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Tag - Sciences-Méthodes

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samedi 5 août 2017

Codeur junior

Quelques mots naïfs sur mon expérience de rookie de la programmation informatique !

J'ai fait l'essentiel de ma carrière dans la "sociométrie", la "modélisation économique", la "méthodologie statistique" et "l'évaluation de politiques publiques", bref, dans des métiers où il faut parler des gens (et aux gens) avec des chiffres, des métiers scientifiques mais où les ordinateurs ne tiennent qu'un rôle secondaire.

Mes connaissances scolaires et universitaires en informatique, un peu superficielles, se sont éventées, et les langages que j'avais appris (assembleur, Basic, Pascal, C, C++, CAML, Prolog) sont presque tous des langues mortes.

Mais depuis 2013, je travaille à temps partiel dans une start-up, où la grande majorité des collègues codent toute la sainte journée. Les schémas papier, explications verbales et autres idées de manoeuvre les laissent froids. Mes maquettes Excel et macros bidouille, mes relectures de code avec questions naïves, étaient tolérées avec charité… Il aurait fallu que je parle la langue commune, celle des machines.

Mais comment trouver le temps et la concentration d'apprendre une nouvelle langue, dans le rythme saccadé de la start-up ?

Le ralentissement de juillet-août m'a enfin permis de me lancer, sur un projet important et qu'aucun collègue n'avait le temps de coder. J'étais au pied du mur !

Voici donc, en vrac, mes sensations.

D'abord la pesanteur, l'inertie énorme du truc. Pour réaliser la maquette Excel du produit, une journée avait suffi ; mais au bout d'une journée dans l'univers de Scala sur Intellij, je commençais à peine à comprendre à quoi servait chaque morceau de l'écran, et il avait aussi fallu ce temps pour que mes collègues informaticiens arrivent à trouver la bonne clé pour que j'accède aux données stockées sur nos bases Cassandra. Le Basic et le Pascal de ma jeunesse étaient des mobylettes qui démarraient au quart de tour ; maintenant, me voilà pilote de tracteur.

Ensuite, la surabondance. Toutes les fonctions développées par des millions de gens à travers le monde sont réutilisables, des "collections", des "libs", des "packages", des machins trucs je n'ai pas encore pigé les différences. Et quand on voit un mot dont on ne comprend pas ce qu'il fait là, Commande-B ouvre immédiatement le bout de code qui l'a défini, et qui, les bons jours, est commenté par l'auteur. Dans mon jeune temps, on programmait en suivant un sentier que l'on traçait soi-même. Maintenant, on active l'un après l'autre les boutons d'un immense cockpit.

Après, la qualité des guides. Les bons guides allient la compréhension profonde du langage, et la compréhension profonde de l'humain qui va devoir l'utiliser. J'ai eu le sentiment de pouvoir faire toute confiance à Nadim Bahadoor et Alvin Alexander. Les mauvais guides abondent. Leur refrain est "Vous pouvez faire tout ce que vous voulez". Ils se reconnaissent facilement, c'est heureux : aux fautes de typographie dans les exemples, ou aux noms de variables bâclés.

Après vient l'exigence. Le sentiment, l'expérience aussi, que le moindre relâchement coûte cher. J'avais appelé vite fait "indexMax" le nombre d'éléments d'un tableau. Quand je l'ai proprement rebaptisé "machinSize", ça m'a fait sauter aux yeux la cause d'un bug récurrent — parce qu'en Scala comme dans d'autres langages, on compte les éléments à partir de 0, si bien que le dernier a le numéro machinSize-1, et l'avant-dernier (auquel je faisais appel) machinSize-2.

J'ai aussi perdu 4 heures, entre avant-hier et hier, à ne pas comprendre pourquoi tel résultat valait si souvent 0 — avant de réaliser que, quand je divisais 1 par 2, cela donnait forcément 0 puisque j'avais défini la variable qui valait souvent 1 comme un entier, avant de voir une utilité à la diviser par 2.

