Que Médiapart découvre de nouveaux proches des affaires de M. Benalla restés jusqu'à aujourd'hui à l'Elysée ou à Matignon, je ne m'y attendais pas.

Que notre gouvernement perde ses nerfs parce que M. di Maio a rencontré des Gilets jaunes (où est le mal ?), je ne m'y attendais pas.

Que nos Ministres s'en prennent à la décision antimonopoles de l'unique Commissaire européenne qui donne l'impression de faire son boulot dans l'intérêt général, je ne m'y attendais pas.

Que Monsanto ait payé des influenceurs reconnus pour plaider en sa faveur sur les réseaux sociaux sans mentionner qu'ils étaient payés pour, je ne m'y attendais pas.

Que des journalistes défenseurs des causes morales d'aujourd'hui se révèlent auteurs de harcèlement en meute sur les mêmes réseaux sociaux, surtout envers des femmes, je ne m'y attendais pas.

Que le chef de l'État transforme un débat national en séances de questions-réponses où il assène ses vérités à lui, je ne m'y attendais pas.

Qu'il dise "les enfants" aux maires venus d'outremer, je ne m'y attendais pas.

J'avais une estime très moyenne pour le système politico-médiatico-économique en place. Pourtant je me frotte les yeux.

Je crois que M. Macron a été élu sur l'espoir qu'il remette "en marche" la société française après les décennies d'immobilisme imposées par ce même système. Et c'est exactement l'inverse qui se produit. Les lobbies triomphent à tous les niveaux. Notre gouvernement se fâche avec le reste du monde, perdant toute influence. Les attentes de la majorité des citoyens sont traitées comme du "populisme".

Alors, des dizaines de milliers de citoyens jugent assez important d'affronter ce pouvoir d'État, pour se mettre en danger chaque samedi.

Une pensée pour les policiers et gendarmes qui se font attaquer, et pour le jeune Argenteuillais qui s'est fait arracher une main aujourd'hui, et pour ce bien moins jeune ami du Sud-Ouest qui s'est fait casser l'arrière du coude par un "flash-ball", et qui vient d'être réopéré.

Je ressens bien le risque du désordre, de la confusion au sommet de l'État. Je croyais que le Président garderait l'Assemblée nationale (alors que Jean Lassalle déclarait penser une dissolution inévitable) ; je croyais le Président capable de se retourner de lui-même, de changer de cap, et d'en choisir un qui fasse avancer le bateau.

Je voyais bien un chemin possible début décembre — confier le gouvernement à François Bayrou, repartir du programme du MoDem, à la fois raisonnable et capable de répondre à certaines des revendications populaires.

Maintenant, le malaise me semble avoir dépassé ce stade. Le gouvernement me semble réduit à compter sur la désagrégation de ses oppositions, pour pouvoir rester en place sans rien faire.

Evidemment j'aimerais bien qu'il y ait une alternative, un ensemble social et politique assez large, assez confiant, assez sûr de ses projets, pour pouvoir prendre en charge le gouvernement du pays (par exemple, pour que le Président de la République l'appelle au gouvernement et qu'une majorité parlementaire le soutienne). Et, ma foi, ça fait bientôt vingt ans que j'essaye d'y travailler, à mon tout petit niveau, et bien d'autres personnes aussi, à des petits ou plus grands niveaux. Mais le résultat n'y est pas encore. Cette alternative semble manquer, ou il lui reste à monter en puissance.

Le printemps sera chaud.