Argenteuillais démocrate… sans frontière

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mardi 1 avril 2014

Sur la piste des 50 milliards : le pot aux roses

Charly, premier commentateur de ma note précédente (merci à lui), trouve que j'enfile des perles quand j'appelle le nouveau Premier Ministre à évaluer les services publics en repartant de zéro, à l'inverse de la méthode lentissime et inefficace du gouvernement précédente. Selon Charly :

Il faut leur rentrer dans le lard à ces mandarins qui s'engraissent sur le dos du contribuable. On parle d'une bande de lâches (de bandes de lâches, pardon) obsédée par la conquête et la conservation du pouvoir. Quelqu'en soit le prix à payer par leur pays. (…) Si jamais un, moins médiocre que les autres, montre le bout de son nez, le cartel des mandarins de tout bord a vite fait de le réduire en poussière. Faudrait quand même pas tuer la poule aux œufs d'or ! Et puis on va quand même pas s'exposer à trouver un vrai job, avec un vrai salaire, et des vrais impôts à payer à la fin de l'année (…)

Le commentaire de Charly me semble porter sur les élus (ceux qui ont du "pouvoir"), alors que mon billet portait surtout sur les agents (les millions de gens qui travaillent dans les écoles, la police, l'armée, la propreté, l'aide aux personnes âgées etc. etc.).

Les élus gagnent, pour la très très grande majorité, beaucoup moins qu'à compétences égales dans le secteur privé ; ce qui les fait carburer, en France, est non monétaire : la légitime ambition d'être reconnus pour leur dévouement à leur ville / pays / région. Beaucoup carburent donc aux caméras — pas aux dollars. Sauf bien sûr les cas de corruption, mafias, dont le Sud et le Nord de la France ont donné quelques exemples : ceux-là fuient les caméras.

Les élus sont donc en permanence "dans" le changement. Personne ne peut aller à une élection en annonçant qu'il n'a rien "fait" et ne "fera" rien.

Le blocage du système depuis 30 ans ne vient pas des élus, mais des agents publics.

Bien sûr, les élus s'y adaptent, soit en faisant des moulinets de bras devant les caméras pour faire croire que tout change, mais sans rien changer (méthode du précédent Président de la République) ; soit en achetant le changement hors de l'administration, à coups de milliards dans le béton généralement (méthode fréquente dans les collectivités locales, prisée aussi dans certains Ministères comme la Défense, qui ajoute au béton les gros joujoux).

Les agents publics se sentent, en France, propriétaires de leur job (ce qui est plutôt une qualité, ils s'impliquent plus que dans d'autres pays) et menacés, dans ce job, par les changements du monde (technologie, mondialisation, surendettement national…) : ils jouent la montre, la retraite, le statut, et s'inquiètent pour leurs successeurs. Ça existe tout autant dans le privé ; mais dans le privé, en tout cas dans les PME, le salarié pige que, si l'entreprise fait faillite, il sera à la rue ; donc il essaye d'éviter la faillite, de surfer sur les nouvelles technologies, de vendre à l'international, de contribuer à ce que l'action de l'entreprise soit à la hausse. Dans le public, il n'y a pas de chiffre d'affaires, très rarement de faillite, donc qu'est-ce qui va pousser au changement ?

Normalement, ce qui peut pousser au changement, ce sont deux choses :

  • la demande des habitants / citoyens (parents d'élèves, habitants de quartiers dégradés, travailleurs sans emploi…), pour que le service public réponde à leurs attentes ; les agents publics sont sensibles à cette demande s'ils l'entendent ; et
  • la demande des contribuables pour que le service rendu coûte le moins possible. Les agents publics sont gênés par cette demande-là (comme tout salarié qui s'inquiète pour le budget de son service), mais ils l'entendent bien, notamment les jours d'élections ;-) et la comprennent comme légitime.

Le rôle de l'évaluation, c'est de faire entendre ces deux demandes-là et d'en tirer les conséquences pratiques en changeant le service public, pour qu'il rende un meilleur service au public en le lui faisant payer moins cher.

Si les détenteurs du pouvoir masquent ce double objectif pour ne pas gêner des mandarinats en place, leur échec est assuré. Et les 50 milliards seront éternellement introuvables.

lundi 31 mars 2014

Sur la piste des 50 milliards (flash-back et flash-forward)

En décembre 2012, j'espérais encore que la présidence Hollande se révèle à la hauteur des défis du pays. M. Ayrault venait d'annoncer l'évaluation de toute l'action des pouvoirs publics. Il annonçait 50 milliards d'économies.

Comment faire ? La question avait été posée, par la voie hiérarchique, aux intellos de l'État : les Inspections générales. Elles s'y étaient mises à trois pour publier un « Cadrage méthodologique de l’évaluation des politiques publiques partenariales » (PDF).

