Argenteuillais démocrate… sans frontière

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Tag - Partis-Candidats

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vendredi 6 novembre 2015

L'alliance au centre — et au-delà ?

Politiques pour la France ou politique tout court, qu'est-ce qui compte le plus — c'est un peu la question de ZigHug suite au billet précédent.

Par exemple, la ségrégation urbaine menace la paix sociale en France. Mais politiques et médias sont centripètes : il faut que les banlieues flambent pour qu'ils leur jettent un regard… ennuyé, une moue méprisante.

Pourtant, fin octobre, Philippe Doucet, député PS d'Argenteuil-Bezons, lançait des propositions à la hauteur des menaces : réformer profondément l'Éducation Nationale, trouver des stages et alternances pour les jeunes sans réseau de relations, supprimer l'impôt foncier qui plombe les communes sans emplois (sans "taxe professionnelle"), supprimer la bureaucratie paralysante de la "politique de la Ville".

Zéro écho.

Ah si, le Lab d'Europe 1 le citait, le 31 octobre. Mais à un tout autre sujet :

Il faudra associer François Bayrou et faire l'ouverture jusqu'au juppéistes. Après tout, Edouard Philippe, l'un des bras droits de Juppé, était rocardien à Sciences Po.

Et là, je vois du buzz sur Facebook : des réactions, plus ou moins écoeurées, venant de militants de gauche.

Car les mots "alliance avec le centre" sont pour une partie des militants de gauche une sorte de virus, qui affaiblit durablement ceux qu'il touche (voyez Michel Rocard, Ségolène Royal, Vincent Peillon…).

Mais l'enjeu, ce n'est pas le peu de voix que le centre obtient aujourd'hui, à lui seul, dans l'électorat — des voix qui peuvent même coûter cher en divisions à gauche, comme à Sannois en 2008.

L'enjeu, c'est la capacité à proposer un avenir crédible au pays. Comment remettre l'Éducation Nationale au niveau mondial ? Comment payer les services sociaux ? Comment faire traverser aux entreprises françaises la "révolution numérique" ? Comment abolir la ségrégation — faire d'une ville comme Argenteuil une ville qui attire, et qu'on n'y entende plus "je pars dès que je peux" ?

La droite a bien peu d'idées pour ça, la gauche encore moins, à ma connaissance.

Alors peut-être quelques-uns se disent-ils qu'elle a besoin d'une hybridation avec une autre famille politique, pour retrouver une nouvelle jeunesse, une nouvelle énergie, une capacité à se projeter dans l'avenir.

Et Philippe Doucet — je l'écris d'autant plus volontiers que nous avons de nombreux désaccords par ailleurs :-) — a le courage de se lancer dans l'un comme dans l'autre combat. Changer les politiques qui paralysent le pays, et casser le "splendide isolement" qui paralyse la gauche.

Est-ce le chemin du renouveau pour la gauche, à elle de juger — et je ne suis pas gauchologue.

Ce qui est sûr, c'est que la paralysie molle actuelle de la gauche m'inquiète autant que l'impotence frénétique de la droite sarkozyste de 2007 à 2012.

Ces "majorités" inertes sont simplement incapables de conduire la France où que ce soit.

Tenez, juste un test — puisque toute la classe politique est d'accord sur la guerre en Syrie : quelqu'un sait-il quels sont nos buts de guerre ? Quels objectifs sont donnés à nos forces armées ? À quelles conditions nous pourrons cesser le feu ?

Désolé pour cet instant d'humour noir. Allons dormir, c'est mieux.

dimanche 18 octobre 2015

"Tout est faux" - François Bayrou d'aventures en certitudes

François Bayrou, répondant à Philippe Bilger

Complotisme, naïveté, ou espoir de changement ? Qu'en pensez-vous ?

"J'ai été un responsable politique classique, qui croyait à la méritocratie républicaine. J'ai été agrégé très jeune, et l'agrégation, pour moi, c'était… ! Et je pensais qu'au fond, l'engagement civique, la politique, c'était ça. Vous étiez engagé, vous étiez courageux, vous étiez David et vous aviez Goliath en face de vous, et puis vous gagniez, et puis vous deveniez le représentant des vôtres à l'Assemblée Nationale…

Ma mère est venue à Paris pour la première fois le jour où je suis entré à l'Assemblée Nationale. Paysanne des Pyrénées. Dans les tribunes du public, et j'ai été envoyé à la tribune, le jour où je suis entré à l'Assemblée Nationale. Et donc… j'étais très fier.

