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Tag - Partis-Candidats

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dimanche 1 juin 2014

FN : quand l'adversaire est dans la place

En attendant un billet construit sur ces élections européennes, voici un commentaire posté chez ours vert. Pour lui[1] :

Manipuler les chiffres pour tenter d’atténuer le succès électoral du FN est donc aussi efficace que de cacher la poussière sous le tapis.

(…) Ce parti n’est pas irréprochable, bien au contraire. Mais le "cordon sanitaire" a créé une frontière symbolique entre ceux qui ont le pouvoir et peuvent en abuser, et ceux qui ne l’ont pas… et sont donc présumés irréprochables.

(…) Il en va de même quand années après années des partis ne tenant pas leurs promesses succèdent à d’autres partis qui ne les tiennent pas non plus. La déception conduit à l’abstention, la rancœur au vote FN.

(…) Pour comprendre (…), il faut d’abord sortir de Paris et des centres-villes des grandes métropoles (ou "idéopoles"), véritables OVNI politiques…

L’époque est au "rayonnement" des grandes métropoles, sous prétexte de Mondialisation. Mais sur quoi rayonnent-elles aujourd’hui ? Sur des quartiers en relégation et des périphéries qui se désintègrent. La concentration des moyens financiers sur les cœurs de métropoles n’est pas un fantasme, et elle sera encore renforcée avec la loi de métropolisation. (…)

Pour couronner le tout, on redécoupe leurs cantons, on les raye de la carte, on joue avec une paire de ciseaux sans se soucier des communautés que l’on découpe. Et maintenant on s’attaque aux départements, aux régions. On les fait disparaître. (…)

C’est toute cette France périphérique des petits propriétaires, des courées, des pavillons de banlieue qui a été trahie, et qui décroche. (…) Aujourd’hui, ils sont devenus prisonniers de leur maison après s’être saignés pour l’acquérir. Leur rêve est devenu un cauchemar.

(…) Cette ascension du Front national nous tétanise autant que l’évolution du monde tétanise légitimement les électeurs FN, et de nombreux abstentionnistes. Que valent nos convictions (…) ?

La première des urgences, c’est de sortir de la stigmatisation des électeurs frontistes, de cesser de les qualifier de fascistes, d’idiots ou de beaufs. D’en finir avec les grands discours de soirées électorales où l’on se lamente d’en revenir aux "heures les plus sombres de l’Histoire" dès que le FN fait score à deux chiffres. Chaque cri d’orfraie est un argument pour le FN. Les "intellectuels", "éditorialistes" et autres donneurs de leçon sont du pain béni pour ce parti, tant ils renforcent la frontière entre les élites et les habitants des territoires en déclassement, entre les "bobos parisiens" et les "invisibles" comme aime à le répéter Marine Le Pen.

(…) Ecouter, rencontrer, rétablir le dialogue, c’est la priorité. Pour sortir de la confrontation du front contre front, modèle contre modèle, fascistes contre antifascistes. L’insulte n’a jamais convaincu personne, la violence n’a jamais permis la paix. (…)

L’ouverture que nous prônons, appliquons la à notre manière de faire de la politique, en allant vers l’autre, en rétablissant le dialogue (…)

Ce changement sur la forme doit s’accompagner bien sûr d’une révolution idéologique (…) pour donner du corps à ce qui est encore aujourd’hui une coquille vide : l’égalité des territoires. Sinon dans quelques années, la gauche, écologistes compris, sera à 60% dans les centres-villes des idéopôles, à 10% ailleurs et le FN sera majoritaire. La France sera alors menacée de désintégration, et nous serons réduits à la contemplation.

Ça me rappelle une enquête comparant la situation des gens dans les régions françaises, enquête à laquelle j'ai participé, vers 2010. On avait notamment un % par région sur le bilan de la crise récente : était-elle, selon les répondants, vraiment différente de la situation des années précédentes.

J'ai utilisé le résultat comme "quizz" auprès de quelques amis travaillant de près ou de loin dans les études d'opinion ou le marketing : 'selon vous, dans quelle région les habitants mesurent-ils le plus la gravité de la crise depuis 2008 ?' Chacun de mes interlocuteurs a proposé : "l'Ile-de-France ?". Or l'Ile-de-France était au contraire la seule région dont la majorité des interviewés répondait, à l'inverse, que la situation depuis 2008 était du même ordre que les années antérieures.

