Argenteuillais démocrate… sans frontière

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vendredi 14 avril 2017

Plus confiant que jamais

Un ami-Facebook dit son inquiétude, un bad feeling, à 8 jours de la présidentielle.

Je me sens plus confiant que jamais — plus confiant en tout cas que je ne l'ai été depuis 5 ans.

Le scénario du pire serait une victoire de Le Pen ; ce qui serait très probable si elle était opposée à Fillon. Mais je ne vois pas d'où viendraient des électeurs additionnels pour Fillon. D'ici 8 jours, 20 ou 21% me semblent être son plafond imaginable (et je parierais plutôt sur 16-17%), et je ne vois pas comment il se pourrait qu'aucun de de ses concurrents plus à gauche n'obtienne autant.

Si Le Pen est opposée à Macron au deuxième tour, je ne parie plus sur Le Pen, comme je le faisais il y a deux mois. Maintenant que j'ai rencontré des électeurs à Saint-Denis - de "classes populaires" - qui défendaient farouchement Macron, le présentant comme une véritable alternative au « système », j'ai changé d'avis. Après tout, Macron est aussi crédible comme "anti-système" que Le Pen… 🙄

Donc, Le Pen présidente en 2017, je n'y crois plus.

Les trois autres qui ont les tripes pour gagner sont, sans changement, Macron, Mélenchon et Lassalle. Dans les trois cas, cela impliquerait des élections législatives très ouvertes, avec un FN sur la défensive, opposé à un certain nombre de nouveaux arrivants au lieu de ses suspects habituels. Et cela impliquerait une coalition, ce dont la France a tellement besoin après quinze ans de paralysie par les régimes de parti unique.

Ce serait une coalition de "crocodiles" dans le scénario Macron, ce qui impliquerait une tension sérieuse entre Paris et le peuple. Mais si le président Macron est vraiment un génie et montre le courage qu'il a sans doute en lui, s'il accomplit rapidement des changements radicaux contre les mafias en place (ce que j'ai cru pouvoir espérer de Hollande en 2012 🙄), il peut gagner deux ou trois ans de confiance.

Une coalition rouge-rose-verte-orange-blanche dans le scénario Mélenchon, ce qui impliquerait quelques mois de grosse improvisation. Mélenchon n'a jamais su gérer quoi que ce soit, à ma connaissance. Mais le président Mélenchon s'en remettrait probablement au bout de quelques mois, comme Mitterrand en 1982, à un ministre des Finances dense et courageux, pour se replier sur la culture et l'international. Au moins, ce changement aurait ouvert des portes et des fenêtres sur notre politique moisie.

Une coalition d'entrepreneurs, de réseauteurs et de bons gars, dans le scénario Lassalle, ce qui étonnerait et fascinerait le monde. Le verso, le bon côté, du scénario Trump. Cela ne durerait probablement pas plus de deux ans avant que le business as usual ne reprenne, mais deux ans suffisent pour ouvrir une ère.

Les Français ont besoin de démocratie nationale (interview sur France Bleu)

Je garde le titre que la radio a retenu pour le résumé de cette interview, et qui n'est pas faux !

Bonjour Frédéric Lefebvre-Naré.

— Bonjour !

Vous êtes d’Argenteuil, je le précise, où vous êtes classé MoDem, pourquoi avoir rejoint Jean Lassalle ?

— Oui, je suis conseiller municipal d’Argenteuil depuis 2014, je n’étais déjà plus au MoDem, mais (il) correspond historiquement à mes idées, de même qu’à celles de Jean Lassalle. On a l’un et l’autre quitté, à des dates différentes, le MoDem, parce qu’on pensait que ce n’étaient plus les bons choix, ce n’était plus ce qui répondait à l’attente et aux besoins des Français[1].

Les Français ne veulent plus « toujours plus d’intégration européenne » : ils se rendent compte qu’ils ont besoin de démocratie nationale.

Ils ne veulent plus toujours plus de technocratie dans les régions, les intercommunalités qui bouffent tout : ils veulent retrouver la démocratie à l’échelle des communes.

