Argenteuillais démocrate… sans frontière

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dimanche 18 février 2018

Fake news — le rap

Un de mes restes de gaminerie, c'est un côté bon public… Après une pièce de théâtre ou un concert, il me travaille en boucle pendant quelques jours. Et comme mon oreille n'a retenu que les trois dernières notes, je les chantonne en continu. Prenant mon parti de ce mini-handicap, j'ai écrit, dans la foulée du concert de JP Manova à La Maroquinerie ce jeudi 15, une version rap du billet précédent. À plusieurs voix (0, 1, 2, 3 voire 4). Un brouillon de chanson sur un thème proche ici.

1 : Un astéroïde inca · s’abattra en gare · le 31 décembre à 23 heures 50. SNCF vous prie d’excuser (fading) cet incident indépendant de sa volonté.

2 : Tu sais toi pour les Juifs ?
Tu sais pour les terroristes ?
Mais si, tu sais, j’t’ai fait passer
La vidéo qui dit tout.

3 : La minette est voilée
Elle a quelqu’chose à cacher
Ses yeux bleus c’est pas un hasard
Si on la montre à la télé.

4 ou 2 : C’est que d’la merd’ c’qu’y disent
T’as entendu Wauquiez
Si c’que tu cherches c’est la vérité
Regarde ce qu’y disent pas.

0 : T’as des fake news à longueur de journée
T’as des fake news qu’on veut nous faire gober
T’as des fake news, on est manipulés
T’as des fake news — — —

0 : Y a le copain · de la copine · du p’tit frère de la sœur
Il expliquait · à la cantine · que l’e-mail du prêcheur
Permet d’comprendre · pourquoi les gars · qui d’vaient intervenir
Se sont barrés · à 18 heures · comme s’y voyaient rien venir
On voyait bien · à la télé · les traces de fumées noires
Ceux qui disent qu’y · s’est rien passé · ils ont qu’à aller voir
Moi j’ai suivi · sur internet · tout c’que disaient les gens
T’en avais plein · qui s’demandaient · pourquoi le mec devant…
0 ou 3 : Ça m’fout la rage · quand j’me rends compte · qu’on pourra pas savoir,
Qu’on est traités · comme des moutons · juste bons à laisser boire

0 ou 3 : Trop de fake news à longueur de journée
Trop de fake news qu’on veut nous faire gober
Trop de fake news, on est manipulés
Trop de fake news — — —

2 et 0 : Tu sais toi pour le Juif ?
T’as compris, pour le psy ?
Le mec qu’explique le capitalisme
La relativité

2 et 0 : Toutes ces fake news à longueur de journée
Toutes ces fake news qu’on veut nous faire gober
Toutes ces fake news, on est manipulés
Toutes ces fake news — — —

0 : …

C’est un ange qui · est apparu · et lui a tout dicté
Il a marché · sur l’eau pour dire · qu’y faut tout pardonner
Le mec est mort · « pour nos péchés », · des gars ont écrit ça
Et ils répètent · les mêmes histoires · comme si l’monde changeait pas
Tous ces types · qui s’font exploser · en rêvant d’paradis
Toutes ces bonnes femmes · derrière des grilles · qui verront rien d’la vie
La religieuse · paralysée · qu’est r’partie en courant
Les veuves de guerre · les prisonnières · qui s’accrochent au Coran
La maman — · de Brassens — · dont le fils est guéri
Le Jésus — · sur la croix — · et son regard fini

0 ou + : C’est des fake news, ou c’est plonger dans l’vide ?
C’est des fake news, ou un crochet dans l’bide ?
C’est des fake news, mais quelque chose me dit
C’est des /

dimanche 21 janvier 2018

Mortelle croyance. Le mal du Chemin des Dames

Un tweet me décide à écrire ce billet qui dort depuis des années. Il aurait dû sortir en 2017. C'est une histoire de famille, un squelette dans le placard, et le placard s'ouvre sur une tragédie à l'échelle de l'humanité.

J'ai le sentiment d'avoir bien connu mon arrière-grand-mère Hélène Saska, veuve Audemar d'Alançon. Je rappelle sa dernière visite dans notre HLM du Chesnay, en 1972, j'avais six ans, elle devait en avoir près de cent. Vive, astucieuse, volontaire, bienveillante envers nous enfants, certainement pas poule ou gâteau pour autant.

