Argenteuillais démocrate… sans frontière

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samedi 16 juillet 2016

Après Nice : un coup de hache de plus dans l'amarre LR-PS

Jeudi 14 juillet, je regardais depuis notre mont Trouillet les feux d'artifice de la région parisienne, quand le fil Twitter m'a donné les premières mauvaises nouvelles de Nice. J'ai appelé mon ami et associé qui habite à quelques minutes de la promenade des Anglais : heureusement il a répondu et, gêne, c'est moi qui lui ai appris qu'il se passait un drame.

Bernard a dit sur le blog d'EpA notre deuil face à cette barbarie.

Art Goldhammer, dont la pensée a été forgée par l'expérience du Viet-Nam comme par l'art de vivre parisien, commente :

… There is damage enough, carnage enough, blood enough. The point is to induce desperation and trigger an emotional, irrational, disproportionate, and ill-targeted response. And I fear that the enemy is on the point of achieving its goal.

It is becoming increasingly likely that Marine Le Pen will be elected next year. The government seems helpless, and little by little minds are being prepared to accept an authoritarian xenophobic response as the only conceivable next step.

… I am no longer as convinced as I once was that France will be saved from catastrophe by its two-round voting system. Fear is gaining the upper hand. This is what is truly terrifying.

… Assez de dégâts, assez de carnage, assez de sang. L'objectif est de conduire au désespoir, de déclencher une réponse émotionnelle, irrationnelle, disproportionnée et à côté de la cible. Et je crois que l'ennemi est en train d'atteindre ce but.

Il devient de plus en plus probable que Marine Le Pen soit élue l'an prochain. Le gouvernement semble hors du coup, et petit à petit, les esprits sont préparés à accepter qu'une réponse autoritaire et xénophobe soit la seule étape suivante possible.

… Je ne suis plus si sûr que le système à deux tours sauvera la France de la catastrophe. La peur prend la main. C'est ça qui est terrifiant.

Je ne saurais mieux dire. Je considérais déjà Madame Le Pen comme la favorite, car ceux que les sondages classent devant elle n'ont pas un pet de vent favorable. Ils ont de l'argent, le soutien des gens en place, une certaine estime du public — exactement comme Jeb Bush.

Les Français, globalement, ont-ils peur, sont-ils en colère ? J'aurais du mal à le dire car je ressens ces émotions généralement en décalé (inconvénient du tempérament dit secondaire).

Mais ce que je vois ou ressens, c'est :

  • Un rejet des sortants PS+LR, dont les mots sont sans le moindre impact sur la réalité… Que signifie "renforcer les bombardements" en Syrie ou Irak quand nos avions les bombardent depuis des années ?
  • L'évidence qu'aucun parti, même le FN, ne serait plus détestable que les terroristes. La recherche d'un "coup" assez fort pour chasser les terroristes des écrans de télé.
  • La confiance dans le système social, économique, éducatif, de santé… pour perdurer quelle que soit la couleur politique du pouvoir : même le programme du FN ne les affecte qu'à la marge (sur la composition des menus dans les cantines scolaires…), sans parler bien sûr de LR-PS et leurs débats lilliputiens sur la "loi Travail".

Ce qui amarrait les Français au système politique, partisan, en place, s'use ou plutôt se rompt sous ces coups de hache.

Certains commentateurs d'Art s'étonnent d'analyses politiques venant si tôt après la tragédie. C'est que la répétition des attentats de masse — Charlie, Bataclan, Bruxelles, Nice, en 18 mois, pour ne parler que des terroristes français — en a fait une forme de routine. La référence de François Bayrou ou Jean Dionis aux bombardements qui touchaient Londres, est à cet égard très juste.

Nous sommes en guerre ? Je ne vois ni à droite ni à gauche le début d'une stratégie militaire.

Je n'entends aucun expert en sécurité prétendre — que ce soit au sujet du présent gouvernement, ou du précédent — que les décisions pertinentes ont été prises. Les plus favorables au Président actuel expliquent qu'il "ne pouvait faire autrement que ce qu'il a fait", ce qui est plus effrayant que rassurant… en temps de guerre comme en temps de paix.

C'est pourquoi Madame Le Pen n'a plus un boulevard devant elle : elle a une autoroute.

jeudi 14 juillet 2016

Brexit et vérité en politique

Un ami-Facebook relaie ce billet de Big Browser sur le Brexit comme « premier vote majeur dans l’ère de la politique post-vérité » (The Guardian), 'un monde où l’idéologie l’emporte sur la réalité' (Le Monde).

Le statut de la vérité en politique est un sujet passionnant pour une personne de formation scientifique comme votre serviteur[1].

Le leader de l'opposition argenteuillaise, quand il répond aux arguments de la Municipalité, utilise souvent la formule : "ce sera vérité(s) contre vérité(s)". Si c'est au singulier, ça me donne une impression étrange. Si c'est au pluriel, j'approuve complètement : il est bon d'opposer les faits aux faits, de ne pas laisser le champ libre à des demi-vérités, matériau de base du complotisme — qui est une idéologie officielle à Argenteuil[2]. Les partisans des faits sont minoritaires. Il n'y a guère de groupe social partisan des faits. Ceux-ci sont réputés pouvoir se défendre tous seuls. Voire, exercer une quasi-dictature (proche du politiquement correct) contre laquelle les rumeurs à deux balles seraient une forme de résistance salutaire.

