Argenteuillais démocrate… sans frontière

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Tag - Institutions-Élections

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vendredi 23 mars 2018

Comment peut-on être démocrate en France ?

Un ami-Facebook trouve "ahurissante… la quantité de gens qui restent inconditionnels" de Nicolas Sarkozy : "cela interroge sérieusement sur les fondements de la Démocratie".

Effectivement, je lis ça aussi, au moins en filigrane, dans des discussions sur le résultat de l'élection de 2007 : des participants me semblent éviter la question "est-ce que le peuple a pu se prononcer sans être trompé ?" pour lui préférer la question "est-ce que le quinquennat aurait été meilleur ou pire avec Ségolène Royal ou François Bayrou ?". L'élection semble moins importante que le nom du chef de l'État.

J'ai lu aussi Nicolas Sarkozy expliquer par le passé (je ne retrouve pas de lien) qu'il est "démocrate" au sens où il respecte les résultats de l'élection. Mais après, sur sa conception de "qu'est-ce qu'on a le droit de faire pour gagner une élection", les témoignages de ses (anciens ?) amis abondent…

Pour moi, ça rappelle le Tour de France cycliste, et le raisonnement : "Si tu veux gagner, il faut bien faire ce qu'il faut, c'est comme ça".

Cela rejoint une composante profonde de la culture française : le monarchisme électoral. Dans cette vision, il faut un souverain effectif donc absolu (= non soumis aux lois) ; et, toujours dans cette vision, l'apport de la Révolution, c'est la possibilité pour le peuple de changer ce souverain. Que cette possibilité s'exerce de telle ou telle façon, soit sans biais, soit pacifique, etc., c'est, dans cette vision, secondaire : il faut bien un chef ! Que l'élection puisse être un processus équitable, ce serait une croyance de "bisounours" ! Bien sûr que les gens proches du pouvoir, notamment ceux qui le détiennent, feront tout pour y rester, et ont des moyens d'influencer le peuple ; sinon, quel serait leur pouvoir ?

Par association d'idées : dans les associations, pour changer un Président ou un bureau sortant, il faut souvent dans les faits réunir 60 ou 65% des adhérents qui s'exprimeront : 50,01% ne suffisent pas (tellement les sortants peuvent aisément avoir des procurations, truquer un poil le vote etc.). Ça fait partie de ce que la culture commune tolère.

Et il y a quelque chose de juste là-dedans.

Le vote n'est que l'un des outils de la démocratie.

La transparence, l'état de droit, le respect mutuel, la recherche de consensus, le respect des faits, etc., en sont d'autres tout aussi importants.

Malheureusement, le "monarchisme électoral" tend à en sous-estimer la valeur.

Il embrouille la description des faits, attaque ou corrompt les magistrats, désigne des boucs émissaires, pratique le "winner takes all", ridiculise les consensus scientifiques. Ce sont autant de points qui m'éloignent de Nicolas Sarkozy ;-)

Quoi qu'il ait réagi à l'élection de Donald Trump en soulignant que "La démocratie, c’est l’écoute des peuples." Un point pour lui. J'espère qu'il tirera les conséquences des scandales des fake news russes et de Cambridge Analytica, et dira quelque chose comme : "La démocratie, c’est l’écoute des peuples ; les assourdir, c'est l'inverse. Trump doit démissionner."


Les habitué·e·s de ce blog reconnaîtront un vieux sujet sur lequel je radote ;-)

mercredi 21 mars 2018

Le vote volé par l'argent

Dans l'affaire du financement de la campagne Sarkozy 2007, le risque de corruption est certes préoccupant, la collusion avec un dictateur est désolante.

Mais c'est bien pire.



C'est le vote démocratique qui a été perverti.

Ces 5 ou 6,5 ou 50 millions d'argent clandestin, à qui sont-ils allés ? Pour influencer la campagne de quelle façon ?

Ce ne sont pas les 50 ou 200 € touchés par quelques dizaines de permanents UMP, qui ont pu consommer ne serait-ce qu'1% de cette somme. Où sont les 99% ?

S'il s'agissait d'un autre pays, les États-Unis par exemple, ne serions-nous pas catastrophés pour leur démocratie ? N'encouragerions-nous pas leurs citoyens à descendre dans la rue et à réclamer que les résultats d'un vote aussi largement faussé, soient annulés ?

Il me semble évident qu'un budget clandestin de l'ordre de 25% en plus, peut suffire à gagner 2% des voix.

  • Parce que cela permet de faire des plus gros meetings, qui sont plus répercutés dans les médias, et donnent à l'électeur l'impression que l'enthousiasme est dans votre camp, que vous avez du "charisme".
  • Ou parce que ça permet de faire du marketing ciblé auprès des hésitants.
  • Ou parce que ça permet de brosser les médias dans le sens du poil, et d'obtenir que le visage du candidat présenté au public soit plus avenant ;
  • etc.