On faisait allusion, dans les discussions familiales, à nos ancêtres Saski, patriotes polonais francophiles puis officiers français tout court ; et à la branche de la famille restée en Pologne, et à la maison familiale toujours debout sur la place centrale de Kielce.

J'en savais moins sur les d'Alançon, au-delà de la génération des enfants d'Hélène, qui furent dix, dont Robert, officier de la 2ème DB de Leclerc, grand croix de la Légion d'Honneur, décédé en 2010, et Marcel, l'un des brillants aviateurs qui ne purent empêcher la percée allemande en 1940, abattu le 6 juin…

Avec les années, j'ai vaguement entendu parler d'un d'Alançon qui avait travaillé avec le général Nivelle, et qui aurait planifié l'offensive du Chemin des Dames. Il était mort peu après, était-ce de maladie, ou se serait-il, de honte, fait sauter le caisson ? après l'hécatombe de nos soldats lancés à l'assaut dans la boue, contre des positions allemandes qui se sont avérées inexpugnables. Suscitant la révolte de l'armée, les cours martiales et les soldats fusillés pour l'exemple…

Dans notre Histoire, Verdun reste le symbole d'un héroïsme terrible, presque suicidaire, mais salvateur. Le nom aimable de "Chemin des Dames", lui, désigne la folie suicidaire collective d'une Europe en guerre civile.

Pétain, malgré 1940-45 et la collaboration, reste le "vainqueur de Verdun".

Nivelle est celui dont on doit taire le nom.

Quelle responsabilité portait, dans cette horreur, son jeune conseiller, l'officier d'état-major d'Alançon ?

Vers l'âge de 35 ou 40 ans, j'ai compris que le d'Alançon en question était mon arrière-grand-père. L'homme dont Hélène était veuve.

À chaque 11 novembre, ou à la lecture des lettres de poilus, cette sensation : vous, porte-drapeaux, anciens combattants, civils, vous descendez des victimes et vous portez leur mémoire.

Je descends de l'un des meurtriers. Je porte un paquet de ses gènes. J'ai quelque chose de son regard rêveur.

Marcel_Eric_Audemard_d__Alancon.png

Quand je conseille des grands de ce monde, des candidats à la présidentielle, ou quand je lance aux quatre vents mon avis sur tout et n'importe quoi, où mène ce que je dis ? À la vie, ou à l'anéantissement ? Est-ce que mes plans brillants éblouissent, font perdre le sens, nourrissent l'hybris (la démesure) des puissants ?

Je suis à moitié rassuré, à moitié seulement, par la carrière de Robert. En 1944, chargé de vaincre la garnison allemande de Strasbourg, il obtint sa reddition sans aucun mort ni blessé d'aucun côté, par l'astuce et le sens humain[1]. Sûrement, il avait tiré la leçon de la vaine offensive à laquelle son propre père avait été mêlé, et n'avait pas survécu.

À moi aussi de tirer les leçons.

Depuis deux ou trois ans, plusieurs de mes oncles ont décidé d'ouvrir le placard. L'un d'entre eux a organisé pour la famille un voyage sur les sites du Chemin des Dames ; je n'ai pas pu y participer. Début décembre 2017, plusieurs ont organisé une réunion familiale, à l'École Militaire de Paris, avec exposés sur la vie et la carrière de mon arrière grand-père, avant et après 1914. Ils ont conseillé le livre récent d'un historien de la Grande Guerre et spécialiste de l'année 1917, Denis Rolland, "Nivelle : l'inconnu du Chemin des Dames" :

Nivelle a-t-il même conçu les plans d’attaque du Chemin des Dames dont on lui fait grief ? Est-il vraiment coupable, comme le dit la rumeur, des événements qui allaient conduire l’armée française au bord de l’abîme ? Et dans quelle mesure et pour quelles raisons cette bataille fut-elle un échec ? Qu’est-il devenu après avoir été relevé de son commandement ? Et n’a-t-il pas joué à Verdun un rôle plus crucial que Pétain, reconnu à tort comme le « vainqueur » par la propagande vichyste ? Ni réhabilitation ni réquisitoire, cet ouvrage, s’appuyant sur des archives inédites, répond à ces diverses interrogations et souligne l’importance des politiques dans les décisions militaires.

