Argenteuillais démocrate… sans frontière

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Tag - Religions-Laïcité-Cult

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samedi 4 novembre 2017

Écrire en incluant, inclure en écrivant

Petite réponse au clin d'oeil de jbl, qui mettait un lien vers ce "cri d'alarme" signé "Jean-Marie Rouart de l'Académie française" :

On est en France, pays où toutes les passions s’affrontent et où les querelles de société n’ont fait que remplacer les vieilles disputes théologiques. Les sujets changent, les passions demeurent. La nouvelle pomme de discorde qui enflamme les esprits concerne une innovation linguistique, l’écriture inclusive. Sujet qui n’est en fait qu’une queue de comète de la question épineuse de la féminisation de la langue.

C'est très précisément ça. Aussi féminine que soit déjà la langue. Ou aussi féminin que soit déjà langue.

L'académicien indique un peu plus loin que

l’usage, le bon usage, prévaut sur toute autre considération à l’Académie (et) accordera probablement droit de cité, à l’avenir, à « la ministre », de la même façon qu’il accordera le droit de féminiser certains mots. (…) Il est évident que la féminisation se fera par l’usage sans vrai dommage pour le français.

Pour aussitôt enchaîner :

Mais cette concession faite, on ne peut sans lui faire courir un danger mortel détricoter la langue en détruisant son principe fondamental, sa pierre angulaire : en français, le masculin est aussi le neutre.

Le couvercle de ma boîte à méfiance s'ouvre automatiquement quand un orateur, si bien intentionné soit-il, estime que le principe qui justifie sa position est LE principe fondamental. Sans parler de l'image étrange de "pierre angulaire" ! Je vois mal pourquoi le masculin-neutre serait à l'angle de la maison langagière[1].

Je suis tout aussi gêné que Jean-Marie Rouart, quand je lis — ce sont les exemples qu'il donne — « agriculteur.rice.s », ou encore : « artisan.e.s ». Parce que ça me fait mal aux yeux et ralentit ma lecture. Ça n'est pas du bon usage, ce n'est pas user-friendly. Alors que la langue ne sert qu'à être utilisée par ses utilisateurs. Et utilisatrices.

Utilisatrices, donc. Le standard prétendu du "masculin-neutre" me fait mal, pas seulement aux yeux. C'est bien joli de prétendre que le masculin est aussi neutre. Mais ce qu'on entend dans "utilisateurs", c'est bien un masculin, celui d'un mot qui aurait aussi pu être féminin. Et le cerveau réagit à ce qu'il entend.

En lisant

"la langue ne sert qu'à être utilisée par ses utilisateurs",

quelle image mentale vous vient : l'image d'hommes qui parlent, ou celle de femmes ?

Cette convention du masculin-neutre a le grand inconvénient de laisser les femmes dans l'ombre, de mettre les hommes au premier plan de la représentation mentale que se font celui qui parle et celui qui entend. Que l'on parle de participants à un trail, d'académiciens, d'agriculteurs, d'artisans… de militants… La vanne "quand je parle des militants, j'embrasse aussi les militantes" est un peu hors de saison.

J'essaie, avec plus ou moins de bonheur, d'embrasser les hommes et les femmes quand j'écris, ici ou ailleurs… sans alourdir la lecture, sans appauvrir le texte. Par exemple, j'essaie de poser au début du texte une image mixte, comme, dans le billet cité "150 hommes et femmes venu·e·s reconnaître le parcours du Trail des Châtaignes" ; en espérant que cela permette ensuite d'utiliser ce fameux masculin-neutre, plus fluide : "les concurrents"… "se sont inscrits"…, etc.

J'utilise le point médian (·, alt-maj-F sur Mac), appris de Matti Schneider, merci à lui. D'une part, "venu·e·s" est plus fluide visuellement que "venu.e.s" ou "venuEs". D'autre part, le · est nouveau dans la typographie courante, et peut donc jouer sans ambiguïté ce rôle. En laissant au point, et à la majuscule, leurs usages familiers de point et de majuscule[2].

Mais surtout, je suis heureux de ce débat. Même si, en France, quand on parle de la langue, tout le monde part au quart de tour et parle trop facilement d'assassinat, de mort de la civilisation, et pire, de fin des haricots. Les émotions, c'est bien aussi ; c'est même meilleur que les zaricots.

Notes

[1] Si si, cet adjectif existe.

[2] Mais vous verrez au point 3 combien l'Académie ignore l'organisation administrative de la France.

lundi 15 août 2016

Un problème à la c… venu de la Méditerranée — et hop, mon avis sur le "burkini"

(Il n'y a que Facebook et autres pour pousser à avoir un avis sur une question aussi marginale, alors que le pays est en guerre…).

Réponse à un "ami-d'ami" qui, sous pseudonyme militant propalestinien, postait des photos de plongeurs ou triathlètes pour défendre le droit de se baigner en "burkini" — au nom de la liberté de culte.

