Argenteuillais démocrate… sans frontière

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samedi 6 juin 2015

Vers où conduire l'Ile-de-France ?

C'est le seul enjeu des élections de fin 2015, à part les places.

La question de la stratégie pour les régionales - alliés ou pas, au premier tour ou au second - n'a un sens que si nous sommes suffisamment forts par nos candidatures, notre projet, devant les électeurs. C'est ce qui peut permettre de négocier des alliances où nous nous reconnaîtrons, ET c'est ce qui peut permettre de réussir sous nos propres couleurs.

Il y a trois temps à mon avis nécessaires, et chacun prend du temps.

1) Partir des personnes au service de qui nous voulons être. Ouvrir, interroger nos concitoyens sur leurs attentes, leurs espoirs, leurs besoins :

2) Trouver de nouvelles façons de leur répondre. Trouver comment nos départements, nos régions peuvent vivre mieux demain qu'aujourd'hui ;

3) Formuler ce projet d'avenir de façon assez éveillante et enthousiasmante pour qu'il réunisse de nombreux acteurs de la vie régionale.

4) ... et c'est alors qu'on peut entrer en campagne, fédérer, s'allier, promouvoir des noms et des slogans.

Je suis 100% confiant dans nos capacités à le faire. Je crois même que nous, démocrates, sommes la force politique la plus à même de proposer un projet crédible de développement durable pour nos territoires.


C'est ce que j'écrivais il y a 6 ans, quand j'étais candidat à ces régionales. Et encore :

L’agglomération parisienne et ses villes satellites me semblent menacées d'explosion sociale par la ségrégation croissante entre riches et pauvres - ségrégation qui s'est manifestée en boucle sur nos écrans de télé en 2005. Cette ségrégation des habitants et des emplois appauvrit les espaces pauvres, et enrichit à ne savoir qu’en faire les communes et départements riches ; ce qui, en retour, amplifie encore la ségrégation (qui aura envie de s'installer dans des rues défoncées, d'envoyer ses enfants dans des écoles vieillottes, de payer des taxes locales qui s'envolent dans des villes surendettées ?).

Les plans prétendument structurants du gouvernement, métrocade ou soutertrain, sont à côté de la question et laissent grandir ce risque d’explosion.

C’est le devoir de la Région de préparer et orienter l’évolution à long terme de l’Ile-de-France, tant par sa gestion propre (transports, formation professionnelle, lycée, etc.) que par son influence technique et médiatique. Elle peut faire le choix d’un développement solidaire, durable, équilibré. Cela demande de s’appuyer sur les ressources bien connues de notre région : culturelles et historiques, paysagères, logistiques, etc., et surtout l’implication de ses habitants, presque inégalée en France, dans le débat public et la réflexion politique.


Je radote. Mais tant pis. Reformulons :

Quels objectifs porteront-nous, démocrates, pour l'Ile-de-France :

Démocratie locale ? Développement durable ? Egalité fiscale entre communes ? Des trains qui inspirent confiance à tout touriste? Association des parents et lycéens à l'évaluation et au progrès des lycées ? Formations de masse au "numérique" ?

Je crois (bien que les forces politiques françaises se soient recomposées dans la direction inverse) que démocrates et écologistes ont la bonne orientation pour nos Régions et devraient la proposer ensemble. Un jour peut-être.

mardi 12 mai 2015

Tristesse et espoir, 2 : bilan de la coalition britannique

J'ai été désolé par les résultats des élections générales britanniques. La déroute de nos amis, le centre libéral-démocrate, malgré un bilan gouvernemental exceptionnel, rappelle l'adage attribué à Bismarck : "dans un système à trois puissances, il faut être l'une des deux".

(Quelques tweets et liens de lendemains d'élection : 1, 2, 3, 4, 5…)

L'électorat de gauche s'est effondré depuis l'élection de 2010, alors que, quand les LibDems avaient accepté après cette élection une coalition avec les Tories, environ la moitié de leur électorat avait rejoint, selon les sondages, le Labour. Disparus.

La quasi-sécession électorale écossaise, et la forte progression du parti de droite souverainiste UKIP (12%), n'ont pas empêché les Tories de progresser, largement en sièges, mais aussi en nombre de voix, par rapport à 2010.

Alors regardons les signes d'espoir :-) dans cette brillante réélection de David Cameron !

Ce succès correspond sans doute aux résultats spectaculaires obtenus par le gouvernement de coalition depuis 2010, au-delà du slogan initial de "Big Society" :

  • le chômage est tombé à moins de 5% (et ce n'est pas, contrairement aux années Blair, parce que des gens se seraient fait reconnaître invalides du travail ; et, contrairement à la France, il y a un flux d'immigration continu) ;
  • le déficit budgétaire, toujours élevé, a été tout de même divisé par deux ;
  • la croissance économique est de 3% par an.

Ceci avec une forme "d'austérité" budgétaire (550000 emplois publics supprimés), à l'inverse de ce que vit la France, toujours en pleine "relance keynésienne" : la dépense publique n'a jamais été aussi forte chez nous, aujourd'hui 57,2% de la production nationale !

