Argenteuillais démocrate… sans frontière

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vendredi 24 mai 2019

Back on tracks

Quand tu as vu la piste bleue, tu t'es dit "ouh là, ça fait un moment — elle était rouge à l'époque".

Les cheveux qui blanchissent et la barbe aussi, les jambes qui raidissent et les rides qui te classent définitivement dans un autre monde, que celui des gamins qui tournent sur les pistes.

Le coeur qui ne veut plus monter, l'entraînement lointain passé, la certitude de finir dernier, bon dernier de la dernière série, avec en prime les sourires en coin des sportifs, et les encouragements bienveillants des bénévoles.

Tu avais pris quand même le RER, et ton GPS t'avait conduit au stade.

La plaque à l'entrée, qui rappelle qu'il fut olympique, ce stade. Les allées gravillonneuses, qui allaient être un peu dures pour l'échauffement. Et la piste bleue.

piste_bleue.jpg

La feuille d'inscription, tu y mets tes temps ridicules. Les autres vétérans déjà arrivés - affûtés, déjà concentrés, dans leur monde. Tu en trouves tout de même un à accompagner pour le footing ; lui aussi va courir un 800 mètres. Lui aussi reprend après une blessure. Toi, ça fait combien de temps ? 5 ans ? 8 ans ? à ton âge les années filent, tu ne sais plus.

Les pointes à changer. On ne court pas un 800 mètres en baskets, question de convenances. Mais tes chaussures ont encore les pointes de 18mm et la terre séchée d'un lointain cross. Clé 6 pans.

Premières foulées dans l'herbe synthétique. Un peu de rythme, mollasson. Gestes d'assouplissement — au feeling, pas ceux des coachs, ceux de partout où tu sais que c'est raide. Et y en a.

Et cinq minutes avant le départ, tu imites le collègue coureur de 800 et, sur la petite piste du saut en longueur, tu lances une accélération.

Et les pointes accrochent, et les foulées s'enchaînent, tu cours peut-être assis par terre mais tes jambes accélèrent pour de bon — ce t-t-t-t-t-t, il te revient de jours passés, et surpassés — le bac arrive, impossible de stopper avant, il faut tourner — et là, tu sais que tu as bien fait de venir.


Et tu penses à la gamine, format allumette, qui courait le 800 mètres, avant, sur une piste de terre, que tu n'as jamais vu courir, c'était il y a un tiers de siècle, avant qu'elle ne partage ta vie. Avant que bizarrement, ce soit à toi de porter les pointes, encore.


Le ton de ce billet est directement inspiré par la causerie de Guy Carlier mercredi soir au Presse-Papier, sur "Moins 125". C'est peut-être aussi elle qui m'a décidé à prendre le RER.

dimanche 18 novembre 2018

Fin de saison sportive à Boul'Bill'

La vraie fin de saison pour les demi-fondeurs, c'est la corrida de Houilles (10 km), entre Noël et jour de l'An ; je me demande si j'irai.

Mon espoir pour cette année 2018 était de réussir un bon semi-marathon.

Mon meilleur temps, 1h20'23'' à Boulogne-Billancourt, date de novembre 2014. Peu après, j'étais tombé très stupidement d'une fenêtre de ma maison, cheville cassée, suivie d'une algodystrophie qui m'a éloigné des pistes une année et laissé une cheville plus raide que l'autre — un classique, et j'ai bien de la chance d'être arrivé à mon âge de vétéran 2 avec si peu de "pocs" et soucis de santé.

J'avais profité de cette interruption forcée pour changer de foulée à l'aide de chaussures plates, qui avaient aussi l'avantage de faire travailler les chevilles — et lutter contre l'enraidissement.

Mais je n'ai pas réussi depuis à retrouver un rythme d'entraînement régulier au long de l'année.

J'ai essayé la formule "stage intensif", un peu plus de 300 km en fractionné en 2 semaines, en juillet dernier : la France en courant.

Un ami coureur m'avait dit : tu verras, dans les 2-3 mois qui suivent, tu battras tes records sur semi et marathon.