Vers 2014, j'avais travaillé, à temps très partiel, pour un studio de jeux vidéo. Une partie de ce que je concevais (le système d'enregistrement des actions du joueur) était ensuite "codée" par un informaticien du studio (Alexis, si tu m'entends, bravo encore). J'étais surpris par l'ambiance dans les rangées des devs, le calme : écouteurs bien sûr, doigts qui font tourner des crayons, longues minutes passées à regarder l'écran tourner. Je croyais me souvenir que de mon temps, on pissait du code au kilomètre ; que le plus rapide sur son clavier avait un sérieux avantage. Mais avec les langages d'aujourd'hui, je le voyais dans ce studio et je l'expérimente maintenant, on lit et on comprend plus qu'on ne tape. On mange du code, et il faut manger lentement. Une ligne en vaut cent.

C'est pourquoi le terme de code n'est pas si mauvais. Ça ressemble plus à un code (secret, magique) qu'à une langue, ou qu'à un programme au sens commun du terme. Même une formulation aussi simplette que "(aDateTime.getMillisOfDay / seasonDuration).toInt" fait appel à une douzaine de notions, non seulement informatiques mais juridico-physiques (les fuseaux horaires et les changements d'heure) ou économétriques (la saisonnalité).

Quand je fais ma compatibilité, à la fin de chaque ligne, je me sens rassuré d'avoir coché les cases, de ne pas être sorti du cadre. La ligne copiée-collée d'une ligne précédente est la meilleure de toutes, la plus sûre, la plus rassurante. En Scala, au contraire, chaque retour à la ligne me donne le sentiment d'avoir inventé, créé quelque chose, et pris un risque. Copier-coller fait honte. C'est le signe qu'on fait fausse route, que l'on est en train de mal concevoir, de dégrader, de fragiliser l'ouvrage.

Et à l'arrivée, merci les big data : le tracteur tracte. Le programme traite des centaines de milliers de données en un rien de temps — it breaks Excel, comme disait je ne sais plus qui. Comme il m'a fallu, non plus comme avec Excel gérer les données qui étaient sous mes yeux, mais gérer toutes les données qui pourraient arriver demain, j'ai dû prévoir une palanquée d'options et de réglages. Et cette palanquée me donne envie de vendre le truc avec l'argument : "Vous pouvez faire tout ce que vous voulez".

Ah zut, ce n'est pas le bon argument.

Le chemin, à peine, tu débutes, jeune padawan !

dimanche 8 novembre 2015

Deux maîtres s'en sont allés — Michel Menu, René Girard

Deux vieux messieurs, décédés cette année, avaient marqué ma jeunesse polytechnicienne, et mes premières réalisations d'adulte.

René Girard a été présenté à sa mort comme "l'homme d'une (seule) idée", le désir mimétique : l'être humain ne désire pas de lui-même, il désire l'objet qu'on lui montre comme désirable. C'est la logique de la coquetterie : se faire passer pour désiré(e), de façon à l'être vraiment. C'est aussi la racine de la violence : désirant ce qu'un autre désire, on entre aussitôt en conflit avec cet autre. Ce conflit ne se résout qu'en accusant et sacrifiant un tiers, désigné comme l'origine, et du désir, et de la violence : le bouc émissaire. C'est surtout pour cette théorie — un peu tarabiscotée — du bouc émissaire, que René Girard était célèbre dans les années 70-80, avec son livre "Des choses cachées depuis la fondation du monde".

Je ne l'ai connu que par ses ouvrages, ses disciples, Jean-Pierre Dupuy surtout, et par Jean-Marie Domenach, mon professeur à l'X et le directeur de deux recherches que j'y ai conduites.

Il avait fondé un laboratoire de recherches en sciences sociales, le CREA, avec Jean-Pierre Dupuy qui lui succéda à la direction du labo. CREA était initialement l'acronyme de "Centre de recherche sur l'épistémologie et l'autonomie". À ce que j'en retiens, "épistémologie", c'est-à-dire "philosophie des sciences", ou "de la recherche", était une façon de montrer patte blanche à Polytechnique, conservatoire des "sciences dures". "Autonomie" était le mot important ; il faisait référence, par quelque détour, à la pensée de René Girard. Peut-être[1] le CREA voulait-il répondre à la question "comment l'être humain peut-il être autonome, moteur de sa propre existence, s'il a besoin pour se mouvoir, du désir de l'autre ?".

