Argenteuillais démocrate… sans frontière

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dimanche 13 janvier 2019

Réponses aux questions d'Emmanuel Macron : (7 à 10) organisation de l'Etat et des collectivités publiques

7. Y a-t-il trop d'échelons administratifs ou de niveaux de collectivités locales ?

Oui, c'est évident : le "mille-feuille administratif'' des communautés de communes, d'agglomération, territoires, métropoles… est ruineux en argent, en temps perdu, en capacité de décision dissipée. C'est la paralysie générale. Rendons aux communes leur liberté, leur efficacité, leur transparence. Rétablissons des régions à taille humaine pour que leurs agents ne passent pas leur temps de travail en voiture.

8. Faut-il renforcer la décentralisation et donner plus de pouvoir de décision et d'action au plus près des citoyens ? A quels niveaux et pour quels services ?

Oui, renforcer la capacité d'action des maires, sous le contrôle plus effectif de leur Conseil municipal public ; par exemple a) étendre leurs pouvoirs de police aux troubles de voisinage ou autour des commerces ; b) permettre aux communes d'empêcher rapidement l'habitat indigne, et de nettoyer et remettre en état les terrains laissés en friche ou pollués par leurs propriétaires (à la charge de ceux-ci) ; c) autoriser leurs projets d'autonomie énergétique sans accord préalable d'EDF/Enedis (mais un contrôle technique en cours de projet).

d) Créer de véritables conseils citoyens dans chaque micro-quartier "sensible" (politique de la ville) et non plus des instances fictives au niveau de collections de quartier.

9. Comment voudriez-vous que l'Etat soit organisé et comment peut-il améliorer son action ? Faut-il revoir le fonctionnement de l'administration et comment ?

Mettre sur le terrain la moitié des effectifs actuellement affectés aux grandes Administrations centrales. La France doit être le dernier pays dont les administrations centrales continuent à gonfler, produisant des flots croissants et kafkaïens d'instructions paralysantes, alors que le numérique et "l'agilité" permettent, ailleurs, d'inverser les processus de travail, en partant des besoins constatés par les agents de terrain.

10. Comment l'Etat et les collectivités locales peuvent-ils s'améliorer pour mieux répondre aux défis de nos territoires les plus en difficulté et que proposez-vous ?

a) Instituer au gouvernement une Vigie du Futur ; et de même dans chaque département, où il aura un délégué en mission de veille. Ils seront attentifs à tout ce qui change, ce qui sort des missions de chacune des administrations sectorielles, ce qui apporte des possibilités nouvelles ou des risques nouveaux. Les délégués départementaux feront aussi la tournée des communes et stimuleront collectivités et services de l'État pour ajuster ensemble leurs actions à ces possibilités ou risques nouveaux. b) Déclarer les campagnes de France, le territoire physique du pays, "grande cause nationale". Affecter aux campagnes un budget de 3 milliards prélevé sur la Politique Agricole. Aider l'agriculture et l'élevage à basculer vers un modèle valorisant la qualité, la santé, l'harmonie avec le terroir. c) Instituer de nouvelles occasions de rencontres et d'activités participatives, pour aider les citadins à se parler, à l'image de la fête de la Musique ou de la fête des Voisins : une Fête de la Philo et des Savoirs, une Fête des Sports, une Fête de l'Engagement… d) Ouvrir sur de larges horaires 2 000 bureaux de police et de gendarmerie dans les quartiers et les bourgs. e) Créer dans toute la France des coopératives d’investissement local, à la façon du mutualisme, permettant d’investir son argent dans des projets locaux, d’entreprises ou sociaux. f) Accélérer la couverture 3G du territoire (indispensable pour faire un achat…) ; pénaliser les opérateurs en cas de non-couverture.

Réponses aux 29 questions d'Emmanuel Macron : (1 à 6) impôts, dépenses, action publique

1.Comment pourrait-on rendre notre fiscalité plus juste et plus efficace ?

a) imposer les profits de sociétés françaises dans les paradis fiscaux, y compris européens ; b) une taxe uniforme sur les transactions financières (p. ex. à 1/1000) ; c) une TVA sur le kérosène ; d) étendre le principe pollueur-payeur (comme dit dans le rapport Attali-Macron !) ; e) rétablir une imposition sur la fortune sur une base très large (p. ex. à 1/1000) ; f) un impôt sur le revenu plus progressif, prenant mieux en compte les charges de famille.

2. Quels impôts baisser en priorité ?

Finir de supprimer les cotisations "maladie" sur les revenus du travail ; finir ainsi de libérer les soins de santé de leur gestion "paritaire" par les syndicats patronaux et des syndicats de travailleurs, qui ont mieux à faire.