Il avait oublié de préciser : sauf tendinite qui mettrait 2-3 mois à disparaître.

J'ai couru fin août le semi-marathon, très vallonné, d'Heudebouville avec mes muscles tout neufs et une tendinite rebelle. Je finis en un peu moins de 1h30', une barre sympathique pour les quinquagénaires ("vétérans 2") car c'est la "qualification" pour les championnats de France. Une barre très généreuse, et les championnats en question sont des courses ouvertes à tous, mais bon, ça flatte l'ego. Sauf que le semi d'Heudebouville n'est pas "qualificatif" : le temps compte pour du beurre.

La dernière chance de l'année était le semi de Boulogne-Billancourt ce 18 novembre. Presque 10000 inscrits, un événement dans le monde du running.

J'ai voulu retrouver des repères, malgré un entraînement toujours aussi lacunaire, en courant d'abord le semi d'Épinay-sur-Seine le 14 octobre. Parti tout doucement, j'ai commencé à prendre un rythme modeste aux 12km, sur le joli parcours en berges de Seine… pour exploser presque aussitôt, après le passage des 15 km. J'ai fini la course en alternant des marches titubantes et du petit footing, offrant ma carcasse épuisée aux photographes du parcours, aux bénévoles apitoyées[1] et aux encouragements des concurrents qui me repassaient. Un peu moins de 2 heures à l'arrivée ; mais par un heureux concours de circonstances, les résultats n'ont jamais été publiés.

Bilan global : la tendinite toute neuve de juillet a complètement disparu, les muscles tout neufs de juillet aussi.

Hier, je n'en menais pas large. J'ai pris mon vélo pour aller chercher le dossard ; 2 heures de vélo ne sont pas la recommandation habituelle pour se mettre en forme la veille d'une compétition, mais je me suis dit que ça me ferait du bien ; plus de bien en tout cas que 2 heures de transports en commun.

Une bonne dose de riz cantonais avant de dormir, sac prêt, avec quelques options selon qu'il ferait plus ou moins froid. 4°C étaient annoncés.

Arrivant sur place, je retrouve la grosse organisation, les nuées de bénévoles et de sponsors que j'avais trouvés en 2014, plus, sur le podium et au micro, un très bon coach d'échauffement. Et je découvre avec bonheur qu'il y aura un meneur d'allure pour 1h30 (parfois, il n'y en a que pour des chronos moins rapides). De quoi m'éviter mes deux travers habituels, celui de partir trop vite, et celui de partir trop lentement.

Alors j'ai suivi avec discipline, pendant 13 km, le peloton emmené par le meneur d'allure et sa flamme jaune. En prenant juste une pause à chaque ravitaillement pour revenir ensuite "à l'élastique" sur le peloton.

Au passage du 13ème kilomètre, à la sortie du Bois de Boulogne, une concurrente qui en avait sous le pied a quitté le peloton, accompagnée par un coureur masculin du même club, pour prendre un rythme un peu plus rapide, tout en restant sous les 15 km/h ; je l'ai suivie, toujours à l'élastique, jusqu'à l'arrivée.

Dans le dernier kilomètre, bon nombre de concurrents plus jeunes accélèrent fort et me repassent devant, c'est normal, chacun sa course. Je finis en 1h28'14'', 707ème globalement et 60ème "vétéran 2", assez loin de mes ambitions initiales, mais très heureux d'avoir effacé le mauvais souvenir d'Épinay. Et de finir l'année avec l'inutile mais fameuse "qualif".

À l'arrivée, dans la bonne tradition de la course à pied, tout le monde se congratule, vante la belle course du voisin, et vient en aide aux plus abattus - il n'y en avait pas beaucoup, d'ailleurs.

Pendant ce temps, mes camarades de l'Union Sportive Argenteuillaise organisaient le "cross du Cerisier", bravo à eux, avec mes excuses pour leur avoir fait défaut.

Et cet après-midi, j'ai encore trop la tête dedans pour faire mon travail en retard sur la politique argenteuillaise et nationale-européenne, le comité Jean Vilar ou le travail tout court, alors voilà, j'ai raconté ma vie sur ce blog ! Point final, on repasse aux choses sérieuses.