Les réseaux sociaux — concrètement Facebook — sont le lieu de cette nouvelle forme de discussion politique, où les rumeurs infectes, les injures personnelles, les montages méprisants, prospèrent d'autant plus facilement qu'ils circulent seulement entre amis, c'est-à-dire, apparemment, entre ennemis des personnes visées.

La contradiction, le rappel des faits, sont plus difficiles, me semble-t-il, qu'en public ou même qu'en privé face à face. La dynamique de (petit) groupe isole de la société. N'entendre que son propre son de cloche, celui de ses amis, rend moins réceptif à la différence, à la nouveauté, au changement d'avis.

Ce mode d'auto-intoxication rejoint peut-être celui des années 50 ou 60, avant la télé, quand chacun(e) était informé(e) par son milieu social ; et à l'époque, chaque milieu votait de façon assez homogène.

Certes, il y avait la radio, mais avec quelles limites ! Sous la IVème République, De Gaulle, opposant à l'ensemble des partis au pouvoir, n'avait pas accès à la radio.

Encore dans les années 70, la vérité restait très peu populaire. L'opposition (la gauche) en particulier charriait des bobards monumentaux. Relire le pamphlet de Plantu et Bernard Cassen, "La démocratie ? Parlons-en ?" (1979) — tas d'énormités qu'on ne laisserait pas passer aujourd'hui même à LO ou au FN.

Mais la parution des livres de Soljenitsyne, Une journée d'Ivan Denissovich et L'Archipel du Goulag (1973 en France) a sapé le discours des communistes, qui ne s'en est jamais relevé. Elle a alerté les citoyens sur le danger (criminel en l'occurrence) que constituent des constructions intellectuelles certes cohérentes, mais contraires aux réalités de la vie humaine quotidienne.

J'espère un mouvement équivalent en 2016 ou 2017. Un mouvement de retour à la vraie vie, aux faits. Pas seulement les chiffres macro-économiques des grandes institutions. Pas seulement non plus les images de télé sur des voitures brûlées quelque part en France. La vie réelle, en couple, en famille, au travail, en ville ou au village — celle dont la politique a la charge.

Notes

[1] Comme bien sûr pour un littéraire comme François Bayrou qui lui consacra un essai. C'était aussi un sujet de philo au bac en 2015, voir sur youtube la réaction de Frédéric Lefebvre contre "les faux-semblants".

[2] Pour les non-Argenteuillais : le débat politique argenteuillais tourne depuis huit à douze ans ans autour de la question de savoir si un étranger (à notre ville), l'actuel député, et ancien Maire et conseiller général, est l'orchestrateur maléfique de la dégradation, de la faillite, de la saleté et de la mauvaise réputation d'Argenteuil. Sans rire. "Maléfique" est une citation.

lundi 11 juillet 2016

Qui soutenir en 2017 ? (parce que pour 2016 c'est raté) — banc d'essai, suite

Vendredi matin, j'ai bouclé le triptyque en proposant mes appréciations sur 22 candidats déclarés ou probables à la présidentielle, selon les critères dont nous discutions cette semaine.

Je voulais le faire avant d'assister, samedi, à l'AG de la Marche Citoyenne de Jean Lassalle, qui risquait bien sûr d'affecter mon appréciation de ce candidat — c'est pour ça que j'y allais. J'ai attendu la fin de l'Euro pour publier parce que bon voilà, un sujet à la fois :-)

Voici donc ce tableau, classé dans un ordre approximatif gauche-droite des candidats :

Benchmark_candidats_2.jpg

Daniel Cohn-Bendit arrive en tête, suivi à un point par François Bayrou et quelques points plus loin, Nicolas Dupont-Aignan. Pour le premier et le troisième, c'est une surprise pour moi, mais à la relecture des appréciations sur les 8 critères, je crois bel et bien qu'ils ont les qualités pour le poste. Certes, leurs orientations différeraient : entre l'ancien "Rouge" devenu Vert (ou Grün), et le pourfendeur de l'invasion migrante et de la chancelière allemande, le spectre partisan est assez large :-)

Un 2ème peloton est constitué par Nathalie Kosciusko-Morizet, Jean Lassalle et Rama Yade (autre surprise pour moi), ce qui recentre tout en féminisant :-)

Les candidats les plus cités dans les médias d'aujourd'hui se retrouvent à des places cohérentes avec l'appréciation que je porte sur leurs mandats récents, c'est déjà ça.

La discussion est ouverte sur les qualités de ces messieurs-dames — ou d'autres — pour la très difficile mission de présider la République !

14 juillet 2016 : tableau mis à jour avec l'ajout d'Emmanuel Macron. Par ailleurs, après avoir lu La parole donnée, je modifierais l'appréciation concernant Jean Lassalle, au moins à 3 au lieu de 2 sur "vision mondiale et perception du changement", mais ce serait inéquitable envers ceux dont je n'ai pas lu de livre récemment.

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