hypos l'a bien entendu : Charles de Courson (député Nouveau Centre, Commission des Finances) a "du mal à expliquer", sur France Info hier 22 janvier, que l'État doive apporter des milliards à des banques qui dégagent déjà des milliards de bénéfice.

Plus que cela. Ses propos me suggèrent que le rapport de force entre les banques françaises et le pouvoir politique français ... est très en faveur des banques. L'actionnaire privé d'une banque privée a, selon Charles de Courson, le pouvoir légitime de se rémunérer sur financement public. Ai-je bien compris ? Vérifiez en écoutant l'intégrale.


Charles de Courson :

L'État est venu en aide (aux banques), 1) pour protéger les épargnants (ah bon - ils ne sont pas déjà garantis par ailleurs ?), 2) pour que les banques continuent à prêter… On ne peut aider les banques qu'avec des contreparties. Au moins 4.

  • Qu'elles continuent à prêter,
  • Les dirigeants qui ont fauté doivent partir,
  • Il faut encadrer les rémunérations. L'encadrement français est beaucoup moins dur qu'en Allemagne : en Allemagne, l'État fédéral a fixé un plafond de 500 000 euros pour les rémunérations des dirigeants (des banques) dans lesquelles l'État (est intervenu) pour les sauver ...
  • Enfin, limiter la distribution de dividendes de façon à éviter que les capitaux propres des banques ne soient pas renforcés (logique, les dividendes qui partent sont autant de capitaux propres en moins).

(Question France Info : Justement ! (...) L'État s'apprête à mettre à la disposition de la BNP 2 milliards et demi, elle va afficher 3 milliards de bénéfices.)

Oui, mais vous êtes obligé de rémunérer un minimum vos actionnaires ... Il y a des gens modestes (parmi les actionnaires) ... Le cas de la BNP, ça c'est à discuter dans les conseils d'administration des banques (! seulement entre actionnaires, donc ?). Si la banque avait besoin d'augmenter ses capitaux, est-ce que vous pouvez faire appel à vos actionnaires en leur disant "je ne vous distribuerai rien" ? Le BNP est l'une des banques les mieux gérées du système bancaire français, donc il y a un minimum ... (mais justement, avec ses bénéfices, et en prime, l'aide de l'État, pourquoi aurait-elle besoins de nouveaux capitaux ?)

L'accord (avec les pouvoirs publics) a été "pas plus de 50%" (de bénéfices distribués). Ce qui serait choquant, ce serait des banques déficitaires qui distribuent des dividendes (est-ce cohérent ? ce sont justement celles qui peuvent avoir besoin d'augmenter leurs capitaux !)...

Les dirigeants du secteur bancaire et de l'assurance étaient traditionnellement, depuis 30 ou 40 ans, mieux payés que dans l'industrie, entre nous, on ne voit pas la justification de tels écarts ! C'est une mauvaise tradition, mais ce sont les conseils d'administration qui fixent les rémunérations de leurs dirigeants.

Se sont développés dans les 15-20 dernières années des habitudes de distribuer des bonus tout à fait considérables, 2 ou 3 millions par an !... Qu'il y ait une partie variable, ça ne me choque pas, pourvu qu'elle soit liée à une véritable performance. Ce qui est choquant, c'est que les résultats ont globalement baissé de l'ordre de 40% et qu'on continue à distribuer des bonus, ça c'est choquant.

L'affaire Kerviel illustre le dérapage d'une bonne partie des banques ... 30 à 40% des bénéfices, dans les années 2006-2007, étaient faits sur la pure spéculation des traders. Les traders étaient rémunérés dans des conditions telles que quand ils perdaient, ils n'avaient pas de chute de leur rémunération, mais quand ils gagnaient, ils avaient de colossaux bonus... Des gens parfois jeunes, ils n'avaient quand même pas une spécialisation pas extraordinaire, gagnaient 5, 6, 7 millions par an, c'est totalement insensé !...

Kerviel n'était pas le seul à ne même plus respecter les plafonds qui lui avaient été fixés. Ça pose un énorme problème de contrôle interne des banques, mais quand vous poussez les gens en les rémunérant avec des bonus extraordinaires, fonction de leurs résultats, ben on arrive à ces excès.