C'est très concret tout ça. Les mécanismes de la finance moderne avec ses produits dérivés, qui cherchent à anticiper sur le désir des autres, occupaient nos réflexions au CREA. Les travaux d'André Orléan l'illustrent bien — connus d'un large public depuis la crise de 2008.

J'avais essayé, à l'époque et par la suite, de comprendre les bases mathématiques de ces produits dérivés, en particulier les êtres étranges que sont les processus aléatoires du second ordre. Je n'y pigeais pas grand chose, et suis resté, plutôt, sur un sujet dont je comprenais les mathématiques, et qui m'intéressait pour lui-même : le changement dans la société. Ma recherche de fin d'études, encadrée par le CREA, se passait dans une entreprise de sociologie appliquée, Cofremca, aujourd'hui Sociovision, que je n'ai jamais vraiment quittée depuis : je travaille au quotidien avec des anciens du groupe Cofremca.

Alors même si on ne s'est jamais croisés dans la vraie vie, merci, Monsieur Girard. Merci en particulier pour cette question, "comment être autonome, si j'ai besoin pour me mouvoir, du désir de l'autre ?" ; pour cet appel à chercher, derrière les jeux des coquetteries et de la violence, un désir authentique.


Quelques semaines avant cette recherche de fin d'études, j'avais bouclé un mémoire qui m'avait bien occupé les douze mois précédents : l'analyse d'une innovation pédagogique, lancée en 1947 par Michel Menu.

Michel Menu était un moteur. L'autonomie faite homme. Michel Menu était un résistant ; mais quand il parlait de la Résistance, ce n'était pas des Allemands qu'il parlait, de la Gestapo, de la défaite ; c'était d'action et de résolution.

Michel Menu — à ce que je retiens de nos entretiens[2] — était "responsable des parachutages du réseau Sultan[3]". Son terrain d'action, c'étaient les clairières. Il lui fallait une couverture, une bonne raison de parcourir les routes : quelqu'un le plaça dans l'équipe nationale des Scouts de France, à Lyon, chargé d'inspecter les camps et les groupes locaux. C'est au QG des Scouts qu'il cachait le poste radio avec lequel il communiquait avec Londres. Un jour, le prêtre Aumônier général des Scouts de France, le père Forestier, découvre Menu devant sa radio : "qu'est-ce que c'est que ça ? Dégagez-moi ça d'ici tout de suite." Tout de suite ? Tout de suite. "Et j'ai dû sortir sur la place, en plein jour devant tout le monde, avec mon poste radio mal emballé dans une couverture. Si j'étais pris…".

C'est en entendant cette anecdote que j'ai commencé à admirer Michel Menu pour de bon. Parce que je connaissais déjà bien ses livres, écrits de 1948 au début des années 60 : il y cite le Père Forestier à de nombreuses reprises. Et toujours en bien, toujours comme référence.

À la sortie de la guerre, le scoutisme catholique, trop proche du pétainisme, s'était infantilisé, presque ridiculisé. Michel Menu, nommé commissaire national en 1946, l'a révolutionné. Et en revenant à l'idée essentielle du fondateur, Baden-Powell : l'autonomie. La capacité des adolescents, volontaires, en équipes, à se débrouiller seuls dans la nature.

Michel a commencé très simple : à l'été 1946, au camp qui rassemblait des unités dépourvues d'encadrement, il a envoyé les intendants de chaque équipe faire le marché. Pas de cuisine roulante, pas d'achats groupés, pas d'adulte pour prendre en charge — en pleine disette !

En 1947, il lançait une variante du scoutisme, les "Raiders-Scouts", avec une palette de nouvelles activités dont le judo, la moto, et le raid en solitaire à la boussole (sans carte), ou "Woodcraft". Et, au passage, une nouvelle couleur de béret : vert. J'ai porté ce béret 35 ans plus tard, ayant été scout dans une unité, la 1ère Saint-Cloud, que Michel Menu avait fondée, et qui avait conservé sa pédagogie.