La liberté de culte c'est différent de la liberté de s'habiller comme on veut — qui est une liberté importante aussi, mais a des limites, que ce soit en France, en Arabie saoudite, en Turquie ou ailleurs.

Le "burkini" n'est pas interdit à ma connaissance au niveau national. En revanche le souci légitime de l'ordre public (qui justifie, à ma connaissance, l'interdiction de la nudité) peut conduire à l'interdiction de certaines tenues.

Il me semble évident que ce n'est pas la caractéristique physique de la tenue qui est en cause : je n'ai jamais vu de réaction hostile sur les plages face aux quelques Japonaises (?) en maillot complet et visage voilé pour protéger leur peau. Donc la photo de plongeur est hors sujet, il me semble clair que sa tenue est destinée à plonger ;-) De même des triathlètes en combinaison néoprène.

Pareil, un maillot de bain avec marqué "I love Jesus" ou "I love" (tout autre personne proclamée comme prophète) ne m'a jamais semblé susciter de réaction négative.

Et je n'ai jamais constaté de tags hostiles sur les affiches présentant les costumes de bain, très couvrants, des années 20.

Le sujet est donc ce que manifeste le vêtement. Prenons ici le "burkini".

Selon les uns, il traduit la fidélité à des préceptes d'inspiration religieuse (prônant une pudeur bien plus marquée que celle inscrite dans les moeurs françaises actuelles), de façon purement personnelle et sans dimension critique vis-à-vis d'autrui. Donc, il rassure.

Selon les autres, il exprime le rattachement à un courant religieux anti-société française, anti-laïc, anti-égalité hommes-femmes, répressif partout où il est au pouvoir, hostile à l'action de l'État français et à certaines des lois actuelles, et au final, terreau de la violence terroriste. Donc, il fait peur.

Vous voudriez sans doute que les non-musulmans "laïcs" reconnaissent la perception du "burkini" qu'ont les femmes qui le portent (ou les hommes qui le justifient). Ce serait bien, dans la mesure où les musulmans concernés reconnaissent la perception du "burkini" qu'ont les femmes qui ne le portent pas (ou les hommes qui le critiquent).

Après, comme dans toute société, vient le temps de la décision démocratique : définir un champ de liberté pour chacun de s'habiller comme il veut, et des limites à cette liberté. Accepter que le "zérokini" puisse légitimement être interdit — ou pas, c'est accepter que le "burkini" puisse lui aussi légitimement être interdit — ou pas.


Le sujet n'est pas si nouveau, il avait déjà circulé avant les présidentielles 2012, Cf. ici. Et auparavant "Voile : regardons droit devant" (2010, avec des liens vers mes billets antérieurs sur le même sujet).


Compléments 16 août 2016 :

1) Le papier de France Télévisions du 11 août, sur l'arrêté de Cannes, me semble très bien, il fait résonner clairement plusieurs sons de cloche.

2) Suite de discussion Facebook :

L'idéal serait un monde où personne ne serait gêné(e) par la tenue d'autrui et chacun(e) s'habillerait exactement comme il(elle) veut. Mais en l'imaginant un instant (visuellement), ça fait bizarre. Le vêtement n'est pas seulement pour soi, c'est aussi un message aux autres. Message équivoque, au sens où il sera perçu différemment par différentes personnes. Message changeant dans le temps avec les modes — des tenues qui paraissaient "intégristes" quand elles sont arrivées se sont ensuite diffusées dans toute la société. Même la barbe longue !

Il me semble cependant légitime d'être gêné si le message que l'on comprend de la tenue de l'autre est un message agressif, de rupture, ou au minimum, de défiance. Il me semble que beaucoup de personnes perçoivent ce message devant des femmes voilées… ou en burkini : "je me cache de toi".

Les mots de "vivre ensemble" ont été utilisés et réutilisés : nous voilà au coeur de ce qu'ils signifient.

dimanche 20 mars 2016

Le sexe, nouvelle frontière pour l'Église catholique

L'Église catholique est accusée de s'en prendre aux homosexuels et de protéger les pédophiles. Je force le trait ? À peine. Le même soupçon est d'ailleurs porté sur d'autres sphères religieuses (par exemple l'islam maraboutique en Afrique de l'Ouest). Dans le monde d'aujourd'hui, après Sade et Freud, le message porté, sur la sexualité, par l'institution catholique, corrompt de l'intérieur le message d'amour qu'elle annonce. L'Église a un coming out à faire, une nouvelle frontière à conquérir.

Au XIXème siècle, face à la révolution industrielle, elle a développé une "doctrine sociale" qui a très bien tenu la route plus d'un siècle, inspirant notamment les démocraties européennes.

Il lui reste à intégrer la révolution sexuelle.

Ce n'est pas qu'elle tienne un double langage. C'est qu'elle entretient un double silence.

Si elle continue à faire comme si le sexe n'était pas son problème, si elle continue à chercher son salut dans la fuite — en néologismes, abstractions et circonlocutions — elle trahit sa raison d'être : sauver la vie des gens, au plus profond d'eux-mêmes.


