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Tag - Partis-Candidats

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dimanche 21 mai 2017

René Dosière contre les scandales du financement politique

Un Robin des bois n'a jamais raccroché son carquois. Le député René Dosière ne se représentera pas, malgré un parcours exemplaire, au long duquel il a souvent trouvé contre lui son propre parti… sans jamais s'écraser. Il a dû trouver qu'à 75 ans, la retraite était méritée ; soit ; mais le renouvellement a aussi besoin de personnes persévérantes, au-delà des engagements soudains et des reclassements même légitimes.

René Dosière fait la synthèse de ses engagements de 25 ans dans un courrier au garde des Sceaux, François Bayrou :

Je reprends globalement, dans ce projet, toutes les mesures sur lesquelles j’ai travaillé pendant des années. Je les veux inspirantes.

Mon petit avis de padawan sur ces nombreuses propositions.

2. Obligation pour tout candidat d’avoir un casier judiciaire vierge et d’obtenir un quitus fiscal pour tout élu

Excellente idée, d'ajouter au casier judiciaire le quitus fiscal.

3. Limitation du cumul des mandats dans le temps

« La durée parfois excessive dans l’exercice des mandats … entraîne la constitution de “fiefs” locaux qui favorisent les pratiques clientélistes. » René Dosière propose de limiter à trois le nombre des mandats parlementaires successifs, et à deux le nombre de fonctions exécutives successives dans une même collectivité.

J'étais plutôt opposé à cette limitation, trouvant que les électeurs ont bien le droit de préférer le même maire trois fois de suite. Mais, devant l'étendue du favoritisme politique local pour attribuer des emplois publics ou des logements HLM, je ne peux que donner raison à René Dosière.

4. Moralisation du cumul des indemnités

Les indemnités cumulées d’un élu sont plafonnées à 1,5 fois l’indemnité parlementaire de base : 8400 euros. René Dosière suggère d’abaisser ce plafond au niveau de l’indemnité parlementaire : à 5600 euros. Les parlementaires qui continueraient à siéger dans d'autres conseils n'y percevraient donc aucune indemnité.

J'ignore si c'est indispensable : plus on restreint les revenus des élus, plus on limite les candidatures aux personnes déjà (très) riches. L'essentiel à mon avis est de considérer toutes les indemnités parlementaires comme des revenus, déclarés et imposés (sauf les frais, déclarés, justificatifs à l'appui).

5. Interdiction du métier de conseil à un parlementaire, sauf s'il est avocat

… mais justement ce sont les "avocats qui ne plaident jamais" (Sarkozy, Villepin…) qui encaissent des millions de grandes sociétés privées ou gouvernements étrangers… Il me semblerait plus efficace d'exiger que tout parlementaire publie la totalité de ses contrats pendant sa campagne et son mandat : client, objet, montant ; qu'il ait d'ailleurs un statut d'indépendant ou de salarié. Faisons, pour qui veut être législateur, cette exception au secret des affaires.

Pour moi, le pire problème est le "métier d'élu" : la personne, une fois battue, ne trouve d'emploi que dans le lobbying… Peut-être devrait-on limiter les candidatures aux personnes ayant une expérience professionnelle dans autre chose que le secteur politique et administratif !

6. Suppression de la « réserve parlementaire »

Bien sûr.

7. La transparence imposée au président de la République

Déclaration de patrimoine étendue au conjoint : cela aurait évité la situation très étrange de l'actuel Président, avec son million d'euros disparu d'une année sur l'autre.

8. Une moindre rémunération pour les anciens présidents

Mettre fin à la présence de droit (et à vie) des anciens présidents de la République au Conseil constitutionnel : certes. Ils seraient plus utiles à la deuxième Assemblée, comme en Italie.

Fixer leur rémunération d’ancien président à 75 % de celle du président en exercice, la dotation d’ancien président datant de 1955 étant supprimée. Soit.

9. Interdiction des emplois familiaux

… comme collaborateurs parlementaires, membres de cabinets et (salariés de ?) groupes politiques des collectivités territoriales. Je comprends bien, mais pour moi, les scandales récents sont liés à des emplois vraisemblablement fictifs. Mieux vaudrait autoriser le travail en famille, comme chez les bergers, et contrôler la réalité du travail.

10. « Des ministres à temps plein »

Non-cumul de cette mission avec tout « mandat électoral » (pas seulement « une fonction exécutive locale »). Bon, le mandat pourrait être simplement suspendu, à mon sens ; comme actuellement le mandat de député. Ministre ça peut durer trois semaines, et conseiller municipal c'est un mandat de 6 ans…

11. Renforcement de la déontologie à l’Assemblée nationale

Les dons et cadeaux supérieurs à 150 euros seraient rendus publics, ainsi que les voyages à l’initiative de tiers, alors qu'aujourd’hui le député doit simplement les signaler au déontologue (!). Oui bien sûr. Ces emplois de "déontologue" chargé de délivrer une bonne conscience sans autre obligation, sont une fumisterie.

