Argenteuillais démocrate… sans frontière

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dimanche 11 février 2018

Chez la Lutte ouvrière

Notre camarade de comité Jean Vilar Dominique Mariette m'ayant invité[1] au banquet de LO ce samedi à Bezons, j'ai eu l'occasion d'y participer pour la première fois.

Pendant la campagne présidentielle, quand Nathalie Arthaud était venue tenir meeting à Jean Vilar, je m'y également rendu, comme conseiller municipal, et comme membre d'une équipe de campagne engagée dans la même compétition.

J'avais été impressionné par l'implication des participants et par l'atmosphère de camaraderie, au sens de : à la fois amicale et exigeante. J'avais été frappé aussi par l'ambition intellectuelle du parti. Sa volonté d'expliquer la marche du monde, de retendre le fil entre la révolution d'Octobre 1917 et un présent qui y ressemble de moins en moins. J'avais été surpris de me trouver d'accord avec la plus grande partie du discours de Nathalie Arthaud, son analyse de la situation politico-économique du moment, et beaucoup de ses propositions pour le court terme. Évidemment, ça se gâtait quand la candidate embrayait sur le futur : pour LO, l'élection n'est qu'une occasion de communiquer, de rallier des partisans en vue d'une future révolution ouvrière, par laquelle le "camp des travailleurs" mettra fin au capitalisme et instaurera… euh… c'était encore moins clair pour moi. J'avais été saluer la candidate et lui dire mon accord à 90% ; fine mouche, elle m'a demandé si les 10% étaient sur l'essentiel. J'ai répondu être en désaccord avec "Du passé faisons table rase", l'un des vers de l'Internationale chantée en conclusion. S'il y a quelque chose que l'on apprend chez Jean Lassalle, c'est l'importance des rythmes multiples de la vie humaine, de la vie de l'humanité. L'importance de sentir monter l'orage, sentir pointer l'éclosion du printemps.

À vrai dire, j'avais un autre désaccord, sur l'idée de camp des travailleurs. Ou alors il faut l'étendre à toute l'humanité, y compris au paysan retraité qui possède toujours son champ (un capitaliste donc), et au cadre dirigeant de multinationale (parce qu'il faut bien des travailleurs dirigeants) : et alors la logique de camp contre camp est difficile à saisir. Tout travailleur que je sois, je me sens d'abord démocrate, believing in each other, plutôt que partisan d'un camp ou d'une classe.

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Hier, j'ai retrouvé le même accueil et la même logique, en mode plus détendu. L'organisation de la fête était impeccable, ailleurs on aurait dit quasi-militaire.

Un exposé sur la révolution d'Octobre, devant les habituels panneaux racontant celle-ci, m'a permis de mieux comprendre le refrain des mouvements communistes (la LO comme le NPA et d'autres) sur la nécessité de construire un grand parti communiste révolutionnaire, bien au-delà des limites actuelles du mouvement qui le revendique.

Je m'étais toujours posé deux questions : primo, s'ils tiennent tant à grandir, pourquoi ne pas commencer par se réunir entre eux ? deuzio, un parti à l'ancienne, est-ce bien aujourd'hui ce qui secouera la société et fera advenir une révolution ?

Les panneaux et l'exposé m'ont éclairé : LO n'espère pas que le parti fasse la révolution. Pour LO, la révolution est comme un tremblement de terre, un événement extérieur imprévisible, "trois semaines avant, personne ne s'y attend". Mais les révolutions échouent — comme celles de Hongrie et d'Allemagne en 1917-18 — s'il n'y a pas un parti suffisamment structuré pour… euh, pour… sans doute pour noyauter, cadrer, donner forme au nouveau pouvoir, mobiliser les citoyens contre la riposte, inévitablement puissante, des pouvoirs capitalistes.

La bisbille irréconciliable entre partis d'extrême-gauche en découle logiquement : personne ne s'engage à entrer, le Grand Soir venu, dans le cadre défini par l'autre ; et comme le Grand Soir est imprévisible, il est probablement pour dans longtemps, donc ce serait très risqué de se lier les mains dès maintenant.

À l'arrivée, ça donne à la fois une grosse discipline interne, et une grande bienveillance à l'égard de qui n'est pas LO.

D'autant que, si la survenue de la Révolution est imprévisible, la doctrine est claire sur ce qui lui prépare le terrain : ce sont les luttes. Pour lesquelles LO est toujours prête à participer. Et le démocrate, comme le membre du comité Jean Vilar, s'en réjouit fort !

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Sur des thèmes similaires sur ce blog : Dimanche à Argenteuil-Bezons, ça vaut la peine d'aller voter ; Christine Boutin à Argenteuil ; Contre le nationalisme, et contre les clichés faciles ; Le courage de se mettre en marche

Notes

[1] L'événement était ouvert à tout le monde ! Mais c'est vraiment une invitation, parce que la participation aux frais est minime par rapport au coût d'organisation d'un tel événement.

mercredi 7 février 2018

Du bon, du beau, du vrai — et des fake news

Lutter contre les fausses nouvelles, lutter pour des vérités, c'est bien. Mais le bien va bien au-delà du vrai. Ne vouloir voir que du vrai, ne croire qu'à la lumière, c'est se laisser éblouir.