Denis Rolland et mes oncles m'ont donné la chance d'ouvrir le placard. De voir à l'oeuvre mon arrière grand-père, ce grand et brillant officier d'état-major, fidèle de Nivelle embauché par celui-ci comme conseiller personnel, avec un titre vaseux de "chef de cabinet", plus ou moins en doublon du 3ème Bureau, chargé de la planification, commandé par le colonel Renouard.

Denis Rolland montre bien que les choses sont "plus compliquées" que ce que l'on nous apprend depuis les années 60.

On apprend, à le lire, que Nivelle se montra, dans la guerre, un officier exceptionnel : les victoires qu'il obtint par un usage créatif de l'artillerie le firent promouvoir à toute allure de 1914 à 1916. Vainqueur de Verdun, dont Pétain avait été rapidement écarté par le commandant en chef, Joffre. Cette victoire l'avait désigné pour remplacer Joffre quand celui-ci fut écarté. L'offensive sur le site du Chemin des Dames était prévue de longue date ; le secteur géographique choisi faisait l'unanimité des généraux, Joffre et Pétain en premier. D'Alançon donnait des avis plus réservés que ceux de Renouard, qui tint le premier rôle dans la planification, d'Alançon étant malade. L'offensive n'était pas si absurde, puisque les Allemands allaient percer en 1918 dans le même secteur, réussissant assez précisément ce que Nivelle ne put obtenir. Au moins, quand l'offensive française de 1917 fut lancée, Nivelle et son état-major comprirent dès le premier jour, qu'elle ne parviendrait pas à percer le front allemand ; Nivelle réduisit l'effort pour épargner les vies de nos soldats. La presse allemande parlait d'échec pour sa propre armée ; pourtant, côté français, le succès n'étant pas celui attendu, Nivelle fut débarqué, et remplacé par Pétain. Les mutineries commencèrent. Pétain les fit mater et relança l'offensive. D'Alançon, dont la maladie s'aggravait, affecté aussi par l'échec, mourut à l'hôpital quelques semaines plus tard.

Plus frappant encore, pour un statisticien et évaluateur : les défauts des statistiques pesèrent lourd. Renouard, et la plupart des généraux, étaient convaincus que se défendre coûte plus d'hommes que d'attaquer. Seuls les bilans faits après-guerre allaient corriger ce jugement.

La grande hantise des commandants était l'offensive allemande, qui pourrait percer le front, balayer à revers nos troupes et dévaster le pays. Attaquer, c'était nous donner une chance de percer nous-mêmes ; et si nous échouions, c'était au moins attirer et fixer les réserves allemandes, empêcher l'armée ennemie d'attaquer ailleurs. C'était décider où était la bataille, donc, se rassurer.

Cela "explique" déjà la tragédie de Verdun, la défense obstinée d'une rive droite de la Meuse peu défendable et sans valeur stratégique, les contre-offensives vaines pour des pouces de boue…

Cela explique plus encore la décision de lancer tout de même l'offensive, prévue de longue date, au Chemin des Dames, alors que peu à peu, tous les facteurs de succès possible s'étaient effacés, tous les voyants étaient à l'orange ou au rouge.

Cette croyance erronée en la vertu de l'offensive, fut mortelle.

Pourtant, la préférence pour l'offensive n'était pas unanime. Le ministre de la Guerre, le mathématicien Painlevé, était contre. Mais il ne connaissait rien aux opérations militaires et à la réalité du front, donc, les généraux ne respectaient pas son avis. Fin 1916, les deux autres candidats possibles au poste de généralissime étaient bien moins partisans de l'offensive que ne l'était Nivelle : Pétain avait été écarté pour cette raison même, "trop pessimiste" ; Castelnau, averti par l'échec final de l'offensive de Champagne en 1915, fut écarté pour une autre raison : ses convictions catholiques. Déclencher, tout de même, l'offensive, devenait pour Nivelle une question de pouvoir, face à ses concurrents et à son ministre.

La rumeur du front, celle que retranscrit le livre de Jean-Pierre Guéno, disait trop bien l'impuissance du fantassin lancé à l'attaque des forteresses défensives édifiées pendant trois ans. Mais cette rumeur du front ne parvenait pas au Grand État-Major. Les vies humaines envoyées au massacre étaient euphémisées en "risque qui seul peut apporter le succès", en "audace", en "esprit de sacrifice" et en "valeur militaire".

