Argenteuillais démocrate… sans frontière

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

vendredi 7 juin 2019

Européennes : les Français ont demandé le changement, mais il reste à le construire

Ce dimanche 26 mai, tenant le bureau de vote Anne Frank près de l'espace Nelson Mandela, j’ai senti la même chose que Jean Lassalle raconte dans sa vidéo : une ambiance assez tendue ; peu de joie, peu de bonne humeur ; beaucoup de gens semblaient être venus voter parce qu’il le fallait.

Cela arrive sans doute souvent dans des régimes autoritaires, ou dans des communes tellement verrouillées, tellement clientélistes, que chacun s’y sait surveillé. Beaucoup votent alors pour le parti auquel ils pensent devoir un logement, un emploi, ou juste le droit de ne pas être la cible de soupçons.

Mais ce soir du 26 mai, lors du dépouillement, dans les premières dizaines de bulletins sous mes yeux, je cherchais en vain la couleur du parti du maire ; en vain aussi, le bulletin du parti du précédent maire ; en vain, le bulletin du PCF, qui les avait précédés.

Ces 3 partis, LR, PS, PCF, sont aux commandes depuis 85 ans : ensemble, ils ont totalisé ce 26 mai moins de 15% des suffrages. Dans une ville de 112000 habitants, ils ont obtenu 2763 soutiens.

Il y a quarante ans, le parti aux commandes pouvait rassembler physiquement à peu près autant d’Argenteuillais pour un événement politique. Il y a moins de quinze ans, un autre de ces partis faisait voter autant d’Argenteuillais pour sa primaire interne.

Ils ont disparu, ou presque, des préférences des électeurs.

Et ce n’était pas une simple saute d’humeur, un mouvement de colère ou de ras-le-bol.

C’est à cela pourtant que je m’attendais : à une abstention massive, et à des quantités de bulletins blancs et de bulletins nuls, où des électeurs auraient écrit des commentaires plus ou moins injurieux, comme j’en avais vu dans le même bureau de vote à une précédente élection.

Pas du tout : zéro injure sur 314 votants. Peu de blancs. Plusieurs bulletins imprimés chez soi et apportés au bureau de vote, pour des listes qui n’avaient pas ou peu de bulletins.

Les personnes venues voter avaient bel et bien fait leur choix ; elles avaient bel et bien voulu, après deux années sans élection, dire leur préférence parmi les alternatives qui leur étaient proposées.

Et ces préférences ont été très diverses[1] :

  • 29% des voix ont été à des listes nationalistes,
  • 25% à des listes européistes,
  • 19% à la gauche (en y comptant le PS),
  • 17,5% aux écologistes et animalistes,
  • 8,5% à la droite,
  • 0,5% aux gilets jaunes,
  • et 0,5% d’autres choix.

Bien sûr, cela fait ¾ d’opposants à la ligne du pouvoir actuel. Mais ce que je vois là, c’est surtout l’absence de majorité tout court. Quelle ligne politique, parmi celles-ci, permettrait de regrouper assez de soutiens, de réunir assez de forces, pour remettre le pays en route ? Je ne vois pas.

Le plus faible des cinq camps, la droite, éclate avec fracas.

Ses élus voient leur salut aux municipales dans une alliance défensive avec le pouvoir national ; recréer un « parti de l’Ordre » qui promette de protéger contre tous les dangers. Ça n’est pas plus crédible que les dix fois précédentes, mais dans le vide général, ça peut marcher une fois de plus.

Ses électeurs seront peut-être plus tentés par l’offre de Marion Maréchal de constituer un camp « contre le progressisme ». Il fallait l’inventer, ce mot, une antidote à l’espoir, un paralysant de l’esprit d’entreprise.

La gauche et les écologistes, eux, entrent dans un nouveau cycle de querelles et de rancunes, de je t’aime et surtout moi non plus.

Et nous ? Nous avons beaucoup essayé, depuis deux ans, mais ça n’a pas encore suffi. Nous n’avons pas donné suffisamment envie de nous rejoindre. Nous n’avons pas suffisamment communiqué notre certitude que le destin de la France peut être différent, que les Françaises et les Français peuvent se retrouver pour se fixer un cap commun, dans la reconnaissance de leur diversité. Nous n’avons pas pu briser le mur de verre des médias et de l’argent. Nous n’avons donc pas pu proposer une alternative dans ces élections européennes.

Mais nous sommes toujours là. Un peu plus nombreux qu’hier, plus instruits par l’expérience, passés par l’épreuve du feu d’une présidentielle qui a fait de notre Président Jean Lassalle une des personnalités politiques nationales… et celle qui serait de loin en tête des sondages de popularité, si les instituts de sondage n’excluaient pas son nom de leurs listes.

Résistons, persévérons.