Le débat sur les fausses nouvelles me touche au coeur.

Parce que j'ai été formé à l'école bourbakiste, à l'ambition intellectuelle de "la mathématique". Faire des maths devait "apprendre à distinguer le vrai du faux dans les contradictions des hommes", comme le disait un vieux programme scolaire[1].

Parce que j'ai été élève de Jean-Marie Domenach, journaliste fier de se définir comme tel, analyste aigu de la "propagande", chasseur infatigable des demi-vérités, des mauvaises fois et des silences complices.

Parce que j'ai fait toute ma carrière comme directeur d'études, directeur scientifique, consultant, conseiller, évaluateur…, c'est-à-dire comme producteur de "vérités" sur les sujets sociaux, marketing, économiques, voire environnementaux… Les sujets dont la plupart des scientifiques se méfient, sentant que la vérité y est si difficile à distinguer du mensonge et de l'erreur.

Parce que j'ai été plongé dans l'univers de la politique électorale, où la conviction compte beaucoup et la vérité factuelle beaucoup moins.

En particulier avec Jean Lassalle : un terrien aux strates multiples, capable de multiplier des chiffres par mille sans état d'âme, capable d'écouter, sans ciller, des orateurs qui débitent des sornettes invraisemblables. Sans ciller, parce qu'il écoute alors les yeux fermés. Profondément concentré sur la seule chose qui compte pour lui : la souffrance ou la joie, le courage ou la désolation, de celle ou celui qui s'exprime ainsi.

Il me rappelle l'historiette des trois tamis dits "de Socrate" :

- Écoute, Socrate, il faut que je te raconte comment ton ami s'est conduit.
- Arrête ! As-tu passé ce que tu as à me dire à travers les trois tamis ?
- Trois tamis ?
- Oui, mon bon ami : trois tamis. Le premier est de celui de la Vérité. As-tu contrôlé si ce que tu as à me dire est vrai ?
- Non ; je l'ai entendu raconter, et ...
- Bien, bien. Mais assurément, tu l'as fait passer à travers le deuxième tamis, celui de la Bonté. Ce que tu veux me dire, si ce n'est pas tout à fait vrai, est-ce au moins quelque chose de bon ?
- Non, ce n'est pas quelque chose de bon, au contraire ...
- Hum, essayons de nous servir du troisième tamis : voyons s'il est utile de me raconter ce que tu as à me dire ...
- Utile ? Pas précisément.
- Eh bien, dit Socrate en souriant, si ce que tu as à me dire n'est ni vrai, ni bon, ni utile, je préfère ne pas le savoir, et quant à toi, je te conseille de l'oublier.

Nos cours de philo ont plutôt retenu "le vrai, le bien, le beau", mais le mouvement est le même : le "Socrate" de cette histoire s'inquiète d'abord de ce que la nouvelle soit fausse, ou mal attestée. Mais il ne s'arrête pas là. Même à moitié vraie, ou incertaine, elle pourrait avoir encore de l'intérêt.

Et dans l'autre sens : il est très facile d'écrire des choses vraies mais biaisées, et pas bien belles, pas bien bonnes, pas bien utiles : wikipedia en est plein.

Parce qu'il est tellement plus facile de vérifier la véracité d'une proposition, que sa bonté, sa beauté, son utilité. La véracité a ce fameux caractère objectif qui facilite la décision pour ou contre.

Mais devons-nous céder à cette facilité ? Devons-nous commencer par vérifier les choses, et laisser pour plus tard la difficile tâche de les rendre bonnes ou belles ? Un des dictons de l'évaluation de politiques publiques rappelle qu' "un indicateur qui est mesuré, s'améliore". C'est aussi l'histoire de la clé cherchée sous le réverbère.

En Commission d'Appel d'Offres à Argenteuil, nous avons été appelés à départager deux fournisseurs de décorations de Noël : l'un proposait des décors magnifiques ; l'autre, des formes quelconques. La premier était plutôt meilleur marché. La Commission a retenu le second, qui avait une meilleure note globale, notamment sur les critères de délais de remplacement en cas de problème, si mon souvenir est bon. La beauté ne faisait pas partie des critères de notation, car des goûts et des couleurs, il ne faut pas discuter.

Qu'est-ce qui compte ?

Je vois beaucoup d'amis (surtout au masculin) diffuser des fausses nouvelles. Prêter attention à des rumeurs tordues. Donner quelque crédit à des théories complotistes.

