Argenteuillais démocrate… sans frontière

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vendredi 31 octobre 2014

Ouagadougou : ce vendredi, on doit parler

Suite de l'édition spéciale ;-)

Blaise a fait son allocution après minuit, plusieurs heures plus tard que prévu. Signe de tractations extrêmement tendues à l'intérieur de son camp.

"J'ai entendu le message. Je l'ai compris et pris la juste mesure des fortes aspirations au changement" … "Je reste disponible à ouvrir avec vous des pourparlers pour une période de transition à l'issue de laquelle je transmettrai le pouvoir au président démocratiquement élu."

Les termes utilisés ("message", "pris la mesure", "reste disponible", "vous", "à l'issue"…) selon ce passage cité par la RTBF, sentent la lettre de motivation, pas le naam (la détention du pouvoir, "l'exercice de l'État").

L'armée burkinabé est de taille modeste. Elle s'est positionnée à l'ancienne (la forme du communiqué, lu par porte-parole, était similaire à celle de 1987), mais en 1987, Ouaga était déserte, le peuple était las après quatre années de gouvernement sympathique mais erratique ; en 2014, face à une révolution portée par des millions de personnes, l'armée ne pourrait pas tenir.

Arrivé à la tête de l'armée suite aux mutineries de 2011, le général Traoré est parfaitement conscient du danger d'une

"fracture au sein de nos forces armées, d’une part, (d'une) perte de confiance entre les militaires et les populations civiles d’autres part."

Journée de tractations obligatoire ce vendredi !

Et si je comprends bien, l'épicentre des négociations sera le palais du Moogho. Si des gens de l'Ouest (non-Mossi) comme les généraux Kouamé Lougué et Honoré Traoré s'y retrouvent et trouvent un consensus, le naam aura retrouvé son lieu.

Les émissaires auront pu faire antichambre, ou se débriefer, au bar-restaurant sur le bord de la route, avenue du Moogho Naaba. Paulin Yameogo, neveu de l'ancien président Maurice Yameogo (un moaga roturier, talga), l'avait ouvert en se rangeant de la politique et du journalisme après de dures expériences. Peut-être sera-t-il bien placé pour voir si son combat des années 90 obtient, vingt ans plus tard, des résultats.

jeudi 30 octobre 2014

Mon édition spéciale Burkina Faso, depuis Argenteuil

Mon dernier séjour au Burkina Faso date de six ans. Mais Argenteuil n'est pas un si mauvais observatoire. C'est à Argenteuil que j'ai eu le plaisir de rencontrer feu Gérard Kango Ouedraogo, qui joua un grand rôle dans l'indépendance républicaine et pacifique de ce qui était la Haute-Volta. Ou notre concitoyen et mon "homo", Frédéric Guirma, personnalité marquante des premières années de l'indépendance, nostalgique justement de la Haute-Volta, et "candidat accompagnateur" à l'une des présidentielles de Blaise Compaoré.

Alors quelques points de vue destinés à mes compatriotes français étonnés ou surpris par la (tentative de) révolution ouagalaise.

Tentative ou révolution ? Nous en saurons plus dans quelques minutes, puisque une allocution du Président Compaoré est attendue. Démissionnera-t-il, de façon à préserver la continuité institutionnelle ? J'en serais étonné. Le plus probable est qu'il appelle comme nouveau Premier Ministre le leader de l'opposition, Zéphirin Diabré. Ce qui mettrait l'opposition en difficulté, créerait un flou, radicaliserait sans doute les jeunes, et donnerait une chance aux "durs" du régime d'emporter l'épreuve de force. C'est le coup qu'avaient réussi Mobutu et d'autres.

On lit des termes comme "printemps noir". La comparaison tient-elle ?

Avec la Libye certainement pas. "Blaise" n'est ni un dictateur ni fou.

