Argenteuillais démocrate… sans frontière

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Tag - Partis-Candidats

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mardi 4 juin 2019

Qui a voté quoi

Beaucoup d'oppositions, aucune alternative constituée.

La France un peu comme en Allemagne ou au Royaume-Uni !

Voilà ce qui m'a frappé dans l'enquête post-électorale Ifop sur les motivations du vote :

1. Parmi les votants Mélenchon 2017 qui se sont abstenus cette fois, 37% "ne connaissaient pas les listes et candidats", 34% "ne voyaient pas de différence entre les projets" (p.15).

2. Les listes socialiste et Génération·s sont à égalité chez les 25-64 ans. Mais Génération·s n'a pas d'électeurs de plus de 65 ans parmi les sondés (et apparemment peu de moins de 25 ans). Le PCF aussi a perdu son électorat âgé. (p. 23)

3. Les électeurs de Génération·s sont Bac++.
Niveau de vie : les électeurs de France Insoumise ont un niveau de vie "moyen inférieur" à "pauvre".
Type de villes : le parti socialiste atteint 12% dans les (petites) "villes isolées". (p. 23)

4. Les deux — seuls — électorats nettement différenciés par niveau de vie sont ceux

  • de En Marche (36% chez les riches, 10% chez les pauvres)
  • et du RN (35% chez les pauvres, 11% chez les riches). (pp. 24-25)

5. Les électeurs EELV sont des électrices, ceux du RN sont des électeurs.
En Marche obtient 17% des voix chez les moins de 65 ans, 33% chez les plus de 65 ans. Le double. Presque comme Les Républicains (5 à 6% avant 65 ans, 14% au-delà). (pp. 24-25)

6. Les personnes les plus "Gilets Jaunes" semblent encore plus surreprésentées parmi les électeurs/trices de Lutte Ouvrière, du PCF, de France Insoumise (25% de leurs voix au total), que parmi ceux du RN (38%, chiffre bien répercuté dans les médias). (pp. 26 à 28.)

7. 36% des votants (bien plus qu'en 2014 ou 2017) disent qu'ils "ont toujours su pour qui (ils allaient) voter".
C'est plus le cas parmi personnes âgées (42%) et votants RN (60%).
Mais pas du tout parmi les votants EELV, Debout la France, PS (15 à 19%). (pp. 32-33)

8. 14% des votants disent avoir voulu "soutenir" le Président ou le gouvernement (et presque tous ceux-ci ont voté En Marche),
38% le "sanctionner".
Ce degré de soutien, certes minime, était encore plus faible en 2014, quinquennat Hollande (9% contre 36%). (pp. 41-42)

9. 15% des votants disent avoir voulu dire leur "accord sur la manière dont est dirigée l'Union européenne", 49% leur "désaccord". Ce degré de désaccord, certes très fort, était encore plus élevé en 2014 (12% accord, 56% désaccord). (p. 45)

10. Les "accord(s) sur la manière dont est dirigée l'UE" sont très minoritaires dans chacune des catégories socio-démographiques (pic : 23% chez les 18-24 ans),
et minoritaires dans tous les électorats (pic : 38% pour les votants En Marche, 11% en désaccord, 51% neutres).

11. Motivations + exprimées par les votants :

  • France Insoumise : salaires, santé, chômage.
  • Parti socialiste : anti-racisme et discrim..
  • EELV : environnement 🌳.
  • En Marche : construction européenne.
  • Les Républicains, Debout la France, RN: terrorisme, immigration, délinquance. (p. 50)

12. Les électorats des 7 premières listes souhaitaient un changement de 1er ministre, sauf celui de En Marche…
… et celui des Républicains, qui se contenterait d'un remaniement (à 55%). Ligne Pécresse ! (p. 77[1])

Une façon de totaliser les votes :

  • nationalistes 29%
  • européistes 25%
  • gauche 19% (dont PS)
  • écologistes 17,5% (dont animalistes)
  • droite 8,5%
  • gilets jaunes 0,5%
  • autres 0,5%

Quelle coalition possible pour une majorité nationale cohérente ? Je ne vois pas.