3. Quelles sont les économies qui vous semblent prioritaires à faire ?

a) Auditer la dette publique et les raisons de l'énorme marge accumulée, sans effort ni risque, par les banques privées aux dépens du contribuable ; b) Cesser d'enliser nos armées dans des guerres civiles que leur présence finit par envenimer ; c) Cesser la concentration d'investissements sur les métropoles (GrandParisExpress, CDG Express…) ; d) Renégocier et casser si possible les PPP et autres formes de privatisation ruineuses ; e) Passer par appel d'offres pour les médicaments, sur le modèle de Pharmac en Nouvelle-Zélande ; f) Restructurer la politique du logement pour qu'elle cesse de faire grimper les prix (profitant au final aux marchands de sommeil) ; g) faire progresser techniquement nos capacités de lutte contre la fraude en créant une Agence Nationale dédiée.

4. Faut-il supprimer certains services publics qui seraient dépassés ou trop chers par rapport à leur utilité ?

Par définition oui… Il y en a déjà dont le caractère contre-productif est évident : a) le "mille-feuille administratif'', communautés de communes, d'agglomération, territoires, métropoles… sources de surcoûts. Rendons aux communes leur liberté, leur efficacité, leur transparence. b) le mille-freins dans les soins de santé : la multiplication des formulaires de contrôle sans utilité pratique mais surconsommateurs du temps des soignants.

5. A l'inverse, voyez-vous des besoins nouveaux de services publics et comment les financer ?

a) Un service opérationnel de mise à l'abri des sans-abri : "personne dehors". b) Un service de la formation de recyclage, de moyenne durée (1-2 mois), s'appuyant sur les collèges et lycées techniques (pendant les congés scolaires). c) L'aide à la recherche d'emplois par les personnes, et à la recherche d'employés par les entreprises. Fonction de l'ex-ANPE qui s'est effondrée depuis sa fusion ruineuse avec l'UNEDIC. d) Les services publics locaux, maternités, centres de formation… à maintenir, réorganiser, moderniser, au lieu de les fusionner vers les grandes villes.

6. Comment mieux organiser notre pacte social ? Quels objectifs définir en priorité ? : cette question un peu absconse apparaît sans commentaire dans la lettre du Président de la République. Peut-être expliquera-t-il plus tard à quoi il faut allusion.

vendredi 11 janvier 2019

Baromètre CEVIPOF : les Français ont de plus en plus confiance en eux-mêmes

Le CEVIPOF vient de publier la 10ème vague annuelle de son sondage pompeusement autoproclamé "la référence pour mesurer la valeur cardinale de la démocratie : la confiance". La parution a été légèrement avancée, je crois, pour répondre aux événements actuels, le mouvement des Gilets Jaunes. Le CEVIPOF titre "Une colère qui vient de loin", façon d'écrire que le niveau de méfiance actuel est très similaire à celui des neuf dernières années.

Il y a effectivement très peu d'évolutions allant au-delà de la marge d'erreur aléatoire des sondages, voici celles qui s'en détachent.

1) Beaucoup de sentiments reviennent au niveau de 2015 ou 2016 ; c'est 2017 qui était une exception :

Q"nou9", les répondants sont beaucoup plus nombreux (60%, +23% par rapport à 2017, c'était 60% aussi en 2016) à penser que "l'état de l'économie en France s'est dégradé au cours des 12 derniers mois".

"Q1. Parmi les qualificatifs suivants, quels sont ceux qui caractérisent le mieux votre état d'esprit actuel ?" : par rapport à décembre 2017, de plus en plus de déclarations de lassitude, de morosité, de méfiance, de peur (13% au lieu de 8%), de moins en moins de bien-être (14%) et de confiance (11%). Mais cela revient simplement au niveau de décembre 2015 : c'est décembre 2017 qui était une exception.

Q12 : le sentiment que "la plupart des gens font leur possible pour se conduire correctement" progresse de 4%, retrouvant là encore le niveau de 2015-2016 alors que son niveau était exceptionnellement bas en 2017.

L'opinion selon laquelle la France devrait "s'ouvrir davantage au monde d'aujourd'hui" (bizarre, deux idées en une à mon humble avis de sondeur) rejoint, à 23% (-4%) , son niveau de 2015-2016 ; de même que l'avis selon lequel "le fait pour la France de faire partie de l'Union Européenne est une bonne chose" (40%, -5% par rapport à 2017 ; Q50).

Retour au niveau de 2015 ou 2016 aussi pour la confiance envers la Sécurité sociale (+4%) ou envers l'école (69%, même niveau qu'en 2015 mais au-dessus de 2016-2017).

Q37. La disposition à "manifester" pour défendre ses idées progresse de 4% à 55%, mais revient simplement aussi au niveau de 2015-2016. C'est juste la fin du petit matin gris post-électoral.

Q22 : l'idée que la "démocratie ne fonctionne pas bien" [1] revient, à 70%, à son niveau de fin 2016. Et (Q41) le "dégoût" envers la politique revient à son niveau de 2015 (32% ,+5%).

2) La confiance dans les institutions politiques est à un niveau parmi les plus faibles depuis le début du baromètre ; c'était déjà le cas en 2017.

C'est l'objet des Q13-Q14. Mais par rapport à fin 2017, la confiance baisse encore envers les institutions de niveau national, européen et international ; elle est stable envers les institutions municipale, départementale et régionale. Le maire est le seul élu envers lequel la confiance remonterait légèrement, et c'est toujours le seul qui recueille une confiance majoritaire (58%, +3%).