Avec la Syrie non plus. Compaoré, nabiiga — membre d'une grande famille de l'ethnie majoritaire moaga (mossi) — n'est pas le syndic d'une minorité ethnique. Son arrivée au pouvoir a été validée par un large consensus des institutions ethniques, religieuses et des forces politiques.

Avec la Tunisie ou l'Égypte, il y a une grande parenté.

C'est l'usure d'un pouvoir fort mais progressivement paralysé par ses multiples liens avec le business.

Ce pouvoir tenait par l'implication des forces armées dans le même business, et qui vacille quand l'armée envisage de le lâcher. C'est une révolution pacifique mais où il y a des morts — au moins un hélas — et le risque de "bain de sang" est évoqué (sur RFI par exemple il y a quelques minutes).

Ce pouvoir était élu et réélu. Blaise Compaoré gagnait largement les présidentielles, et son parti le CDP, avec quelques alliés, disposait d'une large majorité à l'Assemblée.

Ce pouvoir bénéficiait d'un consensus large et prolongé. La présidence d'un militaire n'était sans doute pas jugée comme un bien en soi ; mais le régime Compaoré garantissait la paix civile et le fonctionnement régulier des institutions (après une succession de coups d'État, de 1980 à celui de 1987 qui l'a porté au pouvoir).

Y a-t-il un risque de guerre civile ?

Croisons les doigts : aucun. Le Burkina et la Haute-Volta sont en paix civile depuis près d'un siècle, c'est-à-dire depuis la fin de la résistance au colonisateur français (1927 en région touarègue).

En fait, la paix civile est la première et plus précieuse richesse du Burkina. C'est cette paix civile qui a permis, depuis le XVème siècle, un peuplement dense du "plateau mossi" malgré l'extrême pauvreté du sol et l'enclavement par rapport aux réseaux de communication continental et mondial.

Est-ce un État fragile ?

Si on considère (et je considère ;-) ) que la continuité de l'État au Burkina est celle de l'empire moaga, le Burkina est dans le monde l'un des plus anciens États organisés dans sa forme actuelle, sinon le plus ancien (entre 5 et 8 siècles selon les historiens).

Les chefs de l'opposition et l'état-major, si j'ai bien lu, sont allés aujourd'hui rencontrer l'empereur.

La solution que retiendra l'empereur s'imposera.

Aussi parce que 5 siècles de continuité politique ne se gagnent pas par hasard… mais par une capacité exceptionnelle à sentir les situations et à faire les choix les plus prudents. Certes, les institutions impériales ont parfois été dépourvues face à des défis extérieurs (celui d'un coup d'État peul vers le XVIIIème siècle ; l'arrivée des mitrailleuses françaises en 1898). Mais pour le jeu politique intérieur, elles sont imbattables.

Pourquoi changer ?

Le mouvement "Balai citoyen" explique que le service public est ruiné par la corruption, l'État incapable, etc.

Il y a peut-être du vrai, mais il faut relativiser.

Le service public au Burkina est lent, procédurier, handicapé par les multiples entrelacements de dépendances et d'intérêts ; mais il fonctionne. Et remarquablement, au regard de l'extrême pauvreté du pays.

Lors de l'accident de l'avion d'Air Algérie, au Mali, c'est l'armée burkinabé, non l'armée malienne, qui était arrivée la première sur les lieux. Le Président était sans doute en vacances : c'est son chef d'état-major Gilbert Diendéré qui a géré la situation, avec un sang-froid et un sens de l'État remarquables.

Sûrement, le Burkina peut faire de grands progrès, notamment pour le développement des campagnes et des petites villes. Car tout l'enrichissement des vingt dernières années a été aux villes, et principalement à la capitale, qui avait même connu un boom immobilier à l'époque de la crise ivoirienne (2002)… pendant que la paysannerie des campagnes continue à vivre dans la grande pauvreté, d'une récolte de quelques quintaux de céréales par famille et par an

Comment faire mieux ? Comme enclencher un développement économique profond, général dans le pays ? Ce sera un défi bien difficile pour les prochains gouvernants.

