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mercredi 1 août 2018

"La France en courant" 2018 côté chiffres

Avec son style délicieusement désuet en ligne, "La France en courant" a résisté à la manie actuelle de décortiquer en statistiques les performances sportives.

Mais comme c'est mon métier, j'ai cédé à la tentation de visualiser les classements et vitesses successifs de cette édition 2018.

Billet ouvert aux précisions, corrections, commentaires… des participant·e·s en particulier !

Le graphique rappelle d'abord que la "Team Défense" de l'Armée de Terre a dominé du prologue à la dernière étape… Il n'y a eu de suspense cette année que pour les places d'honneur.

On voit aussi que la moyenne était plus faible les trois journées dans les Alpes :-) (étapes 5 à 7).

Beau sprint final aussi, sur l'étape 14. Mais les chiffres sur cette dernière étape sont atypiques, car la matinée a été un tel b… (entre parcours qui croisait celui de la veille, partie "neutralisée", etc.) que les arbitres en ont annulé les résultats. Seule la quarantaine de kilomètres de l'après-midi est comptabilisée ici. Je présume que les deux coureurs d'élite de Back Europe se sont réservés ce sprint final et ont tenté de tenir, à eux seuls, la dragée haute à la Défense, poussant celle-ci à en remettre un gros coup.

Vitesses_par_etapes_2018.png

Notre équipe (département de l'Eure) s'est montrée très régulière, mais avec toujours plus d'1/2 km/h de décalage sur la Team Défense !

Les Russo-Ukraino-Moldaves de Divo Sibelco — "l'équipe russe la plus forte alignée depuis les débuts de l'épreuve" selon l'organisateur — ont accroché les militaires de plus près et ont aussi creusé un gros écart sur nous les 4 premiers jours, écart confirmé dans la montagne… La 7ème étape était aussi la dernière journée de montagne : l'après-midi, pour la première fois, nous avons doublé les Russes épuisés dans la montée du Vercors et sommes arrivés trois minutes devant eux à Villard-de-Lans ; mais il était trop tard pour le classement général. Même épuisés, ils nous ont encore devancés dans 4 des 7 dernières journées.

L'équipe Riou Glass, de niveau assez hétérogène, avec un coureur de niveau national, Christophe Morvan, mais aussi quelqu'un qui marchait plus souvent qu'à son tour, a eu des journées tout aussi hétérogènes. L'arrivée de deux remplaçants, à la 7ème étape, lui a redonné l'espoir de nous prendre notre place sur le podium, mais peu de temps. L'après-midi de la 8ème étape, pour une fois, nous avons fait un peu de tactique : notre coéquipier David a concocté une stratégie offensive calée sur le profil de la demi-étape, qui a empêché Riou de recoller et nous a rendu notre marge d'avance. Les jours suivants, Riou s'est mise en mode plus footing, pour remettre les boosters dans les deux dernières journées et décrocher des podiums d'étapes.

Le graphique montre aussi que plusieurs équipes (L'Eure, CPLV…) sont allées plus vite ces journées d'étapes vallonnées après les Alpes (étapes 8 à 10) que lors de la première étape avant la montagne (étape 1). Malgré la fatigue, et malgré les (mini-)blessures contractées dans les descentes de cols. Les kilomètres musclent !

La plus belle réussite est peut-être celle des Lesaffre, avec une majorité de non-coureurs au départ ! Malgré des blessures, qui les ont obligé à déclarer forfait pour quelques demi-étapes, ils ont recommencé à courir l'intégralité des six dernières étapes, avec des moyennes comparables à celles des équipes en 5ème à 7ème positions.

Enfin, un regard rétrospectif sur les vitesses des équipes gagnantes des dernières éditions montre que "Team Défense", et avec elle le peloton 2018, étaient dans une bonne moyenne, mais loin du record établi en 2015 par l'équipe URMA PACA New Balance, à 15,7 km/h.

Vitesses_des_vainqueurs.png

mardi 31 juillet 2018

Un jour en France en courant

"La France en courant" est une épreuve par équipes de 8, en deux demi-équipes de 4. Chaque jour, une des demi-équipes prend le départ à 3 heures du matin, et ses 4 coureurs se relayent pendant 50 à 60 km. Puis elle passe la main à la 2ème demi-équipe qui court ainsi jusque vers 10 ou 11 heures.

On recommence l'après-midi (qui commence à 11 heures ou midi) dans le même ordre, pour à peu près 30 km par demi-équipe. Et comme ça on en boucle 180 ou 190 dans la journée. En deux demi-étapes, ou quatre quarts d'étape ;-)

La 5ème étape de "La France En Courant" se disputait ce 19 juillet de Thorens-Glières à Aiguebelle[1].