Notes

[1] eh oui, beaucoup de femmes parmi les bénévoles

mercredi 1 août 2018

"La France en courant" 2018 côté chiffres

Avec son style délicieusement désuet en ligne, "La France en courant" a résisté à la manie actuelle de décortiquer en statistiques les performances sportives.

Mais comme c'est mon métier, j'ai cédé à la tentation de visualiser les classements et vitesses successifs de cette édition 2018.

Billet ouvert aux précisions, corrections, commentaires… des participant·e·s en particulier !

Le graphique rappelle d'abord que la "Team Défense" de l'Armée de Terre a dominé du prologue à la dernière étape… Il n'y a eu de suspense cette année que pour les places d'honneur.

On voit aussi que la moyenne était plus faible les trois journées dans les Alpes :-) (étapes 5 à 7).

Beau sprint final aussi, sur l'étape 14. Mais les chiffres sur cette dernière étape sont atypiques, car la matinée a été un tel b… (entre parcours qui croisait celui de la veille, partie "neutralisée", etc.) que les arbitres en ont annulé les résultats. Seule la quarantaine de kilomètres de l'après-midi est comptabilisée ici. Je présume que les deux coureurs d'élite de Back Europe se sont réservés ce sprint final et ont tenté de tenir, à eux seuls, la dragée haute à la Défense, poussant celle-ci à en remettre un gros coup.

Vitesses_par_etapes_2018.png

Notre équipe (département de l'Eure) s'est montrée très régulière, mais avec toujours plus d'1/2 km/h de décalage sur la Team Défense !

Les Russo-Ukraino-Moldaves de Divo Sibelco — "l'équipe russe la plus forte alignée depuis les débuts de l'épreuve" selon l'organisateur — ont accroché les militaires de plus près et ont aussi creusé un gros écart sur nous les 4 premiers jours, écart confirmé dans la montagne… La 7ème étape était aussi la dernière journée de montagne : l'après-midi, pour la première fois, nous avons doublé les Russes épuisés dans la montée du Vercors et sommes arrivés trois minutes devant eux à Villard-de-Lans ; mais il était trop tard pour le classement général. Même épuisés, ils nous ont encore devancés dans 4 des 7 dernières journées.

L'équipe Riou Glass, de niveau assez hétérogène, avec un coureur de niveau national, Christophe Morvan, mais aussi quelqu'un qui marchait plus souvent qu'à son tour, a eu des journées tout aussi hétérogènes. L'arrivée de deux remplaçants, à la 7ème étape, lui a redonné l'espoir de nous prendre notre place sur le podium, mais peu de temps. L'après-midi de la 8ème étape, pour une fois, nous avons fait un peu de tactique : notre coéquipier David a concocté une stratégie offensive calée sur le profil de la demi-étape, qui a empêché Riou de recoller et nous a rendu notre marge d'avance. Les jours suivants, Riou s'est mise en mode plus footing, pour remettre les boosters dans les deux dernières journées et décrocher des podiums d'étapes.

Le graphique montre aussi que plusieurs équipes (L'Eure, CPLV…) sont allées plus vite ces journées d'étapes vallonnées après les Alpes (étapes 8 à 10) que lors de la première étape avant la montagne (étape 1). Malgré la fatigue, et malgré les (mini-)blessures contractées dans les descentes de cols. Les kilomètres musclent !

La plus belle réussite est peut-être celle des Lesaffre, avec une majorité de non-coureurs au départ ! Malgré des blessures, qui les ont obligé à déclarer forfait pour quelques demi-étapes, ils ont recommencé à courir l'intégralité des six dernières étapes, avec des moyennes comparables à celles des équipes en 5ème à 7ème positions.

Enfin, un regard rétrospectif sur les vitesses des équipes gagnantes des dernières éditions montre que "Team Défense", et avec elle le peloton 2018, étaient dans une bonne moyenne, mais loin du record établi en 2015 par l'équipe URMA PACA New Balance, à 15,7 km/h.

Vitesses_des_vainqueurs.png

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