Argenteuillais démocrate… sans frontière

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

vendredi 17 mai 2019

Quelques raisons de voter aux européennes, ou pas…

… pour Lutte Ouvrière : parce qu'ils ont une ligne politique claire, et ne font pas des institutions européennes le bouc émissaire facile.

… d'un autre côté, le projet consistant à prendre le pouvoir au grand capital me semble un peu incomplet.

… pour l'Alliance Jaune : parce que Lalanne pose bien les choses :

"Cette liste, c'est la seule solution pour nous. On peut infliger une défaite au pouvoir. C'est ce qui leur fait le plus peur, qu'on arrive sur leur terrain. Qu'est-ce qu'on a à perdre ?"

… d'un autre côté, ce projet-là est un peu incomplet aussi, d'ailleurs c'est le même. Et l'idée de mandat impératif, "pour chaque vote au Parlement européen, les électeurs français sont consultés à la proportionnelle. Si une réforme obtient 90% des suffrages, neuf eurodéputés de l'Alliance jaune sur dix voteront pour, et le dernier contre," me semble faire peu de cas de la responsabilité du parlementaire quand il vote. Il doit voter selon ses convictions, en tout cas c'est ce que je lui demande.

… pour le MoDem allié à En Marche ! : parce que la candidate pour la présidence de la Commission européenne soutenue par le parti européen dont font partie les députés MoDem, l'ADLE, est de loin le meilleur élément de toute la Commission sortante, Margrethe Vestager, elle serait presque arrivée à sauver l'honneur de cette institution… et à donner tort à Lutte Ouvrière.

… mais la figure de proue de cette liste, le président Emmanuel Macron, ne soutient cette candidate ni des lèvres ni des dents, ayant même déclaré n'accorder aucune importance aux candidatures présentées par les partis. Ça manque, selon lui, de "légitimité démocratique" ! Alors à quoi bon voter pour sa liste ?!

… pour les communistes : parce que j'ai cru sincèrement que Finance Watch avait classé en tête leurs votes sur ce qui est, à mon sens, la mission essentielle de l'Union européenne aujourd'hui,

  1. Stabiliser le système financier,
  2. Démocratiser les institutions financières et le processus de réglementation financière,
  3. Réorienter les flux de capitaux vers une économie durable et
  4. Se préparer à la prochaine crise financière.

… mais à la relecture (j'avais dû rêver, ou ils avaient buggé), ce sont les Verts qui sont en tête sur chacun des 4 critères.

… pour les Verts : parce qu'ils sont en tête sur chacun des 4… ok, déjà dit.

… mais c'est parfois usant de remettre une pièce dans la même machine à baratiner et à se chicaner qui n'a que trop fait ses preuves depuis un quart de siècle.

… pour Génération·s : ils sont écologistes aussi, sérieux, sincères au point d'avoir pris de gros risques en quittant le PS. Et en plus, c'est la liste de Diem25 (Yanis Varoufakis), bref c'est vraiment du sérieux.

… mais je n'arrive pas à me défaire de l'impression que leur doctrine a encore un pied dans les années 1920-1960. Comme Hamon il y a dix ans.

… pour les Pirates : j'ai été d'accord avec tout ce que je lisais de leur unique députée européenne, Julia Reda. Et voilà un parti à la fois sérieux et les deux pieds dans le XXIème siècle.

… mais ça risque fort de ne pas être un vote utile, un vote qui désigne des représentants.

… pour Résistons ! … la liste qui coche toutes les cases : sérieuse, allant à l'essentiel, crédible, expérimentée sans être blasée.

mais elle a renoncé à concourir, faute d'assez de combattants assez argentés.

La critique est décidément facile, et l'art décidément difficile.

IMG_0308.jpg

Bruxelles (2009), peut-être l'entrée du Parlement européen, si ma mémoire est bonne.

vendredi 26 avril 2019

Retraite, travail, chômage… l'usine à gaz s'agrandit !

Auteur invité : Pierre d'Argenteuil

La mise en place d'usine à gaz continue. Nos gouvernants réactualisent des solutions qui ne marchent pas :

  • CICE: de l'argent donné aux entreprises pour créer des emplois, sans résultat,
  • des heures supplémentaires et des SMIC défiscalisés qui tarissent les rentrées d'argent pour le social,
  • l'obligation de travailler les jours fériés au détriment de la vie familiale et sociale qui continue de se dégrader, et même de supprimer des jours fériés,
  • la multiplication des seuils qui génèrent d'énormes frustrations pour celui qui en est proche.