Ma petite conclusion : rien de surprenant si les dirigeants "parisiens" de grandes entreprises et de partis (UMP, PS, FdG, EELV…) tiennent le même discours qu'avant 2008, en espérant que ce discours marche toujours, peu ou prou. Sans doute croient-ils sincèrement que la situation est à peu près la même. Rien de surprenant si beaucoup d'électrices et d'électeurs se disent, en entendant Mme Le Pen "il y en a au moins une qui se rend compte qu'il y a un problème".

C'est dur pour des leaders, même pour des simples militants, de se mettre à l'écoute de ceux, parmi les citoyens, qui votent pour le parti à l'exact opposé des valeurs que nous défendons. De se mettre à leur écoute franchement, c'est-à-dire, en partant du principe qu'ils ont quelque chose à nous apprendre.

J'ai senti cette difficulté au MoDem après les cantonales de 2011 où déjà le FN avait fait un tabac. La tentation est grande de se réfugier sur la majorité, même petite et décroissante, des gens qui votent encore pour les partis "raisonnables". La tentation est grande de se limiter à faire la morale aux électeurs qui votent mal (j'entends France Inter, c'est ça en quasi continu depuis quelques jours).

Il faudrait pourtant commencer par reconnaître que les politiques menées depuis plus de 20 ans n'ont rien apporté de sérieux au pays. Par reconnaître que la com' et l'attente d'un rebond de la conjoncture mondiale, ne sont pas des substituts efficaces à l'action politique. Par constater que les décisions de 1944-45, de 1958, de 1968-71, de 1976-79, par exemple, étaient d'une autre trempe, d'une autre efficacité, d'un autre niveau. Et que c'est de politiques de cette ampleur, que nous avons besoin aujourd'hui.

Mes 2 centimes ;-)

Notes

[1] Cette longue citation est largement coupée et biaise son propos, qui est d'abord celui militant Vert, j'invite à lire le billet complet !

mardi 27 mai 2014

Bygmalion, Lavrilleux, Millot, de Carolis, Sarkozy et encore moi

Sur la base de mon expérience de campagne 2007, je témoignais tout à l’heure, que non, contrairement à ce que prétend M. Lavrilleux de l’UMP, il n’est pas nécessaire de tricher pour mener une campagne présidentielle. Quant à savoir si seuls les tricheurs accèdent au second tour, je lui laisse la responsabilité de cette affirmation.

Je poursuis avec un souvenir qui date d’aussitôt après. L’élection était perdue, et sans pouvoir pointer à l’ANPE (parce que juridiquement je restais profession libérale, même si je n’avais plus de clients), je cherchais un emploi.

Je pensais pouvoir valoriser mon expérience dans des fonctions de stratégie. Si l’élection était perdue, la candidature de François Bayrou avait tout de même recueilli plus du double de suffrages que ce que tous les analystes politiques, même les plus optimistes, avaient envisagé. Ayant été le conseiller du candidat[1], je pensais que des chefs de grands services publics, ou de grandes entreprises sur les marchés « grand public », pourraient se dire « il y a là un type qui voit des opportunités que les autres n’ont pas vues », ou peut-être même, « un type qui sait faire émerger des mouvements d’opinion ». (Si on sait vraiment faire ça, ou juste être au bon endroit au bon moment, ça reste indécidable). Disons tout de suite que je ne me suis pris que des râteaux et quelques réponses négatives, ce qui m’a ramené à une juste modestie sur mes capacités :-)

Parmi ces réponses négatives, une était instructive.

France Télévisions, dirigée par le très UMP-iste Patrick de Carolis, venait de laisser partir son « directeur délégué chargé de la stratégie, de l’innovation et de la communication », Bastien Millot[2].

