Très bonne réunion de campagne du MoDem 95 cet après-midi à… Champagne-sur-Oise, chez Gérard Vespierre et autour du président Jean-Philippe Picard-Bachellerie.

J'ai eu l'occasion de dire un mot sur l'objection "François Bayrou est seul", souvent entendue. Je crois, en effet, que c'est la dernière barrière au vote Bayrou. Ce n'est plus une question de personnalité, de programme ou d'étiquette : sur tous ces points, les réticents sont devenus très minoritaires. Mais ce que les électeurs craignent le plus, ce n'est ni la droite, ni la gauche, c'est le vide au sommet de l'État. Il leur faut (il nous faut) la garantie d'un capitaine compétent, de sang-froid, capable de fixer un cap et accompagné d'une équipe d'officiers au complet prête à suivre ses ordres.

Or, les gens qui soutiennent ouvertement François Bayrou ne constituent pas encore une majorité, c'est un fait.

Pourtant, François Bayrou est largement majoritaire en termes d'opinions favorables, et une grande majorité de Français souhaite, face à la crise, au gouvernement de large union avec la droite, la gauche et le centre. Ce sont deux faits.

Si François Bayrou est perçu comme celui qui fait cette large union autour de lui, les 13% actuels d'intention de vote se transformeront facilement en 55-65%.

Cette accélération sera quasiment irrésistible. Les clans actuellement au pouvoir devront se soumettre ou se démettre.

Parce que, pour ce qui est de fournir "un capitaine compétent, de sang-froid, capable de fixer un cap et accompagné d'une équipe d'officiers au complet prête à suivre ses ordres", ni l'UMP ni le PS — ni le FN… — ne présentent de garantie sérieuse.


Occasion d'un petit point, rétrospectif et prospectif, sur les chances de François Bayrou.

J'expliquais en mai dernier pourquoi il était devenu le favori de la présidentielle.

Je précisais en septembre les trois étapes de cette victoire.

La première était de remporter la "primaire au centre" : acquise début octobre, cette première condition a pourtant connu un post-scriptum avec l'étrange campagne d'Hervé Morin, celui qui avait d'abord accepté de devenir un homme de paille, mais a cru pouvoir ensuite regagner une existence politique propre[1]. Bon. C'est fini. Hervé Morin restera député, mûrira, reviendra sans doute.

Nous en sommes à peu près, donc, au même point qu'en octobre. Restent deux conditions à remplir : que les Français constatent l'incapacité de la gauche à sortir la nation du ravin où, avec la droite, elle l'a poussée ; et qu'ils licencient le chauffeur qui, en 2007, a mis le pied au plancher.

La différence par rapport à octobre, c'est qu'en quatre mois, la gauche a étalé ses contradictions et semble décidément incapable de nous sortir de la crise, au point d'inciter les gouvernants étrangers à soutenir notre pompier pyromane de Président, ce qui est un comble. Et qu'en quatre mois, le pompier pyromane a multiplié les départs de feu, écoeuré l'essentiel de son gouvernement et fait, sinon l'unanimité, disons la quasi-unanimité contre lui.

Et que, peu à peu, François Bayrou a engrangé les soutiens, contrairement à 2002 et 2007 où, au fil de la campagne, l'UDF comptabilisait les départs.

Juste au-dessus du seuil de 15%, le "peu à peu" deviendra "beaucoup à beaucoup", le "François Bayrou seul" deviendra "François Bayrou fédérateur", et l'espoir reviendra dans le pays.

Notes

[1] Chez Marcel Pagnol, à force d'humiliation et de volonté de revanche, ce coup-là est possible. Mais chez Nicolas Sarkozy…