Retraite :

  • un jeune commence à travailler vers 25 ans. A 62 ans il aura cotisé 37 ans, il aura une retraite de misère.
  • donc la retraite à 62 ans est un leurre, il faudra travailler au delà, mais à 50 ans cela devient très difficile. De plus les temps partiels minimiseront encore les montants. Donc la prochaine génération de retraités sera très pauvre.

Chômage :

  • le nombre de chômeurs est toujours très élevé chez les jeunes et les plus de 50 ans,
  • les heures supplémentaires limitent les recrutements éventuels,
  • alors que chacun sait qu'avec un taux de chômage réduit à 5%, bien des problèmes se résoudraient automatiquement.

Travail :

  • le "burn-out" est présent chez de nombreux salariés,
  • pourtant ces salariés doivent travailler plus,
  • et encore plus en supprimant les jours fériés,
  • il y a des milliers d'offres d'emploi non pourvues.

Le constat est amer.

Que font nos dirigeants ? Ils continuent dans la même direction. De ce fait, le pire est devant nous.

Que faut-il faire ? Pour moi, il faut revenir à des choses simples:

  • supprimer les aides indécentes aux grandes entreprises,
  • supprimer toutes les fameuses niches fiscales,
  • supprimer tous les seuils qui interdisent d'avoir une aide sociale ou qui augmentent les prélèvements sociaux ou les impôts,
  • arrêter de faire des augmentations en % qui ne font qu'aggraver les écarts salariaux : par exemple au lieu d'indexer les retraites sur l'inflation, il faut diviser la somme qui serait générée par le nombre de retraités (et que tous aient la même somme),
  • mettre en place une formation suffisamment étendue, pour que chacun puisse s'adapter au travail de demain : une grande partie des emplois de demain n'existent pas aujourd'hui,
  • revaloriser le travail manuel,
  • fixer un montant minimum pour les futures retraites à condition d'avoir cotisé 150 trimestres (par exemple).

samedi 20 avril 2019

Frédéric Gilli sur le grand débat : aujourd’hui nous nous interrogeons sur les modèles eux-mêmes ! Le rôle du politique change.

J'ai eu la chance d'assister ce vendredi matin à un "petit-déjeuner conférence" de Frédéric Gilli. Quelques passages.

En animant des groupes de discussion qui ont réuni 211 participants sur différents sites à travers la France, vers le début du mouvement des Gilets Jaunes, Frédéric Gilli et son équipe ont retenu :

  • Un besoin de liberté, la liberté d’accompagner les projets dont on a envie, des projets d’émancipation, d’être maîtres de nos vies. Frédéric Gilli pense à Amyarta Sen.
  • On n’est pas égaux selon là où on habite, selon le patrimoine, selon les revenus.
  • On est isolés. (et en face, l'expérience des Gilets Jaunes : sur les rond-points, on a retrouvé de la solidarité, du contact).

"Liberté, égalité, fraternité : plus qu’une crise sociale, c'est une crise politique, une crise nationale."

Du "grand débat", la grande majorité disait : « très bien, il n’en sortira rien, mais on a besoin de parler. J’irai pour m’exprimer, et surtout pour écouter mes concitoyens. ».

"Les réunions étaient d’une cordialité hallucinante. Les Français ont donné une leçon d’écoute et de débat démocratique à toute la classe politique". J'ai constaté la même chose aux débats argenteuillais et à la rencontre d'hier soir initiée par Argenteuil en commun !

"Aucun membre des groupes n’était franchement hostile aux GJ. Certains étaient GJ ou franchement pour ; la majorité : « Je comprends ce qu’ils font mais ça n’est pas la bonne méthode », voire « Je ne suis pas d’accord, mais je comprends que eux réagissent comme ça ». Ça touche tout le pays. « Je vois la rage qu’il y a… Eux, ils se débattent ».

Les membres des cabinets ministériels ont réagi à nos conclusions : « votre échantillon est biaisé » !

Ce que le pouvoir annoncera maintenant ne peut pas répondre à cette crise, tout comme les premières annonces gouvernementales n’ont eu aucun effet. Les gens se sentent exister. C’est un mouvement existentiel.

Ils partagent massivement certains sujets :

1. Surtout le modèle français, dans ce qu’il promet et permet.

Un sapeur-pompier du Valenciennois nous disait : la France est connue dans le monde pour ses services de secours, ses ingénieurs, son modèle social. Il ne faut pas le perdre.