12. Instauration d’une « responsabilité financière des gestionnaires publics »

"La proposition de loi reprend les dispositions du projet de loi « portant réforme des juridictions financières », adopté en septembre 2010 par la commission des lois de l’Assemblée nationale mais resté inabouti. Celles-ci rendent passibles de la Cour des comptes les membres du gouvernement et les titulaires de fonctions exécutives locales ainsi que les membres de leurs cabinets « qui bénéficient aujourd’hui d’un régime d’irresponsabilité ». De ce fait, la Cour de discipline budgétaire et financière serait supprimée. En cas d’engagement d’une dépense en dehors des règles, une amende financière s’appliquerait, dont le montant maximal pourrait atteindre, selon le degré de gravité, entre la moitié et la totalité de la rémunération annuelle des personnes concernées."

TRÈS. BIEN.

Je conclus avec un petit désaccord sur le point 1 :

1. Encadrement du financement public des partis

La loi devrait surtout interdire aux banques de financer les partis à fonds perdus, comme elles le font actuellement. Les dons aux partis sont limités à quelques milliers d'euros, mais les prêts jamais remboursés sont illimités ! Les grands partis et les grands candidats aux présidentielles vivent donc en totale dépendance de banques (grandes ou petites, françaises ou russes…), et comment alors espérer mettre fin à leur mainmise sur l'économie ?

La loi pourrait par exemple assimiler à un don tout prêt sur plus d'une année (et le plafonner à quelques milliers d'euros) ; les banques ne pourraient alors prêter que moyennant une garantie équivalente.

Malheureusement, le plan de René Dosière leur laisse la porte ouverte : "tout prêt d’une personne physique ou morale (à l’exception des établissements de crédit) aux partis serait interdit, afin d’empêcher que soit contournée la législation sur le plafonnement des dons."

À ces petits désaccords près, bravo et merci au député Rosière pour cette intervention, et pour ses 25 ans de persévérance, avec quelques autres résistants, à contre-courant de la lâcheté générale.

mercredi 3 mai 2017

Contre le nationalisme, et contre les clichés faciles

Je vois fleurir sur Facebook (surtout) foule de messages qualifiant le FN de parti "fasciste" ou "nazi". J'ai tweeté que pour qualifier ainsi le FN, "il faut sans doute ne pas avoir de proches qui votent FN. Vivre dans une microbulle."

Cela m'a valu, sur Facebook, quelques dizaines de commentaires surtout réprobateurs, m'affirmant, de façon parfois argumentée, que je perdais le sens commun.

Mais pourquoi, au fond, cette routine de qualifier le FN de fasciste ou nazi ? Alors que historiquement et idéologiquement, c'est, pour le moins, douteux ?

Il me semble que c'est une façon de s'autoriser à le disqualifier à bon compte, sans autre forme de procès. Une façon de se dispenser de réfléchir, au profit d'un jugement moral.

Le diagnostic ainsi imposé conduit à considérer les électeurs, les militants, les élus etc., du FN, comme appartenant obligatoirement à l'une des trois catégories suivantes : a. naïfs trompés ; b. cyniques absolus ; c. fascistes et nazis.

Ce qui est factuellement faux ; vérifiez autour de vous, si vous en connaissez : certains au FN sont peut-être dans l'une ou l'autre de ces catégories, mais pas tous, et, à mon avis, pas la majorité.

La méthode est d'ailleurs biaisée, car, si des indices similaires conduisaient toujours à la même condamnation, pas mal de partis seraient disqualifiés de la même façon.

Or le FN est, de façon très claire historiquement et idéologiquement, un parti nationaliste. Ce qui est moralement accepté dans les sociétés européennes : notre continent compte un certain nombre de partis nationalistes. Il y en a même dans des régions françaises — des régions que leurs partisans considèrent comme des nations. Bien sûr, la morale de la "Corrèze plutôt que le Zambèze" choque certaines personnes, soit de culture religieuse, soit internationalistes athées, ou de quelques autres courants. Mais globalement ça passe.

Or le nationalisme est le chemin assuré de la fracturation sociale et de la ruine économique, en tout cas pour une société comme la nôtre.

Emmanuel Macron emploie d'ailleurs ce qualificatif de "nationaliste" pour désigner le FN, et là-dessus au moins je suis d'accord avec lui. Mais nous sommes peu suivis !

