George Papandréou l'admet :

"Nous et nos partenaires avions pensé que la décision (de mettre en place le mécanisme d'aide Europe-FMI) aurait suffi pour calmer les marchés, … Les marchés n'ont pas répondu, soit parce qu'ils ne croyaient pas à la volonté de l'UE soit parce que certains avaient décidé de continuer à spéculer".

Donc, la Grèce demande aux États européens et au FMI de prendre à leur charge le risque de non-remboursement de la dette publique grecque, que les banques ne veulent plus prendre (ou seulement à un prix faramineux).

Je sais que je vais faire plaisir à Edgar (pas très longtemps peut-être), mais j'assume : c'est la faillite de l'euro tel qu'il est aujourd'hui, c'est-à-dire la faillite du pacte d'instabilité.

Oui, j'ai sauté une étape, mais vous la connaissez : les États européens ne peuvent pas réellement assumer le risque de non-remboursement de la dette publique … des États européens proches de la faillite. Quant au FMI, il va aussi avoir le Japon sur les bras, alors pensez…

La Grèce, qui avait la pire situation, servait de testeur alpha. Si l'Europe se solidarise avec la Grèce, nous voilà en version bêta. Nous sommes dans le même sac, et notre faillite collective se rapproche d'un cran[1].


On est forcés à cette solidarité par l'euro, par le choix d'une monnaie commune.

Pas de monnaie commune sans macro-économie commune. Il en existait déjà la moitié : l'intégration commerciale, industrielle, entrepreneuriale. Il y avait une deuxième moitié à construire : des politiques budgétaires nationales convergentes.

Le Traité de Maastricht comprenait donc, comme garantie de la viabilité de l'euro, un Pacte de Stabilité aux conditions et sanctions sévères. En résumé : pas plus d'inflation que les autres, le déficit public doit être à moins de 3% de la production totale de l'économie (PIB), la dette brute doit être inférieure à 60% de cette production.

Le 1er critère n'a jamais semblé poser problème. Le 3ème critère, qui en posait un grave, n'a jamais été appliqué. Le 2ème critère a été constamment ridiculisé par la France, qui creusait annuellement son déficit en envoyant annuellement à ses partenaires des belles promesses de redressement futur, ou par la Grèce qui maquillait carrément son déficit.

Après quoi, crise aidant, on a "suspendu les critères" (puisque leur respect aurait été plus pénible) et le porte-parole du PS s'est réjoui de cette "vertu de la crise".

Bien sûr, les critères étaient mal rédigés et la rigidité juridique de l'Europe les rendait non-pilotables. Il faudra reprendre le chantier.

Mais la seule chance de survie de l'euro, c'est un pacte de stabilité durable et appliqué.

Nous avons le choix entre l'euro + critères drastiques de stabilité, et le franc … + critères drastiques de stabilité. Car sinon, faillite.


À quoi ressemblerait la faillite de l'État ?

On lisait encore il y a quelques mois sur quelques blogs de gauche qu'un État ne peut faire faillite. Aussi désolante que soit cette ignorance, il y a un peu de vrai. Le mot "faillite" ne signifie pas exactement la même chose pour un État que pour une entreprise.

Une entreprise qui fait faillite meurt. Ses salariés sont licenciés. Ses machines, ses terrains, son nom (marque) sont vendus au plus offrant pour rembourser une partie des dettes. Elle n'est plus qu'un souvenir. Sur son territoire, d'autres prennent place.

Pour mourir, un État doit être envahi et annexé, la faillite n'y suffit pas.

La faillite de l'État consiste simplement à ce qu'il n'ait plus assez d'argent pour honorer ses engagements. Il ne les honore donc plus. Il fait le tri de ce qu'il paye ou pas.

Tout d'abord, il cesse de rembourser ses dettes, et n'obtient donc plus de prêts. Ses seules ressources sont les impôts et taxes, mais ça non plus ne suffit pas pour payer les dépenses (nous sommes en déficit primaire).

Il y a 5 autres sortes de dépenses :

  • Ce que la France verse au budget européen, et qui nous est largement remboursé, notamment par la PAC. Si nous cessons nos versements, nos agriculteurs trinquent.
  • Ce que l'État verse aux collectivités locales. S'il réduit unilatéralement ses versements, elles pourront réduire les salaires des fonctionnaires territoriaux, arrêter les investissements en cours, et/ou augmenter les impôts locaux.
  • Les achats de l'État (je mets ici les subventions, qui sont souvent le maquillage d'achats). Il ne paye plus. Les fournisseurs cessent de travailler pour lui, ou s'ils n'ont pas d'alternative, mettent la clé sous la porte.
  • Les salaires des agents publics. C'est l'astuce qu'avait trouvé le Niger à une époque : payer les salaires des fonctionnaires, régulièrement, intégralement, mais tous les 42 jours seulement.
  • Les minima sociaux et autres allocations sociales, et le refinancement de la santé.

Point commun dans tous les cas : ça retombe sur les Français - agriculteurs ou fonctionnaires, salariés d'entreprises travaillant pour l'État ou contribuables locaux et nationaux. La seule marge de manoeuvre des gouvernants sera de pressurer plus ou moins telle ou telle catégorie.

De combien en moyenne ?

Si l'État doit économiser sur un an de l'ordre de 100 milliards[2], ça fait 3000 euros en moyenne par foyer fiscal (de 1,8 personnes en moyenne), soit toujours en moyenne, un mois de revenu[3].

La faillite d'un État, c'est pas la vraie faillite, juste la fin des congés payés.

Notes

[1] Collective, c'est une façon de parler : l'Allemagne devrait s'en sortir, ayant été mieux gouvernée. Quel bonheur c'est d'avoir trois partis démocrates ! Le Danemark aussi, et les Pays-Bas, si j'ai bien compris

[2] en arrivant à obtenir par ailleurs 70 ou 80 milliards d'abandon de créances, soyons fabuleusement optimiste

[3] J'entends une objection venant de ma gauche : pourquoi ne ponctionnerait-on pas les entreprises ? En triplant l'impôt sur les sociétés de 33% à 100%, allons-y, les recettes passeraient de 20 à 60 milliards, ce qui réduirait un peu l'ardoise pour les ménages. Amha, ce serait un fusil à un coup.