L'opposition est-elle capable de gouverner ?

Oui, c'est la grande nouveauté des dernières législatives : un parti d'alternance, l'UPC de Zéphirin Diabré, a obtenu beaucoup de voix

Plusieurs grands partis avaient obtenu un grand soutien populaire dès le début des années 90, dès les premières élections des présidences Compaoré. Mais c'étaient des "partis d'opposants", ou des partis traditionnels prêts à toute négociation avec le pouvoir.

Plusieurs des principaux leaders du CDP avaient senti la situation, quitté le parti présidentiel et créé leurs propres mouvements : l'ancien premier Ministre Roch Marc Christian Kaboré, l'ancien maire de Ouaga Simon Compaoré, l'ancien ministre des Affaires étrangères Ablassé Ouedraogo.

L'opposition semblait prête pour l'alternance de 2015, date de la prochaine élection présidentielle. Pour la première fois depuis celle de 1978, et la deuxième fois seulement depuis l'indépendance, l'électorat burkinabè allait pouvoir choisir entre plusieurs forces politiques, déterminer auxquelles, et à quels leaders, il confiait la responsabilité du pays.

Qu'est-ce qui a déclenché la (tentative de) révolution ?

C'est la tentative de Blaise Compaoré d'obtenir une nouvelle révision constitutionnelle pour rester au pouvoir après 2015.

Le temps était passé.

Il ne l'a pas vu — ou il n'a pas pu le voir. Un chef d'État depuis 27 ans — la moitié de l'Histoire du Burkina indépendant ! — a trop de gens à nourrir pour pouvoir se permettre de partir sans y être forcé.

Le troisième parti du Parlement, l'ADF-RDA de Gilbert Ouedraogo, ne s'est pas cru assez fort pour cela. Sur le papier, il l'était : en refusant de voter cette révision, il aurait forcé Blaise à convoquer un référendum, c'est-à-dire une Présidentielle anticipée, qu'il pouvait bien perdre.

Mais Gilbert (il a toute ma sympathie, c'est un ami) n'a pas trouvé la bonne sortie à la pression très forte dans laquelle il était placé, entre une opinion hostile à la révision, et un pouvoir d'État qui semblait tout contrôler.

Il a cru résoudre la crise en concluant un compromis — le nombre de mandats présidentiels resterait limité, mais à 3 au lieu de 2…

De cela aussi, le temps était passé.

Il aurait fallu trouver mieux, comme feu son père Gérard Kango avait su résoudre la crise de 1958 entre l'empereur et l'Assemblée élue. Il avait permis à chacun de sauver la face, sans couper la poire en deux, mais en dissolvant discrètement l'objet du conflit (… qui n'a jamais été écrit clairement dans les livres d'Histoire !).

Gilbert n'a pas trouvé la même voie. C'était difficile. Son "compromis" qui revenait à retarder de 5 ans l'alternance, a mis près d'un million de Ouagalais dans la rue.

Est-ce du nouveau au Burkina ?

Même pas. Cette (tentative de) révolution ressemble de près aux manifestations de 1966, contre le pouvoir dévalué, lui aussi, de feu Maurice Yameogo. Et, avec l'accord des forces politiques, l'armée avait pris le pouvoir, avec Sangoulé Lamizana comme Président.

L'histoire burkinabé est un éternel recommencement !


RFI annonce (20:06) que le Président Compaoré n'a toujours pas fait l'allocution attendue depuis 75 minutes.

C'est le chef d'état-major de l'armée, le général Traoré, qui a annoncé la constitution d'un gouvernement de transition.

Comme porte-parole de Blaise, ou comme alternative à Blaise ? Qui sait[1] ?

C'est malin, à un moment où la parole présidentielle est dévaluée. Le jeu reste ouvert.

