J'ai mis mon gilet jaune jeudi soir… pour faire mon footing, dans les rues mal éclairées d'Argenteuil.

Aujourd'hui je prendrai mon vélo pour la gare, je dois aller à Boulogne-Billancourt récupérer mon dossard pour le semi-marathon de demain.

Je ne suis pas dans les rues, ne manifeste rien, ne bloque rien.

Pourtant je sympathise avec les gilets jaunes. Je trouve qu'ils expriment très bien, à l'égard du gouvernement (pas l'actuel seulement) des sentiments comme "y en a marre de se faire f… de notre g…" qui me semblent parfaitement justifiés, et qui m'ont conduit à m'impliquer en politique, il y a 20 ans[1]. C'est tellement rare qu'une mobilisation sociale "prenne", monte !

Un éditorialiste télé disait hier "ça s'appelle la démocratie participative". Tout à fait d'accord ! La démocratie participative, ce n'est pas seulement un "dialogue social" convenu avec des institutions payées par les politiques pour leur servir d'interlocutrices !

Un militant de la démocratie participative m'a raconté mardi une anecdote.

Un maire écologiste veut rendre une rue piétonne.

Il lance une consultation sur ce projet.

Elle montre une forte opposition des commerçants, tandis que les résidents sont d'accord.

Un architecte (?) est sollicité pour faire une 2ème consultation, celle-ci ouverte : "que faire ?"

Elle révèle que commerçants et habitants ont un souhait commun : l'aménagement de la place.

Et ça coûte un tiers moins cher.

Vouloir cela, est-ce rejeter l'écologie ? Se moquer des générations futures ?

Je suis apparemment dans la cible de Françoise Fressoz, que j'estime énormément, quand elle écrit :

« Sur le papier, dans les mots, ils le sont tous : écologistes, prêts à se battre contre le réchauffement climatique .... Mais qu’une fronde fiscale pointe son nez et c’en est fini de la préoccupation écologique. »

Alors repensons toutes les politiques pour l'objectif de sauvegarder l'écologie !

Faisons-le de façon participative : c'est le seul moyen d'arriver à une révolution ! Sinon, les beaux discours glissent sur le conservatisme qu'a dénoncé Nicolas Hulot.

Distinguons l'"accord sur le problème", d'un éventuel "accord sur chacun des petits bouts d'une hypothèse de solution".

Quand le blé manque, il faut (nécessairement, physiquement, logiquement) manger moins de pain, doit-en conclure "qu'ils mangent de la brioche" ?

Elle est à base de blé, bien sûr, mais elle coûte plus cher, donc, chacun en consommerait moins…

Une solution, vraiment ?

Avec la même logique, tout le monde devrait être d'accord pour la privatisation des autoroutes (qui a augmenté les tarifs et prolongé les concessions donc les péages, donc, a dissuadé des déplacements voiture) ; tout le monde devrait être d'accord avec les sanctions de Trump contre l'Iran (qui augmentent les prix du pétrole donc dissuadent la consommation), etc.


Bien sûr, je suis très favorable à la fin des privilèges fiscaux sur le diesel par rapport à l'essence ; mais si ce n'était que ça, il suffirait de baisser les taxes sur l'essence — ou moitié moitié.

Les citoyens doivent se montrer très vigilant envers les décideurs politiques quand ceux-ci décident d' "augmenter les taxes". La Déclaration de 1789 consacre à ce sujet deux de ses dix-sept articles.

Car c'est souvent une façon pour les décideurs de fuir les problèmes plus que de les résoudre. C'est souvent une forme de paresse : ne regarder que le prix, parce que ça a l'air simple, au lieu des multiples raisons qui conduisent les gens à faire ce qu'ils font ; parmi lesquelles des motivations sur lesquelles il pourrait être bien plus efficace de jouer.

Et le décideur politique a un biais d'appréciation très fort dans le sens des augmentations de taxes, parce qu'elles lui retirent une grosse épine du pied, en lui apportant de quoi financer d'autres politiques qui lui sont réclamées !


Y a-t-il d'autres moyens ?

Déjà, réinstaller le service national et mobiliser des milliers d'appelé·e·s pour planter enfin la forêt de Pierrelaye, attendue depuis bientôt des décennies. Ça, c'est bon contre l'effet de serre et contre la pollution.

Évidemment aussi, faire payer une taxe "carbone" au kérosène, comme c'est déjà le cas aux États-Unis ou en Chine (et comme le proposait, entre autres, le programme 2017 de Jean Lassalle). Un aller-retour au Brésil pour deux personnes — comme celui que je viens de faire à la Toussaint — émet autant de CO2 que 3 années d'utilisation des voitures par mon ménage.

Ensuite, réduire le besoin de déplacements en voiture, et les bouchons, en utilisant mieux l'immense parc bâti français. Il n'y a jamais eu autant de logements en France, il n'y a jamais eu autant de pièces libres dans les logements (de chambres sans personne pour y dormir), et pourtant la crise du logement s'aggrave, et les familles à revenus normaux ou moindres sont obligées de quitter les quartiers centraux et ceux bien desservis par des gares, donc, d'utiliser quotidiennement des voitures ! Ou, en Ile-de-France, de subir des trajets interminables de bus en RER bondés !

Je crois qu'il y a des millions de personnes qui pourraient être mieux logées, et un immense bénéfice écologique,

  • en facilitant la sous-location, notamment par les personnes âgées, qui ne sont pas à l'aise avec les places de marché numériques actuelles (et il n'y en a guère pour la sous-location de longue durée, que je sache),
  • en organisant l'usage multiple des mêmes bâtiments dans le temps, à l'exemple de certains parkings d'immeubles parisiens utilisables par des tiers dans la journée.

Enfin, alléger et rétrécir les voitures. Pourquoi ont-elles autant enflé et gonflé, par rapport à celles des années 70 ? Le corps humain a-t-il autant grossi ? Les packs de lait sont-ils plus lourds qu'il y a 35 ans ? Les routes sont-elles plus défoncées pour demander des châssis plus haut et de plus gros amortisseurs ? Bien au contraire !

La longueur des voitures aux Etats-Unis a considérablement diminué, me semble-t-il, depuis 35 ans. Pourquoi la hauteur et le poids des voitures européennes ne diminueraient-elles pas ?

Bien sûr, chacun voudrait mieux voir la route, et doit donc acheter une voiture plus haute, puisque "les autres" ont fait pareil et lui bouchent la vue.

Mais voilà l'exemple même du cercle vicieux… qui pourrait instantanément se transformer en cercle vertueux.

Les cyclistes ont anticipé !

Notes

[1] Correction, 18 nov. 2018