Comment se fait-il que la "droite républicaine", la "gauche", l'intelligentsia en général, ne prennent pas le FN sous cet angle idéologique ?

Mon hypothèse, certes pessimiste : parce qu'elles n'ont pas confiance dans le résultat d'un débat idéologique. Parce qu'elles doutent de leurs propres idées. Parce qu'elles craignent qu'au fond, beaucoup de gens ne soient d'accord avec la vision du monde nationaliste du FN.

Bon, pour les secondes qui viennent, rassurez-vous, visiteuses et visiteurs antinazis, antifascistes et antinationalistes : vous êtes sur un blog sans frontière. D'idéologie démocrate. Et fier d'être d'une Argenteuil où il fait bon vivre, construite, depuis des siècles, par les voyages et les passages.

Soyons fiers de ce que nous proposons au pays ! Ne nous dégradons pas nous-mêmes en insultant nos adversaires. Battons-les sur le terrain de la réalité, celui de la politique.


Un de ces amis-Facebook, par ailleurs syndicaliste éminent, explique le vote FN par de la "colère", comme d'ailleurs Emmanuel Macron le fait.

Je doute fort que le vote FN se limite à, ou s'explique par, de la "colère".

Je le comprends plutôt comme une appréciation, étayée et rodée avec le temps, d'employeurs (quelques millions de citoyens) sur certains de leurs employés (la classe politique), appréciation de type "incompétence, faiblesse, trahison au profit d'intérêts étrangers, acceptation d'une corruption généralisée". Appréciation qui les conduit à licencier ces employés. Et à les remplacer, faute de pouvoir laisser le poste vacant (voter blanc), par le candidat qui partage le plus explicitement ces mêmes appréciations…

… même si le FN partage aussi les défauts incriminés ! voire, les présente en pire !

Combien de fois la classe politique, après le passage du vent du boulet FN (2002, 2005, 2015…), a-t-elle prétendu qu'elle avait entendu le message ?

Et quelles conséquences concrètes en a-t-elle tiré ?

  • Le TCE a été, en substance, validé quand même — François Bayrou s'en indigne vivement dans son dernier livre,
  • la technocratie prolifère (lois Maptam, NOTRe…),
  • toujours pas de proportionnelle malgré les promesses,
  • les paradis fiscaux proclamés "finis" (par un homme qui avait tiré une bonne partie de ses revenus de l'optimisation fiscale !) prospèrent plus que jamais,
  • les privilèges de la classe politique n'ont été rognés que de façon infinitésimale — et l'affaire Fillon montre les circuits financiers qui perduraient,
  • même les micro-innovations "démocratiques" (référendum d'origine populaire ou doit de pétition) ont été sciemment dénoyautées pour être inopérantes…

Les électeurs ont de solides raisons de penser que la classe politique se moque d'eux. Or, on ne peut pas se moquer de tout le monde tout le temps.

Et Emmanuel Macron promet, sauf erreur de ma part, encore plus de la même chose.

vendredi 15 avril 2016

Clarté, loyauté et projet : petit vocabulaire de politique féodale

Nous avons eu droit ces jours-ci à un récapitulatif des mots-clés de la politique française, façon UMP-PS, c'est-à-dire de féodalisme.

Clarté : nom féminin. Dépendance acceptée à un réseau politique propriétaire de sièges et strapontins. Terme utilisé pour dénoncer les personnes de la même famille politique qui n'acceptent pas la même dépendance. Ex. : "L'heure est en effet au choix et à la clarté" (Emmanuelle Cosse) ; "Je pense que la politique nécessite de la clarté et la clarté, c'est la clarté des alliances." (Hervé Morin, c'est un peu ancien).

Et si une personne quitte son parti ou sa famille politique, le parti ainsi abandonné se réjouit de cette "clarification". La clarté est donc une valeur universelle.

Loyauté : nom féminin. Allégeance exigée de qui a obtenu un siège ou strapontin. Ex. : "C’est entre nous, non pas simplement une question de hiérarchie – il sait ce qu’il me doit - mais une question de loyauté personnelle et politique," dit François Hollande d'Emmanuel Macron.

Projet : nom masculin. Synonymes : pouvoir, accession au pouvoir, capacité à accéder au pouvoir. Au PS, "il n'y a pas de projet collectif. Il n'y a que des projets individuels," selon Malek Boutih. "La radicalité de mon projet exige de briser les conservatismes et de contourner les prescripteurs d’opinion traditionnels" de la droite, dit François Fillon.

Clarté, loyauté, projet. C'étaient de beaux mots, tout de même. Ils auraient pu parler de ce qu'un militant doit aux citoyens. Je dis ça, je dis rien.

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