Argenteuillais démocrate… sans frontière

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lundi 19 mars 2018

Bientôt ici, de belles nouvelles

J'ai pu participer ce week-end du 17-18 mars aux rencontres de "Résistons !" à Paris. Une très bonne ambiance et une collection de très beaux instants que je promets de vous faire partager ici dans les prochains jours, le temps de retaper à partir de mes notes, papier pour une fois !

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vendredi 9 mars 2018

Prise de pouvoir à la Commission européenne : un eurocrate qui s'envole, comme une pomme qui tombe, montrent où sont les forces

La promotion express de Martin Selmayr au poste de n°2 européen, avec trucage de la série de procédures prévues, révélée par Jean Quatremer, c'est peut-être un détail pour vous. Ça restera peut-être aussi ignoré que l'écrasement, en France, du droit de pétition, par une institution complice de l'exécutif de l'époque. Mais pour moi ça veut dire beaucoup, ça veut dire que l'Europe institutionnelle n'a plus de signification.

Deux promotions en moins d’une minute, un record du monde. Le tout à la stupéfaction des commissaires qui n’ont pas été mis dans la confidence, y compris Günther Oettinger, le commissaire chargé des ressources humaines. Mais courageusement, personne n’a moufté et tout le monde a validé ce joli « golpe ».

Ce qui est effrayant pour un non-initié à la mécanique européenne (même si j'ai eu plusieurs missions dans l'environnement de la Commission comme évaluateur); c'est le niveau de détail de règles…

le statut exige au minimum deux ans dans un grade, la moyenne étant en réalité de 3 à 5 ans. Or, en 2014, (M. Selmayr) est déjà AD 12, le maximum possible vu sa date d’entrée, ce qui est déjà un exploit sans précédent. Barroso et Reding lui donneront alors un coup de pouce en le propulsant AD14 et directeur, ce qui lui ouvre les portes du secrétariat général … comme chef de cabinet, il bénéficie d’un grade AD15 temporaire (jusqu’à 17.000 euros), grade qu’il se fera attribuer à titre permanent en 2017 … (Mais) comment Selmayr a-t-il pu être nommé secrétaire général alors qu’il n’avait pas la fonction suffisante (qui doit être séparée du grade qui détermine la rémunération) : il faut au minimum être directeur général adjoint (DGA) ou directeur général (DG)…

… un niveau de détail qui ne laisse deviner aucune autre justification… que celle de constituer un système à base de règles. Un système régi par sa "base légale".

"Le Parlement n'y peut rien" comme l'écrit gentiment, et pour s'en réjouir, un spécialiste de celui-ci[1].

D'un point de vue démocrate (le mien en l'occurrence) : c'est une horreur, une raison suffisante de rebâtir la politique européenne depuis les fondations.

Du point de vue de qui croit plus à l'état de droit qu'à la démocratie, ou qui voit dans l'Europe bureaucratique un rempart indispensable contre les démagogies électorales nationales : c'est une horreur, puisque l'ambition, la vitesse d'exécution et quelques relations bien placées suffisent à prendre le pouvoir effectif : les règles démontrent leur incapacité à se défendre elles-mêmes, à se défendre sans gardiens.

Comment peuvent-elles alors nous protéger, et contre quelles démagogies nationales ?

Mardi dernier, dans une conférence sur l'intelligence artificielle, Léon Bottou prenait l'exemple de la pomme de Newton. La force de gravitation s'exerce en permanence. Mais sur 15 millions de photos prises au hasard, ou de vidéos de quelques secondes, combien d'objets en chute libre verticale avez-vous une chance de voir ? Un ? Dix ? En tout cas, les moteurs d'intelligence artificielle qui veulent donner le bon résultat en moyenne, et qui voient sur la plupart des photos le sol terrestre et d'autres objets, seront incapables d'imaginer qu'une force puissante tire ces objets vers le sol. La pomme qu'ils verraient sur une image, ils la traiteraient en anecdote, en point aberrant, probablement explicable par la présence, hors cadre, d'un enfant farceur, voire anti-newtonien. Et pourtant. Si l'intelligence artificielle échoue, la compréhension humaine, elle, peut deviner à travers la chute libre de la pomme, ou l'ascension expresse de Martin Selmayr, la direction des forces qui gouvernent tout le système.