Sous couvert d’efficacité, ce qui est menacé, c’est ce qui a fait une partie de l’histoire de France. Dont les participants à nos groupes disent par ailleurs que ça fonctionne très mal !

2. La planète, l’environnement… mais de façon très ténue : 5 personnes sur 211. Car le sujet est présenté toujours de façon technique, pas politisé.

3. Les jeunes — « et on sait en plus qu’on va pas en parler (dans le grand débat) ».

Si on parle de changement, les thèmes qui sortent sont
1) Les territoires
2) Le pouvoir d’achat (mais très peu de revendications salariales, plutôt une interrogation du modèle économique)
3) L’éducation
4) La démocratie, les espaces où on peut co-construire de la décision. Ce n’est pas une attaque des élites. Elles sont soupçonnées de bosser pour leur propre compte, mais on en a besoin. Un marketeur publicitaire de Saint-Étienne : « Je ne suis pas spécialiste de stratégie internationale ! On a besoin qu’ils travaillent pour nous. De vérifier ce qu’ils font. Le vote ne le permet plus, parce que ceux pour qui on vote, c’est toujours les mêmes. » Les Français se disent : « Les élus sont à côté de la plaque, mais il n’y a qu’eux pour faire le boulot ».

Maintenant, après le grand débat, je lis - dit Frédéric Gilli — pour la première fois dans l’histoire de la démocratie participative, énormément de débat méthodologique. La question des biais, des méthodes… « Il n’y a que des retraités … » Quand on dit maintenant aux cabinets ministériels « c’était dans la méthodologie initiale ! », maintenant, on est entendus. Le roi est nu, tout le monde le voit.

On veut faire grandir la jeunesse à partir de pistes exprimées par leurs grand-parents ! C’est la principale critique que j’ai. S vous n’avez pas collecté la parole des jeunes, vous ne pourrez pas la créer par les statistiques. Le débat du Président avec les jeunes en Saône-et-Loire : toute la première rangée était en uniforme. Aucune capuche !

On n’est guère avancé, une fois qu’on a traité les questionnaires, sur les leviers d’action possibles. Il a manqué la construction d'un espace de décision. Les Ministres ont fait très peu de débat ; le Président oui, mais sur le mode questions-réponses, qui empêche le débat. Résultat, lors du débat télévisé sur les européennes, et malgré une question des journalistes, aucune des têtes de liste n’a cité le grand débat, et ce qu’il en avait appris !

Ce pays a de l’énergie partout ! Sur les rond-points, il y avait beaucoup de professions libérales, de personnes dans une trajectoire de projet. Ce pays a des projets partout.

Les élites ont toujours un temps de retard… Elles sont en train de parler des sujets de notre enquête d’avant le débat national.

Si j’avais un conseil — conclut Frédéric Gilli — : il faut continuer. Il y a trois terrains de transformation majeurs, sur lesquels le pays attend que ça bouge :

  • Le travail : comment on produit dans ce pays : à quelle échelle, avec quels objectifs… Le sujet était entré, à la marge, dans le débat présidentiel, par l‘idée du « revenu universel ».
  • Les territoires : les campagnes, Paris… Lors d'une concertation organisée pour la FNTP, nous entendions les mêmes choses à Verdun et Paris, mais les gens de Verdun tiraient sur Paris et réciproquement ! La France a une géographie d’échanges, mais les gens vivent dans des lieux.
  • Bien-être et bien vivre : santé, alimentation, paysages… les enjeux du vivre-ensemble. Nous avons travaillé pour des réseaux de soins, le syndicat des dentistes… En entrant par ces sujets, tout ressort : la gastronomie, le modèle de vie français !…

Si Emmanuel Macron, sans rien décider, passait la 2ème partie de son mandat à clarifier et apaiser le point de vue national sur ces trois sujets, ce serait déjà énorme.

On a grandi dans un monde connu et prévisible, en nous représentant le politique comme un dictateur bienveillant. Mais aujourd’hui nous nous interrogeons sur les modèles eux-mêmes ! Le politique change alors de nature.

Aujourd’hui, il n’énonce, malheureusement, plus les valeurs qui mettent les gens ensemble.

Et il ne s’intéresse plus à rassembler les gens. Alors qu’il est le seul à en avoir la légitimité."

J'en suis sorti gonflé à bloc pour la réunion du soir. Les thèmes cités par Frédéric Gilli recoupaient parfaitement ce que nous disent depuis l'automne les Argenteuillais auprès desquels nous enquêtons. Un nouveau monde est déjà né, et commence à prendre conscience de lui-même.

- page 2 de 388 -