Toute la France politique vire à l'anti-UMPisme : le Front National a fait un grand pas vers la lepénisation des esprits ; la gauche, sans la moindre vague d'intérêt en sa faveur, augmente encore son quasi-monopole sur les collectivités locales françaises ; les Verts poursuivent leur minivague en doublant leurs nombres d'élus comme de voix ; le MoDem triple carrément, dit-il, son nombre d'élus ; la droite sombre dans le ridicule et la division.
Toute ? Non. L'UMP gagne un département, le nôtre, le Val d'Oise.
Pourtant, des succès PS vers Auvers et Herblay-la Frette avaient compensé la reprise, par la droite, de deux villes de la vallée de Montmorency où elle était largement favorite, Sannois et Franconville.
Mais, selon voNews, "c’est à Argenteuil que s’est jouée la couleur politique du Conseil général du Val-d’Oise" : l'UMP y a gagné "les deux cantons..., qui avaient pourtant voté 60 % à gauche aux dernières régionales", ainsi qu'aux cantonales de 2004 : l'UMP y progresse ainsi d'environ 12 points par rapport au précédent scrutin !
Chez nous, le Front National a peut-être fait un pas vers la lepénisation des esprits, mais ne s'est pas qualifié pour le second tour, et pourtant les électeurs sont revenus voter aussi nombreux ; la gauche, malgré tout le barouf qu'elle a fait, a perdu en 18 mois (automne 2009 et printemps 2011) la totalité des 3 cantons ; les Verts, qui avaient rallié le PS au niveau départemental en échange du canton jugé acquis d'Argenteuil-Nord, repartent bredouilles et divisés ; le MoDem est passé très loin de tous les seconds tours et restera absent du Conseil Général ; le trio aux commandes de la municipalité UMP précédente est maintenant un trio de conseillers généraux qui affichent avec fierté leur unité.
Nul doute : tous les états-majors vont maintenant nous envoyer leurs drones pour comprendre le phénomène : comment "le canton jugé le plus à gauche du Val-d’Oise", selon voNews, a-t-il pu élire un UMP — et un UMP très à droite, de peine de mort en Malodore — "avec 54 %" des suffrages ?
De bons éléments d'explication dans voNews toujours :
« Ce qui pèse sur Argenteuil, à gauche, ce sont les augmentations d’impôts » - Dominique Lefebvre, premier secrétaire fédéral du PS 95. (J'ajouterais : et le fait qu'elles aient lourdement trahi l'engagement du candidat PS devenu Maire).
« Le maire a tout fait pour démobiliser la gauche. Quand on retire des délégations au groupe municipal communiste, quand on ne respecte pas sa majorité, on peut avoir des situations de ce type ». Jean-Michel Ruiz, secrétaire départemental du PCF. (J'ajouterais : et surtout, quand on ne respecte pas son opposition, cela nourrit les rancunes et la mobilisation contre vous).
« La gauche paye au prix très fort ses divisions, ses rivalités stériles … Empêtrés dans nos querelles locales, nous n’avons pas réussi à mobiliser notre base » - Didier Arnal, président sortant PS du Conseil général. (Oui, mais à qui la faute si ça fait 20 ans que la gauche argenteuillaise s'auto-détruit et que la ville en fait les frais ?).
« Nous nous sommes concentrés sur les enjeux locaux quand le PS faisait campagne sur des thèmes nationaux » - Arnaud Bazin, président du groupe UVO, probable futur président du Conseil général.
Enjeu local ? On pourrait même dire revendication localiste, dans le canton Nord : toute la campagne de son candidat Georges Mothron était axée sur le "parachutage" de son adversaire Michel Vampouille, réputé venir d'Auvers-sur-Oise[1]. L'argument avait déjà réussi à Georges Mothron en 2007, contre le "Parisien" Faouzi Lamdaoui aux législatives. Et une rumeur similaire a couru le canton Ouest, soupçonnant le candidat PS d'habiter à plusieurs kilomètres de chez nous.
"Argenteuil aux Argenteuillais" : voilà un axe de campagne que je propose gratuitement aux états-majors de l'UMP et autres partis intéressés !
Mais attention, ça risque de ne pas suffire : les candidats battus à plate couture au premier tour dans les deux cantons étaient tous bien Argenteuillais à ma connaissance[2] ; et les inconnus du FN n'ont pas eu besoin de la moindre implantation pour rassembler 17 et 18% des suffrages.
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