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Tag - Économie-Emploi

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samedi 3 septembre 2016

Libérons de la mondialisation financière le génie français ! Jean Lassalle au MEDEF, 30 août 2016

Mes notes, légèrement reformulées et remises en ordre. L'intervention elle-même est en vidéo ici.

Merci, M. le Président Gattaz, d’avoir bien voulu m’inviter, j’y suis sensible.

J’ai créé mon entreprise à l’âge de 25 ans. Je l’ai dirigée pendant 30 ans : un cabinet d’ingénieurs-conseils qui faisait de l’irrigation, de l’assainissement… J’ai embauché 7 ingénieurs. J’ai dû hypothéquer la maison de Papa et Maman.

Lorsque j’ai quitté cette entreprise, je l’ai donnée. C’est aujourd’hui l’un des cabinets les plus cotés du Sud-Ouest !

La France je l’aime passionnément comme nous tous ici. Je trouve qu’il y a 30 ans qu’on ne s’occupe plus d’elle et qu’on la délaisse. Si nous voulons réussir, il faut redonner confiance et remettre dans le coup ceux qui pensent en être sortis. Quand j’ai fait mon tour de France, ce que j’entendais c’était « nous n’avons plus confiance en rien ni en personne ».

Si nous retrouvons confiance, ça va aller tout seul. On va avoir envie de faire en sorte que ce soit utile, enlever du souci et du stress, apporter du bonheur de voir le travail avancer. C’est un nouveau paradigme, la confiance.

Aidez-moi à vous libérer de cette finance féroce, de la mondialisation financière ! La France est une petite embarcation sur la mer démontée de cette mondialisation financière, qui a pris nos entreprises en otages.

Un emploi qui vous plaît, quel bonheur de le poursuivre, de le transmettre… Quel bonheur de transmettre à son fils ou à sa fille, une entreprise… Qu’est-ce qui va le permettre, dans cette révolution de la « digitalisation » de l’économie ?

Accompagner le passage au « digital » de nos entreprises, des services publics, c’est déjà le retour de l’homme bienveillant. C’est de la proximité.

Lassalle_MEDEF.png

Je pense que ça passe par un grand projet d’instruction publique et de transmission du savoir, en s’inspirant de ce que fit Ferry à la fin du XIXème, un formidable exploit. Je veux apprendre aux jeunes à parler, à se servir d’internet et pas à le subir.

Voir les élèves qui ont la capacité de concentration de long terme, les futurs Eiffel ; ceux qui ont le génie de la main, ils reconstruiront nos campagnes ; ceux qui ont le coup de crayon, ceux qui ont le pas de danse, celui qui est un peu dyslexique…

Que tous les Français qui auraient du travail dans les entreprises s’ils étaient formés, le soient.

C’est essentiel d’avoir des structures qui forment, des lycées professionnels très tôt, que celui qui prendra un apprenti le prenne le cœur léger, en se disant qu’il a en face de lui quelqu’un qui pourrait être son fils, et qui va se passionner, à qui il rêvera de transmettre, et ils vont devenir complices.

Je veux un pays où l’homme retrouve l’homme.

L’âge de la retraite, je n’ai pas envie de vous emmerder avec ça ! On part quand on a envie de partir — sauf les métiers extrêmement pénibles : si j’avais pu mettre mon père à la retraite, je l’aurais fait.

Il faut redonner le goût du travail : quand on a appris à boire, à manger, à faire l’amour, travailler c’est le complément nécessaire !

La France est à la croisée des chemins, comme l’Europe et l’ensemble du monde. Si vous savons redonner confiance par l’écoute et la complicité, nous allons réveiller ce bon vieux génie français. Sans être franchouillard, je sais que la France et l’entreprise ont une nouvelle grande page d’histoire à écrire !

jeudi 26 mai 2016

Loi travail : couper les branches mortes, restaurer la hiérarchie des normes

Le gouvernement semble avoir été surpris par l'offensive générale de la CGT. C'est pourtant bien la CGT, et FO, que cible la dernière version de la "loi Travail".

Tout ce qui reste en effet de son dispositif initial, c'est le fameux article 2 (ainsi que la baisse de la rémunération des heures supplémentaires). L'article 2 dit que les entreprises n'auront plus à respecter les "conventions collectives" signées au niveau des "branches professionnelles" : celle des banques, celle de la "métallurgie" avec l'automobile, etc. Un accord entre la direction de l'entreprise et les syndicats, ou un référendum d'entreprise, auront plus de poids que les accords de branche. Cela servira surtout aux grandes entreprises avec représentation syndicale.

Aujourd'hui les syndicats vivent d'un financement public massif. Leurs adhérents sont essentiellement les fonctionnaires dont ils encadrent la carrière, l'avancement, face à la complexité des statuts et à la faiblesse des employeurs publics.

Les syndicats parviennent néanmoins toujours à "défendre les acquis sociaux" dans les secteurs économiques privés, grâce aux "accords de branche" qu'ils négocient avec les syndicats patronaux. Beaucoup de salariés du privé — j'en juge d'après des discussions dans les trains bondés les jours de grève — se sont habitués à être défendus par procuration, par les grèves et blocages des agents publics ou de quelques secteurs stratégiques. Mais faire grève soi-même, dans le privé ? La simple idée fait écarquiller les yeux.

La Loi travail laisserait donc les patrons d'entreprise face à des salariés habitués, depuis des décennies, à ne plus défendre eux-mêmes, collectivement, leurs conditions de travail, leur temps de travail, leurs emplois.

