Argenteuillais démocrate… sans frontière

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Tag - Religions-Laïcité-Cult

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dimanche 26 novembre 2017

Burkina et athéisme

Depuis le début du quinquennat, pas mal d'orientations de la présidence Macron et du gouvernement me donnent de l'espoir. Pas mal d'autres me déçoivent ou m'inquiètent. Pour aujourd'hui, j'en ai une à applaudir : Emmanuel Macron commencera sa tournée africaine par la "terre de l'intégrité", le Burkina Faso. C'est un pays où je suis si heureux et si bien accueilli en tant que demba, beau-frère, que je regrette de ne pas être du voyage. Je l'aurais invité chez moi, plus précisément chez ma femme, comme j'y ai déjà invité Jean Lassalle (l'invitation tient toujours) : l'homme qui a conçu cette maison (Jacques, si vous me lisez, encore merci) avait aussi été le premier patron du jeune maire de Lourdios-Ichère.

Je suis heureux aussi de l'engagement pris par le président de la République,

“Nous veillerons pour les femmes françaises soumises à l'excision à traquer partout ceux pratiquent cette barbarie”

partout, donc, jusqu'au Burkina Faso et dans les pays voisins où persiste, malgré la loi, cette violence contre l'humanité.


Le 27 octobre dernier, XS, commentateur toujours pertinent dans ces pages, m'a surpris en estimant que ce blog "professa(i)t un strict athéisme :)"

Je n'ai su que répondre. Je suis attaché, et c'est comme cela que je comprends le smiley de XS, à une politique qui tienne debout seule, sans devoir recourir à des justifications externes, sans brandir ni la Bible ni Nietzsche. Est-ce une profession d'athéisme ?

Je viens de regarder si le mot "athéisme" figurait ailleurs sur ce blog : oui, une fois ; le 14 septembre 2008, je proposais une échelle de 14 "degrés de laïcité" dans les États, allant de la théocratie à l'interdiction des religions. L'avant-avant-dernier niveau était "La pratique religieuse est tolérée comme survivance, mais critiquée par le pouvoir politique. Le politique reconnaît l'athéisme comme référence. Situation dans l'Europe de l'Est communiste" (du XXème siècle).

J'espère que ce blog s'écarte des pratiques de l'Europe de l'Est communiste ; que sa référence est ailleurs que dans l'athéisme ; que la religion y est pleinement considérée.

C'est bien une foi ou une confiance, un belief, qui m'amène ici, et qui m'a fait créer un blog démocrate sans frontière. Barack Obama l'a merveilleusement exprimé :

The belief in each other — that's what made me a Democrat[1].

En qui croire ? Ou à qui faire confiance ? C'est peut-être la question politique décisive, discriminante. En un homme providentiel ? Un Parti ? Un prophète ? Les riches ? L'armée ? Les nationaux ? La classe ouvrière ? Gaïa Terre-mère, ou ses oracles ? La majorité absolue, ou relative, des électeurs ? La délibération collective ? Des représentants professionnels ? En l'État profond ? En rien ni personne ?

Il y a une quinzaine d'années, j'ai entendu un couplet d'une comptine gestuée, d'origine chrétienne[2], qui m'a frappé jusqu'à aujourd'hui. Il est difficile à retranscrire, la mélodie suggère bien une seule question reformulée quatre fois, je vais mettre des "?,".

Who is the King of the jungle?,
Who is the King of the sea?,
Who is the King of the universe?,
And who’s the King of me?


Touriste français dans un pays très pauvre réputé accueillant, fille promise au féodalisme masculin, militant ou élu local… Who's the King of me? The belief in each other?

Notes

[1] San Francisco Chronicle, 28 octobre 2006, cité par Lisa Rogak, Barack Obama in his own words, Carroll & Graf, 2007, p. 30.

[2] Annie Bush Spiers, 1978, citée par exemple ici.

samedi 4 novembre 2017

Écrire en incluant, inclure en écrivant

Petite réponse au clin d'oeil de jbl, qui mettait un lien vers ce "cri d'alarme" signé "Jean-Marie Rouart de l'Académie française" :

On est en France, pays où toutes les passions s’affrontent et où les querelles de société n’ont fait que remplacer les vieilles disputes théologiques. Les sujets changent, les passions demeurent. La nouvelle pomme de discorde qui enflamme les esprits concerne une innovation linguistique, l’écriture inclusive. Sujet qui n’est en fait qu’une queue de comète de la question épineuse de la féminisation de la langue.