Les "hommes politiques" sont de plus en plus critiqués, surtout comme "servant leurs propres intérêts" (74%, nouvelle question) et comme "parlant des problèmes de manière trop abstraite" (74%, +6% ; Q"nou6").

3) La véritable nouveauté, c'est un regain de confiance envers soi-même et ses proches :

Q25 : la confiance envers "l'Église catholique" atteint son niveau le plus faible depuis qu'elle est mesurée.

La confiance envers les "grandes entreprises privées" baisse aussi, à son plus faible niveau depuis 2012. La demande que "l'Etat les contrôle et les réglemente plus étroitement" remonte, en miroir, à son niveau de 2012 (Q29 : 44%, +4% par rapport à 2017).

Q"nou7 : Pensez-vous qu'il faut accorder la priorité, dans les prochaines années à la compétitivité de l'économie française ou à l'amélioration de la situation des salariés ?" : "à l'amélioration de la situation des salariés" progresse de 11%, à 65%.

L'idée que "pour établir la justice sociale, il faudrait prendre aux riches pour donner aux pauvres" progresse de 14%, à 69%.

Q7 : "l'image très positive de moi-même" progresse de 3%, à son plus haut niveau des 4 dernières années.

Q5 : le sentiment que "les gens de mon pays" n'ont pas "la possibilité de choisir leur propre vie" progresse de 7%.

"Q3 : les événements qui ont donné confiance dans l'avenir", réponses spontanées : notamment 11% "l'élection du président Macron", 3% "le mouvement des Gilets Jaunes". Ce dernier — sans, donc, donner beaucoup de confiance en l'avenir — est "soutenu" par 60% des répondants contre 30% (question "new12"), il représenterait "un renouvellement de la démocratie en France" (62%) plutôt qu'une menace (34%).

"Q15 : Pour faire confiance à un responsable politique, qu'est-ce qui vous semble le plus important ?" Deux réponses sont demandées parmi 5 possibles. La réponse "Qu'il soit proche des gens comme vous" progresse très fortement : +13%.

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4) et le rôle imparti au politique change très fortement : il doit devenir démocrate.

Q"nou12 : Pour vous, un bon responsable politique c'est avant tout quelqu'un qui sait... ?" Deux réponses sont demandées parmi 4 possibles, qui vont en réalité dans 2 directions opposées, démocratie ou "despotisme éclairé".

  • Forte progression de la demande de démocratie : "prendre l'avis du plus grand nombre de citoyens avant de décider" : +8% ; "passer des compromis pour éviter les conflits" : +9% ;
  • Forte régression de la demande de despotisme éclairé : "s'entourer d'experts compétents qui le conseillent" : -5% ; "prendre ses décisions sans tenir compte des critiques" : -10%.

Ainsi (Q40bis) l'idée que "le gouvernement devrait changer ses projets politiques en fonction de ce que la plupart des gens pensent" progresse à 73%, son plus haut niveau depuis que la question est posée (2014).

Et (Q55) la demande d'un "homme fort qui n’a pas à se préoccuper du parlement ni des élections" régresse de 7%, à 35%.

Comme moyens d'influencer les décisions, les manifestations sont jugées plus efficaces qu'en 2017 (+16%), les grèves aussi (+6%), aux dépens des boycotts (-6%) et des élections (-6%, à 55%, plus faible niveau depuis que les débuts du baromètre).

L'identification comme "français" plutôt que d'abord européen, ou que les deux, atteint son plus haut niveau depuis qu'elle est mesurée, à 36% (+4% ; Q54).

La demande que "les différents partis proposent des alternatives politiques claires" (84%, +9%) progresse plus que l'idée selon lequel le peuple devrait décider directement (52%, +3%, Q"nou3").

L'idée qu'il "devrait y avoir des référendums sur la plupart des questions importantes" (70%, +8%) progresse plus que la demande de référendum d'initiative citoyenne (72% +3%).

5) En matière d'opinions politiques, peu de changements !

Le positionnement "au centre" reculerait un peu (-3%, à 17%); au profit de la droite / extrême-droite ou de non-réponses (Q"nou1") ; sans doute surtout au profit de l'idée que "les notions de gauche et de droite ne veulent plus dire grand-chose" (Q"nou10" : +3% à 73%).

Sur 11 sujets politiques réputés clivants, très peu de changements : un peu plus de répondants pensent que "Il faudrait autoriser la procréation médicale assistée pour les femmes seules ou homosexuelles" (+3%) ; un peu moins pensent que "il y a trop d'immigrés en France" (-3%). L'idée que "l'immigration est une source d'enrichissement culturel" progresse de 6%, à 53%.

Ma conclusion personnelle, c'est que les Français, ou un bon 60% d'entre eux, sont du côté de Jean Lassalle, peut-être sans le savoir. Mais vous aurez peut-être d'autres conclusions à tirer de ces chiffres !

Notes

[1] Le CEVIPOF affaiblit bizarrement en "pas très bien", p. 31.

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