Ce dimanche 26 mai, les électeurs des 7 premières listes souhaitaient un changement de Premier ministre. Sans parler des abstentionnistes et des votants « blanc » ou « nul » ! Seules exceptions, les électeurs d’En Marche bien sûr, et une courte majorité de ceux des Républicains, qui se contenteraient d'un remaniement du gouvernement.

Les Françaises et les Français l’ont dit dans leur très, très grande majorité dimanche 26 mai : ils veulent un véritable changement, un autre gouvernement. Il y a deux ans, ils avaient élu un président qui promettait la « révolution » ; et il n’a fait qu’amplifier la mainmise laissée aux multinationales, aux grandes fortunes et à la mondialisation. Les Françaises et les Françaises veulent une autre politique. Ils n’ont pas encore trouvé laquelle. À nous de proposer, d’échanger, de construire.

Notes

[1] Chiffres au niveau national, de mon billet précédent. Notre bonne ville d’Argenteuil a voté un peu moins pour le RN, un peu plus pour Génération·s, mais ce ne sont que quelques % de différence.

mardi 4 juin 2019

Qui a voté quoi

Beaucoup d'oppositions, aucune alternative constituée.

La France un peu comme en Allemagne ou au Royaume-Uni !

Voilà ce qui m'a frappé dans l'enquête post-électorale Ifop sur les motivations du vote :

1. Parmi les votants Mélenchon 2017 qui se sont abstenus cette fois, 37% "ne connaissaient pas les listes et candidats", 34% "ne voyaient pas de différence entre les projets" (p.15).

2. Les listes socialiste et Génération·s sont à égalité chez les 25-64 ans. Mais Génération·s n'a pas d'électeurs de plus de 65 ans parmi les sondés (et apparemment peu de moins de 25 ans). Le PCF aussi a perdu son électorat âgé. (p. 23)

3. Les électeurs de Génération·s sont Bac++.
Niveau de vie : les électeurs de France Insoumise ont un niveau de vie "moyen inférieur" à "pauvre".
Type de villes : le parti socialiste atteint 12% dans les (petites) "villes isolées". (p. 23)

4. Les deux — seuls — électorats nettement différenciés par niveau de vie sont ceux

  • de En Marche (36% chez les riches, 10% chez les pauvres)
  • et du RN (35% chez les pauvres, 11% chez les riches). (pp. 24-25)

5. Les électeurs EELV sont des électrices, ceux du RN sont des électeurs.
En Marche obtient 17% des voix chez les moins de 65 ans, 33% chez les plus de 65 ans. Le double. Presque comme Les Républicains (5 à 6% avant 65 ans, 14% au-delà). (pp. 24-25)

6. Les personnes les plus "Gilets Jaunes" semblent encore plus surreprésentées parmi les électeurs/trices de Lutte Ouvrière, du PCF, de France Insoumise (25% de leurs voix au total), que parmi ceux du RN (38%, chiffre bien répercuté dans les médias). (pp. 26 à 28.)

7. 36% des votants (bien plus qu'en 2014 ou 2017) disent qu'ils "ont toujours su pour qui (ils allaient) voter".
C'est plus le cas parmi personnes âgées (42%) et votants RN (60%).
Mais pas du tout parmi les votants EELV, Debout la France, PS (15 à 19%). (pp. 32-33)

8. 14% des votants disent avoir voulu "soutenir" le Président ou le gouvernement (et presque tous ceux-ci ont voté En Marche),
38% le "sanctionner".
Ce degré de soutien, certes minime, était encore plus faible en 2014, quinquennat Hollande (9% contre 36%). (pp. 41-42)

9. 15% des votants disent avoir voulu dire leur "accord sur la manière dont est dirigée l'Union européenne", 49% leur "désaccord". Ce degré de désaccord, certes très fort, était encore plus élevé en 2014 (12% accord, 56% désaccord). (p. 45)

10. Les "accord(s) sur la manière dont est dirigée l'UE" sont très minoritaires dans chacune des catégories socio-démographiques (pic : 23% chez les 18-24 ans),
et minoritaires dans tous les électorats (pic : 38% pour les votants En Marche, 11% en désaccord, 51% neutres).

11. Motivations + exprimées par les votants :

  • France Insoumise : salaires, santé, chômage.
  • Parti socialiste : anti-racisme et discrim..
  • EELV : environnement 🌳.
  • En Marche : construction européenne.
  • Les Républicains, Debout la France, RN: terrorisme, immigration, délinquance. (p. 50)

12. Les électorats des 7 premières listes souhaitaient un changement de 1er ministre, sauf celui de En Marche…
… et celui des Républicains, qui se contenterait d'un remaniement (à 55%). Ligne Pécresse ! (p. 77[1])

Une façon de totaliser les votes :

  • nationalistes 29%
  • européistes 25%
  • gauche 19% (dont PS)
  • écologistes 17,5% (dont animalistes)
  • droite 8,5%
  • gilets jaunes 0,5%
  • autres 0,5%

Quelle coalition possible pour une majorité nationale cohérente ? Je ne vois pas.