Je l'avais lu avec intérêt : comme souvent dans les hautes sphères de l'État en France, il y avait dans ce rapport de l'intelligence, de la finesse, une bonne anticipation des difficultés.

Et avec tristesse : comme presque toujours dans les hautes sphères de l'État en France, tout était organisé pour que rien ne change. Et bien sûr, rien n'a changé.

J'ai tout de même voulu apporter ma petite contribution, en tant qu'ancien professionnel de l'évaluation. J'ai pondu une page et demie à l'attention de la Ministre en charge et du Premier Ministre — c'est-à-dire, bien sûr, de leurs cabinets, qui m'ont répondu poliment, comme de règle.

En voici l'essentiel, traduite en français normal.

1. Quand un dirigeant veut remettre en question une décision, une action, une institution, le premier pas c'est de se demander "à qui ça sert ? à quoi ça leur sert ?". Cette question n'est pas posée. Elle n'aura donc pas de réponse.

2. Pour qu'une politique en cours soit remise en question, il y a deux points de vue à prendre en compte : celui du public censé bénéficier de cette politique, et celui du contribuable qui la paye. Or ces points de vue sont les moins pris en compte. Et inversement, il y a une erreur à ne pas faire : confier l'évaluation de la situation à l'institution évaluée, aux services qui sont chargés de mettre en oeuvre l'action. Les intérêts objectifs de ces services sont souvent de bloquer l'évaluation. Or, c'est ce que les Inspections proposent : confier l'évaluation aux Ministères. Certes, une Direction transversale (le SGMAP) est chargée de coordonner les évaluations, mais elle n'est autorisée à prendre aucune décision.

3. Peut-être le SGMAP pourrait-il au moins pousser aux fesses les Ministères, en réalisant ou finançant des enquêtes, des conférences citoyennes, des audits financiers ?… Rien de cela ne semble prévu.

4. Une politique des pouvoirs publics associe de nombreux partenaires (collectivités locales, privé, syndicats, etc.). Pour qu'une nouvelle politique soit réalisable, il faut accoucher d'un consensus parmi les partenaires. Or l'État (et en particulier ce rapport) croient encore et toujours qu'il suffit d'auditionner quelques porte-parole institutionnels, dont chacun viendra expliquer, fromage en main, pourquoi il importe de ne rien changer.

5. Les équipes chargées des évaluations semblent laissées dans les murs de leur Ministère et rattachées à leur hiérarchie habituelle : de quoi les dissuader, si elles veulent faire carrière, de faire des constats dérangeants ou de proposer des innovations de rupture.

6. Le rapport préconise une méthode très progressive, par rapports d'étape successifs, puis relecture par le Ministre qui définit ses propres scénarios… Or les points sur lesquels il est le plus difficile de tenir bon sur le diagnostic, d'étape en étape, face aux pressions diverses, sont souvent ceux qui demanderaient les changements les plus urgents.

7. Les auteurs du rapport comprennent bien que l'évaluation a pour but d'accoucher d'une « hiérarchie des priorités » ; mais rien dans leur méthode ne permet de hiérarchiser les priorités. Pire, cette hiérarchisation est demandée à la personne la plus mal placée pour la faire (celle qui gère au quotidien l'institution ou l'action évaluées).

8. Les Inspections demandent d'écrire des "scénarios" d'avenir ; c'est un moyen efficace d' imaginer et explorer les conséquences de différents changements possibles. Mais le soin de les imaginer est laissé au Ministère. Or le grand classique pour un Ministère est de ne rien imaginer d'utile ; il lui suffit de limiter l’exercice à trois scénarios : un scénario souhaitable pour lui-même, un scénario manifestement problématique, et un scénario de continuité…

9. Parmi les solutions possibles aux problèmes, le rapport envisage d'externaliser, vers le privé, des fonctions réalisées en interne par les services publics. C'est oublier le principal frein aux économies : la stabilité de l’effectif public ! Externaliser, et continuer à employer les fonctionnaires, c'est payer en double. Au contraire, pour économiser, il faudrait internaliser, confier demain aux agents publics déjà présents, des missions qui sont aujourd'hui sous-traitées au privé. Or cette option ne figure pas…

10. Il y a des gens qui ont plein d'idées utiles pour faire progresser le service public, ce sont les agents publics. Pour trouver des solutions, il suffit souvent d'exposer aux agents les problèmes à résoudre et de leur demander des solutions. Mais tout ce qui est prévu, c'est de « faire remonter au Ministre les craintes exprimées par les agents ».

Qui pourrait, avec une approche aussi craintive du service public et des Ministères, les rendre plus efficaces ?