J'en vois bien le danger ! D'autant que je travaille en start-up, un type d'entreprise où les mots de syndicat, de comité d'entreprise ou… de temps de travail, sans parler de chèques-vacances ou je ne sais quoi, sont moins employés que du chinois. Ce sont des "entreprises libérées" au sens où on ne s'y assied pas pour négocier, pour des réunions, pour travailler sur le travail : on y travaille tout court. Les salariés comme les dirigeants ont pour obsession l'accomplissement des projets, pour la survie et la percée de l'entreprise, et n'ont guère de cellules grises disponibles pour la règlementation sociale. Heureusement qu'il y a des règles ! Et pour les négocier, heureusement qu'il y a des spécialistes du travail et du droit. Comme les syndicats, de travailleurs et d'employeurs.

C'est là que le bât blesse : où sont ces spécialistes ? où sont les négociations ? Dans des "branches" qui représentent l'économie d'il y a 70 ans.

Cette situation paralyse l'économie française, et ne protègent les acquis que d'une minorité de salariés anciens. La cogestion d'EDF par le corps des Mines et la CGT depuis l'après-guerre a produit, après de grands succès, le monstre archaïque et surendetté d'aujourd'hui. La mainmise de la CGT sur les ports français a ouvert des boulevards, depuis les années 70, à Anvers et Rotterdam, et aux norias de camions qui nous approvisionnement de l'étranger. Depuis les années 80, les industries automobiles, et d'autres, ont renoncé à embaucher des ouvriers, pour éviter les conventions collectives, et surpayent des intérimaires, la France est ainsi devenue le paradis de l'intérim et de la précarité. Depuis la même époque, toujours pour éviter la CGT, les imprimeries se sont massivement robotisées, alors que dans les autres pays, elles restent de grands employeurs. Les conventions collectives de la banque et de l'assurance ont fait naître un autre monstre typiquement français, les "SSII" parfois appelées "cabinets de conseil" ou plus modestement "prestataires", qui leur fournissent à prix d'or des informaticiens sous-payés par rapport aux employés de banque. Quant aux start-up, quels syndicats de travailleurs ou de patrons ont élaboré des règles efficaces dans notre type d'activités ?

Bref, la protection des "acquis sociaux des branches" a fini par dévoyer l'organisation du travail et de l'économie française… sauf dans les branches où les syndicats sont faiblissimes, comme dans la grande distribution ou l'hôtellerie-restauration, fleurons de notre économie devenus aussi les emblèmes de l'exploitation capitaliste.

Pour couper les branches mortes et rouvrir la voie au développement économique, le gouvernement veut donner la priorité aux accords d'entreprise, inverser la hiérarchie des normes.

Je crois qu'il faudrait faire juste l'inverse. Re-hiérarchiser les normes. Légiférer au niveau du pays. Laisser tomber les branches mortes — d'autres pousseront demain.

Protéger l'ensemble des salariés, et donner des règles saines à l'ensemble des entreprises. Ouvrir la voie à la transformation numérique dans tout le tissu économique. Pour que la concurrence entre entreprises se fasse, non sur leur capacité à pressurer ou à exploiter, mais sur leur capacité à faire collaborer, innover et produire.

mercredi 21 octobre 2015

Oui, M. Juppé, le pays peut aller bien — mais alors, pourquoi l'enlisement ?

Alain Juppé, interrogé je ne sais où et cité par un journaliste twittos, nous dit que la France ne va pas bien, alors que ""Nous avons une jeunesse formidable ! Nous créons le plus d'entreprises et de start up en France !", et qu'au fond "La France a tous les atouts pour rebondir, on reste la 6ème puissance économique du monde !".

J'en profite, après que mon co-Engagé Bernard, aussi commentateur sur blog, ait cité Jacques Attali, pour vous demander votre avis sur l'état de notre économie. C'est-à-dire de la production en France.

La production demande du temps (le travail) et des moyens (le capital ; dans la consommation duquel sont comptées, ou devraient être comptées, les consommations de ressources naturelles).

Produire efficacement, c’est combiner effectivement ces ressources, le temps et les moyens. La capacité de travail, et le capital. Il faut que ces ressources existent, et il faut qu’elles se combinent bien.

En France, elles existent. Le capital surabonde. Les ressources naturelles sont à prix cassé. Les capacités de travail, de contribution productive, des gens de 16 à 65 ans, est inégalé.

Donc, elles se combinent mal. Dit autrement : le capital, et les capacités de travail, ne sont pas employés efficacement.

C'est particulièrement frappant pour les jeunes générations. Elles manifestent :

  • un engagement dans la vie professionnelle, et dans la société, sans doute plus élevé que jamais,
  • une compétence technique sur les outils de travail actuels qui est considérée comme élevée en France — « ces ingénieurs qu’on nous envie », « nos développeurs de jeux vidéo », « les footballeurs qu’on exporte »…
  • une grande compétence sociale pour utiliser ensemble leurs capacités : à l’oeuvre dans des associations et créations culturelles de tous types, dans le covoiturage ou AirBnB,

bref ils savent y faire, et ils savent y faire ensemble, avec le monde actuel.

Il me semble que la jeunesse française, même les 18-30 ans, n’ont jamais été aussi bien dans leurs pompes depuis les années 62-64.

Comment peut-il se faire que ça ne suffise pas à relever le pays ?

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