Peu après, puisque des équipes d'adolescents peuvent être autonomes un jour, il a décidé qu'elles pouvaient l'être toute l'année : à quoi bon attendre de trouver des animateurs adultes, pour partir en pleine nature et commencer à faire du scoutisme ? Il a autorisé et encouragé les "patrouilles libres".

Dans l'immédiat après-guerre, le volontarisme et les références militaires des Raiders étaient dans l'air du temps. Mais vite, il y a eu dissonance avec le mouvement social, l'engagement de chrétiens contre la guerre en Algérie, l'exode rural et l'engagement de la société pour construire de nouvelles villes. Michel Menu fut débarqué en 1956. Les chemises rouges des Pionniers remplacèrent un peu plus tard, 1964, le béret vert des Raiders.

Héritier des Raiders, Raider moi-même, je me sentais tout autant héritier du mouvement social, pacifiste et écologiste, dont Jean-Marie Domenach fut l'une des figures.

J'ai donc été heureux de pouvoir consacrer une année de Polytechnique, sous sa direction, à retracer l'histoire des Raiders et à retrouver ce qui était resté de cette innovation, dans le scoutisme et dans la pédagogie des décennies suivantes[4]. Et Domenach était enchanté d'encadrer une recherche sur le courant qu'il avait, trente ans plus tôt, affronté.

Michel Menu ? À l'époque, je me demandais si cet ancêtre était encore en vie ! Il l'était, vibrant d'énergie et de projets. Il m'avait reçu très aimablement, avec l'enthousiasme de l'organisateur pour qui chaque recrue compte. Nous sommes restés sur quelques désaccords : il n'était pas homme à négocier ses convictions. Mais, loin d'écarter le freluquet, il était resté en relation avec la même bienveillance.

Quelques années plus tard, travaillant le jour dans le groupe Cofremca, je consacrais quelques-unes de mes soirées à coordonner la rédaction d'un manuel de pédagogie. Parmi les 4 rédacteurs de cette "Boussole", 3 anciens de la 1ère Saint-Cloud.

Michel Menu mettait en mouvement.


Dans le premier tome du "Chat du Rabbin" de Sfar, il y a ce moment où le rabbin se rend compte que son propre rabbin, celui à qui il demande conseil, ne peut plus l'aider. Il doit enfin prendre ses décisions seul, en poursuivant le chemin sur lequel il avait été si longtemps accompagné.

Adieu à mes rabbins.

Notes

[1] Je trouve ici un historique du CREA, pour qui veut en savoir plus — et corriger au besoin mes souvenirs vieux de presque 30 ans.

[2] Ce qui est raconté ici est un peu différent, sans être incompatible.

[3] Avant d'écrire ce billet, j'ai retrouvé quelques éléments historiques sur internet : "Sultan" est en fait le nom de code de Jacques Picard, Délégué Militaire Régional de la France Libre dans la région de Montpellier.

[4] Les passionnés trouveront ce travail de jeunesse ici.

jeudi 13 juin 2013

"Qu'est-ce qui différencie le sexe du genre ?"

Les habitué(e)s de ce blog se réjouiront que l'on y parle enfin de sexe, mais en fait non. De genre.

J'ai passé quelque temps ces temps-ci à discuter, en privé mais en m'échauffant un peu, avec des proches convaincus de l'existence d'une théorie du genre qui, selon eux, nierait la différence entre homme et femme, et (ce qui est différent) inspirerait profondément les partisans du mariage pour tous.

Les logiciens le savent : il est très difficile de prouver l'inexistence de quelque chose. Votre interlocuteur restera convaincu que vous avez mal cherché.

Alors, à l'attention de celles et ceux qui croient à ces balivernes, je souhaitais citer ici l'opuscule "Théorie du genre et SVT : décryptage des manuels de 1ère" édité et diffusé par la Fondation Jérôme Lejeune. Page 7.

Qu'est-ce qui différencie le sexe du genre ?

Le "sexe" désigne la réalité biologique — garçon ou fille — de l'être humain, tandis que le "genre" désigne la dimension sociale du sexe, c'est-à-dire le comportement social d'un homme ou d'une femme en lien avec son sexe biologique.