Notes

[1] La synthèse faite par l'IFOP est à partir de la page 82 du document.

lundi 16 avril 2018

S'il faut localiser notre Président sur l'échiquier politique

Art Goldhammer relevait la démission d'Alain Juppé du parti LR :

Et pourquoi pas ? Le Macronisme est à toutes fins utiles le Juppéisme. … Voilà le centre-droit juppéiste instauré au pouvoir sous un drapeau de centre-gauche. Certains … voient la “source” du macronisme dans l’échec de la tendance recentrante à gauche représentée auparavant par un Michel Rocard ou un Dominique Strauss-Kahn. (Mais) Macron n’a pas de racines dans la gauche traditionnelle. … Macron serait donc un centriste décomplexé, qui est peut-être une façon de dire un homme de droite.

Je rejoins la première phrase ; mais Emmanuel Macron me semble bien s'inscrire dans une des traditions du centre français.

S'il y a en France "trois droites" et sept cent trois gauches, nous avons au strict minimum deux centres.

Le "populaire", rural, plus proche des frontières que de Paris, catholique, le parti des curés de campagne, de l'Action catholique des années 1920 à 50, du "bas clergé" de 1789.

Toujours prêt à soutenir les pauvres, sans peur du lumpen-proletariat, toujours inquiet pourtant des révolutions, des violences, des dictatures. Ce centre avait presque disparu dans la laïcisation des années 70, et la radicalisation de l'opposition entre le "monde libre" et les dictatures du "socialisme réel". Il s'était noyé dans la droite. François Bayrou a tenté de le ressusciter, en y agrégeant les nombreux "déçus du socialisme", le nouveau "bas[1] clergé" du monde laïc : enseignants, artistes, travailleurs indépendants, pionniers de l'internet. La coalition n'a pas pris. Jean Lassalle en représente aujourd'hui, je crois, la composante la plus outsider, il exprime le plus strictement l'exigence que les "systèmes" se mettent au service des personnes, de "ceux qui aiment tellement leur territoire qu'ils ont choisi d'y vivre".

Le "marais" ou parti "opportuniste", encore appelés aujourd'hui "girondins", parti bourgeois.

Demandeur de continuité dans l'environnement des affaires, inquiet lui aussi des tensions politiques, des oppositions et des "hommes forts" aux impulsions destructrices. Parti aussi bien représenté dans les grandes villes de province qu'à Paris. Lieu de rencontre entre milieux d'affaires de différentes origines religieuses ou ethniques. Libéral dans le discours, libéral quant aux moeurs, étatique en matière économique, car après tout, tous les acteurs en France sont demandeurs d'un Etat omniprésent. Demandeur de consensus entre gens raisonnables. Capable de gérer des villes et des régions d'une main bienveillante et paternaliste. Valéry Giscard d'Estaing et Edouard Balladur, Jean-Pierre Raffarin, Alain Juppé de retour du Canada, ont bien représenté ce courant.

Le point d'accord entre les deux est étroit : la croyance en "l'Europe", espace de régulation économique stable qui échapperait aux à-coups des alternances politiques nationales. Le mantra de la "décentralisation" aussi… qui est, dans le cas du centre d'affaires, une décentralisation purement gestionnaire, sans reconnaissance d'identités locales. Ou alors, des identités habilement camouflées quand on s'adresse à Paris (l'exemple alsacien, quand Philippe Richert accepte même de fondre l'Alsace dans un "Grand Est" artificiel).

Emmanuel Macron me semble retrouver les soutiens, les choix et les mots de cette seconde composante du centre français.

Notes

[1] Précision ajoutée, 24 avril 2018.

dimanche 11 février 2018

Chez la Lutte ouvrière

Notre camarade de comité Jean Vilar Dominique Mariette m'ayant invité[1] au banquet de LO ce samedi à Bezons, j'ai eu l'occasion d'y participer pour la première fois.

Pendant la campagne présidentielle, quand Nathalie Arthaud était venue tenir meeting à Jean Vilar, je m'y également rendu, comme conseiller municipal, et comme membre d'une équipe de campagne engagée dans la même compétition.