C'est très précisément ça. Aussi féminine que soit déjà la langue. Ou aussi féminin que soit déjà langue.

L'académicien indique un peu plus loin que

l’usage, le bon usage, prévaut sur toute autre considération à l’Académie (et) accordera probablement droit de cité, à l’avenir, à « la ministre », de la même façon qu’il accordera le droit de féminiser certains mots. (…) Il est évident que la féminisation se fera par l’usage sans vrai dommage pour le français.

Pour aussitôt enchaîner :

Mais cette concession faite, on ne peut sans lui faire courir un danger mortel détricoter la langue en détruisant son principe fondamental, sa pierre angulaire : en français, le masculin est aussi le neutre.

Le couvercle de ma boîte à méfiance s'ouvre automatiquement quand un orateur, si bien intentionné soit-il, estime que le principe qui justifie sa position est LE principe fondamental. Sans parler de l'image étrange de "pierre angulaire" ! Je vois mal pourquoi le masculin-neutre serait à l'angle de la maison langagière[1].

Je suis tout aussi gêné que Jean-Marie Rouart, quand je lis — ce sont les exemples qu'il donne — « agriculteur.rice.s », ou encore : « artisan.e.s ». Parce que ça me fait mal aux yeux et ralentit ma lecture. Ça n'est pas du bon usage, ce n'est pas user-friendly. Alors que la langue ne sert qu'à être utilisée par ses utilisateurs. Et utilisatrices.

Utilisatrices, donc. Le standard prétendu du "masculin-neutre" me fait mal, pas seulement aux yeux. C'est bien joli de prétendre que le masculin est aussi neutre. Mais ce qu'on entend dans "utilisateurs", c'est bien un masculin, celui d'un mot qui aurait aussi pu être féminin. Et le cerveau réagit à ce qu'il entend.

En lisant

"la langue ne sert qu'à être utilisée par ses utilisateurs",

quelle image mentale vous vient : l'image d'hommes qui parlent, ou celle de femmes ?

Cette convention du masculin-neutre a le grand inconvénient de laisser les femmes dans l'ombre, de mettre les hommes au premier plan de la représentation mentale que se font celui qui parle et celui qui entend. Que l'on parle de participants à un trail, d'académiciens, d'agriculteurs, d'artisans… de militants… La vanne "quand je parle des militants, j'embrasse aussi les militantes" est un peu hors de saison.

J'essaie, avec plus ou moins de bonheur, d'embrasser les hommes et les femmes quand j'écris, ici ou ailleurs… sans alourdir la lecture, sans appauvrir le texte. Par exemple, j'essaie de poser au début du texte une image mixte, comme, dans le billet cité "150 hommes et femmes venu·e·s reconnaître le parcours du Trail des Châtaignes" ; en espérant que cela permette ensuite d'utiliser ce fameux masculin-neutre, plus fluide : "les concurrents"… "se sont inscrits"…, etc.

J'utilise le point médian (·, alt-maj-F sur Mac), appris de Matti Schneider, merci à lui. D'une part, "venu·e·s" est plus fluide visuellement que "venu.e.s" ou "venuEs". D'autre part, le · est nouveau dans la typographie courante, et peut donc jouer sans ambiguïté ce rôle. En laissant au point, et à la majuscule, leurs usages familiers de point et de majuscule[2].

Mais surtout, je suis heureux de ce débat. Même si, en France, quand on parle de la langue, tout le monde part au quart de tour et parle trop facilement d'assassinat, de mort de la civilisation, et pire, de fin des haricots. Les émotions, c'est bien aussi ; c'est même meilleur que les zaricots.

Notes

[1] Si si, cet adjectif existe.

[2] Mais vous verrez au point 3 combien l'Académie ignore l'organisation administrative de la France.

lundi 15 août 2016

Un problème à la c… venu de la Méditerranée — et hop, mon avis sur le "burkini"

(Il n'y a que Facebook et autres pour pousser à avoir un avis sur une question aussi marginale, alors que le pays est en guerre…).