On a la chance de devenir très jeune chef de parti, secrétaire général de l'UDF avec Giscard, c'était pas rien, et puis d'écrire des livres qui ont du succès, et puis on entre au gouvernement très jeune, dans un poste dont on a rêvé, qui est crucial, qui est le Ministère de l'Éducation Nationale…

Et puis un jour on s'aperçoit que dans ce monde-là, tout est faux. Faux. Truqué.

Qu'en réalité, les vraies décisions ne sont pas celles qu'on expose. Elles sont sous la table.

Et qu'au-dessous de la table, il y a des réseaux de captation du pouvoir. On nomme des gens pour contrôler des secteurs de l'économie, de la banque… Et que tout ça n'est pas vrai.

90% du monde politique ne voit pas ce que je viens de vous dire ! On croit qu'au fond on sait : on ne sait pas ! C'est la première chose.

Il y a une deuxième chose (quand on sait) : est-ce qu'on accepte, ou est-ce qu'on n'accepte pas ? J'ai décidé de ne pas accepter.

Pourquoi ? Parce que je ne suis pas là en mon propre nom. Et d'abord, honnêtement, les grandeurs d'établissement, ça ne m'intéresse pas, je trouve que c'est de la fausse monnaie : donc je n'ai pas de mérite.

Au nom de ceux que je représente, ceux qui ont du mal dans la vie — mon père, ma mère n'ont jamais pris un jour de vacances de leur vie — et tout le peuple de ceux qui m'ont fait confiance, qui croyaient que je ne les tromperais pas, au nom de tous ceux-là, je ne pouvais pas accepter d'entrer dans cette tromperie générale.

Je croyais qu'on pouvait être une espèce de Rubempré civique, monter à l'assaut de la forteresse…

Je sais (maintenant) qu'on n'y arrivera pas forcément comme ça ; qu'il faut changer la pratique et la règle du jeu.

Je sors du gouvernement, j'ai cette prise de conscience… Ce n'est pas dire du mal du régime d'Édouard Balladur et Nicolas Sarkozy que de dire qu'il y avait eu cette préoccupation de mettre des noyaux durs dans le monde économique, de verrouiller un certain nombre de choses et des médias en particulier…

C'était leur vision, pas explicite, mais implicite. Donc je me suis éloigné d'eux, et j'ai essayé de constituer le centre en force autonome, pour changer tout ça.

Ça m'a amené à conduire une liste aux élections européennes de 1999. Cette élection est très intéressante : la liste RPR-Démocratie libérale était conduite par un jeune homme, Nicolas Sarkozy ; celle du Parti socialiste, conduite par un jeune homme, François Hollande ; et moi-même, jeune homme, la liste de l'UDF maintenue, celle de ceux qui, à l'UDF, voulaient que le centre se constitue. On a fait un très bon score. On a été à l'élection présidentielle, et on a fait un score honorable, 7%, mais cette élection a été marquée par le fait que Jean-Marie Le Pen était au 2ème tour.

J'ai été dire à Jacques Chirac : 'tu vas faire 80%, il faut que tu fasses un gouvernement d'union nationale, seule cette réponse sera à la hauteur.'

Il m'a dit : 'c'est des conneries, je vais faire un parti unique.'

J'ai dit : 'je serai contre toi.'

Ce n'était pas rien, que des millions de gens de gauche soient aller voter Chirac, au nom d'un certain idéal ! Jacques Chirac a décidé qu'il n'en ferait rien.