J'avais été impressionné par l'implication des participants et par l'atmosphère de camaraderie, au sens de : à la fois amicale et exigeante. J'avais été frappé aussi par l'ambition intellectuelle du parti. Sa volonté d'expliquer la marche du monde, de retendre le fil entre la révolution d'Octobre 1917 et un présent qui y ressemble de moins en moins. J'avais été surpris de me trouver d'accord avec la plus grande partie du discours de Nathalie Arthaud, son analyse de la situation politico-économique du moment, et beaucoup de ses propositions pour le court terme. Évidemment, ça se gâtait quand la candidate embrayait sur le futur : pour LO, l'élection n'est qu'une occasion de communiquer, de rallier des partisans en vue d'une future révolution ouvrière, par laquelle le "camp des travailleurs" mettra fin au capitalisme et instaurera… euh… c'était encore moins clair pour moi. J'avais été saluer la candidate et lui dire mon accord à 90% ; fine mouche, elle m'a demandé si les 10% étaient sur l'essentiel. J'ai répondu être en désaccord avec "Du passé faisons table rase", l'un des vers de l'Internationale chantée en conclusion. S'il y a quelque chose que l'on apprend chez Jean Lassalle, c'est l'importance des rythmes multiples de la vie humaine, de la vie de l'humanité. L'importance de sentir monter l'orage, sentir pointer l'éclosion du printemps.

À vrai dire, j'avais un autre désaccord, sur l'idée de camp des travailleurs. Ou alors il faut l'étendre à toute l'humanité, y compris au paysan retraité qui possède toujours son champ (un capitaliste donc), et au cadre dirigeant de multinationale (parce qu'il faut bien des travailleurs dirigeants) : et alors la logique de camp contre camp est difficile à saisir. Tout travailleur que je sois, je me sens d'abord démocrate, believing in each other, plutôt que partisan d'un camp ou d'une classe.

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Hier, j'ai retrouvé le même accueil et la même logique, en mode plus détendu. L'organisation de la fête était impeccable, ailleurs on aurait dit quasi-militaire.

Un exposé sur la révolution d'Octobre, devant les habituels panneaux racontant celle-ci, m'a permis de mieux comprendre le refrain des mouvements communistes (la LO comme le NPA et d'autres) sur la nécessité de construire un grand parti communiste révolutionnaire, bien au-delà des limites actuelles du mouvement qui le revendique.

Je m'étais toujours posé deux questions : primo, s'ils tiennent tant à grandir, pourquoi ne pas commencer par se réunir entre eux ? deuzio, un parti à l'ancienne, est-ce bien aujourd'hui ce qui secouera la société et fera advenir une révolution ?

Les panneaux et l'exposé m'ont éclairé : LO n'espère pas que le parti fasse la révolution. Pour LO, la révolution est comme un tremblement de terre, un événement extérieur imprévisible, "trois semaines avant, personne ne s'y attend". Mais les révolutions échouent — comme celles de Hongrie et d'Allemagne en 1917-18 — s'il n'y a pas un parti suffisamment structuré pour… euh, pour… sans doute pour noyauter, cadrer, donner forme au nouveau pouvoir, mobiliser les citoyens contre la riposte, inévitablement puissante, des pouvoirs capitalistes.

La bisbille irréconciliable entre partis d'extrême-gauche en découle logiquement : personne ne s'engage à entrer, le Grand Soir venu, dans le cadre défini par l'autre ; et comme le Grand Soir est imprévisible, il est probablement pour dans longtemps, donc ce serait très risqué de se lier les mains dès maintenant.

À l'arrivée, ça donne à la fois une grosse discipline interne, et une grande bienveillance à l'égard de qui n'est pas LO.

D'autant que, si la survenue de la Révolution est imprévisible, la doctrine est claire sur ce qui lui prépare le terrain : ce sont les luttes. Pour lesquelles LO est toujours prête à participer. Et le démocrate, comme le membre du comité Jean Vilar, s'en réjouit fort !

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Sur des thèmes similaires sur ce blog : Dimanche à Argenteuil-Bezons, ça vaut la peine d'aller voter ; Christine Boutin à Argenteuil ; Contre le nationalisme, et contre les clichés faciles ; Le courage de se mettre en marche

Notes

[1] L'événement était ouvert à tout le monde ! Mais c'est vraiment une invitation, parce que la participation aux frais est minime par rapport au coût d'organisation d'un tel événement.

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