Ils ne veulent plus la financiarisation à outrance, la dérégulation : ils veulent reprendre le contrôle sur l’économie, ils veulent des emplois.

Les choix qu’a fait le MoDem ne vont plus dans ce sens-là ; nous pensons qu’il faut être plutôt du côté des Français !

Que propose Jean Lassalle pour retrouver l’emploi, vous venez d’en parler ?

— L’emploi c’est l’essentiel du programme, parce que le chômage c’est la cause des problèmes de la France. Ce n’est pas la conséquence, c’est la cause. Quand 7 millions de gens n’ont pas de boulot ou n’ont pas le boulot qu’ils veulent, tout le monde est paralysé, les gens n’osent pas prendre l’initiative dans leur entreprise, et c’est toute l’économie qui est bloquée.

Qu’est-ce que propose Jean Lassalle ? De commencer dès l’été, sans attendre, en organisant des stages de quelques semaines dans les lycées professionnels, en mobilisant les enseignants volontaires, en mobilisant les lycées…

C’est quelque chose qui n’existe pratiquement pas en France. On peut se recycler sur une année entière ; on peut faire une journée de formation quand on est salarié. Mais des stages de recyclage sur quelques semaines, avec aussi quelques semaines en entreprise qui permettent de découvrir un nouveau métier, ça ouvrirait énormément de possibilités.

J’ajouterai aussi le Service National, que Jean Lassalle veut restaurer ; tous les candidats se sont mis à l’imiter, l’un après l’autre ! C’est important que tous les jeunes commencent dans la vie active avec une expérience réussie sur leur CV, d’une mission qu’ils ont menée en commun, où ils tissent des liens entre eux.

Dans certains pays, les start-ups se créent souvent entre des jeunes qui ont fait le service ensemble, qui ont envie de continuer à entreprendre. Ça serait un moteur très important pour remettre le pays en route.

Encore faut-il que les jeunes soient motivés, que les enseignants soient disponibles, que les entreprises soient prêtes à les accueillir, ce qui est aujourd’hui loin d’être le cas ?

Je crois que les Français veulent bouger, ils veulent faire des choses, ils se désespèrent de voir leurs hommes politiques tourner en rond et faire de la langue de bois.

Je suis sûr qu’il y a énormément d’énergie, de bonne volonté prête. Le plus merveilleux, c’est que le Service National, on nous dit « mais les jeunes, qu’est-ce qu’ils en pensent ? » Demandez-leur ! Il y a des enquêtes qui le leur demandent : la très grande majorité des jeunes sont favorables à un service national obligatoire. C’est qu’il y a une réserve d’énergie dans ce pays, qui ne demande qu’à bouger, mais qui est malheureusement paralysée par le système en place.

Frédéric Lefebvre-Naré, nous sommes en Ile-de-France, une région plutôt urbaine ! Alors que Jean Lassalle, lui, député des Pyrénées-Atlantiques, a plutôt une image rurale, qu’il a tendance d’ailleurs à cultiver. Ce sont quoi, ses arguments pour les électeurs franciliens ?

— Je ne sais pas s’il « cultive » son image rurale…

Il a tout de même écrit un livre qui s’appelle « Un berger à l’Élysée » !

— Absolument ! Mon voisin d’en face à Argenteuil, dans mon quartier précédent, avait été garçon vacher dans sa jeunesse, en Normandie [2], ce n’est pas si loin que ça de chez nous, les bergers !

Un berger, c’est quelqu’un qui sait lire les signes des temps, qui sait voir quand va venir l’orage, et qui sait aider la population à s’orienter, parce qu’il voit, peut-être, de plus haut et de plus loin. Et je crois que c’est ce dont nous avons besoin aujourd’hui.

Quand Jean Lassalle parle des intercommunalités qui paralysent les maires des communes rurales, je vis exactement la même chose à Argenteuil, qui jongle depuis des années entre des intercommunalités qui ne servent strictement à rien, qui nous bouffent notre argent et qui nous paralysent.

