes du pays, c'est de produire en France. Aussi simpliste que puisse paraître ce raisonnement, aussi difficile qu'il puisse être à concrétiser, c'est le seul point de départ : tous les raisonnements pour minimiser la gravité de la dette, pour la prétendre facile à porter ou à rembourser, sont des entourloupes tant que la France, comme économie productive, ne revient pas dans la course mondiale.

Repris et actualisé d'un commentaire sur le blog d'Olivier Berruyer.

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