Exemple plus récent : combien je rencontre de gens qui me disent "j'aurais bien voté (en 2017) pour Jean Lassalle, mais je ne savais pas très bien ce qu'il pensait" ou "mais je n'ai entendu parler de lui qu'à la fin" ou "je comprenais mal ce qu'il disait", etc. ; ça me semble plausible qu'en multipliant son budget de campagne par 20, avec 5,2 M€ au lieu de 250 k€, il aurait eu une chance de se faire connaître (du grand public) avant les 4 dernières semaines, et d'obtenir, par exemple, 3,2% des voix au lieu de 1,2%. Pas certain, mais très très plausible.

Si l'argent n'avait aucun effet sur les choix des gens, les écrans de pub disparaîtraient, le placement de produits dans les films aussi, le sponsoring pareil, et les médias souffriraient.

En démocratie, l'électeur est souverain. Nous sommes souverains. Mais ceux qui ont le pouvoir de décider de l'information que l'électeur recevra pour se prononcer, ceux qui choisissent qui ils nous montrent et qui ils nous cachent, ne sont-ils pas plus souverains encore ?


Sur le même sujet : Le temps du choix, et les contretemps du non-choix ; Mon voeu pour 2017 : Président Lassalle ; Bygmalion, Lavrilleux, Millot, de Carolis, Sarkozy et moi ; Publier les résultats bruts des sondages.

vendredi 9 mars 2018

Prise de pouvoir à la Commission européenne : un eurocrate qui s'envole, comme une pomme qui tombe, montrent où sont les forces

La promotion express de Martin Selmayr au poste de n°2 européen, avec trucage de la série de procédures prévues, révélée par Jean Quatremer, c'est peut-être un détail pour vous. Ça restera peut-être aussi ignoré que l'écrasement, en France, du droit de pétition, par une institution complice de l'exécutif de l'époque. Mais pour moi ça veut dire beaucoup, ça veut dire que l'Europe institutionnelle n'a plus de signification.

Deux promotions en moins d’une minute, un record du monde. Le tout à la stupéfaction des commissaires qui n’ont pas été mis dans la confidence, y compris Günther Oettinger, le commissaire chargé des ressources humaines. Mais courageusement, personne n’a moufté et tout le monde a validé ce joli « golpe ».

Ce qui est effrayant pour un non-initié à la mécanique européenne (même si j'ai eu plusieurs missions dans l'environnement de la Commission comme évaluateur); c'est le niveau de détail de règles…

le statut exige au minimum deux ans dans un grade, la moyenne étant en réalité de 3 à 5 ans. Or, en 2014, (M. Selmayr) est déjà AD 12, le maximum possible vu sa date d’entrée, ce qui est déjà un exploit sans précédent. Barroso et Reding lui donneront alors un coup de pouce en le propulsant AD14 et directeur, ce qui lui ouvre les portes du secrétariat général … comme chef de cabinet, il bénéficie d’un grade AD15 temporaire (jusqu’à 17.000 euros), grade qu’il se fera attribuer à titre permanent en 2017 … (Mais) comment Selmayr a-t-il pu être nommé secrétaire général alors qu’il n’avait pas la fonction suffisante (qui doit être séparée du grade qui détermine la rémunération) : il faut au minimum être directeur général adjoint (DGA) ou directeur général (DG)…

… un niveau de détail qui ne laisse deviner aucune autre justification… que celle de constituer un système à base de règles. Un système régi par sa "base légale".

"Le Parlement n'y peut rien" comme l'écrit gentiment, et pour s'en réjouir, un spécialiste de celui-ci[1].

D'un point de vue démocrate (le mien en l'occurrence) : c'est une horreur, une raison suffisante de rebâtir la politique européenne depuis les fondations.

Du point de vue de qui croit plus à l'état de droit qu'à la démocratie, ou qui voit dans l'Europe bureaucratique un rempart indispensable contre les démagogies électorales nationales : c'est une horreur, puisque l'ambition, la vitesse d'exécution et quelques relations bien placées suffisent à prendre le pouvoir effectif : les règles démontrent leur incapacité à se défendre elles-mêmes, à se défendre sans gardiens.

Comment peuvent-elles alors nous protéger, et contre quelles démagogies nationales ?

Mardi dernier, dans une conférence sur l'intelligence artificielle, Léon Bottou prenait l'exemple de la pomme de Newton. La force de gravitation s'exerce en permanence. Mais sur 15 millions de photos prises au hasard, ou de vidéos de quelques secondes, combien d'objets en chute libre verticale avez-vous une chance de voir ? Un ? Dix ? En tout cas, les moteurs d'intelligence artificielle qui veulent donner le bon résultat en moyenne, et qui voient sur la plupart des photos le sol terrestre et d'autres objets, seront incapables d'imaginer qu'une force puissante tire ces objets vers le sol. La pomme qu'ils verraient sur une image, ils la traiteraient en anecdote, en point aberrant, probablement explicable par la présence, hors cadre, d'un enfant farceur, voire anti-newtonien. Et pourtant. Si l'intelligence artificielle échoue, la compréhension humaine, elle, peut deviner à travers la chute libre de la pomme, ou l'ascension expresse de Martin Selmayr, la direction des forces qui gouvernent tout le système.

Notes

[1] Discussion Facebook sur un post de Jean Quatremer.

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