Mais, contrairement à ce qu'on imaginerait sans doute pour le cas français, les dépenses coupées au Royaume-Uni n'ont pas été en priorité les dépenses sociales, mais au contraire, les dépenses traditionnellement privilégiées par la droite : l'armée a été la première touchée ; les aides aux entreprises ont quasiment disparu ; la police a été touchée également ; les investissements publics dans les transports ont fortement baissé ; ainsi — point commun avec les annonces du gouvernement Valls — que les dotations aux collectivités locales.

Je nuancerais de deux façons :

  • d'une part, le 2ème mandat Cameron, sans coalition, risque d'être marqué par une forte réduction des dépenses sociales (et on verra bien le résultat : j'imagine que les Britanniques pourraient regretter le temps de la coalition !) ;
  • d'autre part, les solutions britanniques ne sont certainement pas transposables telles quelles à la France. Par exemple, nous ne pouvons "dévaluer" notre monnaie qu'avec l'accord de nos partenaires donc de la BCE (comme cela a lieu de façon spectaculaire depuis janvier dernier), alors que le Royaume-Uni gère la livre seul. Autre point, le nombre de fonctionnaires statutaires en France (emploi garanti) est très élevé, par conséquent, nous ferons plus d'économies en internalisant ce qui était auparavant confié au privé (à emploi public constant) plutôt qu'en externalisant comme l'a fait le gouvernement britannique.

L'expérience du mandat Cameron prouve cependant que :

1) contrairement à ce que croient tous les gouvernants français depuis 1991-92, il est possible de faire et changer énormément de choses, y compris en un seul mandat, et de remettre un pays dans la course ;

2) contrairement à ce que croient tous les gouvernants français depuis 1991-92, il est possible de couper les financements de vos alliés et électeurs traditionnels (et non pas de ceux de l'autre camp) ;

3) on peut être réélu triomphalement avec cette méthode, si elle marche.

dimanche 10 mai 2015

"À la rencontre des Français" : la route de l'espoir

Un long trajet en avion, dimanche dernier 3 mai, m'a donné l'occasion de lire le témoignage de Jean Lassalle sur son tour de France de 2013.

Un document bref — quelques heures de lecture pour huit mois de marche ! — et bouleversant. J'espère qu'il sera aussi décisif.

Jean Lassalle se met tout entier en jeu dans ses pages : ses expériences de jeunesse, ses convictions, ses cauchemars. Il s'est mis en jeu tout entier dans l'aventure : il s'endettait lourdement, sa femme a dû fermer son entreprise, ses administrés et électeurs s'éloignaient de lui. Il n'ose pas marcher dans son propre département qu'il connaît, écrit-il, trop bien. Et en chemin, il apprend à quel point il s'est fait avoir par Toyal, l'entreprise face à laquelle il avait fait une longue grève de la faim.

Les initiatives qu'il lance au fil du parcours ne rencontrent qu'un demi-succès, au mieux : les "Cahiers de l'espoir" dépassent parfois le niveau d'un sondage d'opinion, mais à ma connaissance rien de concret n'en est encore sorti. Les témoignages de première main qu'il veut apporter aux autorités nationales rencontrent des murs (François Hollande, Claude Bartolone…).

Et pourtant, ce témoignage m'a rendu l'espoir qui ces derniers mois s'évanouissait, et que les dernières nouvelles des démocrates sapent encore.

Des mots d'espoir, ce sont tous ces noms de femmes et hommes du MoDem qui ont spontanément accueilli, accompagné, soutenu Jean au long de sa marche. Il en évoque des centaines, attentifs, constructifs, militants. Fédérés par l'objectif commun d'écouter les attentes des Français, de surmonter la crise nationale. Et c'était en 2013, aux plus basses eaux — pas dans les semaines d'enthousiasme de janvier-février 2007.

Par un heureux hasard, j'ai pu croiser Jean Lassalle mardi dernier 5 mai et lui témoigner en retour de cette bonne surprise. Moi qui, depuis 2006, avais pu croiser ou entendre parler de beaucoup de ces adhérents, j'en trouvais certains bien fragiles ; disons, plus intriguants que militants. Je les ai redécouverts, dans ses pages, engagés et solides : en marche (alors que, moi-même, je n'avais pas dégagé, ne serait-ce qu'une demi-journée, pour partager la marche du député).

Jean aurait pu me répondre qu'il avait enjolivé la réalité, retenu les bons côtés ? Après un instant de silence, il m'a répondu : c'est le fait d'entreprendre. Agir, ça met dans le bon sens. C'est de rester à tergiverser, qui divise les gens.