Notes

[1] Discussion Facebook sur un post de Jean Quatremer.

lundi 26 février 2018

Top lectures : Ébène, Chinoises, Tokyo Vice. Three Billboards en prime

Quelques recommandations vite faites, à l'attention de celles et ceux qui, comme moi, n'accrochent malheureusement pas aux romans, parce qu'il leur faut du vrai pour y croire.

Quelqu'un, je ne sais plus qui, m'avait offert "Ébène". Ryszard Kapuscinski y raconte, mieux que je ne saurai jamais le faire, l'Afrique que j'ai rencontrée il y a plus de 30 ans.

J'ai retrouvé son regard dans la magnifique exposition "Mali Twist" de la fondation Cartier sur le photographe récemment disparu, Malick Sidibé. Un contemporain de mon beau-père, qui l'avait forcément rencontré quand il était en CAP à Bamako, car les capitales africaines étaient petites alors. L'expo a fermé hier mais le site est encore là.

J'ai trouvé "Chinoises" à la fête de LO. Xinran a animé au tournant des années 90, sur une radio de Shanghaï, une émission de reportages et de libre antenne sur la vie des femmes. Le livre réunit quelques histoires de femmes ballottées ou écrasées par quatre décennies de révolution. Et aussi l'histoire immobile des femmes de "Colline hurlante", village troglodyte où le Moyen-Âge n'est pas encore arrivé.

J'ai sur une étagère un livre sûrement très bien dont je n'ai pas dépassé le premier chapitre : "Ce que pense la Chine". Ma bonne volonté n'a pas résisté au décalage entre le titre et le contenu : il s'agit en fait de "ce que pensent" les académies et quelques autres intellectuels. C'est certainement très bon à savoir ; mais sur ce que vivent 99,9% des Chinoises et aussi des Chinois, j'ai l'impression d'être mieux informé par Xinran.

J'ai reçu à Noël (merci R.) "Tokyo Vice", de Jake Adelstein, Américain qui a travaillé des années aux "Faits divers" d'un grand quotidien japonais. C'est de la même richesse que "Chinoises", en plus âcre, puisque ce journaliste-ci cherche les histoires que leurs protagonistes n'auraient pas voulu raconter.

Je n'accroche pas aux romans, mais deviens très bon public quand l'image porte la fiction, en BD ou au cinéma. Une amie ayant recommandé "Three Billboards", j'y suis allé ; malgré un titre qui me disait rien (à quoi bon ne pas traduire des mots pareils, ce n'est même pas le titre original), malgré une affiche qui ne me parlait guère, et malgré ce que j'avais mal lu sur internet au sujet du film — quelque chose comme "un film psychologique qui tourne au thriller". C'est pas ça. C'est un film honnête sur ce que des événements singuliers, et tragiques, peuvent provoquer sur des gens normaux. L'histoire n'est presque pas inspirée de faits réels. L'héroïne n'est pas le héros (rien à voir avec "Erin Brockovich"). La fin n'a rien à voir avec celle d'un thriller. Ce n'est pas non plus un film réaliste : autant de coups de théâtre que dans un Shakespeare, autant de répliques choc que chez Sophocle, des cadrages presque aussi directifs que ceux de Wes Anderson.

Le film fait partie des favoris pour les Oscars. Il a triomphé aux BAFTA. Les prix de meilleure actrice et de meilleur second rôle masculin sont allés à Frances McDormand et à Sam Rockwell. Celui-ci disait, dans je ne sais plus quelle interview, qu'eux deux ont joué leur rôle en "do or die", et que c'était la seule façon d'y arriver. C'est bien l'impression qu'ils donnent (et quelques autres actrices et acteurs de ce film aussi), donc, en fin de compte, ce n'est pas de la fiction :-)

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