Je faisais partie de la demi-équipe qui devait prendre le relais à 6:45, nous avions donc le choix : rester à la ville étape de Thorens-Glières et prendre la route vers 6h pour rejoindre le point de relais, le plateau des Glières, ou y monter le soir pour bivouaquer. Ce que nous fîmes ; nous y avons gagné un joli orage de montagne. J'ai fini la nuit dans la camionnette.

Nos coéquipiers partis dans la nuit ont couru en peloton avec les concurrents des 2 autres équipes en tête du classement. Bon moyen, en principe, de conjuguer les pouvoirs de leurs 3 lampes frontales, pour repérer les indications de parcours. En fait, non : les trois ont fait ensemble une erreur de navigation… qui a raccourci leur parcours de 12 km.

Nos coéquipiers, qui avaient ainsi "gagné" près de 50 minutes, sont passés au point de relais sans que nous les voyions : trop occupés à plier nos tentes trempées.

Nous les rattrapons avec la camionnette, à un point de relais décalé, par force ; nous bénéficions donc d’une matinée raccourcie. Avec tout de même le col des Aravis et le col des Saisies.

Aravis_Saisies.jpg

Sur une bonne partie de ces montées, nous sommes au contact de nos concurrents directs pour le podium, qui l’emportent, à la demi-étape, de poignées de secondes. L'après-midi sera donc décisive.

Déjeuner informel, comme chaque jour, à la demi-étape, aux Saisies. L’équipe de l’Armée de Terre offre le café ; la paramédicale recommande de boire plutôt de L’EAU.

Defense_Saisies.jpg

L’après-midi, nous prenons le relais à l’autre demi-équipe plus tôt que prévu, histoire de partager les 12 km économisés le matin.

S’ensuit une longue route droite de fond de vallée sous le cagnard. On n’a pas envie de sortir de la camionnette pour prendre des photos.

Dans le mano à mano du matin, mon coéquipier et coach Mohamed avait essayé de suivre un concurrent bien plus grimpeur. Choc « lactique », qu’il avait payé toute la matinée. L’après-midi, Mohamed retrouve progressivement ses jambes et notre moyenne dépasse 14 km/h, sur un parcours de plus en plus varié.

Reprise du fil, interrompu par la fin de batterie. Alors j’ai fait la sieste sous les 🌳 du champ de foire d'Aiguebelle, ville étape. Sylviane, la cheffe de bord, est passée récupérer quelque chose dans la camionnette (avec la clé), j’en ai profité pour récupérer un chargeur.

Nouvelle reprise du fil, interrompu par la mauvaise connexion. J’avais donc branché mon téléphone sur une prise électrique (vous suivez) de la salle des fêtes d’Aiguebelle. À la fin du dîner, je le retrouve branché avec un bouquet d’autres sur la multiprise d’un autre coureur.

Moralité des 2 reprises : une caravane de 120 personnes sur 2800 km en 15 jours demande logistique + solidarité. Mon récit des péripéties sportives passe un peu à côté de cet essentiel.

Bon. Nous en étions à l’après-midi. On traverse maintenant Albertville, d’abord par un itinéraire touristique (ça me va très bien) puis sur une route toute droite avec trafic (moins bien). Pas de concurrence en vue devant ni derrière. L’élan se tasse. Nouvelle ligne droite sur 5 km. Fatigue et ennui.

Nous spéculons sur le temps perdu sur notre concurrent direct pour la 3ème place, l'équipe Riou Glass, que nous avons largement perdue de vue : 10 minutes devant nous ? 20 minutes ?

Et soudain, levant les bras devant nous, un coureur Riou : « Vous n’avez pas vu B. ? ». Non ! B. a perdu sa route, et depuis longtemps apparemment… Ou alors, nous n’étions pas si loin.

Nous sommes à un carrefour. La piste marquée au sol tourne à gauche et passe place de l’Église, où est garée la camionnette Riou, qui attendait B., tranquillement, trop tranquillement. B. n'avait pas vu le changement de direction, avait fait un tout droit, et en accélérant : 3’40 au km. Il est d’autant plus loin.