Ayant quelque expérience des médias, non seulement via la politique mais aussi comme directeur scientifique et technique de Médiamétrie en 95-96, j’ai envoyé sans hésiter une candidature spontanée :-)

Et j’ai reçu une réponse, selon laquelle (de mémoire) France Télévisions ne prévoyait pas de recruter sur ce poste, mais plutôt de répartir ces tâches entre des ressources internes et externes. Autrement dit, pouvait-on supposer, de continuer à faire appel à Bastien Millot, mais sur factures et non plus comme salarié – à Bygmalion qu’il co-fondait dans le même temps, le 28 octobre 2008.

J’ai donc suivi, avec un peu plus d'attention que pour d'autres, la belle carrière passée et récente de M. Bastien Millot et les belles affaires de sa société Bygmalion — à défaut de les avoir croisés dans la vraie vie. J’avais bien compris que Bygmalion fonctionnait comme relais financier de réseaux politico-médiatiques UMP, et j’espérais que tôt ou tard, une Justice ou une presse indépendante les alignerait…

Enfin, ces dernières semaines, l’omerta commençait à se fissurer… mais Jean-François Copé a réussi à faire durer jusqu’au soir des européennes. Ce qui a pu aider son parti à réunir 20% des voix — là où je lui en prévoyais moins de 15 — mais je surestime souvent la demande d’honnêteté de la part de l’électorat.

Donc, pas de surprise ? Et bien si. Je suis tombé de l’armoire ce matin en apprenant, sur BFM, que Bygmalion rémunérait Patrick de Carolis. Je croyais le système moins imbriqué que ça, je croyais le sens des flèches plus simple dans les réseaux de facturation…

Amis limiers de la brigade financière, vous n’avez pas fini de suivre les flèches !

Notes

[1] Certainement pas le seul à donner des conseils, heureusement ! Du moins celui qui avait ce titre dans l’organigramme.

[2] J’apprends aujourd’hui via Le Point que son départ était en fait un « congé sans solde suivi, jusqu’en 2010, par un congé pour création d’activité » : c’est beau, les filets de sécurité des travailleurs précaires !

vendredi 27 décembre 2013

Nouvelle Donne des cartes existantes, ou nouvelle croissance ?

Commentaire chez Patrick Beauvillard, un ami, un innovateur, un ancien président du MoDem 47 et un porte-parole national de Nouvelle Donne. Pour les Argenteuillais : ce nouveau parti est représenté à Argenteuil par Zouber Sotbar, conseiller municipal.

Quel que soit le parti, c’est l’engagement démocrate qui compte.

Je retrouve dans Nouvelle Donne plusieurs personnes qui avaient pu espérer un mouvement similaire en 2006-2007 autour de la candidature de François Bayrou, et ont été déçues par les résultats de l’époque.

Si je ne rejoins pas Nouvelle Donne, c’est en raison d’un désaccord hélas fondamental sur le diagnostic.

Quand je lis (dans cette interview de Patrick)

“la croissance ne reviendra pas, en tout cas pas au niveau que nous avons connu dans les 30 glorieuses, et que de toutes façons la croissance ne produira pas d’emploi pour tous puisqu’elle est fondée sur des gains de productivité. Et donc la question est comment obtenir de la prospérité et du développement sans croissance. C’est la question du XXIème siècle. C’est la question centrale. (…) C’est le socle des propositions de Nouvelle Donne.”…

… je crois exactement l’inverse. Nous vivons une révolution technologique comme le monde n’en a pas connu depuis les années 1875-1900. Elle redistribue les cartes de l’économie, ouvre des possibilités de croissance immenses, non seulement par la productivité au sens du XIXème siècle (faire en moins de temps ce que l’on faisait déjà en plus longtemps), mais par la diversification, la valorisation des lieux et du temps, la production de biens et de services destinés à chacun (Cf. médecine personnalisée, qui cible l’ADN de chaque tumeur), une gestion active des biens communs, etc. etc.

Je crois que le défi pour la France est de se lancer dans cette nouvelle croissance, qui est l’affaire d’une génération.

Je crois que raisonner en terme de “la croissance est impossible, nous ne pouvons que refondre l’existant, gérer mieux les systèmes hérités du passé” est se condamner à l’impuissance.

Mais j’espère que Nouvelle Donne me donnera tort et je partage, de toute façon, des combats comme la lutte contre les enfers fiscaux, un financement plus sain de la solidarité nationale, etc.

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