Je n'ai pas grand chose à redire à cette définition. Elle met bien en évidence la dualité entre dimension biologique et dimension sociale de l'identité d'homme ou de femme. Implicitement, elle introduit la dimension psychologique qui est à la charnière des deux ('comportement social… en lien avec son sexe biologique").

Le lecteur comprendra aisément que le biologiste étudie surtout la différenciation sexuelle, le sociologue la différenciation de genre, et que le psychologue aidera des personnes à trouver leur voie en s'appuyant sur ces deux dimensions, aisément convergentes pour certaines personnes, sources de divisions et de souffrance pour d'autres, selon la génétique, les circonstances de la vie, les sociétés et civilisations.

Paragraphe suivant :

Dans la théorie du genre, le terme "genre" désigne la masculinité ou la féminité construite par l'environnement social et culturel (la langue, l'éducation, les modèles proposés…). Le genre ne dépendrait pas du sexe biologique : il serait subjectif (il dépendrait de la perception que chaque individu a de lui-même).

Fin du paragraphe et du texte.

Ce second paragraphe développe sur l'environnement social et sur la psychologie ; mais il introduit aussi deux notions nouvelles par rapport au premier paragraphe :

  1. Il existe une "théorie du genre", différente donc de la compréhension du terme "genre" tel que défini auparavant ;
  2. Selon cette "théorie", "le genre ne dépendrait pas du sexe biologique". Le texte n'est pas clair sur l'influence respective de la psychologie (2ème phrase) et de la sociologie (1ère phrase), mais est clair sur une chose : le genre masculin ou féminin serait, selon la théorie du genre, indépendant du sexe biologique.

J'interprète ? En tout cas, cette interprétation est répétée à divers endroits du même document, p.ex. à la même page :

"la théorie du genre est une hypothèse selon laquelle l'identité sexuelle de l'être humain dépend de l'environnement socio-culturel et non du sexe — garçon ou fille — qui caractérise chacun dès l'instant de sa conception."

Il me semble (et à vous aussi, lectrice ou lecteur, j'en suis sûr) que cette "théorie" ou "hypothèse" :

  • est totalement stupide;
  • si elle était proposée à 100 Français pris au hasard, serait rejetée par au moins 99 ;
  • n'est enseignée ou défendue nulle part dans le monde scientifique, malgré l'oripeau de "théorie" dont la voilà parée ;
  • n'a pas été invoquée par les partisans du "mariage pour tous" : leurs motivations sont ailleurs que dans l'obscurantisme.

Je suis déjà trop long… je termine.

Le genre est une notion pertinente, défendue par la Fondation Jérôme Lejeune elle-même, et qui devrait donc être acceptée et utilisée par les plus durs de durs de la "Manif pour tous".

Et bien sûr, sans les attendre, beaucoup d'essayistes, de scientifiques, de militants, ont travaillé sur cette réalité du genre[1].

La "théorie du genre", elle, est un ballon de baudruche gonflé par des anti-mariage-gay — et là, je n'arrive toujours pas à comprendre pourquoi.

Comprenons-nous bien ;-)

Que certains regrettent la loi qui, depuis les années 60 (sans parler de l'Antiquité romaine), permet à des célibataires d'adopter — et souhaitent que la société fasse le maximum pour que chaque enfant ait un père et d'une mère ; c'est peut-être illusoire et mal venu, mais ça pourrait se défendre. Mais je n'ai entendu personne remettre en cause cette loi.

Si certains trouvent que l'hétérosexualité devrait être la norme sociale et légale, que l'homosexualité devrait être cachée dans le secret du domicile privé et du Musée des Antiquités Grecques — et donc, pas de mariage entre hommes ou entre femmes — je leur dirai poliment mon désaccord, mais je reconnaîtrai la cohérence de leur propos. Mais je n'ai entendu personne proposer ce retour aux années Oscar Wilde.

En revanche, je vois et j'entends de nombreuses personnes, et des proches, partir au combat contre une "théorie du genre" en carton-pâte. Et, vous me voyez, je n'en reviens pas.

Notes

[1] Le site de la Queer Week renvoie à un article de 2010 du Monde, qui, à vue de nez, donne un bon panorama du sujet.

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