Notes

[1] Précision, 31 octobre 2014 : ce n'était pas de la part du Président, quoique certains médias l'aient écrit. Le général Lougué assume en effet faire partie des rédacteurs (interview à Voice of America). Mais la rédaction subtile laissait ouverte un accord avec le Président en place.

jeudi 16 octobre 2014

Tentative de rejoindre Seine-Défense dès le 1er janvier : une démarche hasardeuse et inutile

Mon intervention au Conseil Municipal de ce jeudi 16 octobre, pour le groupe Tous Fiers d'Être Argenteuillais.

1) Rappelons en préambule que la raison pour laquelle la Municipalité a voulu quitter l’agglomération, c’est, de votre aveu, Monsieur le Maire, votre volonté d’écarter le président Philippe Doucet de la gestion de cette agglomération.

Or, quelle que soit l’opinion de votre équipe sur la gestion municipale passée de la Ville, vous devriez constater

  • Premièrement, l’avis très favorable de la Chambre régionale des Comptes sur la gestion de l’Agglomération,
  • Deuxièmement, l’intérêt pour Argenteuil de la dotation d’Etat : 5 millions pour l’agglomération (contre 2 millions à Seine-Défense pour une population égale), soit l’équivalent de 4 millions pour Argenteuil.

Donc, adhérer à Seine-Défense, c’est une perte nette de plusieurs millions d’euros pour Argenteuil.

Accessoirement, si vous souhaitez, comme nous-mêmes, une gestion économe de l’argent public, vous allez trouver à dire à Seine-Défense : pour le même nombre d’habitants qu’Argenteuil-Bezons, et pour beaucoup moins de compétences qu’Argenteuil-Bezons, Seine-Défense a, non pas 10 vice-présidents comme Argenteuil-Bezons, mais 14, et qui plus est, au montant maximal d’indemnités. 14 vice-présidents pour, aujourd’hui, 2 employés, soit un ratio impressionnant de 7 vice-présidents par salarié.

Quant au président de l’agglomération, mis en examen dans l’affaire Bygmalion, nous espérons bien que vous exercerez la plus grande vigilance face à tout risque de confusion entre les intérêts de l’UMP et ceux de l’agglomération.


2) Donc cette délibération ne traduit pas un intérêt particulier pour Argenteuil à rejoindre Seine-Défense telle qu’elle fonctionne ; elle vise plutôt à accélérer la dissolution de l’Agglomération. Vous venez de le dire en introduction, et votre Premier Adjoint Xavier Péricat l’avait écrit ce mercredi en deux tweets, je cite : « Une nouvelle page de l'histoire de ‪@VilleArgenteuil‬‬ s'écrit ce jeudi avec notre adhésion à la Communauté d'Agglomération ‪#Seine‬‬-Défense ; Dès Jeudi, c'est aussi la dissolution de l'Agglomération ‪#Argenteuil‬‬-Bezons qui est enclenchée au 1er janvier 2015 ! » comme si ce Conseil n’avait pas déjà voté il y a trois mois la même dissolution et la même date… c’est à se demander pourquoi on est réunis !

Philippe Métézeau a prétendu lors du Conseil d’agglomération que cette démarche exprimait, non seulement le choix de la Municipalité, mais aussi la volonté des Argenteuillais. Alors là, scoop ! Les citoyens ont été complètement tenus hors du coup. Ce n’était pas dans le programme municipal de la liste qui a été élue, et il n’y a pas eu de débat public après l’élection… Si, il y en a eu un, organisé par l’agglomération elle-même, et il n’allait certes pas dans votre sens. Nous, à Engagés pour Argenteuil, nous avions demandé pendant la campagne un référendum local, et nous maintenons que ce choix d’agglomération concerne directement chaque citoyen.

Ce changement d’agglomération par-dessus la Seine ne traduit pas non plus une stratégie de développement qui soit perceptible dans la délibération qui nous est proposée. La délibération est muette sur ce point. Dire, comme l’a fait M. Péricat en commission unique, que l’on va s’élargir, s’ouvrir, ou créer un grand ensemble, a aussi peu de portée que de dire que l’on va gérer au plus près des quartiers — la question, ce n’est pas la petite ou grande échelle à laquelle on travaille, c’est d’abord à quoi on travaille.