Réponse à un "ami-d'ami" qui, sous pseudonyme militant propalestinien, postait des photos de plongeurs ou triathlètes pour défendre le droit de se baigner en "burkini" — au nom de la liberté de culte.

La liberté de culte c'est différent de la liberté de s'habiller comme on veut — qui est une liberté importante aussi, mais a des limites, que ce soit en France, en Arabie saoudite, en Turquie ou ailleurs.

Le "burkini" n'est pas interdit à ma connaissance au niveau national. En revanche le souci légitime de l'ordre public (qui justifie, à ma connaissance, l'interdiction de la nudité) peut conduire à l'interdiction de certaines tenues.

Il me semble évident que ce n'est pas la caractéristique physique de la tenue qui est en cause : je n'ai jamais vu de réaction hostile sur les plages face aux quelques Japonaises (?) en maillot complet et visage voilé pour protéger leur peau. Donc la photo de plongeur est hors sujet, il me semble clair que sa tenue est destinée à plonger ;-) De même des triathlètes en combinaison néoprène.

Pareil, un maillot de bain avec marqué "I love Jesus" ou "I love" (tout autre personne proclamée comme prophète) ne m'a jamais semblé susciter de réaction négative.

Et je n'ai jamais constaté de tags hostiles sur les affiches présentant les costumes de bain, très couvrants, des années 20.

Le sujet est donc ce que manifeste le vêtement. Prenons ici le "burkini".

Selon les uns, il traduit la fidélité à des préceptes d'inspiration religieuse (prônant une pudeur bien plus marquée que celle inscrite dans les moeurs françaises actuelles), de façon purement personnelle et sans dimension critique vis-à-vis d'autrui. Donc, il rassure.

Selon les autres, il exprime le rattachement à un courant religieux anti-société française, anti-laïc, anti-égalité hommes-femmes, répressif partout où il est au pouvoir, hostile à l'action de l'État français et à certaines des lois actuelles, et au final, terreau de la violence terroriste. Donc, il fait peur.

Vous voudriez sans doute que les non-musulmans "laïcs" reconnaissent la perception du "burkini" qu'ont les femmes qui le portent (ou les hommes qui le justifient). Ce serait bien, dans la mesure où les musulmans concernés reconnaissent la perception du "burkini" qu'ont les femmes qui ne le portent pas (ou les hommes qui le critiquent).

Après, comme dans toute société, vient le temps de la décision démocratique : définir un champ de liberté pour chacun de s'habiller comme il veut, et des limites à cette liberté. Accepter que le "zérokini" puisse légitimement être interdit — ou pas, c'est accepter que le "burkini" puisse lui aussi légitimement être interdit — ou pas.


Le sujet n'est pas si nouveau, il avait déjà circulé avant les présidentielles 2012, Cf. ici. Et auparavant "Voile : regardons droit devant" (2010, avec des liens vers mes billets antérieurs sur le même sujet).


Compléments 16 août 2016 :

1) Le papier de France Télévisions du 11 août, sur l'arrêté de Cannes, me semble très bien, il fait résonner clairement plusieurs sons de cloche.

2) Suite de discussion Facebook :

L'idéal serait un monde où personne ne serait gêné(e) par la tenue d'autrui et chacun(e) s'habillerait exactement comme il(elle) veut. Mais en l'imaginant un instant (visuellement), ça fait bizarre. Le vêtement n'est pas seulement pour soi, c'est aussi un message aux autres. Message équivoque, au sens où il sera perçu différemment par différentes personnes. Message changeant dans le temps avec les modes — des tenues qui paraissaient "intégristes" quand elles sont arrivées se sont ensuite diffusées dans toute la société. Même la barbe longue !

Il me semble cependant légitime d'être gêné si le message que l'on comprend de la tenue de l'autre est un message agressif, de rupture, ou au minimum, de défiance. Il me semble que beaucoup de personnes perçoivent ce message devant des femmes voilées… ou en burkini : "je me cache de toi".

Les mots de "vivre ensemble" ont été utilisés et réutilisés : nous voilà au coeur de ce qu'ils signifient.

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