On arrive à 2007 : je plaide cette rupture-là. L'idée que 'gauche contre droite' était un jeu destiné à tromper le citoyen ; que les forces derrière les uns et les autres étaient les mêmes, y compris les forces médiatiques, qui mettaient des pions sur les deux cases…

Très vite, je me suis trouvé en opposition avec Nicolas Sarkozy, parce que sa vision de fond était celle que je viens de vous exprimer : que l'importait était de contrôler ce qui se passait sous la table. D'avoir des verrouillages de tous les centres de pouvoir. Ça a été constant au long de son engagement. L'idée que je développe, démocratique ou républicaine, lui faisait hausser les épaules. Je n'ai aucune antipathie personnelle à l'égard de Sarkozy ! Mais sa vision du pouvoir, de la relation avec le citoyen, son choix stratégique d'opposer les gens entre eux pour gagner, de mettre le feu (en y voyant) de l'énergie électorale… C'est le contraire de ce que je crois bon pour un pays.

Au moment de la campagne de 2012, j'ai dit à l'avance : "ce n'était pas le passé qui m'importe mais les enjeux du pays aujourd'hui". Mais Nicolas Sarkozy a choisi d'aller encore plus loin dans l'exacerbation de ce que le pays a de plus sensible, de plus inflammable. Donc j'ai voté pour François Hollande. Je croyais qu'en raison des engagements qu'il avait pris, et (de son) style bon camarade, il ferait faire au Parti socialiste la conversion que Jacques Delors avait essayé de faire faire… Il venait de l'entourage de Jacques Delors, j'ai cru que c'était sa pente. D'où l'énorme déception, frustration, qui est la mienne.

Nous ne pouvons pas faire sortir le pays des difficultés très grandes dans lesquelles il se trouve, sans un mouvement civique. Sans une prise de conscience, une rupture dans la manière dont on le gouverne. Prendre les gens au sérieux, leur dire la vérité sur les affaires, sur la dette… je l'ai fait sans discontinuer.

Les idées qui permettront au pays de résoudre les problèmes, sont simples.

Car le monde politique passe son temps à dire 'c'est la faute des autres' — de l'Europe, de l'Allemagne, de la mondialisation, je ne sais pas quoi. Or, aucun des sujets de notre misère nationale ne vient des autres ! Personne ne nous a obligés à faire des choix, (dans) l'Éducation Nationale, qui font qu'un enfant sur trois ne sait pas lire ! Personne ne nous a obligés à avoir le code du travail le plus illisible du monde ! Personne ne nous a obligés à faire des dettes infinies ! C'est nous qui avons fait ces choix, c'est chez nous qu'il faut les corriger.

Deux lignes : rupture civique, et conscience que les problèmes viennent de chez nous, et qu'il y a des idées simples pour en sortir.

Toutes les grandes aventures collectives sont fondées sur des idées simples, peut-être simplissimes : Napoléon — de la paix, du code civil, de la construction de la France, Napoléon III à sa manière, De Gaulle… De Gaulle dit : indépendance, une monnaie qui tienne la route, une politique industrielle. Giscard, qui a plus de mérites qu'on ne le dit, a pris des décisions de rééquilibrage, moderne, de notre pays… Tout ça, ce sont des idées simples. Ce ne sont pas des idées d'expert, ce sont des idées de citoyen. Voilà les certitudes avec lesquelles je vis. (…)

Je considère que (résoudre les problèmes du pays), ce sont des choses faciles. Ça demande un petit effort, ça demande ce que les juristes du temps de Napoléon avait : la capacité à prendre un stylo, à écrire simple et compréhensible. Rien n'est du domaine d'une expertise tellement élaborée que seules quelques technocraties pourraient conduire la réforme. C'est facile à condition que quelqu'un s'y mette. Que le bon sens créatif s'y mette. 'On a trois mois pour répondre à cette question-là'. L'efficacité de l'action publique, à laquelle les citoyens ne croient plus, est à portée de la main. Les trois générations qui se sont écoulées ont dessiné un labyrinthe où nous sommes égarés. Il faut un fil d'Ariane, et il est facile à trouver. (…)

Je rejette les entreprises de communication artificielle. Le sujet du film sorti cette semaine sur l'Élysée, c'est en fait 'le communicateur'. Bon Dieu, quelle malédiction ! Pourquoi est-ce que François Hollande s'encombre de tout ça ? Pourquoi est-ce qu'il ne dit pas tout simplement ce qu'il pense ?!

