Je finis la lecture du "Journal d'un sauvetage" tenu par Jean Peyrelevade en 1993-95 au Crédit Lyonnais, et qu'il vient de publier.

La "post-vérité dans les affaires", objet d'un récent billet de Charles-Édouard Bouée, semblait bien installée dans ce milieu parisien des affaires, de la décision politique et des médias… Il y a plus de 20 ans déjà.

Cette lecture confirme au-delà de ce que je pouvais imaginer (et pourtant) la capacité d'auto-intoxication du tout-Paris politico-économique.

Surtout, ce que je n'imaginais pas, presque aucun des "décideurs" évoqués ne semble intéressé par regarder en face la réalité principale : la faillite annoncée de cette méga-banque. (Avec des exceptions, selon le récit de l'auteur : Alain Gomez, Jacques Chirac, voire Nicolas Sarkozy…).

Le Ministre des Finances ne comprend même pas la notion de provision, et semble croire (et affirme) que tout ce qui compte est la façon de présenter les chiffres.

La plupart des journalistes semblent croire que tout ce qui compte est l'étiquetage politicien (droite ou gauche ?) des responsabilités — et se passionnent pour l'affaire Tapie, qui ne représente qu'une petite partie des pertes.

Comme le montre le billet de Charles-Édouard Bouée, la "vérité" à laquelle il faut tenir est plus que le rejet de la fausseté. C'est l'ancrage dans la réalité.

"Se concentrer sur la gestion d'une marque déconnectée des réalités de l'entreprise, au motif que l'image est devenue plus importante que le fait, est à coup sûr une tentation. Mais elle ne peut que conduire à l'échec … quand une bulle éclate. (…)

Dans le monde post-factuel qui vient, l'ancrage dans le réel est indispensable. De Siemens à Rolex, de Château Margaux à Ferrari, c'est la qualité des produits et des services associés, consolidés sur le long terme, qui fera la différence. Avant la gestion de la marque.

Et ça, c'est plutôt une bonne nouvelle pour l'Europe, qui est si riche de son histoire industrielle et patrimoniale. Alors soyons optimistes, et abordons 2017 les deux pieds bien ancrés dans le réel !"