Argenteuillais démocrate… sans frontière

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mardi 24 février 2015

Désinformation, une parmi cent, sur la Grèce

La lecture de la presse ou l'écoute des médias audiovisuels est une source permanente d'effarement.

Les mini-sondages en ligne sur les sites de newsmagazines permettent de s'effarer au quintuple, quand il y a 5 réponses proposées et que toutes sont contraires aux faits. Sur celui-ci, sur le site du Point, il y a tout de même eu 365742135 internautes capables de choisir l'une des cinq réponses idiotes.

La Grèce ne quittera finalement pas la zone euro : (et pour cause, ni son gouvernement ni ceux des pays ayant l'euro, ne le souhaitaient !)

1. C'est bien la preuve que l'Union européenne est plus un atout qu'un inconvénient pour les pays membres. (qu'une décision envisagée par personne ne soit pas prise, ne peut rien prouver)

2. Syriza et Tsipras n'ont jamais eu l'intention de se passer de l'euro et de l'Europe, ils ont simplement employé ces arguments pour se faire élire. (ils n'ont jamais employé pendant leur campagne d'intentions aussi stupides)

3. L'Europe est devenue une prison dont il est, hélas, très difficile de s'évader. (reparlons-en quand quelqu'un aura envie d'essayer)

4. Ce que la Grèce n'a pas obtenu, des pays comme l'Italie, l'Espagne ou la France y parviendront : oui, abandonner l'euro est possible. (même chose)

5. La monnaie unique n'est pas un problème, seule compte la politique économique et monétaire que l'Allemagne impose implicitement à ses partenaires. (la preuve : dans le débat sur la loi Macron, opposition et gouvernement n'avaient qu'une référence à la bouche, la contrainte allemande. Ah, en fait non.)

Désormais, c'est sûr : je tourne vieux grincheux.

Parce qu'en fait, l'incompétence des journalistes sur les sujets qu'ils évoquent, j'avais eu des occasions de m'en rendre compte il y a des décennies ; et la compétence d'un journaliste ça ne peut être qu'à la marge la politique, l'économie ou le sport : il est payé pour faire du journalisme.

Donc, j'étais au courant, mais je supportais ça très bien, et je m'en amusais.

Maintenant, ça ne me fait plus sourire. Je me dis que les médias devraient éclairer les gens sur ce qui se passe plutôt que de semer la confusion.

J'ai peut-être une bonne raison pour ça, en plus du vieillissement. Je crois que la société française a besoin de retrouver ses marques après les révolutions du XXIème siècle ; je crois qu'une fois la confusion dissipée (mais quand ? comment ? par qui ?…), la France redeviendra entreprenante, conquérante, rayonnante, agréable et accueillante.

lundi 26 janvier 2015

Grèce : bonne nouvelle pour l'Europe, mauvaise pour les ménages français

Bonne nouvelle pour l'Europe : un pays se débarrasse de la caste politico-affairiste qui a coulé les finances du pays. Une nouvelle génération arrive aux responsabilités, à gauche avec Syriza, au centre avec ToPotami, des gens qui auront les mains libres pour prendre des décisions, pour redresser l'économie et la société grecques.

Mauvaise nouvelle pour les Européens : c'est nous qui allons payer la facture.

@PatRomedenne ouvrait sa revue de presse sur Télématin par la vieille histoire du voisin[1] :

un homme est couché auprès de sa femme et l'empêche (de dormir) en se retournant sans cesse, visiblement très perturbé par un problème. Lasse de cette situation elle finit par allumer la lumière et l'interroge sur son tracas. Alors il lui explique qu'il a emprunté 1000 € au voisin d'en face et qu'il ne va pas pouvoir lui rembourser comme il l'avait promit .
— Ah bon, c'est ça ton tracas ?
Elle se lève, ouvre la fenêtre et interpelle le voisin d'en face. Celui ouvre ça fenêtre et elle lui cri :
— mon mari ne te remboursera pas !!!
Elle ferme sa fenêtre se recouche, et dit à son mari :
— tu vois, s'est pas compliqué, maintenant dort,c'est lui qui ne dort plus !

Et Patrice Romedenne de conclure : le voisin, c'est nous.

Pour chiffrer les choses, chaque ménage français en aura pour environ 1000 euros, c'est justement le chiffre qui figurait dans cette blague : la quote-part française dans la partie de la dette grecque sur laquelle il faudra tirer un trait[2].


Est-ce la faute de Syriza ? Pas du tout : le FMI a écrit depuis des années que la dette grecque était impossible à rembourser, et qu'il faudrait bien tirer un trait dessus. Syriza propose simplement de le faire au lieu de continuer à entretenir une fiction qui pervertit tout effort de redressement. C'est comme pour un ménage ou un service public : alimenter le surendettement pourrit les situations, à un moment, il faut "apurer", et tant pis pour ceux qui avaient prêté à mauvais escient.