Belle opportunité de combler les 35 secondes de retard de la matinée, et de finir 3èmes sur la journée (avec quel prix à la clé ? un panier garni, des survêtements ?). Nous retrouvons des ailes. Il reste une quinzaine de km jusqu'à la ligne d'arrivée. Mon temps au km passe miraculeusement de 4’15 et plus, sous les 4’. Nous sommes bien sur le podium… mais sans prix cette fois-ci !

podium_Aiguebelle.jpg

Repos et tweets sur le champ de foire d'Aiguebelle. Posant au premier plan, l’oeuvre réalisée l’avant-veille par la podologue de La France En Courant.

champ_de_foire_Aiguebelle.jpg

Dîner préparé par les bénévoles de La France En Courant (merci pour les pommes de terre et la sauce ciboulette !). Et on reprend la camionnette, pour bivouaquer à La Chapelle. D’où nous repartons le lendemain 20 juillet à 3h pour la Grande Étape Alpine, avec Glandon au petit déjeuner et Galibier en pousse-café.

Glandon.jpg

Envie de participer ?

Ce tour un peu incroyable (unique au monde ?) est accessible à toute personne capable de courir 1 km sans s'arrêter, et de recommencer après un quart d'heure de repos. Plusieurs des participants de cette année n'avaient aucune expérience de la course à pied. Les âges : 19 à 70 ans. Ça coûte x fois moins cher qu'un "Marathon des Sables".

Et que la France est belle !

Merci aux organisateurs, aux bénévoles, aux coéquipiers (équipe du département de l'Eure), et spécialement au coach !

Notes

[1] Je reprends ce récit de twitter.

jeudi 26 avril 2018

Courir par la France • du 14 au 28 juillet !

L'ultra-trail, c'est trop dur. Au marathon, j'suis pas beau. Escalader les escaliers, c'est quelque chose que je n'peux plus faire.

Mais l'entraîneur des vieilles pointes à l'USA, l'Union Sportive Argenteuillaise (depuis 1895) m'a convaincu de m'aligner sur un Tour qui est plus une fête qu'une épreuve : la France en courant.

France_en_courant_couverture.jpg

Sans faire un billet politique, ce que je vois de la France en courant, c'est du Jean Lassalle à l'état pur, alors je ne pouvais pas refuser.

C'est de la débrouille et de la créativité, ce sont des stars modestes, c'est un culot niveau présidentiel,…

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… c'est une organisation d'enfer qui n'en a pas l'air.

Ce sont 7,5 + 196 + 186 + 189 + 187 + 190 + 192 + 192 + 188 + 189 + 192 + 189 + 189 + 187 + 170 km à courir, par équipes de 8. Oui, en relais.

france_en_courant_carte.jpg

Cette année au programme, les cols de Sainte-Marie (772 mètres d'altitude), du Bonhomme (904 m), le Hohrod (976 m), Soultzhaut (1289 m), le col de la Faucille (1320 m), celui des Glières (1445 m), les Saisies (1650 m), le Glandon et la Croix-de-Fer (2065 m), le Télégraphe (1566 m), le Galibier (2645 m), l'Izoard (2360 m), le Lautaret (2057 m), Ornon (1360 m), Saint-Nizier-du-Moucherotte (1159 m), avant de redescendre gentiment sur Ouistreham (5 m).

Qu'est-ce qui a pu faire croire à Mohamed que je pourrai enchaîner tout ça. Sans doute, il s'est dit que faire 200 km par jour, si on partage à 8, tout le monde peut.

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Et me voilà sponsorisé pour la première fois de ma vie, puisqu'il m'a inscrit dans l'équipe du département de l'Eure (amis normands, merci) aux côtés de deux athlètes russes et autres camarades bien plus endurants et rapides que votre serviteur.

Bref j'ai le vertige, et en même temps je me dis que c'est la meilleure course qui existe. Je rêve bien plus de découvrir des milliers de kilomètres de paysages de France, que d'affronter le vent du désert. Enchaîner les relais de 2 ou 3 kilomètres au fil de la journée, ça doit être bien plus physiologique que de s'épuiser sans discontinuer sur les trois heures d'un marathon. Et le relais, ça veut dire que tu cours quand tu es en forme, et que les collègues prennent tes relais si tu te blesses. C'est la solidarité.

Alors : ami·e qui passes par là, et qui aimes faire ton footing un peu plus que le dimanche, pourquoi pas toi ? Il reste de la place ! Ami·e qui seras quelque part dans la moitié Nord-Est de la France pendant la 2ème quinzaine de juillet, je compte sur toi pour claquer la bise à un coureur en sueur, et voilà pour chaque village les heures de passage. À cet été sur les routes !

P.S. pour les Argenteuillais·es : allez, il suffirait d'être 8 pour faire une équipe Argenteuil !

P.S. 2 : Vous n'avez pas encore regardé le reportage ? à 9'07'', faites (comme moi) la connaissance de Maxime Boursier, qui sera mon capitaine pendant ces 15 jours.

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