Argenteuillais démocrate… sans frontière

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

vendredi 6 avril 2018

Cheminots, statuts, et nous et nous et nous usagers

Je tarde depuis des semaines à écrire un billet là-dessus. Il le faudrait fort long pour parler à tous : ceux qui trouvent incontestable et fondatrice la lutte des travailleurs du fer contre l'ultralibéralisme qui les prend pour boucs émissaires ; ceux qui respirent de voir enfin les pouvoirs publics s'attaquer aux privilèges, aussi ruineux qu'injustifiés, de la caste cheminote.

Je pourrais au passage sourire des "services minimum" qui avaient été établis et réétablis, et de la grandiloquence sur "l'entreprise SNCF" : sa nature de service public, en monopole naturel, actionnable par ses seuls salariés, saute aux yeux dès la première grève.

Alors j'irai juste au fait. C'est nous, citoyens, contribuables, qui sommes les décideurs concernant les transports publics, et les employeurs des cheminots.

La seule question qu'il nous soit utile de résoudre est : comment obtenir le meilleur service ? Le réseau le plus fiable, les trains les plus réguliers, le moins d'accidents, le tout, le moins cher possible ?

2-3 trucs qui s'appliquent sans doute bien à la SNCF, que je repique d'un article co-écrit en 2010 au sujet des entreprises (tout de même !) :


L’actif essentiel de très nombreuses entreprises est un « capital humain collectif ». Ce qui permet de produire efficacement, d’innover, de vendre, de s’adapter aux changements, c’est la vitalité du corps social qu’est l’entreprise ; sa capacité à mettre la bonne personne à la bonne place ; l’entente entre dirigeants, cadres, salariés ; la bonne communication avec les partenaires extérieurs, clients et fournisseurs ; la reconnaissance de l’entreprise et de sa marque par le public.

L’entreprise se mettrait en danger si elle prétendait traiter séparément sa dimension économique (qui serait mondialisée, offensive, sa vraie dimension au fond) de sa dimension sociale (qui serait à l’échelle nationale, défensive, presque une question de forme).

L’entreprise créative – de commerce, de service client, de R&D... — a besoin d’un engagement solidaire (…) sur le contenu (du) travail. Lequel engagement solidaire suppose :

  • de partager un objectif commun ;
  • de s'être entendus, par la négociation, sur la façon d'atteindre cet objectif, donc sur le travail lui-même (systèmes d’information, organisation, rémunérations, statut).

Si chacun est convaincu que l’autre veut lui aussi la prospérité de l’entreprise à long terme, on peut discuter ensemble de la façon d’y parvenir. Et déjà cette négociation vivante, entre personnes aux intérêts différents, créera ou renforcera le « capital humain collectif » de l’entreprise.

L’entreprise française a besoin, pour réussir durablement, que la communauté humaine y soit reconnue comme un actif, et un actif précieux.

Cela se dit en mots, cela se concrétise en organisation, en outils et méthodes de management. Les mots des dirigeants seront entendus et repris s’ils consistent, non pas en « communication sur » ce que fait l’entreprise au plan macro, mais en engagements concernant (chacun) à sa propre échelle de travail.

Trouver les mots sur lesquels on s’accordera, les mots qui raconteront une histoire d’avenir commun, c’est l’objet même du dialogue, de la négociation à ouvrir dans l’entreprise mondialisée.


Et plus spécifiquement sur les défis ou l'histoire d'avenir de la SNCF, cette note, un peu jargonneuse malheureusement, sur mon site professionnel (non commentable là-bas, désolé !).

cheminots_statut_usagers.png

extrait de retours de google images sur la requête 'cheminots statut usagers'

vendredi 23 mars 2018

Comment peut-on être démocrate en France ?

Un ami-Facebook trouve "ahurissante… la quantité de gens qui restent inconditionnels" de Nicolas Sarkozy : "cela interroge sérieusement sur les fondements de la Démocratie".

Effectivement, je lis ça aussi, au moins en filigrane, dans des discussions sur le résultat de l'élection de 2007 : des participants me semblent éviter la question "est-ce que le peuple a pu se prononcer sans être trompé ?" pour lui préférer la question "est-ce que le quinquennat aurait été meilleur ou pire avec Ségolène Royal ou François Bayrou ?". L'élection semble moins importante que le nom du chef de l'État.

J'ai lu aussi Nicolas Sarkozy expliquer par le passé (je ne retrouve pas de lien) qu'il est "démocrate" au sens où il respecte les résultats de l'élection. Mais après, sur sa conception de "qu'est-ce qu'on a le droit de faire pour gagner une élection", les témoignages de ses (anciens ?) amis abondent…

Pour moi, ça rappelle le Tour de France cycliste, et le raisonnement : "Si tu veux gagner, il faut bien faire ce qu'il faut, c'est comme ça".