Est-ce la faute de ceux qui avaient prêté à mauvais escient ? Oui, bien sûr. La faute aussi des gouvernements grecs des années avant 2008, de Nouvelle Démocratie particulièrement, et de Goldman Sachs pour avoir maquillé la situation du pays, comme chacun sait. Mais les prêteurs ont-ils sérieusement contrôlé cette situation ? Ils étaient trop heureux de trouver un pays "zone euro" où placer plein d'argent, et fermaient les yeux.

Ils devraient donc renoncer à leur argent, "prendre leur perte" comme on dit en finance. Mais ils ne le feront pas. Parce qu'entre temps, ils ont réussi à refiler les prêts à quelqu'un d'autre : nous. Les États européens, donc, les contribuables, les ménages. Beau tour de passe-passe.

Ils ont trouvé à l'époque un prétexte géant : la rumeur selon laquelle "la zone euro était en danger". Le fantasme selon lequel la Grèce risquait de sortir de l'euro, et/ou que, si la Grèce se déclarait en faillite, la monnaie européenne s'effondrerait.

J'ignore encore aujourd'hui si cette vaste blague est née tout seule — ou d'une belle campagne de lobbying souterrain ; dans tous les cas, ça a marché — et même influencées par des lobbyistes, les institutions démocratiques restent responsables de leurs décisions.

Ce ne sera pas faute d'avoir alerté, expliqué. Mais ça ne console guère, pour nos 1000 euros.

D'autant que les 4 années d'austérité forcée, de coupes budgétaires sans réformes en profondeur, de passage au "noir" de l'économie grecque, n'ont fait que gonfler la facture.

Espérons qu'au moins la leçon serve pour la France !

Une économie saine, c'est un pays, c'est une Europe qui se coltinent le monde tel qu'il est.

Notes

[1] Je reproduis, avec fôtes, la version racontée par une internaute en commentaires ici

[2] La version de Patrice Romedenne n'était pas chiffrée. La part irrécouvrable de la dette grecque représente environ 100% du PIB soit 100200 milliards d'euros ; M. Moscovici refuse de chiffrer la part française dans cette dette (en direct, à travers le FMI dont la France est actionnaire, etc.): je prends le pari que 25% est une bonne estimation. En fait un peu moins, la part française serait donc de 49 milliards sur la dette totale, et autour de 30 milliards sur la partie non recouvrable, soit ±1200 € par ménage — mise à jour 26 jan. 15.

samedi 24 janvier 2015

Laïcité : au moins un but commun (contribution au débat du 23 janvier)

Hier 23 janvier, le député Philippe Doucet réunissait à la Cave Dîmière, pour une réunion d'échanges sur la laïcité, "des gens proches des valeurs de gauche".

La réunion était très forte, et même touchante. Des musulmans attachés au respect dû au Prophète, des catholiques piliers de paroisse, des "athées jusqu'au bout des ongles" (pour reprendre les mots de certains) ont échangé leurs réactions sur les tragédies récentes dans le respect, l'écoute et la fraternité.

Je suis intervenu sur quelques sujets qui me tenaient à coeur. Je reconstitue ici de mémoire cette intervention, en ajoutant du fil là où elle était décousue.


Je remercie le Député d'avoir invité, à travers nous, des représentants d'une tradition politique différente, celle du centre. Pour la gauche, la laïcité a toujours été un slogan fédérateur, qui ne posait pas question. Pour le centre, la laïcité a toujours été un sujet de débat, important et délicat ; car le centre réunit deux familles de pensée, l'une laïque portée par la franc-maçonnerie, l'autre démocrate-chrétienne, composée de personnes qui s'engageaient en politique au nom de leur foi, pour aider à concrétiser dans la société les valeurs auxquelles ils adhéraient comme chrétiens. Au MoDem, où nous avons milité pendant des années, nous avons toujours eu des personnes très attachées à la religion, et des "athées jusqu'au bout des ongles", très méfiants par rapport à la place des religions dans la société. Il y a eu des tensions, par exemple dans les débats sur le "mariage pour tous".

Comme je fais par ailleurs, depuis plus de vingt ans, des sondages et des études d'opinion, j'ai une mauvaise nouvelle pour les musulmans. Vous avez pu le voir dans les médias : la majorité des Français se méfient de l'islam.

En fait, la mauvaise nouvelle, c'est que les terroristes auteurs des derniers attentats sont, pour la majorité des Français, des musulmans.

Quand des représentants musulmans passent dans les médias, ils disent "ces terroristes ne sont pas des musulmans". Cela veut dire, si je comprends bien, "ils s'opposent à l'islam". Mais la majorité des Français ne comprend pas cette phrase, ils pensent que les représentants qui disent cela cherchent à éviter le problème.

Ces terroristes ne sont peut-être pas des musulmans, mais ils ont trouvé dans des communautés musulmanes, dans des réseaux musulmans, le soutien dont ils avaient besoin. Ce n'est pas la communauté musulmane dans son ensemble qui est concernée, mais c'est dans des communautés musulmanes que se trouve le terreau de ce terrorisme.