Pourquoi les gens rejettent ? Parce qu'ils pensent que c'est de la fausse monnaie. Que tout ce qu'on leur raconte est truqué, que c'est du pipeau. Des entreprises entières vivent sur le trucage des choses. La communication artificialisée,… Je le dis comme pour un sol… Je crois au sol naturel ! Au fait qu'on sache qui est le mec qui parle ! (…)"

Philippe Bilger : Sous la table de François Bayrou, y a-t-il des choses gênantes ?

"Non. Pas que je sache ! Ni dans ma situation, ni dans ma vie professionnelle.

Un des malheurs du temps, c'est que beaucoup de responsables politiques n'ont pas eu de vie professionnelle.

Je n'ai jamais été stipendié par des lobbies… Le petit peu d'aisance matérielle qui est la mienne, c'est par les livres que je l'ai eue et j'en suis très heureux."

(Extraits des minutes 15 à 53 de la vidéo). Coupes et (ajouts) sont de ma responsabilité.

vendredi 3 octobre 2014

"Tu préfères…" Le Pen, ou Sarkozy ?

Art Goldhammer l'a constaté pendant son séjour en France : les sympathisants de gauche semblent avoir déjà renoncé à gouverner en 2017-2022.

J'ai souvent critiqué la prétendue "prospective politique" basée sur… les sondages d'opinion les plus versatiles. Mais cette fois, il me semble que les sondages décrivent une véritable cristallisation de l'opinion publique.

La victoire de M. Sarkozy à la présidence de l'UMP est quasi-certaine ; sans quoi, d'autres leaders ayant des réseaux solides se seraient lancés, que ce soit MM. Fillon, Juppé, Copé ou Bertrand.

La victoire de M. Sarkozy à une primaire est, de très loin, le résultat le plus probable. N'a-t-il pas obtenu près de 49% du suffrage des Français en 2012 ? Cela augure mal d'une "impopularité" parmi les électeurs de droite, particulièrement, les 1 ou 8% de militants qui iraient voter à une primaire. Les petites manoeuvres sur l'inclusion ou non du centre dans la primaire, sont sans portée : les électeurs du centre sont indépendants d'esprit, beaucoup attendent jusqu'à la véritable élection pour se prononcer, ils ne seront qu'une minorité à se déplacer pour des primaires.

De plus, beaucoup de sympathisants du FN pourraient aller voter M. Sarkozy contre M. Juppé : une occasion comme une autre de soutenir un politicien moins "politiquement correct" que les autres.

Quant aux affaires aux basques de M. Sarkozy : après 2 ans et demi de lenteurs judiciaires, comment cela pourrait-il se dénouer (instructions, procès, appels, Cassation…) dans les 6 ou 12 prochains mois ? C'est tout à fait improbable. Et dans 12 mois, si la justice interférait dans une campagne nationale déjà bien lancée, cela serait jugé déplacé.

Il me semble que le succès quasi-certain du FN aux cantonales et surtout régionales de 2015 (moins de 30% m'étonneraient) offrirait à M. Sarkozy le levier dont il a besoin pour faire basculer en sa faveur la classe politique et médiatique : se présenter en seule alternative au FN. Quel que soit son propre programme. Et même, plus il force à droite, plus il joue la provoc, plus il obtiendra de sympathie des électeurs potentiels du FN, et plus sa prétention sera fondée.

La gauche classique semble paralysée, hypnotisée, sans ressort. Le centre n'a plus aujourd'hui de soutien populaire actif. La gauche de la gauche, les écologistes, les "frondeurs", malgré leur rancune contre M. Hollande, peuvent bien constater que pas grand monde ne bouge le petit doigt pour les secourir.

Une alternative crédible, gagnante, se constituera-t-elle d'ici 2017 ? Un mouvement démocratique, écologiste, progressiste, républicain, défenseur des libertés, peut-il susciter et fédérer assez de forces, de soutien, d'intérêt public, de leaders, d'élan, de cohésion… pour convaincre 30% ou plus des Français au premier tour de 2017, et plus de 50% au second tour ?

J'espère que cela arrivera, comme je l'ai espéré en vain en 2005-2007. Je crois que la société française en a le ressort, les capacités. Mais pour l'instant, je ne vois rien venir.

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