Je me lance ici sur deux sujets, sexe et religion, totalement casse-gueule et sur lesquels mes compétences sont limitées. J'espère donc beaucoup du débat, des commentaires, etc. !

Et bien sûr, l'Église catholique fait bien ce qu'elle veut ; en tant que militant politique démocrate, je n'ai aucune leçon à lui donner.

Et bien sûr aussi, si on regarde dans le détail, l'Église catholique n'est pas monolithique. Il y a plein de gens qui disent plein de choses très bien.

Et bien sûr encore, le message émis par l'Église catholique est très différent de l'image que s'en fait la société — du message reçu. Par exemple, beaucoup de gens (catholiques ou non), croient avec le curé d'Eddy Mitchell que

Le pape a dit que l'acte d'amour
Sans être marié est un péché

… alors que, à ma connaissance ou celle de l'article wikipedia sur le sujet, l'Église catholique n'a rien prétendu de tel.

Oui mais voilà.

Quand les évêques du Cameroun, collectivement, appellent les « fidèles catholiques et tous les hommes épris de bonne moralité, à barrer la voie à l’homosexualité », « chose abominable et contre-nature », je n'entends aucune protestation de Rome ou de Lyon, sans parler des animateurs catholiques de la Manif pour Tous. Or les évêques du Cameroun s'appuient, selon la même source, sur le code pénal (civil !) de leur pays "qui prévoit des peines d’emprisonnement fermes pour des personnes reconnues coupables d’homosexualité". Ne devraient-ils pas plutôt militer activement pour que soient abolies ces lois attentatoires aux droits humains ?

Au synode des évêques du monde entier sur "la famille" en 2014, le rapport provisoire envisageait de "prendre acte" que dans les couples de même sexe, "il existe des cas où le soutien réciproque jusqu'au sacrifice constitue une aide précieuse pour la vie des partenaires". C'était une évidence élémentaire qui n'aurait même pas dû faire débat. Eh bien, la phrase a tellement fait scandale parmi la majorité des évêques, que toute considération positive a été supprimée du rapport mis au vote ! Le cardinal archevêque de Vienne s'est au moins opposé, au nom de la "non-discrimination", à… la peine de mort pour les homosexuels.

Qu'apprend-on ou réapprend-on dans l'affaire dite Barbarin ? Que l'omerta sur les crimes pédophiles de prêtres était la règle jusque récemment au sein de l'Église ; qu'un prêtre reconnu coupable d'abus sexuels sur des étudiants (majeurs) a été maintenu en fonctions pastorales et promu responsable d'un doyenné (regroupement de paroisses) par le cardinal Barbarin. Chaque cas personnel est différent et je ne saurais juger de cette décision. Mais je n'ai jamais lu l'équivalent sur des prêtres coupables de détournements de fonds — à ma connaissance, il sont toujours mis à l'écart, ou au moins, on ne leur confie plus les caisses.

Certains catholiques estiment[1] que la sexualité de chaque personne relève (s'agissant de majeurs consentants) de la vie intime sur laquelle il n'y a pas de discours public à porter. L'homosexualité par exemple serait tolérable (comme elle l'était jadis pour tant de nos rois et princes très catholiques) tant que discrète, pour ne pas dire secrète. Tandis que son irruption dans l'espace public, son coming out, serait une insulte à la société, aux valeurs, à la famille, à la religion elle-même.

Ce point de vue me semble très dangereux, car il protège, effectivement, les prédateurs sexuels qui profitent de leur position d'autorité sur des fidèles, des religieuses, des enfants du catéchisme, etc. : face à eux, pas de système d'alerte qui fonctionne, pas de morale partagée, pas de discussion, rien que des bruits de couloir et mouvements d'étouffoir.

Pire, ce point de vue me semble absurde ; tout aussi absurde que l'a été le silence de l'Église sur l'exploitation des ouvriers aux débuts de la révolution industrielle.
— La Bible ne parlait pas du travail en usine ?
— Le contrat de travail est affaire privée entre employeur et employé ?
— La religion ne doit pas pouvoir se réduire à soutenir une politique de droite ou de gauche ?
Prétextes. Quand des adultes et des enfants brûlent l'essentiel de leur vie sur des machines, soit vous (porteurs du message religieux à l'époque), vous avez une "bonne nouvelle" qui sauve leur vie, soit vous êtes infidèles à votre propre message.

J'ignore l'orientation sexuelle de Jésus, et je ne l'imagine pas chanter "I am my own special creation". Mais le final de la même chanson de "la Cage aux Folles" lui aurait très bien convenu, me semble-t-il :

I am what I am
And what I am needs no excuses.
I deal my own deck
Sometimes the ace, sometimes the deuces.
There's one life, and there's no return and no deposit;
One life, so it's time to open up your closet.
Life's not worth a damn 'til you can say,
"Hey world, I am what I am!"

Ça me ferait plaisir que l'Église catholique développe un peu sur ce thème. Après avoir ouvert les fenêtres, le temps vient d'ouvrir les placards !

Notes

[1] Me semble-t-il. Hypothèse non sourcée !

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