Aujourd'hui c'est l'islam qui est concerné, hier c'étaient les communistes… les terroristes des années 70 étaient tous communistes. C'était dans des réseaux communistes qu'ils trouvaient leurs soutiens. Pourtant les communistes dans leur ensemble, et leurs institutions, n'étaient pas terroristes du tout ! Totalement légalistes au contraire ! J'imagine que le Parti Communiste Français passait aux Renseignements Généraux la moindre information qu'il pouvait avoir ! Et pourtant, c'étaient bien des communistes.

Au passage, j'ai vu ces jours-ci sur twitter, c'est de mémoire, quelqu'un écrivait qu'il n'y a pas de terroristes athées. Il oublie Staline, Hitler et Pol Pot ! L'athéisme est le point commun des plus grandes terreurs du XXème siècle ! Et pourtant, bien sûr, les athées n'ont rien à voir avec le terrorisme.

Un petit témoignage personnel. J'ai vécu deux ans dans un pays à majorité musulmane, le Burkina Faso. Un pays où, depuis au moins un siècle il n'y a pas eu le moindre affrontement ou incident lié aux différences de religion. Les relations entre religions y sont tout à fait paisibles.

Avant le départ, l'ONG qui m'envoyait nous avait très bien formés. L'idée essentielle c'était "Quoi que vous voyez, il y a une raison. Ne réagissez pas simplement parce que vous êtes choqués. Dites-vous que ça pourrait aussi arriver à vous ou en France, selon les circonstances."

Ça m'a beaucoup aidé ; et pourtant, en deux ans, il est arrivé trois fois que je me dise : non, ça, c'est pas possible, en France, jamais ça n'arriverait !

Une fois, c'étaient les jeunes filles avec des vernis à ongles bleu clair ou vert clair. Je me suis dit : jamais on ne verra ça en France ! Vous voyez, c'était il y a plus de 25 ans.

La deuxième, c'était une grève des infirmières. Je me suis dit : en France, jamais les infirmières ne feraient grève. Et après mon retour en France, il y a eu une grande grève des infirmières.

La troisième, c'étaient les femmes "wahhabites" avec un voile noir qui les cachait entièrement, de la tête aux pieds. Je me suis dit : en France, on n'accepterait pas ça.

C'était il y a longtemps alors je me suis habitué ; mais ça fait que je comprends quand des gens sont choqués aujourd'hui, comme je l'étais à l'époque.

Alors, que faire après les attentats ? Il va y avoir des décisions difficiles à prendre, parce que les gens ont des opinions différentes sur le problème.

Ce sont bien des opinions. Les uns disent que le problème à combattre, c'est l'islamophobie, l'antisémitisme, la discrimination, "l'apartheid"… Les autres, je crois que c'est la majorité, pense que le problème vient de l'islam ; ou bien de l'islam comme cas extrême de la religion ; donc : que le problème vient de la religion.

Ce sont des opinions très différentes, et c'est inquiétant.

Mais ce qui me rassure, c'est que nous avons, que 99% des Français ont, je crois, un objectif commun. Celui qui s'est exprimé le 11 janvier. Une société paisible, solidaire, où tout le monde se sente respecté. Les valeurs de la laïcité, elles se sont exprimées dans tous ces dessins, ces panneaux, ces discussions… je pense qu'elle n'a pas eu, depuis longtemps, autant de contenu que ces jours-ci. Ces manifestations ont été un grand jour pour la laïcité.

Comment traduire cet objectif dans nos actes, là il reste des questions.

Il y a au moins une chose sur laquelle nous sommes tous d'accord : apprendre à réfléchir, à se faire une opinion, à l'époque de Facebook, Twitter et compagnie. J'entends à la télé qu'on accuse Facebook parce que des terroristes mettent leur propagande sur Facebook ; mais il y a 30 ans les terroristes mettaient leur propagande sur des tracts, et on n'accusait pas les tracts ! Les tracts n'ont pas de revolver, Facebook n'en a pas non plus.

Et pourtant quelque chose a changé. Les informations n'arrivent plus de la même façon qu'avant, et nous avons besoin d'apprendre à les recevoir, à les comprendre. Ça ne concerne pas seulement les "jeunes des banlieues". La théorie du complot n'est pas réservée aux musulmans. Le directeur informatique d'une entreprise avec laquelle je travaille me disait il y a quelques jours : "c'est louche, le Mossad doit être là-dedans, la carte d'identité laissée dans la voiture c'est pas possible…" Il n'a plus quinze ans, il a fait des études, il a un prénom d'origine latine… Cette maladie qu'est la théorie du complot, elle peut toucher tout le monde. Nous devons chercher les remèdes ensemble. Parce qu'elle fait partie de ce qui tourne la tête des gens qui deviennent des terroristes.

Pour conclure, une citation de Marguerite Duras que j'ai lue sur Twitter diffusée pendant les manifestations du 11 janvier. Elle date de 1985 et parle de l'an 2000.

En l'an 2000, "les réponses, il n'y aura plus que ça. Je crois que l’homme sera, littéralement, noyé dans l’information, dans une information constante. Ils verront de la télévision, on a des postes partout, dans la cuisine, dans les WC, dans le bureau, dans les rues."

Les personnes libres sont celles qui sauront poser les questions. Apprenons ensemble, et aidons les jeunes et les moins jeunes, à poser les questions.

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