Voilà, j'ai reformulé ma note à M. Ayrault en cadeau de bienvenue à M. Valls ! Meilleurs voeux de succès à lui !

2ème mandat pour Georges Mothron à Argenteuil

Comme en 2008, les résultats du 2ème tour auront démenti la tendance du 1er ; et comme toujours, c'est le dernier tour où l'on est présent qui compte ;-) … c'est donc pour nous, comme après le 1er tour de 2008, l'heure de la déception. Mais bon ! quand il y a un résultat électoral, généralement, la majorité est heureuse du résultat ; et la minorité peut au moins se réjouir que la démocratie ait fonctionné.

Tous mes voeux de réussite à la liste élue !

Tous mes voeux de coopération fructueuse, dans l'intérêt commun de la ville, entre le futur exécutif municipal, les élus départementaux (qui font partie de la nouvelle majorité municipale), les élus régionaux et nationaux (qui font partie de la nouvelle opposition).

C'est un résultat extrêmement serré : moins de 200 voix d'écart, 50,3% pour la liste Mothron et 49,7% pour la liste Doucet. Et tout résultat serré produit une étrange illusion d'optique : les perdants peuvent s'en vouloir pour chacune des erreurs qu'ils auront faites, dont chacune leur aura coûté la victoire. Les gagnants peuvent exulter pour chacune des idées qu'ils auront concrétisées pendant la campagne, car chacune aura fait la différence.

Pour nous, voir le logo de notre parti ou ancien parti, le MoDem, sur les bulletins de la liste concurrente, nous aura fait mal. C'est un logo qui valait certainement au moins 0,3%… Mais c'était le prix à payer pour la constance dans nos engagements démocrates.

Et puis, attribuer le 0,3% à ceci ou cela n'est qu'une illusion d'optique. En réalité, chacune des deux listes aura fait beaucoup de choses réussies et beaucoup de ratées. Il me semble que la campagne "Tous Fiers d'Être Argenteuillais" a été à la fois respectueuse et ambitieuse, pleine d'enthousiasme et de sérieux. Mais sans doute nos concurrents sont-ils (au moins) aussi fiers de leur campagne. Nous nous attendions tous à des résultats très serrés, de ceux qui peuvent basculer sur un imprévu, un souffle, une vaguelette.

Le "tsunami bleu" aidant, le résultat est en faveur de la liste Mothron ; que ce soit avec 50,3 ou 100% des voix, le résultat est le même : les responsabilités municipales incombent désormais à cette équipe. Bonne chance à elle !


Situation un peu étrange pour notre nouveau et modeste parti au centre démocrate — Engagés pour Argenteuil.

À nos côtés pendant cette campagne, toute une équipe sortante perd ses responsabilités, ses fonctions, et va devoir affronter le rôle ingrat et bénévole d'opposants ; elle risque d'être harcelée pendant 6 ans sur les limites de "son bilan" de 2008-2014, comme l'équipe de Georges Mothron l'a été ces mêmes années sur son bilan 2001-2008. C'est indigeste, et c'est certainement un profond sentiment d'injustice. (Une pensée au passage pour les amis, élus sortants qui, dans d'autres communes, Clamart, Fontenay-le-Fleury,…, vivront cette même situation).

Et, comme à contre-courant, Engagés pour Argenteuil entre dans ce Conseil Municipal dont, depuis 2008, nous étions absents. Les 13 élus de la liste Doucet comprennent en effet deux conseillers non sortants, le responsable du PS argenteuillais Hakim Hssini, et votre serviteur pour Engagés pour Argenteuil.

Dans le rôle d'opposants constructifs, nous commençons à avoir une solide expérience ; mais maintenant, c'est dans l'enceinte du Conseil que nous allons devoir apprendre à le jouer. Nous affrontons la responsabilité de prendre position sur tous les sujets qui lui sont soumis, avec les maigres forces d'un élu et d'un petit groupe militant.

Nous nous sommes engagés à rendre compte publiquement de tous nos votes et de leurs motivations — ça va être un défi !

D'ores et déjà, Argenteuillais(es) qui me lisez, vous détenez une partie de la solution : si vous partagez nos convictions et notre volonté de faire avancer Argenteuil, rejoignez-nous et venez travailler avec nous sur tous les sujets de la ville ; ou au moins, apportez vos conseils et votre expérience.

Aux côtés de l'équipe sortante et face à la nouvelle majorité, nous essaierons de faire le meilleur usage, dans l'intérêt général des Argenteuillais, de cette petite voix qui vient de nous échoir.

D'avance merci !


Ce billet est une réaction personnelle "à chaud", aux résultats. Engagés pour Argenteuil se prononcera collectivement dans les prochains jours sur la nouvelle situation à Argenteuil.

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