Notes

[1] La synthèse faite par l'IFOP est à partir de la page 82 du document.

jeudi 23 mai 2019

Réformes des institutions : en route vers la 6ème République

Dans le désintérêt général sur ces élections européennes, instruit par l'impact quasi-nul du Parlement européen, j'entends les journalistes du service public audiovisuel expliquer : "on croit parfois que cette élection européenne est moins importante que d'autres élections, c'est complètement faux, il faut voter dimanche !" : les fake news ont table ouverte sur France 2.

Justement, Pierre d'Argenteuil m'envoyait ce billet sur la réforme de nos institutions. Je le publie avec plaisir (les notes de bas de page sont des ajouts de ma part) !

Billet invité : Pierre d'Argenteuil

Un changement radical des institutions est indispensable. Et permettrait d’économiser quelques milliards d’euros par an, et à vie !

Constats :

  • Exceptée l’élection présidentielle, l’abstention est de plus en plus importante.
  • La mixité et la parité sont inexistantes à l’Assemblée Nationale et au Sénat[1].
  • Dans les diverses instances de gouvernance (conseil municipal, conseil départemental, conseil régional, assemblée nationale et Sénat), les élus ne représentent que 60% des votants.
  • Toutes les décisions sont votées en fonction d’une majorité de clans (souvent à contrecœur).
  • Depuis des décennies, ce sont toujours les mêmes qui sont aux affaires.
  • Il y a beaucoup trop d’élus, et cela coûte cher.
  • De nombreux élus cumulent plusieurs fonctions.
  • Les rôles des différentes instances de gouvernance sont mal définis et peu connus.
  • De temps en temps il y a des re-découpages de circonscriptions, sujets à malveillance.

Pour toutes ces raisons un changement radical des institutions est indispensable (preuve par six).

Principes généraux :

  • Pas de cumul de mandats électifs (d’où plus de personnes impliquées, et plus de temps pour chacun afin de mener à terme les actions).
  • 2 mandats successifs maximum (renouvellement régulier des politiques)[2].
  • Tous les mandats durent 6 ans.
  • Proportionnelle, scrutin de liste à un tour (sauf élection présidentielle) avec des élus pour un résultat de listes supérieur à 5% (parité et mixité assurées, 90% des votants sont représentés).
  • Sont électeurs pour les municipales, départementales et régionales toutes personnes majeures justifiant de 6 ans de résidence en France, hexagone et/ou départements outre mer.

Régions et départements :

  • 1 élu pour 100 000 habitants (ajustement par défaut).
  • L’élection se fait au niveau du département, les élus font partie du conseil départemental et du conseil régional (homogénéité dans l’action département/région).

Exemple pour l’Ile-de-France : le conseil régional serait composé de l’ensemble des élus ci-dessous :

IleDeFrance_elus.png

Assemblée Nationale :

  • 1 élu pour 300 000 habitants (ajustement par défaut).
  • L’élection se fait au niveau de la région.
  • Ile-de-France : 12 000 000 habitants, d’où 40 députés.

Sénat :

  • 1 élu pour 2 millions d’habitants (ajustement par défaut).
  • L’élection se fait au niveau de la région, au suffrage indirect comme actuellement.
  • Ile de France : 12 000 000 habitants d’où 6 sénateurs.

Europe :

  • 85 députés européens
  • L’élection se fait au niveau de la France dont l’outre mer (scrutin de liste unique[3]).

Enchaînement des élections tous les 2 ans :

  • Conseil municipal, Conseil départemental et régional, Président et députés (le même jour).
  • Sénat après le conseil régional.
  • Députés européens ?

Conclusions :

  • Absence de magouillage entre les 2 tours.
  • Lisibilité des modes d’élection.
  • Fonctionnement de chaque instance grâce à des majorités d’idées, d’où une recherche permanente de consensus.

Chaque constat évoqué ci-dessus trouve ainsi sa réponse.

Rôles des députés et sénateurs :

  • Rôle des députés : les lois et leurs applications (publication des décrets).
  • Rôle des sénateurs : rafraîchir le code des lois (travail colossal mais qui devient indispensable) et déterminer si les lois à voter sont conformes à la Constitution.
  • Le conseil constitutionnel (membres bénévoles) ne servant que d’ultime recours en cas de problème.

Finances :

Une telle réforme permettait d’économiser quelques milliards d’euros par an et à vie (Etat et Collectivités territoriales) !!!

De plus, en supprimant 90% des 719 commissions existantes et inutiles, une nouvelle économie (Etat) serait effective !!!

Notes

[1] Bon, le Sénat est tout de même bien mixte grâce à la proportionnelle "chabada". Mais loin d'être paritaire.

[2] La charte d'"Argenteuil en commun" le précise, pour le prochain maire.

[3] Voilà au moins un voeu exaucé.

- page 1 de 388