Pas de stratégie côté Argenteuil, et encore moins côté Seine-Défense, puisque l’objectif affiché par son Président est de créer des bureaux à Bois-Colombes et Colombes, voire jusqu’à Gennevilliers en suivant la future ligne rouge du métro… mais pas à Argenteuil.


3) Les réalités géographiques ne sont pas si faciles à bouger. Argenteuil et Bezons sont solidaires, la montagne du Parisis nous sépare du reste du Val d’Oise, la Seine nous sépare de la petite couronne et de La Défense. Et c’est justement Bezons qui connecte, par le tramway, Argenteuil avec La Défense, via la Garenne-Colombes et Nanterre. Vous faites voter aujourd’hui une adhésion à l’agglomération constituée par Puteaux et Courbevoie, ce n’est pas cette agglomération qui décide du développement du quartier d’affaires : c’est l’établissement public EPADESA, qui réunit l’État, la Région, le Département et les communes, et dont la stratégie de développement est claire : vers l’Ouest, la Garenne-Colombes et Nanterre, voire Rueil-Malmaison.

Si nous voulons qu’Argenteuil bénéficie d’une extension de La Défense, la priorité serait de trouver un accord avec notre tête de pont vers Nanterre et La Défense, c’est-à-dire avec Bezons ; Kader Slifi vous l’avait rappelé lors d’un précédent Conseil. Or les deux votes que vous nous proposez ne témoignent pas, c’est le moins qu’on puisse dire, de la recherche d’un tel accord. Vos adjoints et vous-mêmes estimez que « Bezons n’a qu’à faire comme nous », ce n’est pas cela, à mon sens, chercher un accord.


4) Vous nous dites enfin que ces délibérations sont « techniques », j’ai entendu le terme en Commission Unique, qu’elles sont nécessaires dans le cadre de l’adhésion, déjà votée, au Grand Paris.

Eh bien, cette adhésion mériterait qu’on se repose la question, quand on entend les compromis qui viennent de se décider début octobre entre les élus de l’agglomération, compromis repris par le Premier Ministre, en particulier sur les finances du Grand Paris. Le budget de la métropole serait limité à quelques dizaines de millions d’euros, soit à l’échelle d’Argenteuil, quelques centaines de milliers d’euros. Ce n’est pas ça qui va combler le manque à gagner dû à la dissolution d’Argenteuil-Bezons.

À défaut d’argent, quelle sera la capacité politique du Grand Paris, sa capacité à organiser l’action des villes ? Philippe Laurent, le maire de Sceaux et ancien président du syndicat de collectivités Paris-Métropole, remarque que le « périmètre » du Grand Paris « n’est manifestement pas adapté au « fait métropolitain » quand « les aéroports n’en font pas partie, pas davantage que les villes nouvelles ». Ce que j’en comprends, c’est que la collectivité qui devrait gérer la métropole, de Roissy à Orly et de Cergy à Marne-la-Vallée, s’appelle tout simplement la Région Ile-de-France, et elle existe déjà.

Donc cette réforme, au lieu de simplifier le fameux « enchevêtrement des compétences », risque de rendre l’agglomération ingouvernable ! Puisqu’à la Métropole s’ajoutent les territoires, et qu’en face les départements, Val d’Oise comme Hauts-de-Seine, vont perdurer au moins jusqu’en 2020.

En d’autres termes, Argenteuil pourrait se reposer la question, et ne pas lâcher ses partenaires du département et de l’agglomération pour des plans aussi fumeux.


5) Cependant, ce serait là un autre vote, une autre décision. Vous situez la délibération d’aujourd’hui dans une perspective précise, celle fixée par le vote antérieur de ce Conseil, le 18 juillet, pour une adhésion au Grand Paris prenant effet au 1er janvier 2016.