Raisonner à la Jean Lassalle, ce serait se dire : ils sont intelligents, ils se rendent compte que ce qu'ils relayent n'est pas bien vrai. Il faut qu'ils en aient lourd sur la patate, pour partir dans des trucs pareils. Il faut qu'ils se sentent enfermés, barrés, par la doxa, les vérités établies, le prêt-à-penser. Il faut qu'ils aient sacrément soif de bien, de beau, d'utile. Comment pourrons-nous les libérer, leur permettre de construire du bien pour de vrai ?

Bien sûr, il y a aussi, parmi les diffuseurs de fausses nouvelles, des manipulateurs, des hackers russes, des présidents timbrés, des ex-comiques tragiques. Mais là, je parlais de mes amis. Et peut-être des vôtres !

La loi, dans sa sagesse, n'interdit pas les fausses nouvelles. La loi, règle de la vie commune dans notre société française, autorise à se tromper, et même à mentir. Et je trouverais bien dommage que le gouvernement prétende protéger la vérité par la loi.

La loi punit la diffusion de fausses nouvelles de 3 ans de prison, "lorsque, faite de mauvaise foi, elle aura troublé la paix publique, ou aura été susceptible de la troubler".

Ce n'est même pas la mauvaise foi qui est punie ; mais l'auteur du mensonge est rendu responsable des conséquences de celui-ci. La conséquence grave, c'est de menacer la paix publique.

Très grave, même, puisque, si la fausse nouvelle est plutôt "de nature à ébranler la discipline ou le moral des armées ou à entraver l'effort de guerre de la Nation", il n'y a pas de prison, seulement une amende !

La paix est plus chère à la République, que la guerre.

Voilà du bon, du beau, de l'utile.

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Oeuvre d'Emeric Chantier présentée à Argenteuil en 2017 au Musée passager, exposition sur le thème "Homme Nature".

Notes

[1] De mémoire : programme en vigueur dans les années 60 ou 70, tel que le citait mon prof de maths plus tard, à la fin de cette décennie.

lundi 5 février 2018

Déjà le compte à rebours ? Ou "laisse tomber la neige".

Un mot sur les législatives partielles de ce 4 février.

La chute violente des candidats gouvernementaux en % (6 et 8 points dans les deux circonscriptions), sans parler des nombres de voix, laisse une large victoire à deux jeunes du parti de M. Wauquiez.

Cela rappelle le succès brutal de la droite, 4 "papys" élus au 1er tour sur 4 législatives partielles, en janvier 1982, 8 mois après le triomphe socialiste.

C'est le même message : Messieurs du gouvernement, un tourbillon vous porte, puisque le bouleversement dans les urnes a mis en branle toutes les institutions, les médias, les relations internationales… Mais ce tourbillon vous a déjà emporté loin de nous.

Vous dites que "vous, vous appliquez votre programme" : quel programme ? quelles parties de votre programme ? Celles auxquelles nous tenions, vraiment ?


À mon humble avis, les Français·es ont cru que la jeunesse, le culot, le volontarisme revendiqué d'Emmanuel Macron, et de son équipe autour d'Édouard Philippe, pourrait libérer le pays d'une très longue paralysie de la puissance publique. Ils ont espéré un instant que "En marche !" montrerait les capacités dont le FN de Marine Le Pen ne faisait, finalement, guère preuve.

Quel jour la montagne a-t-elle accouché d'autre chose que de souris ?

Les partisans du gouvernement me répondront, avec juste raison, qu'il est trop tôt pour juger, qu'il faut laisser du temps au temps, etc.

Mais combien de temps les citoyen·ne·s vont-ils encore laisser ?

Je copie-colle ici la fin de mon billet du 3 mai 2017. Un mot à changer ? Pas vu encore lequel.

Combien de fois la classe politique, après le passage du vent du boulet FN (2002, 2005, 2015…), a-t-elle prétendu qu'elle avait entendu le message ?

Et quelles conséquences concrètes en a-t-elle tiré ?

  • Le TCE a été, en substance, validé quand même — François Bayrou s'en indigne vivement dans son dernier livre,
  • la technocratie prolifère (lois Maptam, NOTRe…),
  • toujours pas de proportionnelle malgré les promesses,
  • les paradis fiscaux proclamés "finis" (par un homme qui avait tiré une bonne partie de ses revenus de l'optimisation fiscale !) prospèrent plus que jamais,
  • les privilèges de la classe politique n'ont été rognés que de façon infinitésimale — et l'affaire Fillon montre les circuits financiers qui perduraient,
  • même les micro-innovations "démocratiques" (référendum d'origine populaire ou doit de pétition) ont été sciemment dénoyautées pour être inopérantes…

Les électeurs ont de solides raisons de penser que la classe politique se moque d'eux. Or, on ne peut pas se moquer de tout le monde tout le temps.

Et Emmanuel Macron promet, sauf erreur de ma part, encore plus de la même chose.


Je cherchais un titre pour ce billet. Parler de compte-à-rebours, d'alarme, ou même de sablier, est-ce de saison ? Je tourne la tête par la fenêtre et vois qu'il a commencé à neiger. Patience.

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