Je continue à digérer cette lecture. Pour l'instant c'est ce qui me frappe le plus : le mépris de la vie humaine, le non-dit de la mort.

Je suis parfois étonné qu'en notre XXIème siècle, la République fasse des cérémonies si médiatiques à la mort d'un militaire ou d'un policier, alors que le risque d'être tué fait partie de leur métier ; alors que la même République les envoie au combat ; alors que la même République engage notre pays dans des guerres un peu partout. Mais je préfère cette médiatisation de chaque décès aux abstractions de 1917, aux grands mots pour cacher des massacres.

Mon arrière-grand-père faisait partie de cette sorte d'aristocratie[2], biberonnée à la gloire napoléonienne en oubliant la retraite de Russie, forte pour exiger le cran, capable d'en faire preuve, mais oublieuse du seul but qui tienne : que le peuple vive.

Notes

[1] J'ai été heureux de pouvoir préciser le passage correspondant de wikipedia

[2] Les Audemar d'Alençon ne sont pas une famille de la noblesse.

dimanche 29 octobre 2017

Argenteuil, haut lieu du trail

Ce matin, Argenteuil a certainement battu le record du nombre de trailers courant dans la commune… et celui du nombre de personnes à l'assaut des 365 marches de la butte des Châtaigniers.

reco_Chataignes.jpg

Nous étions environ 150 hommes et femmes venu·e·s reconnaître le parcours du Trail des Châtaignes, qui aura lieu le 12 novembre.

Pourquoi "Châtaignes" ? Sans doute parce que "Châtaigniers" était déjà pris. Mais aussi parce que les athlètes vont en prendre plein la poire.

J'ai couru seulement quelques trails ou plus modestement "courses nature" : en tout cas, jusqu'ici, je n'avais jamais eu à digérer un tel enchaînement de dégringolades et de raidillons, un tel slalom entre pavés de béton égarés et stères de bûches éboulées, ni à autant me recroqueviller pour naviguer sur des sentiers taille renards. Et encore, j'ai eu la chance de rentrer chez moi juste avant le déluge de 12h30 : ceux qui avaient poursuivi la reconnaissance, sur l'itinéraire retour, y auront expérimenté la version toboggan savonné.

Pour les paysages grandioses annoncés par l'organisateur, les concurrents devront attendre le 31ème kilomètre où, après avoir grimpé 1500 mètres de dénivelée positive (quinze fois l'écart entre la plaine et la crête), ils reviendront en haut de la butte des Châtaigners, face à Paris.

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De toute façon, un trailer regarde par terre, et il a intérêt.

Déjà près de 1200 se sont inscrits, ce qui est le maximum : le Trail des Châtaignes sera peut-être la plus grande manifestation sportive, par le nombre de participants, de l'histoire argenteuillaise[1] !

Bonne chance aux 1200, et franchement, à moi-même. Je suis sûr de pouvoir boucler l'aller jusqu'au fort de Cormeilles ; mais, trop peu entraîné pour enchaîner avec le retour, il faudra que je trouve d'ici le 12 novembre la formule magique des chevilles d'acier, du gainage corset et du coeur infatigable. Bien sûr, j'aurais pu m'inscrire pour l'aller simple, le 16 km… mais renoncer à arriver à Argenteuil, #JeNeCroisPasNon !

On saura le jour J si les dieux de l'Olympe sont avec votre serviteur :-)

Mais je suis sûr d'une chose : Argenteuil et la montagne du Parisis vont devenir un très haut lieu du trail. Parce qu'une épreuve pareille, à moins de 10 km de la capitale, ça je ne l'ai jamais vu.


Post-scriptum, 13 novembre 2017 : j'ai été assez bon prévisionniste. J'aurais pu finir les 17 km à une bonne place, et ai tenu une allure assez confortable jusqu'aux 20 ou 21 km ; mais après ces deux heures de course, j'ai dû passer à deux heures de marche : le corps s'est enrayé en commençant par le bide, comme je l'avais expérimenté dans les trois dernières courses longue distance que j'avais faites, il y a quelques années. Je promets de me faire une raison, et de me réjouir simplement de pouvoir boucler 2 heures de course en bon état, dans mon deuxième demi-siècle :-) !

Notes

[1] Amis archivistes, merci de corriger le cas échéant !

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