Après quoi il a déchiré un bout de papier pour me donner son 06 :-)

Cet homme a un tempérament d'entrepreneur : c'est pour moi la deuxième leçon de son livre. Les fans du culot à la Sarkozy ou à la Tapie apprécieront le passage par Pont-à-Mousson, je n'en dis pas plus ;-)

Et l'autre chose qui me redonne espoir, c'est l'évidence du diagnostic auquel conduit cette "rencontre des Français" : le système d'État a perdu sa raison d'être, le service du pays. Tout simplement perdu, comme on perd le fil. Il s'est enkysté, recroquevillé sur lui-même, sur sa propre survie, ses propres règles, et il a renoncé à rencontrer la réalité. Il faut en changer. Et il y a un député qui marche pour ce changement, et autour de lui un parti de militants eux aussi en marche. Persévérons !


Un extrait pour la route ! p. 196 et suivantes, je ne mentionne pas les coupes.

Une voiture s'approcha de moi. Quatre personnes en descendirent. L'un d'eux se présenta comme le maire (…).

— On est au bout du rouleau, il n'y a que vous qui puissiez faire quelque chose.

L'un des trois hommes à côté de lui avait les yeux qui tombaient par terre. Soit épuisé, soit déprimé.

— Monsieur est chef d'entreprise. Il a trouvé un produit exceptionnel, (qui) révolutionne les techniques du froid. (Il) a créé 150 emplois dans la commune — (des) emplois haut de gamme ! Nous nous sommes tous impliqués à fond, et en plus il est très sympa…

— Mais aujourd'hui je suis foutu ! Et pour vous prouver que je ne raconte pas d'histoires, je suis venu avec mon expert-comptable et le représentant syndical du personnel.

Il avait bénéficié d'une subvention européenne de 1 100 000 € pour moderniser et étendre son usine. Normalement, on ne peut recevoir la totalité d'une subvention que lorsque les travaux sont intégralement achevés. Mais là, le préfet lui avait tout versé avant la fin des travaux.

— Deux mois après, j'ai reçu une lettre du Ministère des Finances m'intimant l'ordre de rendre sous 10 jours cette subvention. Comment voulez-vous que je rende cette somme dans le cadre d'un plan financier (d'investissement) aussi strict ? Je suis allé voir mon banquier. Il ne pouvait pas me prêter la somme correspondant à une subvention qui avait précisément servi à établir le montage financier. Deux mois après, nouvelle lettre des impôts qui me condamnent à une pénalité et à des amendes. Trois mois après, troisième lettre : je suis radié des entreprises qui peuvent participer à des appels d'offres européens. Or mon marché ne repose que sur ces derniers. J'ai dû déposer le bilan. Mon entreprise va être mise en faillite. Vous vous rendez compte ? Je peux doubler le nombre d'emplois de mon entreprise, puisque j'ai le marché ! Et depuis deux ans, un enfer, dans lequel je ne suis strictement pour rien !

Le préfet de l'époque a changé de département. Je retrouve sa trace et l'appelle aussitôt.

— Ah ! Oui, monsieur le député, je me souviens très bien. Il y avait trois ou quatre entreprises dans la même situation. On avait reçu, ce qui est inhabituel, des fonds européens en avance. Je me suis dit que pour une fois, ça ferait de la trésorerie aux entreprises, et je leur ai tout versé.

J'explique la suite de l'histoire au préfet, qui n'en revient pas. Pourrait-il passer un coup de fil à (son successeur) ?

— Il serait plus efficace de trouver une solution au ministère.

Je retrouve le numéro d'une amie qui (travaille) au suivi des subventions européennes.

— Hum, me dit-elle, ça va être compliqué.

Elle me passe aussitôt l'un de ses supérieurs. (Celui-ci : )

— Vous ne vous souvenez pas de moi, mais on s'est vus dans des réceptions. Je vous apprécie beaucoup, mais vous n'en avez pas assez d'écouter tous ces pleurnichards ? Qu'est-ce qui vous a pris d'aller à la rencontre de ces gens ?

— Monsieur le directeur, vous devriez venir marcher deux jours avec moi. Il n'y a pas beaucoup de pleurnichards, mais tout le pays pleure.

— Mais il faut les secouer, tous ces gens ! Leur dire de se mettre au boulot ! Un pays de fainéants !

Heureusement que je n'ai pas mis le haut-parleur. Le haut fonctionnaire poursuit :

— J'en ai assez de payer des impôts pour un peuple qui ne se prend pas en charge. On devrait revoir le principe du suffrage universel !

Je finis tout de même par lui expliquer la raison de mon appel. Il s'en étrangle.

— Comment ? Vous ? Jean Lassalle ? Vous qui incarnez une certaine idée de la raison et du bon sens, vous allez vous mettre à défendre des voyous ? Mais si je tombe sur le dossier de ce type, je vais lui faire rembourser 5 fois, 10 fois ce qu'il a reçu ! C'est un escroc ! Les tricheurs, ce sont eux qui détruisent notre pays !

Le maire, qui s'inquiète, vient aux nouvelles :

— Ça n'a pas l'air de très bien se passer.

— Oh non, en effet…

Quelques mots de et sur Jean Lassalle, sur ce blog : "la soirée des retweets" sur sa marche et celle d'Axel Kahn, octobre 2013 ; le résultat des régionales 2010 ; un écho de Paris XVIème daté 2007 ; en 2006 après sa grève de la faim (un autre écho ici).

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