Cela rejoint une composante profonde de la culture française : le monarchisme électoral. Dans cette vision, il faut un souverain effectif donc absolu (= non soumis aux lois) ; et, toujours dans cette vision, l'apport de la Révolution, c'est la possibilité pour le peuple de changer ce souverain. Que cette possibilité s'exerce de telle ou telle façon, soit sans biais, soit pacifique, etc., c'est, dans cette vision, secondaire : il faut bien un chef ! Que l'élection puisse être un processus équitable, ce serait une croyance de "bisounours" ! Bien sûr que les gens proches du pouvoir, notamment ceux qui le détiennent, feront tout pour y rester, et ont des moyens d'influencer le peuple ; sinon, quel serait leur pouvoir ?

Par association d'idées : dans les associations, pour changer un Président ou un bureau sortant, il faut souvent dans les faits réunir 60 ou 65% des adhérents qui s'exprimeront : 50,01% ne suffisent pas (tellement les sortants peuvent aisément avoir des procurations, truquer un poil le vote etc.). Ça fait partie de ce que la culture commune tolère.

Et il y a quelque chose de juste là-dedans.

Le vote n'est que l'un des outils de la démocratie.

La transparence, l'état de droit, le respect mutuel, la recherche de consensus, le respect des faits, etc., en sont d'autres tout aussi importants.

Malheureusement, le "monarchisme électoral" tend à en sous-estimer la valeur.

Il embrouille la description des faits, attaque ou corrompt les magistrats, désigne des boucs émissaires, pratique le "winner takes all", ridiculise les consensus scientifiques. Ce sont autant de points qui m'éloignent de Nicolas Sarkozy ;-)

Quoi qu'il ait réagi à l'élection de Donald Trump en soulignant que "La démocratie, c’est l’écoute des peuples." Un point pour lui. J'espère qu'il tirera les conséquences des scandales des fake news russes et de Cambridge Analytica, et dira quelque chose comme : "La démocratie, c’est l’écoute des peuples ; les assourdir, c'est l'inverse. Trump doit démissionner."


Les habitué·e·s de ce blog reconnaîtront un vieux sujet sur lequel je radote ;-)

mercredi 21 mars 2018

Le vote volé par l'argent

Dans l'affaire du financement de la campagne Sarkozy 2007, le risque de corruption est certes préoccupant, la collusion avec un dictateur est désolante.

Mais c'est bien pire.



C'est le vote démocratique qui a été perverti.

Ces 5 ou 6,5 ou 50 millions d'argent clandestin, à qui sont-ils allés ? Pour influencer la campagne de quelle façon ?

Ce ne sont pas les 50 ou 200 € touchés par quelques dizaines de permanents UMP, qui ont pu consommer ne serait-ce qu'1% de cette somme. Où sont les 99% ?

S'il s'agissait d'un autre pays, les États-Unis par exemple, ne serions-nous pas catastrophés pour leur démocratie ? N'encouragerions-nous pas leurs citoyens à descendre dans la rue et à réclamer que les résultats d'un vote aussi largement faussé, soient annulés ?

Il me semble évident qu'un budget clandestin de l'ordre de 25% en plus, peut suffire à gagner 2% des voix.

  • Parce que cela permet de faire des plus gros meetings, qui sont plus répercutés dans les médias, et donnent à l'électeur l'impression que l'enthousiasme est dans votre camp, que vous avez du "charisme".
  • Ou parce que ça permet de faire du marketing ciblé auprès des hésitants.
  • Ou parce que ça permet de brosser les médias dans le sens du poil, et d'obtenir que le visage du candidat présenté au public soit plus avenant ;
  • etc.

Exemple plus récent : combien je rencontre de gens qui me disent "j'aurais bien voté (en 2017) pour Jean Lassalle, mais je ne savais pas très bien ce qu'il pensait" ou "mais je n'ai entendu parler de lui qu'à la fin" ou "je comprenais mal ce qu'il disait", etc. ; ça me semble plausible qu'en multipliant son budget de campagne par 20, avec 5,2 M€ au lieu de 250 k€, il aurait eu une chance de se faire connaître (du grand public) avant les 4 dernières semaines, et d'obtenir, par exemple, 3,2% des voix au lieu de 1,2%. Pas certain, mais très très plausible.

Si l'argent n'avait aucun effet sur les choix des gens, les écrans de pub disparaîtraient, le placement de produits dans les films aussi, le sponsoring pareil, et les médias souffriraient.

En démocratie, l'électeur est souverain. Nous sommes souverains. Mais ceux qui ont le pouvoir de décider de l'information que l'électeur recevra pour se prononcer, ceux qui choisissent qui ils nous montrent et qui ils nous cachent, ne sont-ils pas plus souverains encore ?


Sur le même sujet : Le temps du choix, et les contretemps du non-choix ; Mon voeu pour 2017 : Président Lassalle ; Bygmalion, Lavrilleux, Millot, de Carolis, Sarkozy et moi ; Publier les résultats bruts des sondages.

- page 2 de 377 -