Quand Jean Lassalle parle de la financiarisation et de son influence jusque dans les petits villages,… on la voit aussi quand on cherche de l’emploi à Argenteuil.

Jean Lassalle a visité les 30 quartiers les plus difficiles de France, la nuit, à pied, entre minuit et 5 heures du matin… Il est venu à Argenteuil suite aux émeutes d’il y a trois semaines[3], pour rencontrer des gens, y compris des « jeunes », des gens qui peuvent être proches des problèmes qui se sont produits.

Les problèmes de nos petits villages ne sont pas si différents de ceux des grandes cités, c’est, dans les deux cas, un problème d’abandon par les décideurs politiques, de volonté qu’on doit retrouver, de capacité qu’ont tous les Français à se remettre en route ensemble.

Dans le programme de Jean Lassalle, il y a la remise à plat de tous les chantiers du Grand Paris Express, qui sont pourtant attendus, ces transports, pourquoi vous voulez tout remettre à plat ?

— C’est le moins qu’on puisse dire ! Le Grand Paris Express c’est une énorme opération de promotion immobilière, financière, aux mains des grands groupes.

C’est aussi attendu par des milliers de Franciliens qui se disent qu’ils vont avoir bientôt un transport efficace près de chez eux ?

— Pour beaucoup moins cher, on pourrait faire, je vais prendre le cas d’Argenteuil, le tramway du Pont de Bezons au Val d’Argent qui est attendu depuis au moins 25 ans, et dont la rentabilité est prouvée par toutes les études. On pourrait faire la ligne de grande ceinture, qui existe déjà, où il suffirait de mettre des trains de banlieue, dont la rentabilité est archi-prouvée par des études. Mais au lieu de faire ces projets-là qui serviraient à la population, on préfère des projets qui servent aux grands groupes de BTP… Ben non. Il faut revenir à la réalité, à ce qui est démontré, à là où il y a de la population qui veut se déplacer, il y a des lignes qui existent et qu’il faut valoriser.

Dans ce programme, il y a aussi « assurer un toit à chaque personne sans–abri », on est dans une région où on est beaucoup confrontés à ce problème, comment on fait ?

— Oui vous avez tout à fait raison, à peu près une personne sans-abri sur trois est à Paris intra muros, une sur trois en banlieue, une sur trois en province. Paris et la région Ile-de-France sont vraiment particulièrement touchés.

Comment vous leur donnez un toit ?

— Beaucoup de pays y sont arrivés : les Pays-Bas, le Royaume-Uni… En réalité, ce n’est pas très difficile, parce qu’il n’y a pas beaucoup de personnes sans abri, contrairement à ce qu’on imagine parfois, il y en a à peu près 15000. Et pour quelques dizaines ou centaines de millions d’euros, on peut tout à fait y arriver, il faut simplement cibler ces populations-là, au lieu de dépenser tout l’argent dans une politique du logement ou dans une politique d’hébergement social qui n’atteignent pas les personnes à la rue.

Merci beaucoup, Frédéric Lefebvre-Naré, porte-parole de Jean Lassalle, d’être passé ce matin par France Bleu !

— Merci et bonne journée sur France Bleu !


Je saisis l'occasion pour intégrer une autre interview brève, portant sur le Franc CFA :

Notes

[1] Les paragraphes suivants correspondent plus à la raison pour laquelle Jean Lassalle a quitté le MoDem. J'ai raconté sur ce blog comment j'ai quitté le MoDem quand il s'est aligné nationalement sur un camp politique, fin 2013, en refusant de prendre en compte la diversité des communes.

[2] et même à Argenteuil !