Dans cette perspective-là, Argenteuil devra être rattachée, sans doute au 1er janvier 2016, à l’un des territoires du Grand Paris. Si Bezons n’adhère pas d’ici là (elle peut d’ailleurs encore le faire), la seule commune du Grand Paris avec laquelle nous ayons une véritable continuité territoriale, des échanges importants, des affaires communes, c’est Colombes.

Nous n’avons donc simplement pas le choix, et Colombes non plus, d’ailleurs : le territoire dont fera partie Colombes sera également le nôtre — en tous cas, toutes autres décisions seraient stupides, et comptons sur les Préfets pour les éviter.

Donc, si Colombes se rattache à La Défense, nous y serons aussi ; si Colombes se rattache à une Boucle Nord des Hauts-de-Seine sans La Défense, nous y serons aussi.

Alors, à quoi bon prendre la délibération que vous nous proposez ?

Son succès repose sur le volontariat de Bois-Colombes et Colombes, sans parler de Puteaux et Courbevoie, pour faire partie du même ensemble qu’Argenteuil. Croyez-vous vraiment que c’est cette méthode qui nous donne les meilleures chances de succès ?

Et ce volontariat, il doit se manifester par un vote de chacun des trois Conseils Municipaux, un vote du Conseil communautaire et un nouveau vote de chacun des trois Conseils Municipaux, le tout suivi d’un arrêté interpréfectoral, d’ici le 31 décembre, soit en 10 semaines. Le tout sur un sujet dont les habitants de ces communes ont à peine entendu parler jusqu’ici, mais comptez sur les médias pour attirer leur attention dès les premiers votes. Au dernier Conseil Municipal je disais que ce serait un « miracle », je ne peux que maintenir cette expression.

Vous prétendez que vous êtes contraints à ce vote parce que le Premier Ministre, lui, serait contraint de prononcer la dissolution d’Argenteuil-Bezons au 31 décembre ? Au motif que le Conseil municipal d’Argenteuil a voté cette date du 31 décembre ? C’est une blague, j’espère en tout cas que personne dans cette salle ne la prend au sérieux. La loi impose à M. Valls de prendre cette décision tôt ou tard, mais comptez sur lui pour le faire au moment qu’il jugera opportun ; et en matière de temps opportun, comptez sur lui pour garder en tête le calendrier du Grand Paris et pas seulement le calendrier de la municipalité d’Argenteuil.

Vous savez par ailleurs que l’adhésion à une nouvelle agglomération ne vaut pas retrait de l’agglomération existante ; si ça marchait, ça aurait pu être une astuce pour sortir plus rapidement d’Argenteuil-Bezons, mais cette procédure, qui existe pour les communautés de communes, c’est-à-dire les zones rurales, est interdite en agglomération. Ça ne marche pas.

Conclusion de bon sens : même dans la perspective votée le 18 juillet, celle d’un rattachement au Grand Paris, la solution raisonnable est de maintenir l’agglomération d’Argenteuil-Bezons jusqu’à la date de création du Grand Paris et de ses territoires.

Ça demande du bon sens, ça demande aussi le sens du compromis ; parce que bien sûr, il faut une cohérence entre les politiques de la ville et celle de l’agglomération. Il faudra donc une volonté partagée de sortir de ce que L’Express d’hier appelle le « cirque ». Et je vous le dis tout de suite, prétendre que le cirque « c’est l’autre », « c’est pas moi c’est lui », c’est encore du cirque.

En conclusion, j’appliquerai cette remarque à moi-même ; au nom du mouvement Engagés pour Argenteuil, je suis disposé à toute démarche allant dans le sens de sortir Argenteuil du ridicule de ce « combat des chefs », ce que, j’en suis sûr, nous souhaitons tous, et de construire des compromis permettant de travailler ensemble, entre autorités légitimes et démocratiquement élues, dans l’intérêt d’Argenteuil et des Argenteuillais.

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