[3] 8 semaines en fait !

mardi 11 avril 2017

Il est passé le temps des débats

Hier soir à Mont-de-Marsan, où Attac! auditionnait des représentants des candidats. Une quarantaine de citoyens avaient fait le déplacement ; une trentaine sont restés jusqu'à la fin et ont aidé à ranger les 200 chaises. Zéro journaliste. Cinq des 11 candidats n'avaient délégué personne. Questions minutées, coups de triangle à 30 secondes de la fin et bruit de chtronk à 0 seconde. Chaque orateur s'arrête poliment sur le chtronk. Les intervenants sont félicités et refélicités pour leur respect du temps de parole. Les interventions sont denses, préparées. Très convergentes sur certains sujets (Stop TAFTA…). Divergentes sur d'autres (la place des entreprises privées).

Mais aucune réaction sur le fond, aucun débat, aucun progrès collectif. Une obsession de forme démocratique, mais sans démos ni kratein, sans peuple ni pouvoir.

Après les questions préparées à l'avance, viennent les questions de la salle. La première question va à l'essentiel : posée au représentant de Benoît Hamon, elle demande si Mme El Khomri sera ou non investie par le PS aux législatives.

Quelqu'un m'a gentiment vanné après la réunion avec l'idée que Jean Lassalle puisse être "ministre de l'agriculture et de la ruralité", j'ignore de qui.

Ombre chinoise de démocratie, fatalisme des petites boîtes, de rapports de force invincibles, d'un Ancien Régime inoxydable. L'anti-arène.

arene_moutons.png

Un militant Attac! me dit qu'aux élections précédentes, le même "forum citoyen" avait eu beaucoup de succès. Les temps changent.

Les salles des meetings débordent de fans, les débats sont désertés. Celui entre les candidats eux-mêmes, sur les chaînes d'info, a recueilli juste assez d'audience pour que, M. Mélenchon en tête, les candidats les mieux placés décident d'éviter un 2ème débat, et la télé publique a préféré se défiler plutôt que de laisser leurs pupitres vides.

Ce n'est pas le suspense qui manque ! En prolongeant les courbes des sondages (source wikipedia), les 4 candidats en tête devraient tous se retrouver à 22% le 23 avril.

Evolution_des_intentions_de_vote.png

Et comme les courbes d'intentions de vote ont la même polarité, elles n'aiment pas se rapprocher à ce point, ça devrait faire du grabuge, une explosion peut-être. Et j'ignore, comme tout le monde, ce qui en sortirait.

Jusqu'ici, la nouvelle loi électorale a parfaitement rempli son office : limiter la possibilité de faire campagne aux seuls candidats du système, et squeezer les autres. Interdiction de collecter les parrainages à l'avance, inégalité des temps de parole (Jean Lassalle bon dernier). La loi médiatique aussi, le mépris affiché[1] et reconnu des médiacrates. Proposer une alternative est un exploit. La faire entendre semble hors d'atteinte.

Et pourtant, quand on accompagne Jean Lassalle, tout le monde en témoigne et moi aussi, on joue le clip de Billie Jean : à chaque pas qu'on va faire la lumière s'allume. Cent anecdotes que j'oserais à peine raconter, minuscules chacune, vite oubliées même, tellement on s'habitue à la chance. La dernière en date est que j'ai obtenu le dernier billet TGV disponible pour Mont-de-Marsan. Notre campagne peut sembler dérisoire, avec 100 fois moins de budget que les candidats soutenus par des banques, et pourtant, à chaque pas, le chemin se dégage pour le pas suivant.

Tout vient à point.

Notre candidat s'est lancé dans un défi plus grand que n'importe qui. Sans argent, sans média-trainer, sans slogan, sans parti, sans tout ce que vous voulez, avec juste le sentiment profond que le temps est venu. Et contrairement à Mmes Duflot, Yade, Rivasi ou Alliot-Marie, contrairement à MM. Sarkozy, Hollande, Juppé, Montebourg, Laurent, Jadot, Le Maire, Bayrou et quelques autres, Jean Lassalle est toujours dans la course.

Il reste onze jours aux Françaises et les Français pour découvrir qui est taillé pour le job. Marie a son idée depuis longtemps.

Notes

[1] "Un de moins, ça nous aurait fait du bien"

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